Revue de V Hypnotisme, juin
guérison ne s'obtient que grâce à des prodiges de patience.
Outre plusieurs accidents hystériques tels que ]a paralysie sous ses diverses formes, certaines contractures, l'hypnotisme peut arrêter des troubles affectifs sans lésion organique, tels que l'inclination à l'ivresse, l'alcoolisme, plusieurs habitudes vicieuses physiques ou morales, surtout quand elles ne sont pas encore invétérées. Le sentiment de la douleur semble rentrer dans cette catégorie. On Fémousse, on l'anéantit même par la suggestion, au moment où les causes matérielles qui la produisent sont en action. La douleur serait donc, ces curieuses expériences le montrent, un phénomène plus actif que passif dans le sujet qui l'éprouve. Les médecins utilisent cette découverte dans les opérations chirurgicales, et pour atténuer les souffrances terribles de la parturition.
Tous ces troubles morbides peuvent être considérés comme ayant leur siège organique dans les nerfs, c'est-àdire dans l'appareil corporel qui, en partie du moins, obéit immédiatement à la volonté. Mais il est d'autres appareils qui sont en rapport intime avec les nerfs et dont le jeu régulier dépend de celui des nerfs, tels sont les canaux où circulent les liquides vivants et dont le mécanisme a été si bien étudié par Claude Bernard. Du reste, il est d'expérience quotidienne que les affections mentales ont une action puissante sur la circulation du sang. Les modifications qui en résultent se réfléchissent sur les traits et révèlent spontanément les états de l'àme d'où elles procèdent; le bon sens populaire les interprète admirablement : ici comme en bien d'autres points, il a devancé la science. Si la circulatioii des liquides de l'organisme est sous la dépendance des états de 1 ame, il est tout naturel qu'en modifiant ces états on arrive à modifier la circulation et les troubles morbides qui s'y rattachent. Or voilà ce que l'on a obtenu plus d'une fois par- la suggestion. On a pu, de la sorte, arrêter des hémorragies, provoquer des
transpiratipiis, des exhumations séreuses ou sangqines, des écoulements, des résorpMons de diverses sortes.
La Revue d'hypnotisme enregistre les guérispns obtenues au moyen de l'hypnotisme par les nombreux médecins qui concourent à s^ rédaction. Nous n'y remarquons aucun fait qui ne rentre dans l'une ou dans l'autre de pps catégories. Elles n'offrent doncfien qui ne s'expliqua ayec la plus grande facilité.
La simple crise nerveuse, sans suggestion, peut avoir un effet salutaire. Le sommeil n'est pas seulement le signe d'une amélioration chez un malade, il peut en être la cause. A ce point de vue, l'hypnotisme qui est l'art d'amener le sommeil, est une ressource eptre les m^ins d'uiî médecin intelligent.
Mais il ne faut rien exagérer. Tel hypnotiseqr prétend se rendre maître par ses procédés de la plupart des maladies : la prétention sera jugée folle par quiconque a la moindre idée des désordres auxquels l'organisîTie peut être soumis. Inutile d'insister-
Ajoutons cependant qu'une curiosité indiscrète, le désir d'opérer des choses étonnantes, l'orgueil, le mépris de l'autorité de l'Église, rendent les pratiques de l'hypnotisme au moins fort suspectes. L'hypnotiseur, s'il n'est prudent et réservé, qu'on nous permette de le dire, Thypnotiseur tourne au sorcier. Ainsi, on en rencontre qui se flattent de guérir la plupart des maladies, et qui donnent comme moyen infaillible de faire disparaître toute douleur l'imposition de la main sur la partie souffrante avec la ferme volonté de guérir : quelle proportion y a-t-il entre ces actes et l'effet promis ? M. Ochorowicz rapporte des faits oïl Ton voit la maladie passer instantanément du malade au magnétiseur, ou dans la personne de quelqu'un des assistants : les sorciers, dit-on, guérissent d'une manière analogue ; ils transportent la maladie du patient sur un animal.
N'oublions jamais que le démon, tout invisible qu'il est, se trouve avec les impies comme dans sa famille, toujours prêt à se mêler à leurs affaires quand ils sortent de la science pure. La morgue et les diplômes sont contre lui des exorcismes sans vertu.