LA FIXATION DU RÊVE
Avec tout cela quelle impression est créée?
Comme nous n'avons pas d'autre terme, disons que c'est l'impression du rêve. Dans nos nuits de demi-sommeil nous avons vu tomber en pluie insidieuse cette graine humaine, ces perles de visages qui apparaissent au bout d'un féminin crayon. Nous sentons bien, par exemple, que cette tête comme une fleur entre des feuilles, c'est, visible, la légende des fées, de la nature habitée, de la vieille mandragore qui sourit. Ces fronts têtus, ces yeux ardents entre des volutes de paons et de serpents, ce sont les redoutables forces naturelles prenant conscience, les colères mystérieuses des choses ? Mais la sensation fugi-
tive, mourante du songe, elle est bien dans ces villes flottantes de fumée et d'animalcules, que M. Sardou construit à peine, toutes déliées. D'un peu loin on dirait une grande croix dominant « la maison de Mozart » ; je me rapproche, ce sont des ailes d'anges enlacées, je regarde avec plus de soin, ne seraient-ce pas des orgues? mais si j'appuie mon regard, tout fuit, tout s'envole, ce ne sont que de petites notes de musique pâle, de la blanche et grise poussière de son...
Tout ce qui est le germe, tout ce qui renferme le secret des choses, tout ce en quoi les anciens mirent des âmes, voilà le thème de ces dessins instinctifs. C'est du paganisme appliqué, de la féerie en action, de la poésie qui se découvre; et cet art de médium se montre, en réalité, direct et sans médiateur.