SECTION IV
Les Possessions.
L'hystérie répond à tout. Elle explique aux yeux des médecins les états extraordinaires des mystiques, nous venons de voir avec quel bonheur; elle explique, presque avec un égal succès, ces états bizarres que jusqu'à nos jours on a désignés, même chez les païens, sous le nom de possession démoniaque. Et chose curieuse 1 on ignore encore ce qu'est au fond l'hystérie, de telle sorte que nous sommes en présence d'énigmes résolues par des énigmes.
Pour juger, par un cas particulier, la valeur de l'explication des phénomènes de démonomanie, nous allons reproduire ici un travail que nous avons publié sur les Possessions de Loudim, laissant au lecteur le soin d'appliquer l'axiome : Ab uno disce omnes. Nous jugeons plus péremptoire, quant à la réalité des possessions, une étude sur les possessions aux premiers siècles de l'Église; nous la donnerons en dernier lieu.
On a fait quelque bruit autour d'un livre qui ne méritait pas tant d'honneur. Nous voulons parler de l'Urbain Grandier du docteur Légué. Ce digne homme s'est chargé du soin de laver la mémoire du triste curé de Loudun ; mais, plus naïf qu'il n3 le voudrait, il n'y a qu'une chose qu'il ait clairement et solidement établie, à savoir que son client avait largement mérité, si non d'être brûlé, du
moins d'être pendu. Il résulte en effet des documents réunis par M. Légué et même de son plaidoyer, que Grandier, prêtre corrompu jusqu'à la moelle, avait abusé de s<m ministère et des devoirs de l'amitié pour porter la honte et le déshonneur dans les familles les plus respectables de sa paroisse, crimes punis de mort par la législation alors en vigueur, comme M. Légué lui-même en fournit la preuve. La mémoire de Grandier n'a donc rien à gagner des discussions que l'on soulève autour de son nom, et ceux qui s'intéressent à lui, s'ils sont sages, feront bien de garder le silence.
Mais, disent-ils, les juges qui lui firent subir la peine du feu, le condamnèrent pour des crimes supposés. Si le fait est vrai, ce que nous ne voulons pas examiner en ce moment, il faudra se rappeler ici la pensée de M. deMaistre, dans les Soirées : la justice humaine se trompe quelquefois, mais la justice de Dieu, dont les hommes sont à leur insu les instruments, ne se trompe jamais : très souvent le châtiment qui paraît injuste au dehors, tombe à côté de la faute supposée sur une faute réelle. Dieu atteint le mal par les défaillances et même 'par la prévarication des tribunaux de la terre: Grandier en serait en toute hypothèse un exemple éclatant. Voilà pour Grandier.
Quant à ses juges, que M. Légué représente comme des scélérats, nous croyons plus conforme à l'équité d'admettre, avec le docteur Charles Richet, qu'ils n'étaient pas si criminels. « Les historiens et les poètes, dit ce savant, ont été sévères pour Laubardemont... Dans ce lamentable procès si injuste, il semble que tout le monde a été de bonne foi ^ » On peut appuyer cette opinion sur un document qui a bien sa valeur et que nous voulons reproduire ^ :