‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 71 sur 123 · Bévolution en philosophie, p · texte numérisé non relu

Bévolution en philosophie, p

r.E MRRVEILLKLîX DE SALON. 26n

On se persuade volontiers que les intelligences qui se manifestent par des « médiums » sont des intelligences célestes. L'horreur qu'inspire l'esprit du mal et un certain ton de religiosité fade, marque ordinaire des révélations du spiritisme, portent à croire que ces pratiques ont l'avantage inappréciable de mettre en rapport d'une manière sensible la terre avec le ciel. Mais on oublie que ces prétendues révélations contiennent toujours des erreurs, et des erreurs presque toujours monstrueuses ; que, si un incrédule revient à la religion parce qu'il a, dans ces expériences, touché comme avec la main le monde des esprits auquel il ne croyait pas, cinquante croyants s'aveuglent à côté de lui et perdent leur foi ; l'on ne veut pas comprendre que les anges sont des personnages trop graves pour venir du ciel, et sur l'injonction d'un initié quelconque, se mêler à nos jeux de société et se prêter à tous les caprices d'une curiosité puérile. L'évocation des anges est interdite aux hommes ; les anges peuvent-ils, eux dont la sainteté est aussi grande qu'elle est inaltérable, se rendre à des appels défendus et provoquer ainsi des violations nouvelles de la loi de Dieu ?

Les anges du spiritisme sont les anges mauvais. c^L'hcrreur du prêtre est le signe essentiel de l'obsession dénconiaque. » Ainsi parle le docteur Dunand. Cette horreur, lui, docteur Dunand, il l'a éprouvée tout le temps que, suivant l'exemple et négligeant les conseils de son ami le docteur Thouverey, il s'est livré à la pratique du magnétisme ; il en fut délivré par la bénédiction du prêtre. Cette horreur, il l'a constatée dans le baron du Potet, qui en donnait volontiers des preuves ; il l'a constatée dans la plupart de ceux qui font partie des sociétés de magnétisme, et qui, à certains jours, suivant M. Dunand, se réunissent pour appeler sur les prêtres les malédictions effectives des puissances de l'enfer. Nous pensons qu'en tout cela les bons anges n'ont rien à voir.

Mais le prince des magnétiseurs, le baron du Potet ne s'exagérait-il pas la valeur de sa profession lorsqu'il prétendait la confondre avec la magie ? Eliphas Lévi parle de cet art occulte dans les termes suivants^ : «La longueur et ftiême la perpétuité de la vie, l'atmosphère et ses orages, la terre et ses filons métalliques, la lumière et ses prodigieux mirages, la nuit et ses rêves, la mort et ses fantômes, tout cela obéit au sceptre royal du mage. L'adepte se fait roi des éléments, transformateur des métaux, arbitre des visions, directeur des oracles... Voilà la magie dans toute sa gloire. » Hélas ! cette gloire est peut-être l'ambition des malheureux que l'on a nommés magiciens; mais ce n'est qu'une vaine ambition, jamais satisfaite et se terminant invariablement à la plus hideuse misère. Nous ne nions pas que bien des magnétiseurs et des spirites, que le baron du Potet lui-même et ses associés ne se soient bercés de ces chimères: on en trouve des signes dans leurs écrits. Sous ce rapport, ils sont magiciens, ou, en d'autres termes, à moitié fous. Mais la magie ne va pas sans un cortège de crimes et d'infamies, condition essentielle des faveurs de l'enfer. C'est là ce qu'il y a de plus réel dans la magie, et nous sommes loin de penser que les adeptes du magnétisme touchent même du bout du doigt à ces horreurs. Le merveilleux de salon est trop décent pour aller jusque-là. Ceux qui en sont curieux ont seulement le tort, plus ou moins conscient, de se familiariser avec le maître des magiciens et de s'exposer ainsi aux dangers les plus redoutables, dont le plus grand n'est pas de perdre la raison, bien que la folie et d'autres névroses soient souvent le résultat de ces pratiques téméraires.

l. Hisi, de la MagiCf latroduction. Eliphas Lévy est le pseudonyme d'un abbé Constant, prêtre défroqué, qui fut, autant qu'il pouvait l'être, le premier mari d'un bas bleu, Claude Vignon, devenue depuis la femme d'un des ministres de la république. L'abbé Constant est mort réconcilié à l'éslise.

Serait-il nécessaire, après tout ce que nous avons dit, de montrer combien est peu raisonnable le rapprochement que plusieurs se permettent d'établir entre le spiritisme et le miracle ?

Sans entrer dans l'étude de la différence essentielle qui met entre les deux ordres de phénomènes une opposition aussi forte qu'entre la lumière et les ténèbres, les uns étant des effets de la toute-puissance qui domine la nature et ses lois, et les autres n'étant que de misérables prestiges, nous pouvons remarquer en ceux-ci deux ou trois caractères extérieurs qui les rendent manifestement indignes de Dieu et qui, par conséquent, préservent quiconque a le moindre bon sens de commettre des confusions dangereuses.

D'abord, le spiritisme relève directement du charlatanisme, non qu^il soit toujours supercherie de la part du spirite, mais parce qu'il est fait pour les tréteaux. Son but est de contenter la curiosité, d'amuser : il est stérile pour le cœur et surtout pour l'esprit. Ostentation vaine et puérile, tel est son premier caractère.

En second lieu, le spiritisme est une profession qui a son apprentissage et, par conséquent, ses pratiques déterminées. Cet apprentissage et ces pratiques, tout matériels, sont la condition indispensable du succès : on ne réussit' pas, si l'on ne s'y soumet pas ; mais, en les observant, on est ordinairement sûr du résultat : c'est un véritable métier. Or, rien n'est plus contraire à l'essence du miracle que d'être une œuvre de métier. Le miracle ne se fait pas comme un soulier, ni même comme une statue. C'est une œuvre au dessus de la nature, laquelle vient en définitive et ne peut venir que de l'auteur de la nature. N'est-il

pas ridicule dépenser qu'il y a un métier que le premier venu peut apprendre et qui donne à ce premier venu la faculté de s'élever au-dessus des conditions de la nature suivant son bon plaisir?

Enfin, le spiritisme est ordinairement funeste, nous l'avons dit, soit moralement, soit physiquement, à ceux qui le pratiquent ou qui même seulement y prêtent leur concours. Le bon sens y fait naufrage aussi bien que la foi, et, comme la débilité du système nerveux est une condition de succès, la folie termine trop souvent des surexcitations anormales dont on s'est fait une sorte d'habitude. Mais le miracle, comme toutes les œuvres de Dieu, n'a jamais d'odieux résultats : il produit essentiellement le bien au moins indirectement.

Nous ne voulons pas insister davantage, ces observations doivent suffire. L'Eglise, instituée pour nous diriger à travers les hasards de la vie présente,ne pouvait manquer d'élever la voix et d'indiquer aux fidèles la conduite qu'ils ont à tenir en face du débordement, si l'on peut ainsi dire,de ce que nous avons appelé le Merveilleux de Salon; car ces pratiques sont dangereuses parce qu'elles sont séduisantes, et séduisantes parce qu'elles semblés innocentes et de pure curiosité. Nous croyons utile d'insérer ici au moins un passage d'une encyclique de la Sacrée Congrégation du Saint-Office, publiée en 1856. Il y est plus spécialement question du somnambulisme, mais le principe invoqué est d'une application générale,

« Ces femmes livrées aux prestiges du somnambulisme et de ce qu'on appelle la clairvoyance,au moyen de procédés qui ne sont pas toujours décents, se vantent de voir les choses invisibles, se permettent même de faire des discours sur la religion, prétendent évoquer les âmes des morts, en obtenir des réponses, découvrir ce qui est inconnu ou éloigné, et enfin ont la témérité de pratiqueras diverses superstitions de ce genre, en vue du gain qu'elles

espèrent pour leurs maîtres et pour elles par la divination. En tout cela, quel que soit le moyen qu'on y emploie, art ou illusion, comme on dispose de moyens physiques pour obtenir des résultats qui ne sont pas naturels, il y a tromperie absolument interdite, infectée d'hérésie, et scandale pour les bonnes mœurs. » Hinc somnambulismi et clarœ intuitionis, ut vocant, prœstigiis mulierculœ illœ gesticulationibus non semper verecundis abreptœ, se invisibilia quœque inspicere effutiunt, ac de ipsa religione sermones instituerez animas morluorum evocare, responsa accipère, ignota ac longinqua detegere, aliaque id genus superstitiosa exercereausutemerarioprœsumunty magnum quœstum sibi ac dominis suis divinando certo consecuturœ. In hisce omnibus quacumque demum utantur arte vel illusione, cum ordinantur média physica ad effectus non naturales, reperitur deceptio omnino illîcita et hœreticalis, et scandalum contra honestatem morum.

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