‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 73 sur 123 · I II · texte numérisé non relu

I II

Ce n'est pas seulement sur Timagination que la suggestion manifeste son influence : elle semble s'imposer invinciblement à la volonté, ce qui, dans la pensée de plusieurs, en fait une chose redoutable. « L'hypnotiseur» dit à « l'hypnotisé » d'accomplir tel acte qu'il lui désigne, et celui-ci obéit comme un automate. On dirait que la volonté de ce dernier est en quelque sorte un prolongement de la volonté de celui qui commande, ou plutôt un ins-

1 Tout ce que nous disons ici nu sujet de l'aclion à distance est un résumé du compte-rtindu de la Société de Biologie, séance du 25 juillet 1886, publié par la Revue de l'Hypnotisme, i'^août i886.

trument docile de tous ses caprices. Est-il possible qu'un homme soit dépouillé de son libre arbitre par un autre homme? Et, s'il en est ainsi, n'est-ce pas là une source toujours ouverte aux plus épouvantables abus ? Quant au fait, il est bien établi que « la suggestion » peut pousser à tous les crimes un malheureux somnambule. Mais, d'autre part, comme tout se compense ici-bas, il paraît que le même moyen a été utilisé pour obtenir les résultats les plus louables, par exemple, pour forlifier des volontés chancelantes, viciées ; on est parvenu à corriger, chez des enfants, certains défauts contre lesquels les moyens ordinaires avaient échoué. Bien plus, le docteur A. Voisin assure qu'il a pu de la sorte dompter plusieurs vésanies, ramener plusieurs fous au bon sens. Il est même des maladies que des médecins auraient guéries en « suggérant » au malade avec fermeté que son mal était fini. Mais nous reviendrons sur ce point quand nous aurons dit un mot de l'état de veille qui suit le sommeil hypnotique.

Régulièrement parlant, « Thypnotique » éveillé semble avoir perdu tout souvenir de ce qui s'est passé pendant son sommeil. Il s'en souvient seulement lorsque « l'hypnotiseur » lui en a donné l'ordre sous forme de suggestion. Le réveil ne brise pas sa dépendance de la suggestion. Les hallucinations, les impressions, les désirs qui lui ont été annoncés pendant son sommeil, il les éprouve à l'heure dite, bien que ses facultés paraissent avoir recouvré leur état normal. On lui a dit qu'il recevra la visite d'un ami, il croit voir cet ami; qu'il assistera à un repas, il y assiste et y mange imaginairement ; qu'il entendra la musique d'un ré'^iment sous sa fenêtre, il Fentend et voit le défilé des soldats ; qu'il donnera un coup de poing à son gardemalade; il le donne ; et ainsi du reste. Il faut seulement observer que, lorsqu'il accomplit un acte qui lui a été imposé, il n'a pas de motif pour le faire : il cède à une impulsion intérieure et aveugle.

Nous allons maintenant rapporter dans tous ses détails un fait où Ton voit parfaitement jusqu'où s'étend la dépendance de la volonté soumise à la « suggestion. » Le narrateur est M. Foureaux, avocat, qui a publié son récit dans les Archives de V Anthropologie criminelle. Il raconte une expérience qu'il a vue de ses yeux et où il a pris une part notable K Le sujet est précisément la personne qui a fourni l'expérience du vésicatoire par suggestion.» Une fois endormie, dit M. Foureaux, de la façon la plus complète et la mieux contrôlée, je lui ai enjoint de revenir le lendemain à telle heure, de s'introduire furtivement chez M. Focachon, prenant garde d'être aperçue, de voler un bracelet dans une armoire que j'indiquai, et de me l'apporter chez moi secrètement, après différents circuits destinés à me garantir de tout soupçon de connivence. J ajoutais qu'en aucun cas elle ne devait ni m'accuser ni me trahir.

« On ne se douterait pas de la ponctualité mise à l'exécution de mes ordres, encore moins de, l'adresse stupéfiante avec laquelle le vol fut commis en ma présence, car je guettais, caché derrière une porte vitrée. A l'heure dite, les détours faits, cette fille se présentait chez moi, où j'étais revenu, et tirait de sa poche, avec des précautions infinies, le bijou que j'avais exigé.

« Le soir même, M. Focachon l'endormait à nouveau. Entre eux s'engageait alors devant nous le dialogue suivant : — Un bracelet a été dérobé chez moi aujourd'hui. Vous devez savoir par qui. — Comment voulez-vous que je le sache? — Vous ne devez pas l'ignorer. — Pourquoi? — Parce que je suis sûr que vous connaissez le voleur. Nommez-le-moi. — Je ne peux pas! — Je le veux. -- Puisque je vous dis que je ne peux pas. — Vous savez bien cependant que vous n^avez pas de volonté ici. Il n'y

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