Progrès médical, â9 août
ché, r imagination a besoin d'être dirigée par une sensation précédemment éprouvée : une pointe mousse fait éprouver au malade la sensation de certaines lettres tracées sur son bras ; le malade garde le souvenir de cette impression et du lieu où il l'a éprouvée. D'autre part, tout le monde porte dans son esprit, une image d'effusion sanguine associée avec une impression douloureuse : c'est un effet de l'expérience personnelle de la douleur causée par les blessures d'où le sang s'échappe. A l'heure marquée par l'hypnotiseur, la pensée du sang qui va couler ramène forcément à l'esprit de l'hypnotique le souvenir de l'impression douloureuse : aussitôt l'imagination localise l'image du sang et la douleur concomitante dans le sillon dessiné par la pointe mousse et resté dans la mémoire. Cette douleur, très vive à cause de l'état anormal du malade, ébranle les nerfs sensibles qui se terminent sous le sillon ; par sympathie, les vaso-moteurs associés entrent en jeu, dilatent ou contractent les vaisseaux capillaires de la même région ; le sang s'accumule ; il y a turgescence; la mince tunique des capillaires se déchire, les pores se dilatent, et l'effusion se produit. Il nous semble que le phénomène s'explique assez bien de cette manière.
La douleur, on le voit, intervient ici comme agent essentiel non moins que l'imagination. Ajoutons que, dans le cas dont il s'agit, la douleur est d'une intensité singulière; l'hypnotisme hystérique en effet exalte la sensibilité au plus haut degré, une foule d'expériences rendent le fait indubitable. Il est donc tout natureLque le malade trouve que l'épreuve est douloureuse ; il est naturel aussi que les membres anesthésiés résistent à la suggestion. Si la douleur est une cause essentielle, elle n'est pas la cause immédiate; celle-ci n'est autre que la pression du sang sur des parois qui, par accident, ne lui offrent pas un. passage assez large en certains points déterminés. Cette poussée a la force de faire exsuder le sang à travers le tissu de la
peau. Mais pourrait-elle déchirer la peau elle-même ? Voilà ce qui ne nous semble pas probable, soit à cause de la grande résistance de cet organe, soit à cause de Texsudation même, qui diminue, annihile peut-être l'effet utile de la poussée, soit à cause de l'insuffisance même de l'impulsion qui vient du cœur. Que s'il s'agit de blessures profondes telles qu'elles sont produites par des épées ou des clous enfoncés dans l'intérieur des muscles, alors nous n'hésitons pas à soutenir que la. suggestion la plus énergique et tous les mouvements qui peuvent en résulter dans les humeurs de l'organisme sont absolument incapables de les imiter. Ce qui en résulterait à la rigueur, serait un épanchement sanguin dans les tissus musculaires, et rien de plus. On imaginerait en vain un jeu des fibres et des vaisseaux qui se terminerait par une déchirure; l'art, qu'on le remarque bien, réprime ou exagère les mouvements intimes de l'organisme, d'où résultent des phénomènes qui nous surprennent : il n'y a pas d'artifice capable de faire naître ce que la nature n'aurait. ni préparé, ni dessiné. Plus d'un médecin oublie cette grande vérité, quand il est en présence de phénomènes tout à fait insolites, surtout si ces phénomènes ont quelque rapport avec la religion.
Après ces explications, on voit si les observations de la Rochelle révèlent le secret des stigmates des mystiques*.
* On lit à ce sujet dans le Magnétisme animal, par MM. Biuot et Féré, p. 147. « Ces curieux phénomènes rappellent et expliquent les stigmates sanguinolents qu'on a observés à plusieurs reprises chez les extatiques religieux pendant qu'ils se représentaient la Passion du Christ. »
Évidemment tous les stigmates des mystiques sont englobés, Ici, sous la désignation de stigmates sanguinolents. C'est en vertu d'un jugement bien sommaire, et, disons-le, peu honorable pour les juges. Les savants auteurs dii Magnétisme a»îma/ avaient d'autant moins le droit de le prononcer, que leur méthode est l'exactitude des observations poussée jusqu'au scrupule.
Sans doute, on a dû plus d'une fois rencontrer, chez des personnes qui faisaient profession de piété, de simples exsudations sanguines, dont l'imagination, une grande sensibilité, ou, comme on dit maintenant, l'auto-suggestion, était la cause. On ne laisse pas d'être soumis aux conditions de la vie organique, pour s'adonner à l'ascétisme. Mais il y a toute autre chose dans les stigmatisés de l'hagiographie. Quelques lignes de Gôrres vont nous en donner une idée :
« Cécile Nobil, écrit-il dans sa il/^/^ï/gMe*, religieuse Clarisse, avait la plaie du côté, qui avait pénétré jusqu'à la substance du cœur. On ouvrit celui-ci après sa mort, et l'on y trouva la forme de deux petits fouets. Il en fut de même de Jeanne Marie de la Croix de Roveredo. La blessure avait pénétré chez elle, par le poumon, jusqu'au cœur, et sur celui-ci étaient empreints le roseau, la lance et l'éponge. » Le stigmate de la poitrine est presque toujours une blessure profonde. Chez saint François d'Assise, « la plaie du côté était large et profonde de trois doigts ^ » Quant aux plaies des membres, « elles s'ouvrirent assez larges et saignèrent. Au milieu s'étaient formés, dans la chair et le tissu cellulaire, des clous semblables à des clous de fer. Ils étaient noirs, durs, avec une tête en haut, et en bas une pointe qui était comme rabattue, de sorte qu'entre eux et la peau on pouvait mettre un doigt ^.» On peut en voir la représentation dans le Saint François de la Hyre, au Louvre. Les blessures profondes, on doit le dire, sont la règle. Enfin, en outre, plus d'une fois, les stigmates, restés invisibles pendant la vie du saint et sur sa demande,sont devenus visibles et saignants sur son cadavre. Les amateurs d'hypnotisme ont encore du chemin à faire pour arriver à imiter ces phénomènes. On peut leur recora-