‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 96 sur 123 · Div. InstU., liv. V,.cli. xxni · texte numérisé non relu

Div. InstU., liv. V,.cli. xxni

Jésus devint un jour funeste aux exorcistes juifs qui l'avaient employé dans leurs conjurations. Ils furent maltraités par les démoniaques, et il est permis de croire qu'ils avaient eu la sottise d'employer le nom sacré en guise de charme. C'est par les charmes, par l'usage de certaines fumigations et d'enchantements que les païens essayaient de se délivrer de la présence des démons. C'est encore saint Justin qui nous l'apprend ; et il est probable que, pour mieux tromper ses adorateurs, le démon obéissait quelquefois aux adjurations superstitieuses qu'il avait lui-même imposées. Mais la guérison des démoniaques n'avait pas encore présenté ce caractère bien remarquable, que le souvenir de quelqu'un, celui de Jésus-Christ, exprimé par un signe, suffisait pour mettre aussitôt les démons en fuite, comme des esclaves coupables à l'approche d'un maître terrible et inexorable.

i II

L'on convient assez volontiers que les Pères de l'Église sont unanimes à constater le fait qui nous occupe. Ces écrivains, ajoute-t-on, étaient sans doute des hommes distingués, pour leur temps ; mais, sans le vouloir, sans s'en douter, ils ont payé tribut aux préjugés de leur époque. Les rapports de populations ignorantes et crédules les ont trompés sur les circonstances des faits ; et eux-mêmes, tout à fait étrangers à la pathologie, ont qualifié de possession diabolique des maladies nerveuses aux symptômes bizarres.

C'est une fin de non recevoir. Mais elle n'a pas le moindre fondement.

Il ne s'agit pas ici de faits que l'on observe à la hâte et que Ton ne peut pas contrôler, parce qu'ils sont rares. Les délivrances des démoniaques, aux premiers siècles de l'Église, étaient extrêmement nombreuses, quotidiennes.

Elles ont été l'occasion d'une foule de conversions au christianisme. Les malheureux qui étaient délivrés entraippt ordinairement dans la société religieuse dont ils avaippt éprouvé l'heureuse puissance. Saint Irénée l'atteste*; Lac=tance va même jusqu'à dire ^ que Dieu permettait un si grand nombre de possessions afin de préparer, parmi ceux qui seraient délivrés, un accroissement considérable des enfants de l'Église. Les Actes des Martyrs, ceux en particulier} des saints Epipode et Alexandre, fournissent des exemples frappants de l'efficacité d'un tel témoignage. L'erreur, si l'on soutient qu'elle a eu lieu, ne pouvait tomber sur la constatation des faits; Ift critique n'a quelque droit à faire valoir que sur l'explication de ces nouveaui^ phénomènes.

Du reste, les saints Pères ne rapportent pas ce qu'ils ont appris de la bouche d'autrui. Ils parlent d'après leur propre expérience. « Jésus-Christ, dit Eusèbe\ prouve encore aujourd'hui la vertu de sa puissance divine ; car, à la seule invocation de son nom très sacré, il chasse les misérables et funestes démons des corps et des âmes des hommes, comme nous l'avons constaté nous-même par notre propre expérience. » Saint Grégoire de Nazian^e s'étonne qu'on ait pu douter que Jésus-Christ chassait les démons, « car, dit-iP, moi je ne suis qu'une partie du Christ (mystique); cependant il est souvent arrivé qup, lorsque je ne faisais que prononcer son nom vénéré, le démon prenait la fuite en sifflant, en gémissant et en pro" clamant la vertu du Très-Haut. » TertuUien dit à Scapula (c. 3) : « Non seulement nous méprisons les démons, nous les enchaînons journellement, nous les citons en public et nous les chassons du corps des hommes, comme un grand nombre en ont acquis la preuve. ^ Saint Ambroise s'adres-

i. Adv. Hieroc, IV.

Page 1