‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 82 sur 123 · I. — Interrogeons les faits · texte numérisé non relu

I. — Interrogeons les faits

On a vu en quoi consiste l'attaque hystérique. Sensation d'une boule, clou hystérique, convulsions clowniques, délire, tels en sont les traits principaux, telle en est l'évolution, tel même Tordre suivant lequel les symptômes apparaissent. On dirait une machine compliquée, mise en branle par une cause inconnue et déroulant son jeu comme une horloge sa chaîne. C'est une loi que les observations de la Salpêtrière ont mise en évidence. Or rien de semblable dans l'extase des mystiques : la variété la plus grande en est le caractère, de telle sorte qu'on peut défier le nosographe le plus habile de ranger ses phénomènes par catégories uniformes.

Béatrix de Nazareth, entendant chanter au chœur les

sainte Thérèse, de malame de Chantai, en 1732 (sic); de la célèbre Marie Alacoque et de tant d'autres, on se convaincra aisément de cette vérité. > (Legrand du SauUe, les Hystériques, t^. 224 ) — On sera surtout convaincu que le docte médecin recommande une lecture, qu'il n'a pas faite.

3o4 LES CONTREFAÇONS DU MIRACLE.

louanges de Famour de Dieu pour les hommes, se penche sur sa stalle et reste comme endormie, contemplant, des yeux de l'esprit, la Trinité dans sa gloire. Fortement secouée par la religieuse qui était placée dans la stalle voisine, elle revient au sentiment de la vie extérieure, inondée de larmes de joie. Voulant alors se rendre compte de ce qu'elle vient d'éprouver, elle se rappelle qu'elle avait eu tout le jour un peu de fièvre, et qu'elle avait éprouvé comme de l'accablement dans tous ses membres. Nous verrons plus bas ce qu'il faut penser de cette fièvre; mais où sont ici la boule, le clou, les convulsions et le délire ?

Christine de Stombèle, cette âme pure dont M. Renan a essayé de flétrir la mémoire par des fantaisies erotiques, Christine perdit une fois la conscience du monde sensible pendant qu'on chantait devant elle le cantique si connu et si suave de saint Bernard. Son corps était raide et ne donnait presque plus signe de vie, la respiration même était suspendue. « Elle resta ainsi, dit un témoin oculaire, environ trois ou quatre heures, appuyée contre un banc, le visage et les mains enveloppés dans son voile. Puis elle se mit à soupirer en bâillant de telle sorte que tout son corps était agité. Elle commença ensuite à respirer, mais plus rarement et moins profondément qu'on n'a coutume de faire. » Ce n'est qu'au bout d'une heure que Christine recouvra la respiration normale, puis la parole ; mais elle ne s'en servit que pour exprimer l'amour de Dieu qui remplissait son cœur. L'extase de Christine se renouvela, et toujours avec la circonstance de la raideur du corps. Elle ne tombait pas à terre, elle restait à genoux. Une fois même cet état singulier dura depuis le soir jusqu'au lever du soleil, en présence de nombreux témoins. Si l'on veut voir des convulsions toniques dans la raideur du corps, on doit convenir que ce symptôme isolé ne constitue pas Tattaque hystérique.

Sainte Catherine de Sienne, lorsqu'elle était en extase.

avait les membres contractés : ses doigts s'entrelaçaient et tenaient avec force les objets qu'elle avait d'abord pris entre les mains; son bras et son cou avait la rigidité du cadavre ; ses yeux étaient fermés. Après l'extase, elle était longtemps comme assoupie. Voilà encore ce que l'on pourrait avoir la tentation d'appeler des convulsions toniques; mais où est Vaura ? où sont les autres périodes de l'attaque? Cet unique symptôme va disparaître dans le fait suivant :

« Gomme saint Thomas de Villeneuve marchait, un matin du jour de l'Ascension, dans les corridors du palais archiépiscopal avec son chapelain Bovello, en disant son bréviaire, lorsqu'ils furent arrivés à cette antienne : Et videntibus illis, elevatus est, le saint fut ravi en extase, et il resta droit suspendu en l'air depuis six heures du matin jusqu'à cinq heures du soir. Un grand nombre de personnes, soit de la maison, soit du dehors, le virent en cet état *. »

Saint Joseph de Gupertino, quant il était saisi par une effusion de l'amour divin, poussait un cri, tombait à genoux, les bras étendus en croix, les yeux élevés au ciel, de sorte cependant que la pupille était cachée par la paupière supérieure ; ses membres étaient raides, et aucun souffle ne sortait de sa bouche. Notons cette contracture qui distingue cet état de la catalepsie, à laquelle on serait d'abord tenté de l'assimiler : car saint Joseph de Gupertino restait jusqu'à la fin dans la posture où l'extase l'avait mis tout d'abord.

Sainte Madeleine de Pazzi avait été gravement malade. Après quatre-vnigts jours de souffrance atroce, pendant lesquels elle resta presque sans mouvement, tout annonçait une mort prochaine. On la porta au chœur pour qu'elle ftt ses vœux et qu'elle eût au moins la consolation

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