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LES NOUVEAUX THÉRAPEUTES

Que l'aspect de Thypnotisme et de l'hypnotiseur a changé ! Nous avons tous le souvenir du terrible prestige d'un Donato, suivi par son cortège automatique de «sujets », dont le regard semblait rivé au sien; et le décor nous est resté dans l'œil, de ces fameuses leçons de Gharcot à la Salpêtrière, avec ces femmes en arc de cercle, secouées par les crises classiques de la grande hystérie. Aujourd'hui l'hypnotisme n'en est plus

à ces brusqueries et à ces éclats. Cet appareil et cet apparat ne pouvaient être pardonnes qu*à une science commençante, ayant besoin de frapper les imaginations avant de convaincre les esprits. D'ailleurs, lorsque Ton rencontre les D" Bérillon, Raymond, Pierre Janet, Maurice de FleuryS Voisin, on sent vite que Ton n'a pas affaire à ces dangereux gaillards que furent les premiers hypnotiseurs. Ce n'est plus du fameux « fluide » qu'il s'agit et de ses foudroyants efiets, mais bien des contagions, des radiations bienfaisantes de la volition et de la pensée. Le thérapeute, en effet, se penche affectueusement vers ces déshérités de l'énergie ; la voix est rythmique, basse, et quand il passe dans la pénombre de la salle, parmi son peuple d'endormis, dont les têtes vacillent et dont les bras s'abandonnent, — n'était cette suite d'aides en tabliers blancs, de visiteurs, d'infirmiers, — on dirait volontiers d'un prêtre qui console ou d'un avocat qui persuade sans bruit.

l'orthopédie mentale

Ne croyez pas pourtant que le moderne hypnotisme soit moins rigoureux que l'ancien : il est

* M. Maurice de Fleury a exposé dans im livre remarquable la Médecine de l'Esprit son traitement qui est plus corporel et mécanique (piqûres de sérum, par ex.) que psychique.

au contraire plus méthodique, plus précis, in^nieuZy mécanique, dénué de mysticisme. Il règle et adapte Timagination au lieu de Taffoler.

Comme toute vraie science, il est d'abord physique.

Précisément il utilise le sommeil provoqué. Il sait sans danger réduire l'organisme à Tétat de machine obéissante. A cet effet on impose au sujet endormi des exercices rotatoires des mains et des pieds qui établissent l'automatisme. Cette docilité mécanique est la promesse d'une sûre suggestibilité mentale. On dédaigne les exercices de parade, les contractions, les crises, tout ce qui prédispose à l'hystérie.

Cette psychologie pratique est vraiment originale. D'abord elle s'appuie sur des procédés physiques ; puis, au lieu d'annihiler la conscience et l'initiative comme l'hypnotisme ancien, elle les réveille et les exerce. C'est mécaniquement et mentalement l'ébauche d'un art, sinon d'une science de l'imagination et de la volonté.

Prenons des exemples ; on nous comprendra mieux.

Nous avons, nous-même, coopéré à ces études expérimentales, que dirigeaient des praticiens de l'hypnose et de la suggestion.

LA CURE DE l'iVROGNERIE *

Pour que la pensée insufflée s'inscrive profondément, on cherche à imposer un geste, qui naturellement dans la vie accompagne celte pensée*.

Souvent des alcooliques, dont Tintelligence n'est pas encore irréparablement oblitérée par leurs vices et que tourmente le remords, vont à la clinique comme d'autres vont à Tautel miraculeux.

« Donnez-nous le moyen, disent-ils, de résister à notre penchant; nous ne nous en sentons plus la force, mais nous désirons ardemment être libérés, tant cette funeste habitude nous pèse. »

On a remarqué que les alcooliques sont très rapidement endormis ; mais dans ces cerveaux mal dirigés, il est difficile de graver durablement une idée assez puissante pour endiguer la vieille et tenace accoutumance. Il faut longuement insister. Non seulement Tordre impé-

* ConsuMerV Hypnotisme et V orthopédie mentale et les Principes de la pédagogie suggestive par le D' Edgar Bérillon qui est le psychothérapeute le plus ingénieux de ce temps pour le maniement de l'hypnotisme. Les exemples dont je me sers ici sont observés à sa clinique rue Saint-André-desArts.

' Procédé essentiellement « magique », prostitué par les grimoires, ennobli par les cérémonies du culte.

rieux, mais le raisonnement ; non seulement le raisonnement, mais quelques inhibitions adroitement choisies.

J'ai assisté à une véritable lutte de ruses entre la patience de Thypnotiseur d'une part, et de l'autre le vice d'un hypnotisé. On sait la crédulité d*un sujet endormi. Devant Tivrogne mis en transe, le docteur traça sur le parquet avec de la craie une raie blanche. « Vous voyezceci, lui dit-il, c'est la porte d'un marchand de vin ». Aussitôt notre homme fit le mouvement d'enjamber le symbole du seuil tentateur. Mais un commandement du docteur l'arrêta : « Vous ne pouvez, lui affirma-t-il avec autorité, aller au delà de ce signe ». En effet, la suggestion paralysait l'élan de rivrogne. « De même, continua le thaumaturge, lorsque vous serez éveillé, il vous sera impossible de passer la porte d'un marchand de vin. »

On pouvait croire que la tactique était bonne ; mais rimpulsion dépravée de boire, l'idée de l'alcool la déjoua. Notre ivrogne revint quelques jours après, plus délabré encore. Quand il fut réendormi, tout s'expliqua. Sentant Timpossibilité d'entrer dans la buvette, il se comprit lié par une suggestion. Son mauvais génie lui conseilla de se faire servir à la terrasse les poisons qu'il ne pouvait plus boire sur le zinc.

Même il y mit une certaine malice et quelque acharnement. Par esprit de contradiction il but davantage... Il fallait donc trouver autre chose. Cette fois le vice serait pris de front. Dans la main droite de Talcoolique, fut placé un verre d'eau ; on l'avertit que ce verre contenait de l'absinthe, sa boisson préférée. — De nouveau le malheureux se hâta d'approcher le verre de ses lèvres. Le docteur l'arrêta encore, en lui immobilisant le bras par un ordre impérieux. Plongé dans le sommeil provoqué, malgré son vice, ce Tantale d'un nouveau genre était bien forcé d'obéir. Il lui fut naturellement ordonné de subir le même arrêt à Tétat de veille, quand il serait devant un verre d'alcool. J'étais là ; je me plaisais à suivre l'étrange expression de la physionomie dépitée et le léger tremblement du bras en catalepsie.

c( Ecoutez-bien , lui dit l'hypnotiseur , je crée en votre cerveau, grâce à cette paralysie momentanée, la possibilité de vous contenir et de réduire votre penchant, à l'état de veille. Cette faculté de se dominer qui fait réellement l'homme, je vous la rends; lorsqu'un camarade vous offrira un verre, votre bras tout à coup ne vous obéira plus. Mais cela ne suffit pas. A cette inhibition, que votre volonté affaiblie ne saurait vous fournir, mais que je viens de créer en

VOUS artificiellement, j'associe toutes les idées morales que vous avez oubliées. Vous songerez à votre femme que désolent vos absences, à vos enfants qui manquent de pain à cause de vos libations, à votre santé que vous ruinez ainsi..., et peu à peu, de votre propre initiative, vous reposerez votre verre sur la table, sans y avoir touché. N'ayant pu le boire par force, vous y renoncerez par raison. » *

Au bout de quelques séances, Tivrogne parut s'améliorer. Il fut si content de mieux travailler, de se porter bien, et d'avoir la paix chez lui, qu'il revint plusieurs fois à la clinique pour servir dans des séances publiques de démonstration vivante aux bienfaits de Thypnotisme^.

* On a depuis créé des hôpitaux où les ivrognes sont soignés par l'hypnotisme, le sommeil et la suggestion.

* Il faut veiller avec beaucoup de soin aux suggestions données. Une jeune peintresse, M°>" B..., de la clinique du D' Bérillon, avait pris la mauvaise habitude de sucer ses pinceaux et s'empoisonnait ainsi lentement. Elle reçut^ endormie, l'ordre de ne plus pouvoir les porter à la bouche. La suggestion fut exécutée trop à la lettre. « Quand l'envie malencontreuse vous viendra, lui avait-il été dit, votre bras sera immobilisé. » Il le fut si bien que la jeune artiste ne pouvait plus peindre ; son bras restait contracté : elle dut revenir à la clinique pour en retrouver la liberté. Le D' Liébault, dans « les Confessions d'un hypnotiseur », {Revue de l'Hypnotisme) a très loyalement fût part des difficultés inhérentes à Texercice de cette thérapeutique et quelle prudence, quel art véritable elle nécessite.

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