UN ARSENAL ELECTRIQUE ET VITALISTE
C'est, à le voir, tout le contraire d'un mystique*. Robuste, sanguin, le cheveu et la barbe solides, à peine blanchis çà et là, Taccueil sympathique des gens bien portants, il incarne le bon vivant à qui sourient les hommes et les circonstances. Les yeux seuls, riches de magnétisme, vagues et comme distraits, indiquent le scrutateur deTAu-delà, le pèlerin de l'Inconnu. II habite un large appartement circulaire, aux chambres multiples, où dans la pénombre étincellent les mystérieux instruments de la psychothérapie. On se croirait transporté dans la retraite de quelque magicien « nouveau jeu », tel qu'aurait pu l'imaginer Jules Verne ou Wells, ces prophètes des trouvailles futures. Le doux chant des machines d'électricité statique y accompagne les ronflements des bobines dynamiques et l'intermittente lueur bleue d'énormes aimants. Des réduits tout à coup s'éclairent de herses éblouissantes, et ce sont des bains de lumière, des douches de soleil artificiel en chambre. Comme le magnétiseur
* La découverte du D' Baraduc aie charme et rinconvénient d'être présentée par lui souvent en termes métaphysiques et occultistes. Elle devient volontiers une doctrine, quand elle devrait pour les esprits critiques rester le clair et méthodique exposé d'une série de faits; mais quels documents pour le romancier et le poète !
Mesmer, Baraduc se promène au milieu de ce curatif arsenal avec une baguette terminée d'une boule qui, sur le corps des malades, fait naître des étincelles. Ce diable d'homme, dompteur de névroses, semble avoir apprivoisé les éclairs...
LE BIOHÈTRE
Dans un recoin de cet appartement, sont disposés les deux appareils qui servent à enregistrer ce que j'ai appelé la « respiration fluidique ».
Une aiguille de cuivre recuit est suspendue à un fil de cocon ; elle est disposée à deux centimètres au-dessus d'un cadran chiffré qui surmonte une bobine de 145 mètres de fil de fer très fin, dans un bocal, à l'abri de l'air, des variations de la température et des vibrations extérieures.
Cette aiguille a l'étrange propriété d'être influencée sans contact, à travers la paroi de verre, par la présence du visiteur. Celui-ci n'a qu'à diriger, perpendiculairement à la pointe de chaque aiguille, la main droite vers l'appareil de gauche, la main gauche vers l'appareil de droite, l'extrémité des doigts étant exactement à trois centimètres du cadran. La pose dure trois minutes.
Alors les aiguilles sont attirées ou repoussées par une force qui se dégage de Texpérimentateur. Cette force traverse le verre, un bloc de
glace de dix centimètres d'épaisseur, la soie, la peau des gants, un cylindre de mica, une toile recouverte d'alun, le collodion griffield, un tissu de fil de cuivre, toutes substances reconnues adiathermiques et adiaélectriques. Pendant quatre mois, le docteur Baraduc expérimenta avec M. Branly, un des inventeurs de la télégraphie sans fil, et ils conclurent que Télectricité des machines et la chaleur du feu ne pouvaient être mises en cause. Il s'agirait d'une énergie nouvelle qui n'a pas encore été notée, d'une « force inconnue » inhérente au corps humain ^