DIS-MOI CE QUE TU PENSES; JE TE DIRAI QUI TU ES
M. Patterson pratique en somme un hypnotisme innocent et lointain. M. Henry Wood nous apprend Tauto-suggestion pure. Elle peut remplacer la prière pour ceux qui, ne croyant pas, ont cependant besoin de quelque chose de supérieur qui les entraîne et qui les console. Quant à ceux qui restent attachés à une religion particulière, ils trouveront en Tauto-suggestion
une alliée, non un obstacle au rituel de leur foi; car ils savent qu'il ne suffit pas de prier pour être amélioré. Toute Divinité exige de ses fervents un effort de tous les jours.
C'est par la pensée et sur la pensée que Fautesuggestion doit agir.
Nous devenons tels que nous vivons mentalement, affirment les partisans de cette méthode. Gela revient à prétendre : « Dis-moi ce que tu penses et je te dirai qui tu es ». Cette formule est plus profonde qu'on ne le croit tout d'abord. Nous avons l'habitude de j uger les hommes d'après leurs actes ; mais tout acte est déterminé par une foule de causes, étrangères souvent à celui qui agit. Nos pensées, au contraire, sont tout à fait nous-mêmes. Celui qui verrait nos pensées nous verrait tels que nous sommes et non point tels que nous apparaissons. Shakespeare a dit :
« Nous sommes fait de la même étoffe que nos rêves. » Et nos rêves ne sont pourtant que les enfants incohérents de nos impressions et de nos pensées.
Dans l'étude de ces phénomènes clairs-obscurs se cache, beaucoup plus que dans les circonstances extérieures, la clef de notre bonheur et de notre malheur. En nous-même se trouvent nos meilleurs amis et nos pires adversaires, qui, les uns et les autres, sont nos propres peu-
sées. Dans nos chambres mentales il n'y a pas seulement des locataires honorables et de bonne compagnie, mais aussi des visiteurs étranges, des trouble-fête, toute la série des craintes indéfinissables, des visions, des remords, des impressions troubles et morbides; ils passent, sur ce théâtre intérieur — notre cerveau, — comme des fantômes dans les maisons hantées.
Les plus forts ont connu ces étrangers malfaisants et envahisseurs. Flaubert, dans sa correspondance, nous a laissé le témoignage de sa lutte avec ces ombres, duel que tous les poètes antiques ont représenté allégoriquement. En 1857 il écrit à M"' Leroyer de Chantepie : « J'ai souvent senti la folie me venir. C'est dans ma pauvre cervelle un tourbillon d'idées et d'images, où il me semblait que ma conscience, que mon moi sombrait comme un vaisseau sous la tempête. — Mais je me cramponnais à ma raison, elle dominait tout, quoique assiégée et battue. Et d'autres fois, je tâchais par l'imagination de me donner facticement ces horribles souffrances. J'ai joué avec la démence et le fantastique comme Mithridate avec le poison. »