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POURQUOI LES TABLES PARFOIS NOUS CONTREDISENT- ELLES

Il ne faut pas s'étonner si l'oracle du guéridon, quoique émané des assistants, leur résiste parfois et les contredit. Ne discutons-nous pas souvent avec nous-mème? N'avons-nous pas maintes opinions fluctuantes et parfois contradictoires ? D'autre part, le moi subconscient, qui domine dans cette force parasitaire peut se trouver en désaccord avec la personnalité consciente.

Nos rêves s'opposent souvent à nos idées les plus assises; puis combien de remords et de regrets étouffés, de tentations refoulées, d'impulsions condamnées, de sentiments, exclus par la raison et la décision, montent en flots déchaînés dans les aveux de ce loquace invisible.

Cependant, je le maintiens, la contradiction entre les « esprits » et les évocateurs reste beau-

LES MIETTES DES MORTS tt%'

coup plus apparente que réelle. (Je Tai déjà fait remarquer à propos des <r tables de Jersey »). Les esprits adoptent généralement les idées du groupe ou du médium le plus puissant.

CRITIQUE DE LA « PERSONNIFICATION » DES ESPRITS DES TABLES ET DE LEURS RÉVÉLATIONS

Les « spirites » ont coutume d*appuyer leur foi en l'influence des intelligences de décédés : 1^ sur cette apparente contradiction des réponses des tables avec la pensée el les convictions des évocateurs ; 2"" sur les signatures des communiqués et sur le phénomène de « personnification » qui donne aux oracles de ces trépieds modernes Tillusion d'émaner d'êtres particuliers indépendants et ayant vécu; 3^ sur la nature des révélations qui témoignerait de connaissances supérieures à celles des assistants.

Nous venons de voir que leur première objection à notre théorie se retourne contre eux ; et nous avons déjà répondu à la troisième en démontrant que le contenu des réponses des tables, des voyants ou des voyantes, quand il semble dépasser les capacités du cercle des séances, puise des ressources dans les « souvenirs inconscients ».

Quant à la seconde objection, elle repose sur une mystification de notre subconscient. Les raisonnements, les conseils, les inventions des

médiums en trance, ou actionnant des tables et des crayons, expriment assez fréquemment nos moins bons instincts et les fantaisies déréglée s d'uneimagination mal contrôlée comme dans nos rêves. Llnconscient est tentateur, menteur et dérisoire. Il raille aussi, volontiers. Les révélations les plus élevées sont diminuées par ces tares inévitables.

PIÈGE ou ILLUSION

Il n'est pas jusqu'à la signature, la personnification des messages, qui ne soit un piège ou une illusion.

ce L'esprit » qui se manifeste, il est bon de le répéter, est collectif et anonyme ; car il résulte des émanations psychiques combinées que canalise et colore un sensitif. S'il se targue d'un nom connu des assistants (parent, ami ou célébrité), il veut nous en faire accroire. Remarquez que même alors le médium, en ce qui lui reste de conscience, peut rester, lui, très sincère. Mais il est l'instrument involontaire d'une duperie; car jamais la preuve certaine de l'identité dHun « esprit » na été complètement donnée \ nous n'avons de lui que des débris, des miettes de sa personnalité la plus basse, dans les meilleures séances. Le plus souvent, on prend la larve prétentieuse en flagrant délit de mensonge brutal et de grossière mystification.

Or, tromper consciemment ou inconsciemment, même sur un seul point, c'est exciter inévitablement la méfiance et le doute.

Il faut envisager le phénomène médiumnimique, quelles que soient sa forme et sa valeur, comme une expérience de chimie psychologique — si je puis m'exprimer de la sorte — où les éléments en présence sont toujours assez mal connus et dangereux puisqu'il s'agit de pensées et de désirs contenus exhalés enfin par rinconscient.

Il peut en résulter des précipités vénéneux, c'est-à-dire instigateurs d'illusion, de trouble, de démence ou tout au moins de vertige.

D'autre part, la « personnification » ne saurait être facilement éliminée. Le médium et même les autres assistants, plus ou moins médiums aussi sans le savoir, ont une tendance quasi irrésistible à regarder comme une intelligence «objective », indépendante d'eux, l'énergie en manifestation, — à la nommer. S'ils sont spirites de convictions, comme la plupart des évocaleurs, ils favorisent de leur foi et de leurs espoirs ces fantastiques baptêmes.

L' « esprit collectif », variant avec l'état d'âme de ses évocateurs, se décomposera vite en plusieurs <c esprits ». Ces projections du groupe se coordonnent, en quelque sorte fatalement,

autour d'un Bentiment plus fort ou d^un souvenir plus puissant; celui-ci attribue la communication où il domine, soit à un personnage historique, soit à un mort familier, professant des idées semblables.

LES THÉOLOGIENS APPELÈRENT « DIABOLIQUES » CES ESPRITS QUE NOUS DENONÇONS COMME ÉTANT LE PLUS SOUVENT LES RÊVES DE NOS PLUS TROUBLES INSTINCTS

Ces affirmations, qui pour les cerveaux faibles tirent un prestige important de leur solennité mystique et de leur caractère d'au-delà, répandent perfidement des folies et des erreurs, apothéosent maintes faiblesses. Ainsi s'explique la qualification de «diaboliques », donnée par certains théologiens à ces arrière-pensées, à ces rêves, à ces mensonges prestigieux, issus des sources les moins sûres de notre être.

C'est le piège, où le Narcisse de la fable s'est pris lui-même, par lui-même.

Hais le miroir déformateur est cette fois plus périlleux encore; car il n'est plus physique, il est psychique; donc il fascine davantage. Ce mirage, intellectuel, passionné et imaginatif, a perdu bien des crédules et des exaltés.

Ou bien, c'est le rabâchage monotone et abêtissant de nos préoccupations et de nos lubies.

Rarement une fenêtre ouverte sur les lumières de riospiration et de la sagesse. Seules, des réunions triées avec soin peuvent donner un bon résultat.

Les suggestions, qui nous viennent de notre inconscient, ne doivent jamais échapper au contrôle de notre raison et de notre volonté réfléchie et moralisée. Sans cela, désarmés, nous nous abandonnons à de funestes caprices. Tel est le cas du médium. Au contraire le prophète, le poète, l'inspiré, l'homme de génie, le héros utilise et purifie ces magnifiques et abondantes ressources qui montent de ses propres abîmes. Il plane au-dessus de l'humanité parce que, même dans Textase, il reste en quelque manière toujours maître de lui.

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