De Anima, ch. ii
cite au chapitre XLV, où nous lisons : « L'extase est un transport du sens semblable à la folie. » La même chose se trouve au livre IV contre Marcion. « Nous soutenons, dit Tertullien, la déraison dans la cause de la nouvelle prophétie, qui est la grâce de l'extase, c'est-à-dire la folie. » Ces passages inconcevables et plusieurs autres que nous pourrions encore citer, montrent que les prophétesses de Montan, au moment de leurs accès, ne s'appartenaient plus, disaient des folies et ne savaient ce qu'elles disaient. Or, c'est précisément là ce qui démontre que ces extases étaient menteuses, et que, s'il y avait quelque chose de surnaturel, ce surnaturel était diabolique. Remarquons bien ce point, car il est capital et fournit un critérium infaillible.
Gomme nous l'avons dit ailleurs, l'esprit de Dieu agit directement sur l'esprit de Thomme, et, en agissant ainsi, se conforme à la nature de l'esprit de l'homme. De là, cette conséquence que la communication divine éclaire Fàme et respecte sa liberté; donc la science reçue par cette voie surnaturelle reste la chose, la propriété de Fàme, qui en disposera désormais comme de ses autres connaissances. L'esprit du mal agit de tout autre façon. Son action directe s'arrête à l'organisme : le sanctuaire de l'àme lui est fermé. En s'emparaut du système nerveux, il empêche les fonctions propres de l'àme, et cependant use des organes du corps comme d'instruments pour exprimer des connaissances qui lui sont personnelles. Mais ces connaissances, il lui est absolument interdit de les communiquer instantanément à l'àme qui se trouve par l'extase organique placée indirectement sous son influence, Donc, l'extase passée, l'extatique sera tout aussi ignorante qu'avant la crise. C'est ce qui se constate toujours, à moins que l'extase ne laisse assez d'attention au patient pour observer ce qui a lieu dans l'organisme.
Cette doctrine est celle des Pères de l'Église. Saint Épi-
phane démon Iro par TEcriture que les vrais prophètes, lorsqu'ils parlaient sous l'inspiration du Saint-Esprit, avaient la pleine indépendance de leur raison, avec l'intelligence de ce qu'ils annonçaient. Saint Jérôme dit dans le même sens ^ : « Le prophète comprend ce qu'il voit, il ne parle pas comme s'il était en démence, il ne fait pas entendre des sons sans âme comme le font les femmes folles. » L'action du Saint-Esprit est si souple, que le prophète mu par lui se dirige encore à son gré. C'est pourquoi saint Paul imposait aux fidèles un précepte qui peut sembler étrange, mais qui prouve la parfaite liberté de l'homme sous l'impulsion du bon esprit. L'apôtre ordonne que, si une révélation est accordée à l'un des frères pendant que d'autres prophétisent, ceux-ci gardent le silence afin de le laisser parler. Saint Jérôme dit encore en parlant du prophète Nahum ^ : « 11 ne parle pas en extase, suivant le délire de Montan, de Prisca et de Maximilla, mais ce qu'il prophétise est un livre de vision d'un homme qui comprend tout ce qu'il dit. >>
J^e critérium que nous indiquons ici est parfaitement sûr; mais il n'est pas d'un usage facile pour le peuple qui manque de culture intellectuelle. Cependant Dieu ne permet jamais à l'erreur de s'imposer d'une manière invincible; toujours certains signes la rendent sensible aux esprits les moins cultivés, pourvu qu'ils ne manquent pas de droiture. Priscilla et Maximilla, que vient de nommer saint Jérôme, étaient les visionnaires de Montan. Or, elles ne faisaient pas seulement preuve de folie dans leurs extases; elles témoignaient d'autre sorte à quel esprit elles obéissaient. Apollonius, évoque d'Éphèse, écrit en parlant de ces femmes : « Vous niez qu'elles aient reçu des présents? Vous avouez donc que les prophètes n'en reçoivent