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Nous avons dit en quoi consisie\2i suggestion : une personne est endormie, on lui fait éprouver ce que l'on veut,
nambulisme clair ooyant, supposerait comme condition le cousenteineut du sujet.
Cil lui affirmant par la parole ou par des signes qu'elle a cette impression. Supprimez la parole et tout autre signe, ne conservez que l'affirmation de l'esprit; si le sujet endormi se laisse persuader, c'est la suggestion mentale, dont il faut dire un mot.
La suggestion ordinaire a décidément pris place parmi les phénomènes scientifiques; elle est étudiée au même titre que tout autre symptôme pathologique ou physiologique, îl n'en est pas de même de la suggestion mentale : elle est seulement à la porte de la science, et fait effort pour entrer. Le passé donne lieu de craindre qu'on ne lui tienne longtemps rigueur : il a fallu plus d'un siècle au magnétisme pour obtenir droit d'introduction.
Néanmoins, la réalité de la suggestion mentale est actuellement indubitable. Elle a été constatée dans toutes les conditions de la méthode la plus rigoureuse. M. Ochoro^vicz en fournit la preuve dans un ouvrage qu'il vient de publier précisément sous le titre de la Suggestion mentale *.
Des expériences ont eu lieu au Havre, au mois d'août 1886, devant une commission réunie pour les étudier. La commission comprenait : M. Gibert, médecin, qui avait préparé le sujet; M. Pierre Janet, professeur de philosophie au Havre et associé aux études de M. Gibert ; M. Myers, médecin anglais; un autre 3L Myers, membre de Society for physical 7'esearches ; M. Mariller, de la Société de psychologie physiologique, et le docteur Ochorowicz. Le sujet était une paysanne bretonne, qui avait été hystérique, et qui paraissait guérie à cette époque, elle était reçue dans une honnête famille du Havre. Nous ne pouvons entrer dans le di'tail de toutes les précautions qui furent prises pour empêcher le sujet de prévoir ou de
1. De la suggestion mentale, -psiT \e D'Ochorowicz, professeur agrégé de psychologie et de philosophie de la nature à l'université de Lemberg. — Paris, Doin, 1887.
soupçonner à l'avance les expériences. Rien ne fut omis, et il n'est pas douteux que les suggestions furent rigoureusement mentales. Or, il a été constaté d'une manière indubitable que M. Gibert, enfermé dans son cabinet, exprimant mentalement et d'une manière soutenue pendant plusieurs minutes (une dizaine) l'ordre que son sujet s'endormit, puis que celui-ci vînt le trouver dans son cabinet ; le sujet, qui se trouvait alors dans un pavillon situé à un kilomètre environ de distance, s'est endormi à l'heure même, ensuite est venu trouver, endormi, son magnétiseur. La même expérience a réussi plusieurs fois de suite, et à des heures différentes. Elle a réussi pareillement, quand M. Pierre Janet a remplacé M. Gibert *. Une remarque importante doit être faite. Le sujet a la connaissance exacte de l'auteur de la suggestion et de sa volonté, au moment de la suggestion^. On dirait même que cette volonté connue est la eau se et la mesure précise du phénomène accompli chez lui. La Bretonne du Havre n'a jamais hésité sur la personne qui prétendait l'endormir et lui commander à distance. Une fois, ayant reçu par suggestion ordre de venir trouver son magnétiseur, elle se disposa à obéir, hésita, partit, s'arrêta en route, puis acheva le voyage à ki hâte : le magnétiseur avait eu comme une syncope, qui avait suspendu sa volonté ; puis, revenant à lui, il avait repris vivement son œuvre de suggestion : la somnambule avait suivi toutes les fluctuations de sa volonté accidentellement chancelante. Ce rôle de la volonté du magnétiseur paraîtra mieux encore dans le fait suivant que rapporte M. Ochorowicz, après l'avoir emprunté à la Tribune médicale (15 et 30 mars 1875).
i. Les mêmes expériences reprises depuis avec le même sujet à Paris par M. Charles Ricliet, ont parfaitement réussi. V. la Reçue de l'hypnotisme. Février, 1888.
2. De fait, le premier phénomène n'est pas la connaissance de la volonté du magnétiseur, mais l'envahissement du sommeil.
LE MERVEILLEUX DES CLlNlSTES. 309
Le docteur Dusart donnait ses soins à une jeune fille de quatorze ans, Mademoiselle J..., atteinte de troubles hystériques graves. Ayant été amené à tenter rinfluence des passes magnétiques sur la malade, il observa que lorsqu'il se laissait distraire pendant cette opération, par la conversation des parents, il ne parvenait jamais à produire un sommeil suffisant. « Il fallait, ajoute-t-il, faire une large part à l'intervention de ma volonté. Mais celle-ci suffisait-elle sans le secours d'aucune manifestation extérieure? Voilà ce que je voulus savoir. A cet effet, j'arrive un jour avant l'heure fixée la veille pour le réveil et, sans regarder la malade, sans faire un geste, je lui donne mentalement l'ordre de s'éveiller : je suis aussitôt obéi. A ma volonté, le délire et les cris commencent. Je m'assieds alors devant le feu, le dos au lit de la malade, laquelle avait la face tournée vers la porte de la chambre, je cause avec les personnes présentes, sans paraître m'occuper de Mademoiselle J..., puis, à un moment .donné, sans que personne se fût aperçu de ce qui se passait en moi, je donne V ordre mental du sommeil, et celui-ci se produit. Plus de cent fois, l'expérience fut faite et variée de diverses façons : l'ordre mental était fait sur un signe que me faisait le docteur X..., et toujours l'effet se produisait.
« Un jour, j'arrive lorsque la malade était éveillée et en plein délire ; elle continue, malgré ma présence, à crier et à s'agiter ; je m'assieds en attendant que le docteur X... me donne le signal. Aussitôt celui-ci donné et l'ordre mental formulé, la malade se tait et s'endort. — « Vous « savez que j'étais là depuis quelque temps? — Non, « monsieur, je ne me suis aperçue de votre présence qu'en « sentant le sommeil me gagner ; j'ai eu alors conscience « que vous étiez devant le feu. »
Ce qui suit est plus curieux encore.
« Je donnais chaque jour, avant de partir, l'ordre de
dormir, jusqu'au lendemain à une heure déterminée. Un jour, je pars, oubliant celte précaution, j'étais à 700 mètres quand je m'en aperçus. Ne pouvant retourner sur mes pas, je me dis que peut-être mon ordre serait entendu, malgré la distance, puisque à un ou deux mètres un ordre mental était exécuté. En conséquence, je formule l'ordre de dormir jusqu'au lendemain à huit heures, et je poursuis mon chemin. Le lendemain, j'arrive à sept heures et demie, la malade dormait : « Gomment se fait-il que vous « dormiez encore? — Mais, monsieur, je vous obéis. — « Vous vous trompez ; je suis parti sans vous donner auc( cun ordre. — C'est vrai; mais, cinq minutes après, je « vous ai parfaitement entendu me dire de dormir jusqu'à « huit heures. Or, il n*est pas encore huit heures. » Cette dernière heure était celle que j'indiquais ordinairement. Il était possible que 1 habitude fût la cause d'une illusion et qu'il n^y eût ici qu'une simple coïncidence. Pour en avoir -le cœur net et ne laisser prise à aucun doute, je commandai à la malade de dormir jusqu'à ce qu'elle reçût l'ordre de s'éveiller. Dans la journée, ayant trouvé un intervalle libre , je résolus de compléter l'expérience. Je pars de chez moi (7 kilom. de distance; en donnant l'ordre du réveil. Je constate qu'il est deux heures. J'arrive et je trouve la malad3 éveillée ; les parents, sur ma recommandation, avaient constaté l'heure exacte du réveil. C'était rigoureusement celle à laquelle j'avais donné l'ordre. Cette expérience, plusieurs fois renouvelée, à des heures différentes, eut toujours le même résultat.
« Le 1^' janvier je suspendis mes visites et cessai toute relation avec la famille. Je n'en avais plus entendu parler lorsque, le 12, faisant des courses dans une direction opposée et me trouvant à 10 kilomètres de la malade, je me demandai si, malgré la distance, la cessation de tous rapports et l'intervention d'une tierce personne (le père magnétisait désormais sa fille), il me serait encore possible
de me faire obéir. Je défends à la malade de se laisser endormir ; puis, une demi-heure après, réfléchissant que si, par extraordinaire, j étais obéi, cela pourrait porter préjudice à cette malheureuse jeune fille, je lève la défense et cesse d'y penser. Je fus fort surpris lorsque, le lendemain, à six heures du matin, je vis arriver chez moi un exprès portant une lettre du père de Mademoiselle J... Celui-ci me disait que la veille, 12, à dix heures du matin, il n'était arrivé à endormir sa fille qu'après une lutte très prolongée et douloureuse. La malade, une fois endormie, avait déclaré que, si elle avait résisté, c'était sur mon ordre et qu'elle ne s'était endormie que quand je l'avais permis. Ces déclarations avaient été faites vis-à-vis de témoins auxquels le père avait fait signer les notes qui les contenaient. »
Nous ne croyons pas qu'il soit utile de passer en revue tout ce qu'on obtient par la suggestion mentale : il importe beaucoup plus d'en apprécier l'explication.
Dans un ouvrage qu'il vient de publier, M. Ch. Féré, médecin de Bicêtre, es5>aye de rendre compte du phénomène au moyen de Vhyperexcitabilité sensorielle. On sait que les sourds-muets acquièrent l'art de lire la parole sur les lèvres de leurs interlocuteurs. Or, toute pens'e, tout sentiment, toute modification psychique est accompagnée de modifications organiques qui en sont l'expression sensible spontanée. L'œil ordinaire discerne rarement ces signes naturels, mais la surexcitation du sujet endormi donne à ses sens une acuité dont on n'a pas d'idée. Les signes perçus par lui sont imités spontanément en sa personne suivant les lois de Thypnotismc ordinaire; le signe reproduit fait naître à son tour un phénomène mental analogue à celui de l'esprit du magnétiseur : les deux cerveaux sont d'accord, ils vibrent àl'unisson et ont semblable conscience. Telle est l'explication donnée par M. Féré, à laquelle, il faut l'avouer, il n'accorde pas une confiance
312 LES CONTREFAÇONS DU MiRACLE.
absolue. On voit tout de suite que si elle valait quelque chose, ce ne serait que pour les cas où le sujet et le magnétiseur sont en présence et où les sens peuvent s'exercer, ce qui ne s'applique pas aux faits que nous avons rapportés.
M. Ochorowicz réunit les deux cerveaux, celui du magnétiseur et celui du sujet, par une sorte de courant qui en fait comme un télégraphe ou un téléphone vivant. La difficulté, c'est d'établir réellement les fils de cette machine ingénieuse; mais le son, la lumière, la gravitation, ont-ils besoin de fils, pour faire éprouver réellement leur action à des corps situés à distance ? Il y aurait donc entre les deux organes extrêmes du télégraphe vivant, un milieu inconnu, mais fort délié, par où chemineraient les vibrations dont le cerveau du magnétiseur est le point de départ et le cerveau du magnétisé le point d'arrivée. Nous ne reproduisons pas tous les développements que M, Ochorowicz donne à son idée ; nous croyons en exprimer fidèlement le fond. Du reste, cette explication nous avait jadis paru plausible à nous-même et nous l'avons indiquée, il y a plusieurs années, dans notre livre intitulé : le Miracle et les Sciences médicales. Examinée de près, elle nous paraît maintenant absolument insoutenable.
D'abord le problème est faussement posé. On suppose l'harmonie de deux cerveaux, et c'est cette harmonie que l'on prétend expliquer. Or, l'harmonie n'existe pas. Que voyons-nous, en etfet? D'un côté, le magnétiseur se concentre sur lui-même, forme un désir intérieur par rapport au sujet et fait etfort pour conserver devant son esprit cette volonté ; de l'autre, le sujet tantôt cède, tantôt résiste, puis succombe malgré lui; il connaît avec une surprenante précision la volonté du magnétiseur, mais entourée de circonstances fausses. Ainsi, Mademoiselle!... affirmait qu'elle entendait la voix de M. Dusart, qui n'avait rien dit; et, d'après une lettre de M. Pierre Janet, la Bre-
tonne du Havre «disait toujours qu'elle l'avait vu l'endormir, » quoique M. Janet se fût abstenu de toute action extérieure. En outre, le sommeil est tout entier d'un côté, le magnétiseur est complètement éveillé et il a grand besoin de l'être. Le problème réel est donc tout autre que celui qu'on prétend résoudre; la meilleure solution ne vaudra rien du tout.
Mais ayons égard aux besoins de l'hypothèse, ne retenons de tout ce qui se passe chez le sujet que la connaissance précise de la volonté conçue par le magnétiseur, et admettons, sans le comprendre, que tout le reste est un effet de cette connaissance. Ce qu'il faudra expliquer, c'est l'origine de cette cormaissance ; il faudra expliquer comment un phénomène mental, qui s'accomplit tout entier dans un esprit, se fait connaître à un autre esprit sans l'intermédiaire ordinaire et en toute autre circonstance indispensable, sans l'intermédiaire des sens.
La chose est loin d'être évidente ou même facilement intelligible. Car on ne doit pas songer à. douer nos esprits de la faculté de lire directement les uns chez les autres : nous ne saurions pas même oii atteindre l'esprit de notre voisin, encore iiio'ns par quelle porte pénétrer chez lui. On ne doit pas non plus songer à faire voyager les actes de la volonté à travers l'espace, comme un rayon de soleil : les actes de l'esprit sont immanents, c'est-à-dire qu'ils naissent et meurent sur place, aussi incapables de se détacher de l'esprit que la rondeur de se détacher d'une boule, ou la blancheur de la neige. Les opérations mentales sont connues au moyen de phénomènes matériels qui en sont le symbole et qui voyagent à la manière de tout ce qui est matériel. La connaissance d'un fait spirituel comprend toujours en nous deux choses : la perception du symbole en tant que phénomène matériel, et son interprétation en tant que symbole. Nous pourrions insister et montrer que l'interprétation est toujours un acte réfléchi de l'esprit et
qu'il n'est pas permis de recourir ici, comme d'autres se le permettent, à je ne sais quelle opération mystérieuse de je ne sais quel inconscient non moins mystérieux. Mais la chose ne nous semble pas indispensable.
Il est facile de voir maintenant à quels termes se ramène le problème. Deux personnes sont placées dans de telles conditions qu'elles ne peuvent être mises en rapport l'une avec l'autre par la voie ordinaire des sens. L'une formant un acte précis de volonté dans le secret de sa conscience, l'autre connaît aussitôt cette volonté avec une exactitude parfaite. Y a-t-il quelque voie naturelle par où celle-ci puisse atteindre indirectement l'opération mentale de la première, la perception immédiate et la perception par les sens étant supposées impossibles?
La réponse doit être négative.
En effet, quoi que l'on imagine, il s'agit en définitive de mettre un être sensible en rapport avec un objet sensible, c'est-à-dire de trouver quelque moyen de percevoir un objet si délicat qu'il échappe à tous les moyens ordinaires de perception. Le problème revient évidemment à découvrir dans l'homme quelque sens plus subtil que ceux dont il lui est donné de se servir journellement. Examinons la question tant du côté de l'objet perçu que du sujet qui le perçoit.
L'objet est quelque phénomène physiologique et matériel qui symbolise avec une grande précision la volonté du magnétiseur ; car, nous l'avons dit, on n'atteindra pas directement le phénomène mental, .qui est rigoureusement inaccessible. Il est bien vrai que toute pensée s'accompagne de mouvements cérébraux internes, qui en sont l'expression première, exacte et fidèle. Mais ces accidents matériels ne se transmettent pas dans leur pureté native, comme une onde lumineuse ou sonore, du cerveau à la périphérie: la constitution hétérogène de l'organisme y fait obstacle. Aussi la nature a formé un organe spécial,
qui ne recueille pas les vibrations cérébrales de la pensée, mais qui produit de toutes pièces, dans le milieu ambiant, des ondes vibratoires destinées à symboliser avec exactitude la pensée. On a prétendu trouver dans l'expression du visage, dans les changements superficiels de l'organisme, une expression suffisante des phénomènes mentaux; on a oublié de dire si cette sorte de langage s'adresse aux oreilles ou bien aux yeux, si c'est un langage parlé ou bien un langage écrit. La chose n'est pas indifférente : nous savons que les mouvements qui accompagnent la pensée dans le cerveau sont un écho mystérieux de la parole et quelquefois un souvenir de l'écriture ou d'autres images visibles ; mais l'expression spontanée de la figure ou du reste du corps ne serait à la rigueur qu'une traduction du langage intérieur, traduction infiniment imparfaite, dont on peut défier les plus habiles de donner le dictionnaire et même un seul mot. Cette traduction devrait voyager comme le son ou comme la lumière jusqu'au sujet, pour lui donner lieu de comprendre ce qui se passe dans l'esprit du magnétiseur. Sans parler de la difficulté de transporter une parole si faible que personne ne l'entend ou des images si délicates que personne ne les distingue, à travers des obstacles qui arrêtent la voix la plus sonore et la lumière la plus éclatante, comment a-t-on pu espérer faire comprendre spontanément à une personne sans éducation préparatoire, des symboles que les plus perspicaces sont incapables de deviner ? Ainsi du côté de l'objet, la grande difficulté est de trouver quelque chose qui exprime le phénomène mental et qui offre prise à la perception.
Mais une autre difficulté, non moins sérieuse, se présente du côté du sujet. Ou la comprendra bien, si on réfléchit un instant aux sens dont nous ayons été doués par la nature.
Laissons de côté l'odorat et le goût, qui n'ont presque'
3 lu LES CONTREFAÇONS Bl' MIRACLE.
rien à voir avec Tintelligence. Ne parlons que de la vue, de l'ouïe et du tact.
Supposez que l'homme, d'une sensibilité dix fois, cent fois plus grande, soit privé de tout organe des sens, que percevra-t-il? Tout au plus, des lueurs vagues, des sons confus, des surfaces informes, avec une grande vivacité, si l'on veut ; mais rien de précis, rien de clair, rien qui lui permette de distinguer les objets entre eux, ni de saisir les diversités qu'ils présentent. La raison de ce fait est toute naturelle. La perception proprement dite suppose dans le sujet sentant une image de l'objet perçu. Or, la formation de cette image subjective demande un organe spécialement construit pour cet effet. Les ondes lumineuses, par exemple, portent les éléments de l'image visible, mais dans des directions divergentes, suivant les rayons d'une sphère dont chaque point lumineux de l'objet est le centre, de telle sorte que, sans quelque artifice de construction, ces éléments ne peuvent reprendre leur place et reconstituer les diverses parties de l'objet visible. Le rôle de l'œil consiste à servir d'instrument de concentration : il reproduit la synthèse des éléments lumineux pour les objets placés dans son champ ; à cet égard, c'est un chetd'œuvre.
Le rôle de l'oreille est un peu différent. C'est un instrument construit pour reproduire, dans le sujet vivant, les quelques milliers d'ondes sonores qui constituent les résonnances perceptibles. Sans cet artifice, sans les cordes vibrantes qui en forment le mécanisme délicat, les sons s'étoufferaient au contact de l'organisme comme dans un ballot de laine. L'oreille a donc aussi pour fonction, mais d'une autre manière, la concentration sur un même nerf de milliers de vibrations distinctes.
Le tact a cela de particulier, qu'il est plus actif que passif. C'est un sens d'exploration dont le siège principal est la main. Pour s'exercer, il palpe, il suit les contours.
les dépressions, les saillies des objets, et ce n'est qu'à Taide d'informations fragmentaires, puis groupées par l'esprit, que l'image de l'objet est reproduite et perçue. L'organe du tact est encore un instrument de concentration, mais il n'achève son œuvre qu'avec le concours de l'activité volontaire du sujet.
On le voit, les procédés de perception préparés par la nature sont divers, mais en définitive leur but est le même: ils consistent à saisir distinctement les détails des. objets et à les concentrer pour les grouper suivant la capacité physiologique du sujet. Sans un artifice de construction dans l'organisme de celui qui perçoit, ou sans un artifice d'exercice dans l'acte de la perception, il est impossible de rien percevoir sinon d'une manière absolument confuse et inutile pour l'esprit. Les organes des sens ne sont pas choses de luxe ; ils sont de première nécessité. Donc, multipliez tant que vous le voudrez la sensibilité du sujet, si vous ne lui donnez pas d'organe spécial, il ne percevra rien de spécial, semblable au ver de terre, en qui la sensibilité générale semble assez vive, et qui cependant reste absolument insensible à la lumière et au son.
D'ailleurs, on peut constater sans trop de peine, dans l'échelle zoologique, que la perfection des sensations suit la perfection des organes, en même temps que la perfection de l'animal s^élève avec la perfection de ses sens. L'organe sensible se perfectionne en devenant plus apte à saisir les détails des objets f t à en faire la synthèse.
Maintenant que Ton veuille bien se rappeler ces signes, ces symboles qui portent la signification de la pensée du magnétiseur, si faibles que l'oreille ne les entend pas au contact, que l'œil ne les discerne pas à proximité. On les fait voyager à travers un milieu absolument hypothétique, mais en tout cas matériel et régi par les lois des milieux matériels, comme l'air et Téther. Les vibrations, dont l'intensité est au-dessous de toute perception à leur point'
d'origine, ne sont pas plus fortes, à leur ternie ; tout au contraire, elles ont dû se disperser et s'atfaiblir suivant les conditions de la propagation de toute onde dans un milieu libre. Mais là, chez le sujet à qui on les destine, aucun organe spécial ne se rencontre qui puisse les recueillir, les concentrer et les adapter. Comment serontelles perçues? Le bon sens, croyons-nous, fait un devoir de répondre qu'elles seront fatalement écartées ou étouffées, et qu'il n'y aura pas de perception.
Aiiisi, au point de départ, des vibrations imp^rpeptible§ parce qu'elles sont très faibles, sans signification parce que le rapport qui les rattache au phénomène niental est inconqu; au point d'arrivée, les mêmes vibrations plu^ faibles encore, divergentes, ne rencontrant aiicup organe qui les ramène à l'unité initiale, voilà quelle est en sonirae l'explicaLion matérialiste de la suggestion mentale: c'est comme une parole en langue inconnue dite par un aphope à un sourd. Jl y a des solutions moins malheureuses.
Mais il est une singularité de la suggestion mentale dont nous n'avons encore rien dit. C'est que ces ondes merveilleuses qui naissent dans tous les cerveaux, et vont frapper tous les cerveaux, ne deviennent perceptibles qu'entre deux cerveaux, entre celui du rnagnétiseur et celui de son sujet ; et encore à de très rares intervalles et dans un sens unique ; le sujet sait ce qui se passe chez le magnétiseur, mais celui-ci est obligé d'interroger pour savoir ce qui se passe chez le sujet. Comment expliquer tout cela?
On répond : Le sujet perçoit parce qu'il a les nerfs surexcités ; il ne perçoit que ce qui vient de son magi^étiseur, parce qu'une éducation spéciale l'a mis en rapport avec lui \ De fait, la surexcitation lui permet de tout percevoir,
1. C'est précisément cette élueation spéciale et Verm^ire exclusif du magnétiseur, qui constituent, d'après AJ. Ocliorowic?, la diffé r^ucQ ^mi'Q ^e magnétisme et l'hypnotisme. (V. surtout p. 344.)
mais il ne fait attention qu'à ce qui vient du magnétiseur, parce que cela seul Tintéresse.
Nous ne voulons pas entrer dans la discussion de cette explication. Disons seulement que la surexcitation du système nerveux est un phénomène très fréquent et très facile à produire, et que tout le monde aurait intérêt à connaître bon nombre des pensées de son prochain. Néanmoins Fart de lire dans l'esprit d'autrui est encore infiniment peu répandu, môme chez ceux qui sont livrés à la surexcitation nerveuse et qui auraient grande envie de regarder dans l'intérieur de leurs semblables. Il y a donc ici autre chose qu'une question de nerfs et de curiosité.
Conclusion générale : La suggestion mentale ne s'explique pas par le jeu naturel des agents matériels. Donc, ou niez-la, ou admettez l'intervention d'un agent intelligent.
i VII
Des guérisons obtenues par Thypnotisme.
Il n'est pas contestable qu'on ait obtenu par les procédés de l'hypnotisme des guérisons surprenantes. Mais ce qu'elles offrent de plus étrange, c'est à coup sûr la nouveauté du traitement. Ces guérisons ne sont au fond que des phénomènes de même ordre que le sommeil ou la docilité aux suggestions. Les unes résultent de la crise nerveuse, les autres de la conviction produite par l'hypnotisme dans l'esprit du sujet. Parlons d'abord de celles-ci.
Un certain nombre d'affections morbides ou d'apparence morbide sont l'effet d'une disposition mentale. Si alors aucune lésion organique ne les accompagne, il suffira de changer la disposition mentale pour les faire disparaître. Or, la suggestion hypnotique est singulière^ient
efficace en ce sens. Parmi les troubles qui font cortège à l'hystérie, beaucoup appartiennent à cette catégorie de maladies ; aussi c'est principalement sur des hystériques que les hypnotiseurs opèrent leurs prodiges. Le docteur Luys raconte ^ une guérison qui peut servir comme de type.
Une jeune fille est depuis sept mois à l'hôpital de la Charité, frappée de paraplégie hystérique. Elle est couchée, incapable de mouvement et son état résiste aux ressources ordinaires de l'art. Au bout de ce temps, on a recours à l'hypnotisme. La jeune fille est hypnotisée chaque matin : on l'amène à la période de somnambulisme, et on la fait marcher à petit pas dans la salle en la soutenant. La marche s'affermissait chaque jour davantage, mais la paralysie reprenait au réveil. Un jour, le médecin a l'idée de lui suggérer, comme disent les hypnotiseurs, un changement de personnalité : il lui met dans l'esprit qu'elle est sa voisine, jeune fille vive et alerte. La malade entre parfaitement dans ce rôle, et, pendant toute la journée, elle va, vient, s'agite avec la plus grande liberté. L'essai se renouvelle trois jours de suite avec le même succès. A la fin, on donne à la malade «la suggestion qu'à son réveil elle serait guérie et marcherait naturellement. C'est effectivement ce qui eut lieu. «L'action du médecin ne consiste pas à créer un pouvoir qui n'existe plus ; mais à convaincre le malade qu'il a ce pouvoir et qu'il dépend de lui de s'en servir. C'est pour cela qu'il faut souvent procéder par degrés comme pour l'éducation. Quelquefois aussi la conviction est plus facile, et une seule affirmation catégorique pendant le sommeil hypnotique suffit pour la produire complète. C'est alors que la guérison est soudaine et prend un faux air de miracle. Mais ces miracles sont infiniment plus rares qu'on ne le croit: le plus souvent la