‹ Le miracle moderneChapitre 109 sur 171 · LES VARIATIONS D UN ZOUAVE · texte numérisé non relu

LES VARIATIONS D UN ZOUAVE

A Paris» où la suggestion n'était encore ni eonnae, ni scientifique, il eut an succès égal, chez les ignorants et chez les lettrés. Il guérit le comte de GhâleauTillers, le fameux législateur du duel, et fit marcher le maréchal Forey, perclus de rhumatismes, frappé aux bras et aux jambes d'une paralysie crue incurable. Ces dons étranges gênaient passablement le chef de musique, qui se plaignit à son colonel de ce trombone guérisseur, mais embarrassant. Cependant, ses chefs lui furent beaucoup plus doux que les médecins, plus tard, lorsqu'il leur fit concurrence ; d'ailleurs, le zouaye avait la presse pour lui, aussi bien que le menu peuple. « On raconte qu'après demain il doit ressusciter un mort^ disait ^me Pipelet aux petites bonnes qui lui rendaient visite. — Ah ça, c'est dcMic le bon Dieu, que ce zouave? — Ma foi, mes enfants, je n'en sais rien, mais, c'est presque aussi pire, »

En Angleterre, tournées triomphales ! mais au retour, notre zouave ne sut jamais bien, si ce fut comme trombone ou comme médium, qu'il eut le plus de succès, auprès des belles ladies spiritualistes. Réussit-il peut-être tout simplement parce qu'il était bel homme ?... Il a fait tant de métiers qu'il les brouille un peu dans sa tète :

acrobate, excellent cavalier chez les hussards, puis lancier, puis forain, puis professeur d'équiiation pour singes savants, au cirque Soulié à Nimes, puis aéronaute à Marseille, — enfin zouave-médium.

l'officine a miracles

L'heure de la séance approchant, nous entrâmes dans la salle des malades. Elle présente le plus pittoresque aspect. Un triple rang de banquettes chargées de monde, forme, avec les visiteurs accroupis contre le mur, un quadrilatère humain. Le recueillement règne, comme à Téglise, sur cette foule d'au moins cinquante personnes, de tout âge, de tout sexe, mais non de toute condition, car le pauvre abonde. Il est passé, le temps où Quatrelle montrait, dans la « Vie Parisienne », les névrosées les plus à la mode, s'exhibant devant le thaumaturge en de tentatrices poses. Ces modestes femmes du peuple viennent là, parce qu'il n'y a pas de pharmacie à acheter... Le « docteur » y coûte seulement les quelques sous que Ton veut bien lui donner. Ces clientes n'ont rien de très « parisien, » ni de très ensorceleur. Ce sont de vraies douloureuses. Avec foi, elles ont apporté leur linge et des bouteilles d'eau, afin que le « fluide blanc » du zouave les pénétrât de sa bienfaisante force.

Le voilà enfin en personne, le zouave Jacob!

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