‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 74 sur 123 · Bévue de l'Hypnotisme, i" juillet 1886; p · texte numérisé non relu

Bévue de l'Hypnotisme, i" juillet 1886; p

en a qu'une, la mienne. Obéissez! (Après une résistance muette et avec un effort visible.) Eh bient c'est moi! — Ce n'est pas possible! — Si, c'est moi! — Vous n'êtes pas capable d'une pareille action. Il faut qu'on vous ait forcé de la commettre? — Non. — Vous n'avez certainement pas fait cela de vous seule?— Si! — Je ne vous crois pas.

— Eh bien, non. — Par qui alors? — Oh! ça, je ne vous le dirai pas. — Je l'exige pourtant! — Jamais! — Je vous ordonne de me le dire. — Ça m'est égal! Je renoncerai plutôt à ma vie. Je le regretterai, car vous me faites du bien, mais je ne dirai jamais ça. »

Et, malgré toutes les instances, à l'encontre des injonctions les plus autoritaires, elle tint bon et refusa toute révélation. « L'hypnotiseur » est convaincu cependant qu'en multipliant ses ordres, il serait parvenu à lui arracher son secret, ayant en maintes circonstances vaincu des refus aussi prolongés et non moins opiniâtres.

Après M. Focachon, M. Foureaux prend la parole :

— « J'ai à me venger de quelqu'un. Voulez-vous m'aider?

— Tout de suite. — Vous savez que M. Z. est mon ennemi. — Je crois bien! — Alors vous allez le dénoncer; aussitôt évei]]/'?, vous écrirez au juge de paix de Charmes pour lui dire que vous avez été accusée ici du vol d'un bracelet, mais que vous êtes innocente, que le coupable est M. Z. et que vous l'avez vu commettre ce vol. — Mais, ce sera faux, puisque c'est moi qui ai pris le bracelet. — N'importe, vous écrirez cela. — Soit, mais ce n'est pas vrai. — Si, c'est vrai; car vous êtes trop honnête tille pojir avoir volé, ce n'est pas vous... vous m'entendez bien! Ce n'est pas vous, je vous dis que ce n'est pas vous! (Avec conviction.) Mais non, ce n'est pas moi ! — C'est M. Z. qui est le voleur, vous l'avez vu. — (Avec énergie.) Oui, je l'ai vu. C'est lui! — Vous allez l'écrire au juge de paix tout de suite, il faut que je le dénonce.

« Et, dès son réveil, persuadée de la vérité entière de sa*

dénonciation, elle rédigeait, cachetait et affranchissait séance tenante et spontanément une lettre au juge de paix, et qu'elle allait porter à la poste quand on la rendormit pour l'en empêcher. Cette lettre est entre nos mains. » M. Foureaux en donne le texte, que nous croyons inutile de reproduire. L'avocat continue de la sorte :

« Maintenant elle a tout oublié et serait la première étonnée si on lui racontait cet épisode ; mais, pour peu qu'on le lui eût suggéré, elle ne manquerait pas de se rendre, aussi bien dans quinze jours ou un mois d'ici, devant un tribunal quelconque pour déposer, sous la foi du serment et avec la plus entière sincérité, au sujet de ces mêmes faits dont le magnétisme lui aurait imposé l'hallucination persistante. »

Nous croyons avoir rappelé ce que les phénomènes hypnotiques présentent de plus étrange. Il est temps d'en essayer l'explication.

Faisons-nous d'abord une idée bien exacte de l'hypnotisme.

Sauf la manière d'amener le sommeil, tout se passe dans l'hypnotisme comme dans le magnétisme *. Les phénomènes ne sont jamais spontanés, ils sont toujours provoqués, et provoqués par un agent distinct du sujet. Lorsque celui-ci est endormi, « l'hypnotiseur» se sert, pour ses prodiges, d'un procédé dont la souplesse et la fécondité sont illimitées. Ce procédé est ce qu'on appelle : « la suggestion ». Il consiste à tromper l'hypnotique endormi, à lui faire accroire tout ce qu'on veut au moyen d'une affirmation catégorique. La conviction se produit alors comme par enchantement dans l'esprit du « sujet » endormi, et fait naître à son tour certains phénomènes qui en sont la conséquence naturelle. Ainsi, dès que l'hypno-

* Il semble pourtant, si Ton en croit cortains auteurs, que l'hypnotisme ne prépare pas le sujet aux suggestions à distance.

tique est convaincu qu'il voit, qu'il veut telle chose, il se conduit exactement comme s'il voyait, s'il entendait, s'il éprouvait cette sensation, s'il voulait cette chose; bien plus, ce qui lui a été indiqué par un seul mot, il en achève l'image, le jeu, l'évolution. La parole de « l'opérateur » est si efficace, que le phénomène suggéré s'accomplit à l'heure marquée, soit pendant le sommeil, soit à l'état de veille, à une époque même éloignée.

On le pressent déjà, c'est la conviction du « sujet » qui est ici le grand, l'unique thaumaturge. Elle a cela de particulier chez « l'hypnotique », qu'au lieu de suivre son objet, d'en être l'effet, elle le précède et le fait naître dans la mesure du possible. Cet objet est tantôt une résolution de la volonté, laquelle détermine fréquemment à son tour des mouvements extérieurs destinés à la réaliser; tantôt des hallucinations avec des émotions qui en sont la conséquence et qui déterminent des troubles nerveux de diverses sortes. Deux questions se présentent au sujet de la conviction hypnotique : il importe d'y répondre. Gomment une telle conviction peut-elle naître naturellement? Gomment peut-elle produire son objet? Il nous semble que la réponse à cette double question résoudrait assez bien le problème de l'hypnotisme.

1° — La conviction de Ihypnotique est de même ordre que la crédulité de quiconque rêve endormi. La distinction du vrai et du faux, du réel et de l'imaginaire, est un acte de la raison attentive qui prononce sur la valeur des signes extérieurs des choses. Dans le sommeil, l'attention est amoindrie et paralysée au point de rendre impossible le mouvement de Tintelligence nécessaire à la comparaison. L'esprit alors n'est point suffisamment armé pour refouler l'apparence dans la fiction, et il croit à la réaUté du faux par l'impuissance où il est d'y opposer le vrai ; car, il ne faut pas l'oublier, l'affirmation précède essentiellement la négation : l'affirmation est l'état na-

turel de l'intelligence, la né^^ation est un accident K Le sommeil hypnotique ne diffère pas au fond du sommeil ordinaire. Si l'hypnotique conserve l'exercice plus ou moins restreint de quelqu'une de ses facultés conscientes, il doit, comme tout dormeur qui rêve, être livré à la plus complète crédulité. Donc, si quelque chose lui arrive par le sens de Pouïe, il ne manquera pas de l'accueillir comme absolument vrai, surtout si c'est la parole d'une personne connue de lui, celle d'un savant, d'un bienfaiteur, d'un ami. Ce n'est pas cette foi candide qui doit surprendre; ce serait au contraire la résistance de l'intelligence du dormeur qui serait inexplicable, cette résistance ayant l'état de veille pour condition et même pour effet : chacun sait que le sommeil commence à se dissiper dès qu'on se dit : « Mais il me semble que je rêve. »

N'oublions pas que le sommeil est divisible : il nait peu à peu et les facultés s'engourdissent les unes après les autres. Celle qui donne le signal est ordinairement l'attention volontaire; alors on parait encore éveillé, et cependant on dort déjà. Or, c'est l'engourdissement de l'attention volontaire qui produit la crédulité et rend la suggestion possible. Aussi n'est-il pas rare de rencontrer des cas de suggestion dans l'état de sommeil commencé. C'est, si nous ne nous trompons, ce qu'on appelle improprement la suggestion à Vétat de veille. Le sommeil qui fmit présente assez souvent un ordre symétrique : c'est

1 On niera peut-être que le jugement soit toujours engourdi pendant le sommeil. 11 n'en e?t pas moins vrai i^ue sa liberté est alors amoindrie notablement et qu'il n'a plus assez d'indépendance, d'attention pour prononcer entre ce qui est réel et ce qui est imaginaire. 11 importe peu que ce fait souffre des exceptions : tel qu'il est, il nous permet de comprendre pourquoi « l'hypnotisé » croit tout ce qu'on lui dit, et cela suffit ici.

« Le sommeil provoqué à son plus haut degré est caractérisé par l'impuissance de faire des efforts d'attention et de volonté. » D'- Liébeault. Revue U'Hypnot. n° 7, p. 199.

TattentioTi volontaire qui s'éveille la première et fait l'office de réveil-matin.

La conviction de l'hypnotique diffère de celle du simple dormeur par la fermeté et, si l'on peut ainsi dire, par 1 intensité. Cela tient, à notre avis, à l'anomalie actuelle de ses fonctions nerveuses. Chez le dormeur ordinaire, la résolution du système nerveux est à peu près la même dans toutes les parties de ce système. Chez l'hypnotique, les nerfs, beaucoup plus excitables, ne sont pas également plongés dans le sommeil. Tandis que certains appareils sont comme frappés de léthargie, d'autres au contraire sont dans un état assez voisin de la veille. Leurs opérations sont seulement privées du concours d'autres opérations ordinairement associées. Cette privation n'est pour elles qu'un défaut de règle qui ajoute au lieu de rien ôter à leur élan. Tel, un cheval qui n'est plus tenu par la bride s'emporte en courses folles.

S^* — Il est donc établi qu'on peut faire croire à un hypnotique tout ce qu'on veut, et cela le plus naturellement du monde. Reste à expliquer comment la conviction ainsi produite, crée ce qu'elle croit.

S'il s'agit de l'efficacité de la conviction sur la volonté, rien ne nous semble plus simple. On dit à une personne hypnotisée : « Vous voulez manger, vous voulez danser; » aussitôt elle croit qu'elle veut manger, qu'elle veut danser; la volonté de manger, de danser vient se placer spontanément sous cette conviction. La volonté contraire, ou même la seule indifférence de la volonté, ne se comprend plus. La parole de l'hypnotiseur fausse au moment oîi il la prononce, est vraie dès qu'elle est achevée. C'est quelque chose de semblable à ce qui se passe lorsqu'on fait rougir un sujet très impressionnable en lui affirmant qu'il rougit. Seulement, dans le cas d'hypnotisme que nous examinons, il s'agit de facultés plus hautes et où la lumière de la conscience pénètre mieux et a beaucoup plus d'efficacité.

Rien n'est donc si facile que de diriger la volonté d'une personne, lorsque son état physiologique permet de lui faire croire tout ce que l'on veut. La direction de la volonté une fois imposée, les mouvements matériels nécessaires à l'exécution de la résolution viennent tout seuls.

Jusqu'ici, tout parait de la plus grande simplicité, la volonté n'ayant besoin que d'elle-même pour se mouvoir. La difficulté commence lorsque la résolution préparée par l'hypnotiseur ne se manifeste qu'à l'état de veille, à un intervalle plus ou moins long de la suggestion. Car alors il semble que l'attention libre et l'oubli doivent avoir totalement troublé l'efficacité de la conviction, qui n'est plus ou qu'un rien peut détruire. Mais nous réserverons quelque temps encore la solution de ce doute.

La conviction suggérée qui porte sur des souvenirs ordinaires rappellera naturellement ces souvenirs. Un mot dit à propos en suscitera toute la chaîne, suivant les procédés ordinaires de notre esprit, avec cette différence que l'état d'excitation nerveuse de l'hypnotique rend le phénomène plus saillant, plus vif. Une fois le mouvement donné, l'imagination peut broder sur ce fond, y ajouter des détails purement fictifs, auxquels l'hypnotique attribue la réalité du fond.

C'est ainsi que les conteurs de profession finissent par croire eux-mêmes intégralement des histoires qu'ils ont en partie inventées. Les hallucinations ne sont guère plus surprenantes. Elles résultent d'une imagination surexcitée et trompée. Les représentations de l'imagination à l'état normal offrent des tons pâles, des contours vaporeux, à peine exquissés. Mais, quand les nerfs vibrent fortement dans l'état de crise, les images mentales s'illuminent, se colorent avec avec éclat, se dessinent avec précision, s'accusent avec force, prennent en un mot l'aspect des images que les objets réels impriment dans les sens ; elles se convertissent en hallucinations, c'est-à-dire en des sensations

purement subjectives, en des sensations dont l'objet est sans action actuelle sur les sens.

Ici, une remarque bien importante viendra fort à propos. L'imagination ne crée jamais ses matériaux : elle les prend dans les magasins de la mémoire. Ses représentations sont des images de sensations déjà éprouvées, ou des combinaisons formées avec des éléments sensibles détachés de ces images. Mais, alors même, ces combinaisons ne peuvent représenter un objet réel, à moins que cet objet n'ait été précédemment connu au moyen des sens. Ainsi la suggestion la plus adroite ne parviendra jamais à mettre dans l'imagination d'un Parisien qui ne connaît d'autre montagne que celle de Sainte-Geneviève, d'autre désert que le Champ de Mars, l'image de Tombouctou, ou celle du pic de Ténériffe. Ce Parisien, dans le sommeil hypnotique, mettra des baraquements dans une plaine, il élèvera une colline jusqu'aux nuages, ou bien créera quelque autre chose dans ce genre; jamais il ne verra l'image vraie de Tombouctou ni celle de Ténériffe. Ce serait tout autre chose si la suggestion le conduisait aux Tuileries, à Notre-Dame, dans sa rue. Il y a là un obstacle que ni l'imagination de Thypnotique ni l'art de l'hypnotiseur ne franchiront jamais : tout objet individuel que les sens n'ont pas atteint au moins une fois, est au-dessus de leur puissance. S'il est donc des cas où l'hypnotique saisisse par son imagination un objet individuel qu'il n'a jamais perçu par les sens, il ne faut pas hésiter à le déclarer, le phénomène est en dehors des procédés ordinaires de la nature, il n'est pas naturel ^

* Nous parlons ici cV hallucinations, comme il est d'usage parmi ceux qui s'occupent d'hypnotisme. Cependant les troubles visuels de l'hypnotisé sont plutôt des illusions, c'est-à-dire des déformations subjectives de perceptions réelles. Bien des expériences ne permettent pas d'admettre qu'il en soit autrement. Du reste il est facile d'expliquer ainsi des particularités inexplicables dans Thypothès^e de l'hallucination. Ainsi l'image que l'hypnotisé croit percevoir suit

Il faut en dire autant proportion gardée, des faits qui se rapportent à Tintelligence. Il n'y a pas de procédés naturels qui donnent la science infuse. Si l'hypnotique fait preuve de quelque connaissance nouvelle et instantanée, ce n'est pas un effet de l'hypnotisme. Les plus belles théories du monde n'y font rien : pour apprendre quelque chose, notre esprit a besoin de temps et doit suivre la voie tracée par la nature. Nous ne parlons pas des déductions qu'une intelligence surexcitée peut tirer avec promptitude de principes déjà connus.

Parallèlement aux hallucinations, l'hypnotisme provoque des phénomènes tout opposés. Au lieu de faire sentir vivement ce qui n'est pas, il empêche de sentir ce qui est. Si l'on suggère à l'hypnotique endormi qu'à son réveil il ne verra pas une personne qu'on lui désigne ; éveillé, les yeux ouverts, lorsque tous les autres objets visibles sont perçus par lui normalement, il reste aveugle pour la personne désignée, quoiqu'elle soit présente, se mette devant ses yeux, l'interpelle, le touche, le pince : elle n'est pour lui ni cause, ni objet d'aucune sensation. L'explication de l'hallucination ordinaire ne suffit plus, il faut chercher autre chose.

On doit au D' Bernheim une observation très curieuse, où nous espérons trouver la solution du problème. Ce savant a constaté que Vamaurose unilatérale des hystériques a sa

les déviations du prisme, grossit à travers une lentille convexe, se rapetisse à travers une lentille concave. Ajoutons que l'organe de la vision est réellement affecté, et se trouve soumis à la loi des couleurs consécutive-:. 11 subit à la fois l'action de l'objet sensible et l'action de l'imagination, d'où résulte une image réelle dans le sens et fausse par rapport à l'objet, quoiqu'elle contienne quelques éléments de cet objet.

cause, non dan s un désordre organique, mais dans une disposition mentale. Au moyen d'une expérience aussi simple qu'ingénieuse, il démontre que l'œil par lequel l'hystérique ne voit pas, accomplit régulièrement sa fonction. Voici cette démonstration : — Une série de six lettres en blanc est tracée sur un tableau noir, puis on recouvre trois de ces lettres dun verre rouge et les trois autres d'un verre vert, mais de telle sorte que le rouge et le vert alternent. A l'œil nu, on voit les six lettres alternativement rouges et vertes. Si maintenant, on prend des lunettes dont l'un des verres soit rouge et l'autre vert, et que l'on regarde des deux yeux, la science démontre qu'en vertu des principes de l'optique les trois lettres rouges devront être vues à travers la lunette rouge, et les trois vertes à travers la lunette verte ; toutes les six devront donc être vues, et c'est en effet ce qui a lieu. Mais, si on ferme un œil, on ne verra plus qu'à travers la lunette de l'autre œil; alors trois lettres seulement seront vues : ce seront celles qui enverront leurs rayons à travers une même couleur. Les trois autres se trouvent séparées de l'œil ouvert par deux verres de couleur différente, celui qui les recouvre et celui par où l'on tâche de les voir. Or, deux verres de couleurs différentes superposés, surtout si ces couleurs sont le rouge et le vert, forment un système opaque : l'œil perçoit du noir. Il s'ensuit que ces trois lettres devront être invisibles, et c'est encore ce qui a lieu. Donc en fermant un œil on ne voit plus que trois des six lettres. Telle est la condition du borgne. En bien ! l'on fait l'expérience sur le borgne hystérique, sans lui dire ce qu'on se propose, bien entendu, il voit les six lettres ayant les deux yeux ouverts. Il voit donc des deux yeux; l'œil malade remplit donc chez lui ses fonctions physiologiques. La cause qui Tempêche de voir, ayant été, pour ainsi dire surprise dans son jeu, n'a pas su remplir son rôle : une telle cause ne peut être que d'ordre mental. Un peu de psychologie est nécessaire pour comprendre

ce singulier phénomène, La sensation a deux instants bien distincts. Dans le premier, l'objet agit physiquement, sur des milieux, sur l'organe, sur le nerf de l'organe, où il forme son empreinte et détermine un phénomène à la fois matériel et vivant, matériel parce qu'il est dans le corps et vivant parce qu'il est dans un corps vivant : ici la sensation va du dehors au dedans, elle est passive dans le sujet sentant. Mais à peine ce premier phénomène est-il accompli, que l'activité sensible de l'àme réagit, se porte du dedans au dehors et saisit activement à sa manière l'objet du sens qui fait en elle son impression. On comprendra bien ce que nous voulons dire, si l'on fait attention à la signification de ces expressions : s'' appliquer à entendre^ à voir, à toucher ; écouter, regarder, palper. Alors l'activité propre de l'àme dans la sensation est clairement consciente. Or, dans toute sensation clairement aperçue, il y a au moins un commencement d'app/icar^ow, et c'est cette application qui, d'après nous, achève la sensation et la rend nettement consciente. Voilà pourquoi, qui n'en fait journellement l'expérience? une distraction empêche de voir un objet placé devant les yeux et parfaitement éclairé. Il arrive même qu'une direction maladroite de l'attention suffit pour empêcher de voir, et l'on se donne beaucoup de peine pour trouver un objet que l'on a sous la main. Chez l'hystérique, le défaut d'application du sens ou le défaut de direction de cette application est durable et non accidentel, et de plus il résulte d'un trouble réel du cerveau. C'est pour cela, croyonsnous, que des groupes de sensations sont pour lui comme si elles n'étaient pas : il ne les achève pas et il les laisse, par un effet de la maladie, dans la première pénombre. Elles sont, derrière un voile, invisibles et présentes.

Ainsi, l'analyse et l'observation du D' Bernheim, complétée par quelques autres faits psychologiques, démontre que les sens, pour s'exercer d'une manière pleinement

consciente, réclament l'intervention de la volonté qui les applique, au moins avec un commencement d'effort, à leur objet. Mais la volonté dans l'hypnotisme, nous l'avons déjà remarqué, dépend intimement de la conviction, de telle sorte qu'on voit quand on est convaincu qu'on voit, et qu'on ne voit pas quand on est convaincu qu'on ne voit pas. Voilà, si je ne me trompe, notre problème résolu. L'hypnotique à qui l'on dit qu'il ne verra pas telle personne à son réveil, est absolument persuadé qu'il aura perdu la faculté de voir cette personne. Par suite de cette conviction, pourra-t-il faire cet effort d'application sans lequel il n'y a pas de vision consciente ? Gela nous paraît absolument impossible. Il se passe en lui quelque chose d'analogue à ce que l'on observe dans l'hypnotique qui a perdu le sens musculaire, et qui n'est point paralysé. Celui-ci est incapable de remuer les membres dans l'obscurité, quoiqu'il les meuve très facilement quand il y voit. Une disposition mentale qui est indispensable, la conscience même du mouvement, lui fait alors défaut. L'hypnotique éveillé a sa volonté paralysée dans une direction par la direction contraire de la conviction. C'est pour cela que, en présence de la personne désignée, il ne reçoit de cette personne que des commencements de sensation ; que, lui-même n'achevant jamais ces rudiments, il n'a de fait jamais véritablement conscience des impressions qui lui viennent de ce côté, et qu'il ne se doute pas qu'il la voit, l'entend, la touche et en est touché.

Il nous reste encore à expliquer comment la suggestion peut avoir son effet à l'état de veille, c'est-à-dire lorsque, les facultés paraissant pleinement éveillées, la tromperie semble impossible. Un mot nous semble devoir y suffire»

Disons d'abord que, soit faiblesse d'esprit d'une part, soit grande et légitime autorité de l'autre, des circonstances se présentent où la suggestion a toute son efficacité sans passer par aucune crise, par aucune période de sommeil, à l'état de veille. La chose paraîtra toute naturelle à quiconque aura bien compris l'influence dominante d'une conviction sur les facultés psychologiques et les puissances physiologiques subordonnées. C'est là une des principales forces des instituteurs de la jeunesse, des médecins eux-mêmes : ils opèrent des merveilles dès qu'ils ont conquis une pleine confiance.

Le sommeil hypnotique est un moyen physique de faire naître une confiance aussi absolue. Mais, de plus, il a le caractère d'une crise nerveuse. Or, il est d'expérience que, dans l'état de crise, le malade peut prédire à coup sûr le retour de sa crise. Est-ce une prévision, une vue de Tavenir ? Assurément non. Mais le malade, en faisant sa prophétie, à laquelle il croit fermement, dispose tellement ses facultés que le moment venu, son imagination leur donne la secousse qui fait éclater la crise. N'est-ce pas ainsi qu'on se réveille à l'heure qu'on a choisie avant de s'endormir ?

Il y a, nous le savons bien, une difficulté sérieuse à cause de l'oubli qui semble occuper l'intervalle entre les deux crises. Mais, à notre avis, cet oubli n'est qu'apparent; nous irions même jusqu'à nier l'oubli. Les connaissances de l'àme ne s'évanouissent pas à mesure qu'elle les acquiert. Elles lui sont toutes semblablement présentes, une fois qu'elle les a acquises ; elles sont comme quelque chose d'elle-même. Seulement, il lui est impossible de les considérer toutes à la fois, d'en avoir également conscience. Diverses causes les ramènent devant l'œil de cette faculté, qui est l'attention. Parmi ces causes, se trouve la résolution de remarquer l'arrivée d'une sensation prévue, telle que le bruit d'une sonnerie, l'appel d'une

voix amie, l'apparition d'un objet déterminé, etc. Les faits démontrent d'aillem^s que, si le point de repère ne se présente pas, la crise annoncée n'a pas lieu. Tout cela est affaire d'expérience, et suppose dans Tesprit une sorte de tension sourde, continue, une attente légèrement consciente . L'émotion qui accompagne la sensation prévue est comme la détente qui cause une explosion. On s'en montre surpris parce qu'on n*y pensait pas, dit-on, mais on s'y attendait*.

Maintenant, nous croyons qu'il est permis de considérer l'état oii se trouve l'hypnotique qui réalise une suggestion précédemment reçue, comme une nouvelle crise. Ce n'est pas une crise complète, c'est une crise partielle. Personne n'ignore aujourd'hui que le cerveau n'est pas un organe, mais une collection d'organes. Ces organes cérébraux ne fonctionnent pas nécessairement tous à la fois. Grâce à leur indépendance réciproque, ils peuvent être affectés séparément par des états morbides. Le sommeil hypnotique qui est un état morbide, peut donc tomber sur certains de ces organes et laisser les autres plus ou moins à leurs fonctions. Rien n'empêche, par conséquent, de penser que l'hypnotique est rentré partiellement en crise au moment où il accomplit une suggestion reçue à une époque antérieure. Mais, alors, on le comprend, tout s'explique comme dans la première crise, qu'on pourrait appeler la crise mère. C'est encore la conviction qui est ici le grand thaumaturge, avec cette seule différence qu'elle est rappelée au lieu d'être produite à l'heure même ^.

Tout ce que nous avons dit jusqu'ici a eu pour obj<3t de dégager la cause des phénomènes qui ont lieu pendant

1. Le joli mot! On s'y attendait t On était arrivé déjà où I'oq se dirigeait; c'est la conscience qai devance et attend au terme l'inconscience. Il y a toute une philosophie dans cette expression.

2. Nous avons le plaisir de constater, dans la Revue philosophique

le sommeil hypnotique. Nous croyons avoir suffisamment établi que cette cause est «la conviction engendrée par la suggestion ». Il nous reste à préciser soigneusement l'action de cette cause, afin de reconnaître jusqu'où s'étendent et où s'arrêtent ses effets. Pour cela, nous avons à considérer l'efficacité de la « suggestion », puis l'efficacité de « la conviction. »

La suggestion a pour objet un acte d'adhésion de l'es-

(févrler i887), que nous nous sommes rencontré avec M. J. Delbœuf Ce savant a fort heureusement résumé notre commune théorie en ces termes : « Toute suggestion ou toute inionction pour l'accomplissement de laquelle on fixe une époque future, est censée formulée dans les termes suivants : * A tel moment vous vous endormirez, puis vous verrez ou ferez telle chose. » C'est cet ordre latent qui est cause de l'hypnose ultérieure, »

Une autre autorité, celle de l'expérience, est venu à son tour confirmer notre interprétation.

M. de Rochas, qui se livre depuis longtemps à l'étude de l'hypnotisme, raconte, dans le Cosmos du 24 septembre 1887, ce qui suit. Un jeune homme de dix-huit aus se prête ordinairement à s-^s expériences. Ayant reçu plusieurs fois pendant le sommeil artificiel des ortlres qu'il devait exécuter éveillé, il a fini par trouver le moyen de se soustraire à la nécessité d'obéir. « Il sait très bien reconnaître en se pinçant, s'il est sous l'influence d'une suggestion, car cet état est accompagné de l'insensibilité de la peau. « Ce sujet avisé fait disparaître le demi sommeil et la suggestion en se frottant le front quand il a de la réputinaQce à obéir. N'est-ce pas pour une raison semblable qu'on se frotte les yeux pour bien s'éveiller M. de Rochas ajoute en note : « Je rappelle que ma théorie de la suggestion m'a conduit à supposer que toute action tendant à rétablir la circulation cérébrale avait pour effet de supprimer la suggestion. L'expérience a confirraô cette hypothèse et montré qu'il suffisait à un sujet de se frotter vigoureusement la tête pour se remettre en son état naturel. On peut du reste reconnaître qu'un sujet agit sous l'influence d'une suggestion par la disparition de la sensibilité cutanée. » Ce fait, à notre avis, prouve indubitablement que le sujet, qui accomplit un ordre reçu dans le sommeil hypnotique, est retombé, partiellement du moins, dans une nouvelle crise de sommeil et que son éveil n'est qu'apparent.

prit. Elle a donc pour première condition d'être faite en termes qui soient compris par l'hypnotique. Il est évident que s'il ne comprend pas ce qu'on lui dit, l'hypnotique ne croira pas.

Comment l'hypnotique, par exemple, sera-t-il persuadé qu'il a devant lui un serpent, s'il ne sait pas ce que veut dire le mot serpent, ou si on lui nomme cet animal dans une langue inconnue? La suggestion, ne l'oublions pas, ne produit pas l'image hallucinatoire; son action s'épuise à prononcer certaines paroles. L'hypnotisé les entend et les croit, non parce qu'elles ont quelque vertu extraordinaire, mais à cause de certaines dispositions personnelles où les nerfs jouent un grand rôle. Il faut de toute T«écessité que l'hypnotisé comprenne ce qu'on lui dit, sans quoi l'effet attendu sera nul, ou viendra de quelque cause étrangère. Si donc on ne lui dit rien, ou si on lui parle dans une langue inconnue de lui, il est impossible que la conviction se produise ni que se manifeste aucune de ses suites.

Mais tout langage n'est pas articulé. Il peut y avoir dans les gestes de l'hypnotiseur, dans les préparatifs de son expérience, des signes, volontaires ou non, qui permettent à l'hypnotisé d'interpréter sa pensée. La conviction peut alors avoir lieu et produire ses effets II en est tout autrement, lorsqu'il n'y a point de signe qui arrive jusqu'à l'esprit de l'hypnotisé, qu'il ne voit rien de ce qui se passe autour de sa personne. Les effets que l'on observe alors ne résultent ni de la suggestion, ni de la conviction de l'hypnotisé. Mais nous reviendrons bientôt sur ce point.

Voyons maintenant ce que fait la conviction lorsque la suggestion l'a réellement fait naître. Et d'abord ce qu'elle produit sur la volonté.

Il importe de remarquer que l'acte de volonté qui suit la conviction hypnotique n'a rien de rationnel, c'est-à-dire'

n'est point déterminé par des motifs présentés à la raison. C'est plutôt le fait d'une impulsion semblable à l'instinct. L'hypnotisé veut, d'abord parce qu'il croit vouloir, puis parce qu'il veut déjà. Cette dernière forme est celle de l'entêtement ; elle nous explique pourquoi l'hypnotisé veut avec tant d'énergie. Quand l'entêtement permet aux motifs de se faire jour, alors on voit Thypnotisé hésiter et parfois même agir contrairement à la suggestion. La responsabilité pendant le sommeil hypnotique, reste ouverte en ce sens que l'hypnotisé a consenti à être mis dans un état où il perdrait la responsabilité de ses actes ; elle reste ouverte quand il est éveillé, dans la mesure même où il est éveillé, parce qu'il lui est possible alors de chercher et de trouver des motifs qui/'clairent sa conduite et brisent sa dépendance. L'entrainement qu'il éprouve n'est pas autre que l'impulsion ordinaire des passions ou des tentations^.

La conviction n'est pas l'agent immédiat des phénomènes qui s'accomplissent dans l'hypnotisme. Elle ne fait qu'exciter, mettre en branle les facultés d'où ces phénomènes procèdent, et qui n'ont pas besoin, pour agir, d'être appliquées détail par détail à leurs effets. Pour voir un lion fantastique, l'hypnotique n'est pas obligé d'appeler successivement l'image d'une gueule menaçante, d'yeux

* Voici un exemple pris sur le vif. Il s*agit d'un « sujet » de M. de Rochas, celui-là même dont il a été question dans une note précédente. Pendant une expérience, l'hypnotiseur lui dit : « Dans huit jours, vous me volerez l'encrier à ressort qui est sur ma table. » Benoît (c'est son nom) répond oui. Laissons maintenant la parole à M. de Rochas :

« Huit jours après, il vient chez moi, ainsi que je l'en avais prié à son réveil. Au bout d'une heure environ, je l'amène près de la table où était l'encrier; il le refzarde quelque temps à la dérobée, puis le prend, le tourne entre ses doigts tout en causant de choses et d'autres; tout à coup je le vois se frictionner vivement la tête d'une main, pendant que l'autre maintenant l'encrier se dirigeait vers la

LE MERVEILLEUX DES CLINIQUES. âÔ3

flamboyants, d'une crinière hérissée, d'une queue qui s'agile avec fureur, d'un corps ramassé comme un ressort et prêt à bondir; il suffit que le nom du fauve soit prononcé avec l'affirmation de sa présence : la crainte rappelle aussitôt et d'un seul coup l'image de la bête féroce du fond de la mémoire. Mais, d'autre part, si l'hypnotiseur se servait d'un mot inconnu pour désigner le lion, ou si l'hypnotisé n'avait jamais vu un lion au moins en peinture, il est bien sûr que son imagination, fût-elle surexcitée au delà de toute mesure, ne lui montrerait rien qui ressemblât à cet animal.

Cette considération a une portée générale. Nous ne savons pas comment les nerfs sont soumis à nos facultés supérieures, ni comment ils agissent. Les médecins euxmêmes pourraient-ils nous décrire le jeu de tout ceux que nous mettons en mouvement, avec une si admirable pré" cision, pour parler, pour prononcer une série de mots que nous avons choisie? C'est un instrument infiniment ingénieux, dont nous connaissons l'usage sans en connaître le mécanisme. Ce que nous disons de l'organe de la parole s'applique de mille manières aux phénomènes organiques. Sauf ces fonctions sans lesquelles la vie végétale et animale ne pourrait évoluer, tout a besoin d'une sorte d'éducation, même dans notre corps. L'éducation n'est pas toujours

poche de sa redin^rote ; puis, tout ému, la figure rouge et la parole tremblante, il retire cette main, pose l'encrier sur la table et s'écrie : « Enfin! je croyais que je n'en pourrais pas venir à bout. » — Il me raconte alors que, depuis son arrivée, il convoite de f œil cet encrier, se disant qu'il serait bien commode pour lui, et résistant à l'envie de le prendre, et de le prendre sans qu'on le vît; que lorsqu'il avait été à portée, il avait voulu au moins le regarder de plus près, et que, dès qu'il l'eut dans la main, cette main se dirigea vers sa poche par un mouvement involontaire. Effrayé de la faute qu'il allait commettre, il se hâta de se frotter le crâne pour faire partir la suggestion, s'il y en avait une. Il ne put y arriver qu'avec beaucoup de peine. » — Les forces non définies, p. 219.

savante ; il suffit souvent qu'une cause extérieure adapte les nerfs d'une façon convenable pour produire tel effet déterminé : l'effet ne sera jamais produit, ni reproduit sans cette adaptation préalable. L'intervention de l'intelligence et de la volonté n'est pas toujours nécessaire pcrur cette œuvre d'adaptation : des agents inconscients peuvent y suffire. Ajoutons que, dans beaucoup de cas, les facultés supérieures seraient absolument impuissantes. Ce qu'elles peuvent, c'est de rappeler, grâce à certaines émotions, des états nerveux analogues, pourvu que l'adaptation matérielle ait été déjà préparée; et bien souvent, le phénomène actuel n'a pas d'autre cause. Faisons nous comprendre par des exemples.

L'ipéca produit ses effets en disposant d'une certaine manière les nerfs de l'estomac, du diaphragme, etc. Dites à une personne qui n'a jamais fait usage de cette substance et qui en ignore les effets, d'en produire les symptômes ; elle n'y réussira jamais : l'éducation des organes n'est pas faite. De même si, ayant précédemment éprouvé l'efficacité de l'ipéca, elle en ignore encore le nom, vous aurez beau prononcer ce nom devant elle, lui faire croire que vous lui en administrez, elle n'en ressentira ni la saveur ni la force purgative. Ce sera tout autre chose, si l'expérience l'a instruite. La mémoire joue dans ces phénomènes organiques, dont la cause physique est absente, un rôle essentiel.

On a beaucoup parlé dans ces derniers temps, de remèdes fictifs agissant par suggestion. On a fait croire à une hystérique qu'on lui appliquait sur le dos un vésicatoire : l'appareil était constitué par du papier gommé seulement. Néanmoins, dit-on, les effets du vésicatoire ordinaire ont été constatés. Supposant le fait vrai, il n'est pas impossible de se faire une idée de ce bizarre phénomène. Les nerfs d'une même région ont des rôles divers ; les uns se rapportent à la vie organique, les autres à la vie animale :

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ceux-ci sont accompagnés de sensations conscientes quand ils agissent, l'exercice de ceux-là reste sourd et inconscient. Mais il existe entre eux une telle harmonie, une telle sympathie, que le jeu des uns provoque le jeu des autres, et réciproquement. On sait qu'il suffit de rapprocher les mains d'un hypnotisé et de leur donner l'expression de la prière pour mettre dans son imagination des hallucinations pieuses. C'est en vertu d'une sympathie analogue, que les nerfs qui président aux sécrétions, agissent sous l'influence des nerfs de sensibilité qui leur sont associés, que la saveur ou le simple souvenir du sucre, par exemple, fait venir l'eau à la bouche. Maintenant, on sait que les effets du vésicatoire ont pour cause immédiate les nerfs vaso-moteurs qui président aux capillaires de la région où le vésicatoire est appliqué, que cette opération est accompagnée d'un picotement sui generis dont les nerfs sensibles de la même région sont le siège ou le véhicule. On conçoit après cela qu'un picotement semblable, vivement reproduit par le souvenir d'un hypnotique, mette en jeu les vaso-moteurs comme ils l'ont été avec une sensation semblable. L'effet du vésicatoire s'en suivra tout naturellement.

Mais il importe d'observer que l'éducation a été nécessaire. On n'obtiendrait rien de semblable avec une personne qui n'aurait jamais eu de vésicatoire réel. Ni les vaso-moteurs, ni les nerfs sensibles ne sauraient créer tout d'une pièce cette complexité de phénomènes.

i Jusqu'ici, l'état mental du sujet nous a permis d'expliquer, d'une manière suffisante, croyons*nous, les merveilles de l'hypnotisme. Cette clef va nous échapper. Les simples exsudations sanguines peuvent encore, à la rigueur, être un effet de la crédulité propre au somnam-'

bule ; on peut attribuer à la même cause le retour de quelques accidents nerveux précédemment éprouvés : nous ne croyons pas qu'on puisse s'avancer plus loin. La limite nous semble évidente, si Ton compare aux stigmates des mystiques, ce que les hypnotiseurs ont qualifié de ce nom chez leurs malades. Rappelons d'abord les faits. Nous les empruntons à un rapport présenté au Congrès de l' Association française pour l'avancement des sciences (session de Grenoble, 1885). C'est une communication des docteurs Bourru et Burot, médecins à la Rochelle :

« Un jeune homme de vingt-deux ans, atteint d'hystéroépilepsie des mieux confirmées, fut observé, ces temps derniers, à la clinique médicale de l'école de Rochefort. Au moment de l'observation, il se trouvait hémiplégique et hémianesthésique à droite.

« Nous savions, par de nombreuses expériences, que dans l'état de somnambulisme, la suggestion de toute sorte d'actes volontaires réussissait sans hésitation et au moment précis qui avait été commandé.

« Le 6 avril dernier, ayant mis ce sujet en somnambulisme, l'un de nous lui fit la suggestion suivante : « Ce soir, « à quatre heures, après t être endormi, tu te rendras « dans mon cabinet, tu t'assoiras dans le fauteuil, tu te « croiseras les bras sur la poitrine et tu saigneras du nez. » Ces précautions avaient 'pour but d'éviter que certains mouvements, un coup, une friction pussent provoquer l'hémorrhagie commandée. Le programme fut exécuté de point en point, et quelques gouttes de sang sortirent de la narine gauche, sans aucune provocation extérieure. Plusieurs personnes furent témoins de ce fait.

Un autre jour, le même expérimentateur traça le nom du sujet sur les deux avant-bras, avec l'extrémité mousse d'un stylet de trousse; puis il lui fit le commandement suivant : « Ce soir à quatre heures, tu t'endormiras et tu saigneras aux bras sur les lignes que je viens de tracer. »

A l'heure dite, le sujet s'endort. Au bras gauche, les caractères se dessinent en relief et en rouge vif, et des gouttes du sang perlent en plusieurs endroits. Après trois mois, les caractères sont encore visibles, bien qu'ils aient pâli peu à peu : à droite, côté paralysé, il ne paraît absolument rien.

« Depuis cette époque, le malade a été transféré à l'asile de Lafond (La Rochelle). M. le docteur Mabille, le très distingué médecin en chef de cet asile, a renouvelé l'expérience. Le 5 juillet il trace légèrement une lettre sur chaque bras, et prenant la main gauche : « A quatre heures, tu « saigneras de ce bras » ; prenant alors la main droite : « et de celui-ci. — Je ne peux pas saia^ner du côté droit, « répond le malade. » C'est le côté paralysé. Avec la ponctualité ordinaire, le sang coule à l'endroit marqué à gauche ; rien à droite.

« Enfin, notre confrère a renouvelé cette expérience devant une quarantaine de personnes, médecins pour le plus grand nombre, magistrats, etc. Le sujet étant en somnambulisme, il trace une lettre sur le poignet gauche : « — Tu vas saigner de suite de cet endroit, commande-t-il. « — Cela me fait grand mal. — N'importe, je t'ordonne « de saigner. » Le membre devient turgescent, la lettre se dessine rouge et saillante, enfin des gouttes de sang apparaissent et sont constatées par l'assistance. Toutefois, dans cette expérience il y eut une erreur de lieu. Ce fut la lettre tracée au voisinage, l'avant-veille, qui laissa suinter le sang *. »

Si le lecteur veut bien se rappeler ce que nous avons dit du mécanisme des exsudations sanguines, il reconnaîtra dans les faits qui se sont passés à la Rochelle une confirmation de notre théorie.

On y constate en effet que, pour obtenir le résultat cher-

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