Apolog., ch. xxxvii
raccomplissement de cette parole : « in nomine meo dœmonia ejicient;y> c'était le nom du Sauveur exprimé ou figuré qui était l'instrument immédiat de la délivrance. Saint Justin le déclare dans sa seconde Apologie (n" 6), où il dit à l'empereur : « Jésus s'est fait homme pour la destruction de l'empire des démons. Ce que vous pouvez comprendre maintenant, par ce qui se passe sous vos yeux. En effet, dans tout l'univers et dans votre ville môme (Rome), il y a beaucoup de démoniaques, que beaucoup des nôtres, c'est-à-dire des chrétiens, exorcisent au nom de Jésus mis en croix sous Ponce-Pilate. » Tertullien, après avoir dit (Apolog.) que la puissance des chrétiens sur les démons s'exerce au nom du Christ, ajoute : « Notre contact, notre souffle les brûle,., notre commandement les force de sortir des corps malgré eux. »
C'est ici le lieu de citer un fait célèbre rapporté par Lactance, quoique ce fait semble ne pas concerner directement les possessions. Nous verrons plus loin comment il s'y rapporte. « Dioclétien, écrit Lactance, était en Orient. La crainte lui donnant le désir de connaître les événements i'uturs, il cherchait à les lire dans le foie des animaux qu'il immolait. Quelques-uns de ses officiers, qui connaissaient le Seigneur et qui assistaient à ses sacrifices, tracèrent sur leurs fronts le signe immortel. Aussitôt les démons prennent la fuite et la cérémonie est troublée. Les aruspices, r\e trouvant pas dans les entrailles les signes accoutumés, s'agitent et recommencent à l'envi leurs sacrifices toujours inutiles : les nouvelles victimes sont également muettes. Enfin, Tagès, le maître des aruspices, soit par conjecture, soit que déjà il en eût acquis l'expérience, déclara que les sacrifices étaient inefficaces à cause de la présence d'hommes profanes. Alors l'empereur furieux ordonna que l'on obligerait à sacrifier non seulement ceux qui assistaient les prêtres, mais tous ceux qui étaient dans le palais, et fit livrer aux verges ceux qui refusaient. ^>
Les simples reliques des martyrs étaient aussi pour les démons un ob^et de terreur. Elles avaient été sacrées non seulement par le baptême, qui est le signe de la mort de Jésus-Christ, mais par la confession du sang répandu pour .Tésus-Ghrist. Le nom de Jésus-Christ parlait dans ces saints corps d^une manière éloquente et redoutable. Saint Jean Chrysostôme dit ^ que les démoniaques s'enfuyaient à la vue des tombeaux des martyrs ; que si on les y amenait de force, ils s'échappaient dès le vestibule comme d'une fournaise brûlante, n'osant pas même regarder la châsse. Le même saint orateur s'écriait dans une autre circonstance*:
« Si les martyrs étaient dans l'erreur, comment se faitil que les démons redoutent leur cendre? Comment se fait-il qu'ils aient horreur de leurs tombeaux? Ce n'est pas une faiblesse ordinaire aux démons d'avoir peur des morts. Les morts sont innombrables sur toute la terre, et les démons résident auprès de leurs dépouilles. Une foule de démoniaques, le fait est constant, passent leur vie dans les endroits déserts et dans les sépulcres; mais ils fuient les ossements des martyrs que nous honorons. »
Les Juifs conjuraient les démons comme nous l'apprend saint Justin, ^ au nom du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et, chose remarquable, le nom de la souveraine Majesté n'était pas toujours efficace. « Si vous l'employez, dit Justin, peut-être le démon vous sera-t-il soumis. » Preuve manifeste que ces délivrances n'étaient pas, ainsi que les rationalistes l'ont imaginé, des effets d'une imagination terrifiée : le nom du Dieu du Siîjaï devait inspirer plus d'effroi que la doux nom de l'Agneau de Dieu. Du reste nous voyons dans les Actes que ce même nom de
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