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MERCANTILISME ET HIDEUSES COHUES

Oui, la source coule aujourd'hui encore. Et même elle n'a jamais suscité plus d'enthousiasme. Ufaut avoir assisté aux processions pyrénéennes^ pour se rendre compte de la puissance et de la popularité de l'd faith healing.

Malheureusement notre époque démocratique n*a pas su embellir par Tart et Tattitude ces pèlerinages émouvants. Nous ne pouvons en trouver de description plus pittoresque et plus exacte que dans Les Foules de Lourdes de J. K. Huysmans. Je ne crois pas que le Dogme ait jamais été ébréché ou même estafilé en la moindre phrase de ce livre ; mais quelle satire des hideuses cohues, quel dédain des horribles bibelots de cette

' Article déjà cité.

mystique à la grosse, quel recul à ce mercantilisme et devant ces « gens qui se gaudissent et mangent et boivent sur Therbe, comme un dimanche à Clamart ! » De temps en temps, le raffiné des Esseintes se réveille en Durtal et ce sont des exclamations cinglantes dans le genre de celle-ci : « ces « m'as-tu vues » de la piété ! » Yoici, avec ses marchandages, son tumulte, sa population, son paysage et même ses cris et ses odeurs, la ville illustrée par Bernadette :

Le spectacle, auquel on assiste du bord de cette terrasse, est plus amusant, plus varié que celui de n'importe quel café des boulevards ; tout le cosmopolitisme de Lourdes défile devant nous et l'on n'entend môme plus parler le français. Des vagues de foule déferlent, de la chaussée sur le trottoir. Les tramways dont la station est en face de Thôtel, roulent dans un bruit de ferrailles, sonnent des coups de timbres, sans arrêt, pour dégager les rails ; un bureau télégraphique que l'on a provisoirement installé dans ces parages, est envahi ; c'est un va-et-vient de gens empressés qui entrent et qui sortent. Tout autour de nous flotte une odeur de poussière et de vanille ; des montagnards empestent Lourdes, du matin au soir, en promenant des paquets de vieilles gousses, bux sucs épuisés par les pâtissiers et les parfumeurs et fallacieusement raniméeis par quelques gouttes d'essence ; des marchands de peaux de mouton, de tapis, de fourrures, auxquels manque sur la tète le fez des Juifs algériens de la rue de Rivoli, se glissent entre

les tables du café et essaient d'écouler leurs marchandises aux femmes, et, dans un brouhaha de toutes les langues auxquelles se mêle le patois des Pyrénées, Ton a le tympan percé par les notes stridentes du chalumeau d'un homme qui amène un troupeau de chèvres et vend du lait chaud à la tasse. Des gamins courent, criant : le Journal de la Grotte 1 lisez les derniers miracles ! des fillettes aux yeux effrontés essaient de carotter aux passants des sous ; des religieuses filent, les paupières baissées, en récitant leurs chapelets ; des prêtres de province hasardent un regard de côté sur les prêtres étrangers qui fument ; et voilà qu'un tramway descend bourré de femmes; c'est un premier départ d'Espagnoles qui vont rejoindre la gare ; et elles hanchent, braillent des vivats, poussent des cris de bêtes fauves, agitent des mouchoirs.

Ces multitudes pieuses semblent des kermesses méridionales. Pour les décrire le romancier naturaliste se sert du pinceau d'un Gallot ou d*un Téniers.

Il va de soi qu'il est impossible d'approcher de la grotte, de la fontaine et que, si l'on veut prier et se recueillir, le plus simple est de rester chez soi.

Déjà, les pèlerins hébergés dans le village remplissent l'esplanade ; on fait queue comme aux abords d'un théâtre, devant les secourables cabines, et c'est autour d'elles une pestilence de boue humaine et d'urine; des gens rapportent de la ville du pain, du saucisson, du vin et des familles installées sur les pelouses de gazon, cassent la croûte, on se croirait

un dimanche au bois de Yincennes, avec les tessons de bouteilles et les papiers gras.

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