BIENFAISANT
Naturellement je donne un corps etune formule à ces critiques beaucoup plus vagues chez M. Patterson qui est un mystique. Il a raison quand il dit que nous ne profitons bien que des acquisitions faites par un effort personnel. Je ne discutai pas avec lui les mérites du nouvel hypnotisme qui a prévu certaines de ses critiques, par exemple Tabolition de la conscience, que Ton s'exerce au contraire à reconstituer. Je me contentai d'insinuer :
— Mais, si la force de vouloir par nous-même nous manque?
— Je m'attendais à votre objection, me répondit gravement M. Patterson ; et voilà où notre rôle commence. Au lieu de réduire nos malades à Tétat de passivité absolue, comme le font les hypnotiseurs, nous leur demandons seulement de se recueillir et de s'entendre avec nous, pour établir un courant de sympathie et fixer des heures oîi nous penserons ensemble. Je ne dois pas vous le cacher : nous croyons que Tintelligence de chacun a sa source dans une intelligence universelle. L'espace n'existe pas pour les âmes; la pensée est, et opère, là où elle veut se diriger. Ces courants réguliers et constants, établis entre
le professeur de volonté et son élève, ne sauraient jamais être malfaisants et ils apportent aux nerfs affaiblis, à 1 âme défaillante, un réconfort que rien, aucun remède physique surtout, ne saurait remplacer. »
Je quittai M. Patterson, avec la persuasion que je venais de découvrir une profession nouvelle, à laquelle Jérôme Paturot n'eût jamais pensé :
« le télépathiste guérisseur » ou encore « Tenvoûteur bienfaisant ».
Cependant elle n'est point méprisable, car elle demande une certaine philosophie, de la confiance en soi, et la croyance en quelques grands principes sur lesquels la plupart d'entre nous hésitent encore, par exemple l'âme universelle cosmique et par elle Tintercommunication entre 'les âmes individuelles. Ensuite, — et, en Amérique plus qu'ailleurs, ce détail est important, — elle rapporte de quoi nourrir son homme. Gomme il me vint à l'esprit de demander au factotum de M. Patterson qui me raccompagnait, combien le « professeur de volonté » réclamait par séance, il me répondit sans sourciller : « Mille francs, Monsieur ! »
Ce chiffre me fit réfléchir tandis que je me replongeai dans le brouillard des rues de Londres. La somme est un peu forte, peut-être; mais elle doit faire corps avec la suggestion... Quand la
télépathie revient à ce prix, un malade, surtout s'il est économe, ne saurait se décider à ne pas guérir. . .
Mais arrêtons le sourire qui vient naturellement aux lèvres : à cause de la désinvolture du thérapeute. Cette harmonie pré-établie des cerveaux, ce mimétisme psychologique produisent en effet des résultats certains de synchronisme. Ainsi opère la force de Téducation ou de lexemple. L'influence du maître dans renseignement asiatique ressemble à celle du suggestionneur. Le « gourou » hindou sait si bien discipliner son élève qu'après cette cohabir tation mentale, le lien persiste, même malgré la distance ; et de loin les âmes se rejoignent, donnant le conseil ou Tappui et les recevant.