‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 65 sur 123 · In Proleg · texte numérisé non relu

In Proleg

pas. Eh bien! moi, je vous prouverai par mille témoins qu'elles en ont reçu. C'est par d'autres fruits que les prophètes se font connaître. Dis-moi, est-ce que le prophète se teint les cheveux? est-ce qu'il se met sur les yeux du stibium? Est-ce que le prophète se pare de beaux habits et de pierres précieuses ? Est-ce que le prophète se livre aux jeux de tables et de dés? Est-ce que le prophète fait l'usure ? Qu'ils disent si cela est ou n'est point permis. Moi, je montrerai ce qu'ils ont fait. » Mais ce n'est là qu'une application de la maxime de Notre-Seigneur : « Vous les connaîtrez à leurs fruits. » On n'est pas prophète parce qu'on observe la loi de Dieu ; mais quiconque n'y est pas fidèle ne peut se flatter d'être visité par son Esprit. Le même Apollonius nous apprend, dans un passage conservé par Eusèbe ^ quel esprit hantait les deux prophétesses de Montan : Zo tique, évêque de Comanes, avait constaté la présence du démon en Maximilla, qui refusa de s'en laisser délivrer.

I. — La grande hérésie du moyen âge est celle des Albigeois; c'était, on ne l'ignore pas, une résurrection du Manichéisme, c'est-à-dire du Gnosticisme. Mais on oublie volontiers maintenant les dangers épouvantables que ces sectaires, répandus comme en un clin d'œil et sous divers noms dans presque toute l'Europe, firent courir à la civilisation de l'Occident. C'était peu pOur eux de répandre des doctrines infâmes dont la pratique n'allait ii rien moins qu'à détruire la société et môme toute la race; ils formèrent des armées de brigands furieux, et les plus puisants pruices de la chrétienté eurent beaucoup do peine à les exterminer. Comme les gnostiques, leurs an-

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cêtres, ils usaient de magie pour suborner les ignorants et les faibles. Voici comment M. l'abbé Lecanu résume son étude sur les documents historiques où sont rapportés les actes de ces malheureux : « Nous n'avons pas à faire le récit de leurs provocations insensées, et nous n'oserions présenter le tableau des mœurs qui leur étaient familières; qu'il nous suffise d'insister davantage sur les pratiques de magie auxquelles ils se livraient avec un entêtement qui tiendrait du prodige, si Satan n'y avait pas répondu quelquefois et ne les avait pas inspirés de son esprit. Et à ceux qui demanderaient si les mœurs qui leur étaient spéciales et les honteuses pratiques de la démonolàtrie n'étaient pas un simple accident, ou un appât jeté à la tourbe des initiés, nous répondrions sans hésiter : non; le mal était le but, le secret, la fin; il n'y eut jamais rien de plus, rien de moins, sauf cette imprégnation démoniaque qui les rendait furieux et leur ôtait le sens et la raison \ » Il fut juridiquement établi qu'ils adoraient le démon, enchantaient les aliments, se servaient de Pythonisses, préparaient des maléfices horribles, évoquaient les morts.

Ce que nous avons dit des miracles des premiers gnostiques nous dispense d'insister sur les prestiges de leurs héritiers. D'ailleurs, il est douteux que nos adversaires cherchent des arguments contre nous dans les pratiques de cette secte abominable; on nous oppose plus volontiers les miracles des hérétiques postérieurs, des Protestants et des Jansénistes. C'est de ceux-ci qu'il faut parler maintenant. Les Mormons, qui forment une classe à part, ne doivent pas passer non plus inaperçus.

II. — Dans le protestantisme, les merveilles des Cévennes demandent spécialement notre attention. Mais ce ne sont pas les seules qui se soient produites au sein de

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