‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 83 sur 123 · Acta canoniz · texte numérisé non relu

Acta canoniz

de mourir religieuse. Rapportée sur sonlit, on la laissa, sur sa demande, reposer quelques intants. On revint au bout d'une heure, non sans inquiétude, car l'on n'entendait plus aucun bruit. Mais quelle ne fut pas la surprise de ses compagnes, en trouvant la jeune sainte en extase, le visage éclatant de beauté, les joues florissantes, les yeux attachés sur le crucifix I Son extase dura deux heures et se renouvela désormais tous les jours de la même manière, après la communion. A-t-on jamais rencontré dans le « service » du docteur Charcot une hystérique à qui sa première crise ait soudainement rendu la santé dans une maladie mortelle ?

L'extase présente un caractère tout différent dans Dominique de Jésus-Marie. Quand il revenait dans son état ordinaire, il sentait d'abord de grandes douleurs ; ses membres étaient comme brisés, de telle sorte qu'il ne pouvait ni remuer ni se tenir sur ses pieds. Néanmoins, ayant pris la peste en soignant les pestiférés, sainte Thérèse lui apparut, toucha le bubon qui s'était formé à son cou, et il se trouva parfaitement guéri.

L'invasion de l'extase n'a rien qui ressemble à Vaura des hystériques. L'attaque chez ces malades, nous l'avons rappelé, s'annonce principalement par cette constriction successive des viscères qui donne la sensation singulière d'une boule en mouvement dans le corps pendant plusieurs heures, et des troubles céphaliques en sont le dernier signe avant-coureur. L'extase des mystiques est quelquefois précédée de pressentiments, d'une sorte de frémissement du corps : voilà tout. Quant à l'invasion, elle a lieu tout d'un coup, sans transition, comme un éclair.

Notons aussi que rien n'en saurait faire prévoir la durée. Quelques fois, elle est très courte ; d'autres fois, elle continue plusieurs heures et même plusieurs jours. Nicolas Kattor restait vingt-quatre heures en extase; Angèle de

Foligno, trois jours ; saint Ignace de Loyola fut dans cet état pendant sept jours consécutifs; et sainte Madeleine de Pazzi, pendant huit. Il ne serait pas moins iuutile de chercher dans ces phénomènes merveilleux, les périodes si bien observées et si bien décrites par les habiles praticiens de la Salpétrière.

Il n'est pas nécessaire, croyons-nous, d'insister davantage. On voit maintenant si l'on peut définir avec quelque précision les phénomènes extérieurs de l'extase. M. Alfred Maury a écrit : « Dans la vie d'un grand nombre de saints, saintes ou béates extatiques, on reconnaît des traits qui appartiennent tout à la fois à la manie, à la monomanie, à l'hystérie, à l'épilepsie, à la lypémanie *. » On ne pouvait mieux donner à entendre que le classificateur est aux abois. Du reste, il avait déjà dit : « Étudiées de près, ces extases présentent des cas très variés et souvent compliqués de diverses affections nerveuses. » N'est-ce pas avouer que l'extase n'est pas une névrose ? car une névrose n'est pas souvent compliquée d'affections nerveuses, elle est toujours une affection nerveuse.

II. — Mais si les effets corporels de l'extase sont tout autres que les symptômes de l'hystérie et des autres névroses, il faut convenir que l'on n'a pas tort d'y voir des troubles fonctionnels ou même des affections morbides. Les médecins qui font consister toute l'extase dans ces désordres, se trompent sans doute; l'erreur n'est pas moins grande, si l'on range l'insensibilité et l'immobilité parmi les miracles.

Le phénomène externe de l'extase peut être physiologique, il peut être aussi pathologique, c'est-à-dire résulter de fonctions suspendues accidentellement dans les organes sains, ou bien de fonctions empêchées par quelque maladie. Il n'est pas douteux que l'exercice excessif d'une fonc-

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