LE UIRÂGLE AU VILLAGE
LA MÉTAPSTGHIQUE EST UNE SGIENGE HUMANITAIRE
Il sied de parler sans outrecuidance. Voilà donc, — encore mal étreintes, il faut bien le dire, parla raison autant que par Texpérience, — un certain nombre d'énergies humaines, incohérentes, capricieuses, à la fois sur les frontières de la physique et de la psychologie. Leur étude et leur emploi ont été jusqu'à ce jour trop dédaignés. Tout d'abord je n'ai guère formé que le dessein de les faire entrevoir ; mais il convient de pousser jusqu'au bQut notre effort.
Certainement, en ces nouveautés, tout n'est pas mystification, illusion, mensonge.
Bientôt, nous pourrons constater que plusieurs de ces forces inconnues ou méconnues ou encore trop superficiellement étudiées s'imposent cependant par des faits authentiques que Ton a crus jusqu'ici « merveilleux » ; la dernière partie de ce livre établira que ces énergies, — tout d'abord insolites et peu rassurantes, — dès les premiers essais pour les discipliner, produisent des résultats importants, dont l'exposé réconforte Tesprit et suscite Tespérance. Les individus et la société tout entière en profiteront toujours davantage.
Nous sommes assurés dorénavant que du moins de telles recherches ne sont ni superstitieuses, ni vaines.
Dans une demi-lumière, nous travaillons de la sorte au profit de l'Humanité.
Ce poini de vue pratique et cette application sociale confirment le haut intérêt de ces découvertes. Nous avons désiré beaucoup moins souligner les fantaisies d'un apparent merveilleux qu'attirer l'attention sur des pouvoirs que tous possèdent à des degrés différents. Quelques-uns déjà les utilisent non sans efficacité et non sans bonheur.
Avant d'aborder la théorie et les exemples de la psychothérapie moderne, il m'a paru intéressant d'en décrire les tâtonnements empiriques
chez les « guérisseurs » et les thaumaturges. Ceux-ci sont généralement mystiques dans leur méthode et dans leurs doctrines, justement parce qu'ils sont à la fois ignorants et convaincus ; mais ils emploient confusément ces mômes forces que la science analyse aujourd'hui et discipline : suggestion, hypnotisme, auto-suggestion, foi, télépathie, etc.
Ces prophètes, aussi courus que décriés, apparaissent comme les illustrations colorées et vivantes, les naïves images d'Ëpinai des graves sciences « métapsychiques ».
Entre les nombreux représentants modernes de cette thérapeutique très ancienne, j'ai choisi deux types caractéristiques, Tun beige, l'autre parisien. Le premier est Louis Antoine, le second est le zouave Jacob.
Je décidai de leur consacrer des visites prolongées et attentives.
(C vis MEDIGATRIX )»
Dans tout le Gondroz, on me disait : « Allez voir Louis Antoine, c'est le plus grand guérisseur de la Belgique. Il fait des miracles comme les thaumaturges les plus fameux. Il n'a aucune science, sauf celle qui vient de son instinct ou, comme disent les spirites, de son « guide. » — J*ai, pour ma part, une certaine faiblesse pour
S7â LE MIRACLE MODERNE
les guérisseurs. Ils sont généralement persécutés parles médecins, leurs rivaux, fontsouventautant de bien qu'eux; puis, n'ayant pas de diplôme, ils sont moins pédants et plus pittoresques. J'ai beaucoup connu le zouave Jacob, qui eut des moments de gloire étourdissante. J'ai récemment assisté, à Lyon, aux exercices magnétiques de H. Bouvier, à qui il arrive de soigner des centaines de malades par jour, et, il y a deux ans, à Paris, je me faisais initier à Tart d'un bizarre Américain portant le pseudonyme de Saint-Paul et dont la main, réduite à trois doigts laissait couler des torrents fluidiques, après tout bienfaisants.
Gomment expliquer l'action très réelle des « guérisseurs » sur leurs malades?
Je me rappelle un discours de William Grookes le grand chimiste, à l'Académie royale de Londres : « Quels que soient les mérites, disaitil, de la médecine actuelle, tout ce qu'elle peut faire, c'est de réveiller dans le malade ce que j'appellerai la vis medicairix ^ c'est-à-dire la force de se guérir, ou mieux, la volonté de vivre. Personne donc ne guérit personne, mais le malade se guérit lui-même et le médecin n'a été qu'un aide, celui qui a réveillé la vis medicatrix assoupie. »
Gette théorie, due à un savant remarquable.
me parait la bonne; elle excuse ces prétendus charlatans, qui, renonçant à la pharmacie et à la chimie, s*adressent directement à la force vitale, l'appellent, l'exaltent et, en influençant Télément psychique, commandent à l'organisme, remédient dans la mesure du possible à ses infirmités.
A JEMEPPES-SUR-MEUSE
Quand, venant de Liège, je descendis à la petite station de Jemeppes-sur-Meuse, je demandai au chef de gare : « Connaissez- vous Louis Antoine? — Si je le connais ! dit-il, on parle de lui dans toute la Belgique : il habite à deux cents mètres d'ici, et cet après-midi vous le trouverez au milieu de ses consultants. »
Derrière la barrière j'aperçus Léon Foccroule, le président des spiritesde Poulseur^ Je n'avais donc plus à chercher un cicérone. Foccroule est un ami de Louis Antoine. Ses yeux ronds, sous ses paupières plissées, brillaient de finesse et de bienveillance. Louis Antoine est pour lui une sorte de saint, un curé d'Ars laïque, qui travaille avec un désintéressement absolu pour le bonheur de l'humanité. Je compris aussitôt que Foccroule espérait que je serais non seule-
* Voir Le Monde invisible (Un village spirite.)
méat étonné, mais converti à leur évangile.
C'est que les spirites sont, là-bas, des apôtres ; conquérir une âme leur donne certainement autant de joie que de gagner le gros lot. J'étais ce jour-là le gros lot. Nous marchâmes dans la fumée des fabriques, au milieu des rails de trains à vapeur, sur une terre noire, le long de rues populeuses; parfois passaient des femmes lentes avec, sur leurs épaules, une gaule d'où pendent contre leurs hanches de grands seaux. Le soleil s'était voilé, les cheminées d'usine augmentaient la tristesse et le brouillard. La spirituelle parole du socialiste belge, M. Demblon, me revint à Tesprit : « Le mysticisme, m'avait-il dit, naît la plupart du temps dans les villes où il y a trop de fumée. » Voilà pourquoi cette Belgique si pratique, passablement sensuelle et gourmande^ voit son borinage infecté de fantômes.