UN PERSÉCUTÉ BIENFAISANT
Le train de banlieue qui doit me ramener de Jemeppes-sur-Meuse à Liège siffle déjà au loin ; il faut finir. Je demande à Louis Antoine ce qu'il pense des médecins, ses grands confrères et ennemis. Il ne m'en dit aucun mal. Ce magnétiseur a r&me chrétienne : « Dans les maladies, ils soignent les résultats ; moi, je m'attache aux causes », dit-il avec une certaine fierté. Louis Antoine est un philosophe. « Ils ont signé à cent cinquante une pétition contre moi : ma mission les gène. Je n'ai été condamné pourtant qu'à quelques francs d'amende, etconditionnellement encore. On sait queje ne demande pas d'argent; et comme je ne donne pas de remède, que peut-on me reprocher? »
La vieille a jeté quelques sous dans la tirelire sur la cheminée. C'est tout ce qu'accepte ce philanthrope mystique.
— Avant de partir, prenez mon journal.
Louis Antoine est allé dans la chambre basse et obscure, où sa femme prépare le repas du soir. De nouveau, je suis dans le corridor étroit, encombré par le tonneau d'épluchures. Le thaumaturge revient avec Timprimé qui a comme titre : Connais-toi. Je jette un regard sur ce papier rempli de ces phrases ampoulées, dont les doctrinaires spiritualistes ont le secret. Ce ne doit pas être là une élucubration de Louis Antoine. Je le soupçonne d'écrire comme il parle, c est-à-dire difficilement. Ses gestes, son milieu, son attitude, ses paroles, voilà ce qui m'a plu en lui. Une grande simplicité, de la naïveté même et de Tilluminisme ; mais un brave , homme, un brave homme vraiment, qui a la double chance d'être à la fois un ignorant et un croyant.
C'est peut-être pour cela qu'il fait des espèces de miracles...