‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 90 sur 123 · Tiré du manuscrit n · texte numérisé non relu

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hystérique, les convulsions épileptiques, les convulsions clowniques, le délire. Vaiira comprend un ensemble de phénomènes, plus ou moins vagues, des douleurs générales, de l'engourdissement, des frissons, des palpitations, des angoisses, qui précèdent et annoncent Tinvasion du mal. La boule hystérique est une constriction successive des appareils internes du bassin et de la poitrine produisant l'étrange sensation d'une boule qui monterait et descendrait plusieurs fois du ventre à la gorge. Le clou hystérique est une douleur très vive de la tête qui s'irradie autour d'un point déterminé du crâne. Les convulsions épileptiformes sont malheureusement fort connues ; elles consistent, en général, en des contractions des membres, qu^'aucun effort ne réduit à leur état normal. Les convulsions clowniques consistent en des agitations bizarres que rien ne peut calmer. Le délire se comprend par lui-même ot n'a pas besoin d'explication.

Une observation est ici à propos. Le docteur Gharcot arrête à son gré l'attaque hystérique au moyen de compressions exercées sur certains points du corps du malade. Mais dès que la pression est suspendue, l'attaque reprend son cours : elle ne recommence pas, du moins ordinairement, elle n'éclate pas sous une forme nouvelle, elle continue son évolution exactement comme si rien ne l'avait interrompue. Il est donc tout naturel de voir dans cette succession ordonnée des symptômes, comme une loi de l'attaque hystérique.

Notons aussi que les convulsions offrent des caractères qui ont de l'analogie avec les attaques des possédés. La rigidité de la période épileptiforme est un de ces caractères; mais ce qu'il faut remarquer surtout, c'est la contraction en arc de cercle. Très souvent Thystérique, après avoir exécuté des mouvements aussi bizarres qu'insensés du corps et des membres, se met en arc de cercle, ventre en l'air, le corps posant sur le sommet de la tète et sur la pointe des

pieds. Qu'on nous permette à ce sujet de relever ici en passant une distraction des rédacteurs de VIconographie de la Salpêtriére ; c'est un exemple de plus de la légèreté avec laquelle de savants médecins traitent les choses les plus graves.

On lit dans la note de la page 73 : « Varc de cercle dans lequel les malades sont soulevés au-dessus du lit, la rigidité du corps, que nous trouvons chez nos deux dernières malades, V insomnie, que nous avons notée chez d'autres malades, le mutisme, le refus de manger, étaient autrefois considérés comme des indices de possession. » Et tout aussitôt avec une naïveté incomparable, ils citent en preuve le passage suivant de Gôrres * « Françoise Haguart, qui parut en 1587 devant les tribunaux, avait livré sa fille Jeanne au démon, lorsqu'elle n'avait encore que sept ans. Elle avait avoué son crime au juge, et la déclaration de la fille se trouvait d'accord avec celle de la mère. La première avait été relâchée à cause de sa jeunesse ; mais la mère avait été condamnée au feu. Une dame respectable se chargea de l'enfant, afin de l'élever dans la crainte de Dieu et de l'arracher ainsi au démon. La chose semblait avoir réussi, lorsqu'une nuit Jeanne, pendant qu'elle était au lit entre deux servantes, fut enlevée tout à coup comme si le démon eût voulu remporter, et c'est ce qui serait arrivé, si les servantes n'avaient crié : « Seigneur Jésus, sauvez-nous » Le mauvais esprit se voyant troublé dans son entreprise, laissa sa proie suspendue entre les soliveaux et s'en alla. Tous les voisins furent témoins de ce qui était arrivé ; car, aux cris des servantes, ils accoururent et virent de leurs yeux, la jeune fille suspendue en l'air. La raideur de ses membres, le refus qu'elle fit pendant huit jours de prendre aucune nourriture, son silence et ses insomnies prouvèrent qu'il n'y avaitlà aucune supercherie.»

d. Mystique, v. p. 163-164.

Qu'un enfant refuse de parler, de prendre aucune nourriture, môme pendant huit jours, cela peut n'être qu'un caprice déjeune fille, dont on trouve encore aujourd'hui des exemples. Les insomnies et la rigidité du corps rentrent plus naturellement dans la pathologie, et ont sans doute déterminé les rédacteurs de V Iconographie kclsissev la petite Haguart parmi les hystériques. Fort bien, en un sens, c'est leur droit. Mais comment ont-ils été assez distraits pourvoir l'arc de cercle des hystériques dans le fait que la jeune fille a été soulevée en l'air et laissée suspendue entre les soliveaux ! Ont-ils jamais rencontré rien de semblable dans leurs clinique ? Le refus de manger et le mutisme ne prouvent pas très bien contre la supercherie, nous en convenons volontiers, mais la rigidité ne prouvait-elle pas que l'enfant n'avait pas sauté d'ellemême au plafond? Et puis, où ces messieurs ont-ils vu qu'il s'agisse ici de possession el des indices de la possession suivant la manière de voir d' «autrefois?» En prenant seulement la peine de lire quatre lignes au-dessus de leur citation, ils auraient reconnu que Gôrres s'est proposé tout autre chose que de donner les indices de la possession. «On a remarqué, dit-il, que les enfants euxmêmes, après avoir assisté au sabbat, acquéraient cette disposition d voler. Rémi nous raconte à ce sujet un fait remarquable et confirmé par des témoignages dont il est difficile de suspecter la véracité. » ^Nous rapportons cette parole de Gôrres, sans prétendre embrasser son opinion. Mais on voit qu'il ne s'agit pas ici de possession et moins encore de l'arc de cercle des hystériques. Revenons aux malades de la Salpêtrière.

Les phénomènes dont nous avons parlé ci-dessus sont comme les fruits naturels et spontanés de la maladie. Mais il en est d'autres qui dépendent du savoir-faire du médecin. Sans son intervention, ils ne prendraient probablement jamais naissance. On peut les comprendre sous le

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nom général d'hypnotisme ou de somnambulisme artificiel. L'hystérique est mise en état de sommeil par des procédés variés, dont le plus connu consiste à lui faire regarder fixement un objet brillant près de la racine du nez. Or, pendant ce sommeil provoqué, que le médecin prolonge à son gré, celui-ci fait passer la malade d'abord par un état de rigidité musculaire, puis par un état de catalepsie où les membres de la malade ont comme la flexibilité du plomb, enfin par une sorte d'excitabilité partielle où la malade éprouve telles hallucinations que l'on veut et fait des mouvements en rapport avec ces hallucinations.

L'hystérique peut donc présenter deux séries de phénomènes bien distincts, comprenant l'une des phénomènes spontanés depuis Vaura jusqu'au délire en passant par des convulsions effrayantes; l'autre, des phénomènes provoqués, dont la rigidité des muscles, puis la souplesse et les hallucinations sont les plus curieux. Tel est en quelques traits le portrait fidèle, sinon absolument complet, de l'attaque hystérique. On divise, il est vrai, l'hystérie comme en deux espèces. L'une est appelée la grande hystérie, et c'est à celle-ci qu'appartient l'attaque spontanée que nous avons décrite. Les phénomènes des possessions sont d'aune telle violence qu'il ne peut raisonnablement être question que de la grande hystérie, quand on prétend assimiler les deux ordres de phénomènes.

Il nous sera bien facile maintenant de voir si les diableries de Loudun étaient des attaques d'hystérie.

D'abord, chose surprenante et peu conforme à lacroyance commune, la série des phénomènes spontanés fait complètement défaut. Point d^aura, de boule hystérique, de clou hystérique, de convulsions soit toniques, soit clowniques, point de délire. Entendons le témoignage d'un homme fort compétent en cette matière, parce qu'il a passé une grande partie de sa vie en rapport avec des possédés.

« Une des plus grandes erreurs, écrit notre solitaire, où sont plongés la plupart des hommes sur la possession des malins esprits, est de croire que personne n'est maintenant possédé. Il n'y a pas jusqu'aux plus habiles gens qui ne contestent cette vérité, ou la révoquent en doute, quoique l'Écriture, les Pères et toute l'Église la reconnaissent, ou qui ne s'imaginent que les personnes possédées sont toujours dans la fureur et la rage des démons, croyant qu'étant dans un continuel dérangement d'esprit, elles sont incapables d'aucune action vertueuse et raisonnable. Mais il n'y a rien de plus faux. Les religieuses de Loudun l'aisaient tous leurs devoirs avec beaucoup d'exactitude dans le temps de leur possession. Elles disaient leur divin office au chœur; chacune s'occupait de ses ouvrages avec tout le soin et la conduite nécessaire. Elles ne laissaient pas cependant d'être bien exercées, dans leur intérieur par les démons qui les obsédaient. Mais elles n'étaient presque jamais possédées que pendant rexorcAsme. C'était là où Dieu forçait ces misérables à comparaître, dire et faire mille choses à sa gloire et à leur condamnation... Sur ce point, pour confirmer ce que dit ici le P. Surin, j'ai, tout indigne que je suis, j'ai sur ceci une infinité d'expériences. J'ai encore entre les mains une fille âgée de plus de soixante ans et possédée depuis plus de vingt-cinq ans, qui conduit une grosse communauté très sagement, on sorte qu'il ne parait presque pas qu'elle soit en cet état. Elle vaque à ses occupations autant que son grand âge et ses infirmités le lui permettent, comme si elle n'avait que vingt-cinq ans *. »

Il est facile de constater que les récits du temps ne rapportent aucun phénomène extérieur qui se soit produit en dehors des exorcismes, sauf ce qui concerne l'invasion du mal. Mais où a-t-on observé que l'action de flairer des

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