LA MAISON DU GUÉRISSEUR
Au coin d'une traverse, une maison d'aspect presque officiel, rappelant une clinique ou une petite mairie. La porte est ouverte. Foccroule cause en wallon avec quelques hommes attablés à un estaminet adjacent. La gueuze-lambic permet aux nombreux pèlerins d'attendre paisiblement rheure où chacun, à son tour, sera reçu.
Dans la salle d'attente, une multitude de femmes. Les clientes rassemblent les types les plus différents, depuis l'épouse du contre-maître, déjà bourgeoise, en chapeau, et dont le corset, sous la robe, s'accuse comme une armure, jusqu'aux plus humbles ouvrières avee leurs châles à gros pois, leurs sabots, leurs cheveux filasse, dont le manque d'éclat atteste les longues privations. Elles serrent contre leur poitrine flétrie par Tallaitement, des chiffons secoués par les palpitations de la vie. Elles viennent là, moins pour elles-mêmes que pour leurs petits. Sans doute le médecin a désespéré, ou il demande trop cher, ou il n'a pas inspiré confiance ; alors elles sont allées vers celui que ses adversaires nomment le Charlatan, que la foule appelle le Guérisseur. Elles sont venues, portées par leur foi, exaltées par l'amour maternel, suppliant le Dieu des mères, de toute leur âme. Le silence n'est même pas troublé par le cri des enfants; quelques vieilles se sont endormies sur leur parapluie, réveillées en sursaut quand la porte du fond s^ouvre pour laisser sortir quelque miraculé et entrer un autre douloureux.
J'ai passé par les coulisses de l'officine magnétique. C*est un corridor étroit où bée, pour tout ornement, un tonneau à épluchures.
Ce corridor conduit à k hutte qu'habite Louis
Antoine. Une chambre seulement, bien pauvre et bien nue, où sa femme prépare le repas du soir.
Se confessera-t-il à moi ? Me livrera-t-il son âme susceptible, superstitieuse de mystique ? Foccroule lui a dit sans doute une phrase bien sentie dans leur patois; car il m'accueille avec sympathie. Et puis, que quelqu'un soit venu de ce grand Paris pour le voir, cela le flatte secrètement, tout de même.