‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 89 sur 123 · Pas le moius du monde · texte numérisé non relu

Pas le moius du monde

"2. « Boudon, Vie du P. Surin » (note de M. Légué). Cette phrase contient à elle seule une affirmation gratuite et une citation prise à contre sens. Ce qui suit est du pur roman.

la citation. Ce qui suit, œuvre d'une imagination erotique, ne peut trouver place dans notre travail.

Après le roman, écoutons l'histoire. Madame de Belciel, d'abord religieuse dans un monastère de Poitiers,demande à prendre part à la fondation d'un monastère à Loudun, où elle savait qu'elle devait endurer les rigueurs de la pauvreté. « Quoiqu'elle fût fort jeune on la regardait néanmoins comme l'àme de celte communauté naissante et on s'adressait à elle pour toutes choses. Ainsi, peu d'années après cet établissement, comme elle faisait sa retraite de dix jours, le directeur qui la conduisait lui donna avis que la supérieure s'était engagée avec M. Grandier qui s'était offert de confesser gratis la communauté et de lui rendre plusieurs bons offices. Il lui conseilla de détourner le coup, en lui faisant entendre que cet homme était capable de les perdre, le connaissant pour un homme vicieux et rusé. Gomme M. Grandier avait été déjà dans les prisons de Mgr l'évéque de Poitiers, la sœur Jeaime des Anges eut peine à croire que la mère Prieure eût pesé sérieusement cette importante affaire de commettre sa communauté aux soins d'un homme déjà noté : elle la pria de lui en dire la vérité. La supérieure le lui avoua en lui disant que c'était un fort grand avantage pour la maison, qu'elle n'avait pas cru devoir refuser, puisque leur communauté était si pauvre : elle n'avait pas le moyen de donner un honoraire à un confesseur. Tout ce que la sœur put représenter à la supérieure fut inutile. La sœur des Anges lui demanda la grâce de trouver bon du moins qu'elle en écrivit à Mgr de Poitiers. Ce prélat étant averti écrivit en diligence à la mère prieure, pour lui défendre cet engagement avec le curé de Saint- Pierre. Cette prieure chargea la sœur des Anges de le rompre. Celle-ci, sans façon, écrivit au sieur Grandier de la part de la supérieure. Grandier, voyant la lettre, avant que de l'ouvrir, quoiqu'il n'eût jamais vu la sœur des

Anges ni son écriture, s'écria : « Je sais de quelle main ce coup m'est lancé : elle le paiera cher et elle boira bon^ »

En comparant cette citation avec la page fantaisiste de M. le docteur Légué, on comprendra de quelle légèreté le virus de l'incrédulité rend susceptibles les hommes obligés à la grav ité par leur état. Nous ne pouvons donc accepter les yeux fermés le jugement de cet auteur sur lesUrsulines de Loudun. Nous allons le soumettre à un examen dont lui-même ne pourrait qu'approuver les principes. L'hystérie n'est pas aussi bien connue qu'il le prétend, et il n'est pas permis d'espérer que la science pénètre dans un avenir prochain lanature si profondément mystérieuse des névroses : mais l'on a depuis peu assez bien constaté et décrit les caractères extérieurs des symptômes hystériques. La science doit beaucoup sous ce rapport au docteur Gharcot et à son école. Rien de plus facile que de mettre en parallèle les malades de la Salpètrière qui sont de vrais hystériques, avec les Ursulines de Loudun. Ce simple rapprochement accompas^né de quelques réflexions suggérées par le bon sens, nous en apprendra bien plus long sur la question, que l'érudition de mauvais aloi et les inventions naturalistes d'un incrédule.

L'hystérie, il est bon de le rappeler ici, est un aftblement chronique, mais d'une nature encore , bien mystérieuse du 'système nerveux, qui, certaines circonstances étant données, se traduit en attaques d'un caractère défini, constituées par des symptômes propres et soumis à une évolution régulière. Il y a comme une loi dans le désordre, si l'on s'en tient aux symptômes principaux ; on peut les résumer comme il suit, dans l'ordre de leur apparition, en les désignant par les noms que leur donnent les spécialistes ; ce sont : Vaura, la boule hystérique, le clou

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