LA TRANSE ET SES VISITEURS
M" Piper aime une certaine pénombre. Ayant revêtu une toilette commode, la lumière du dehors filtrant doucement par les volets clos, elle commence à se plaindre avec ces gémissements des parturitions physiques que le professeur Aksakoff, de Saint-Pétersbourg, dit avoir remarqués au moment des « matérialisations », que créait le médium Eglington. Enfin ses soupirs témoignent qu'elle a émigré dans un autre état
d'âme ; la voilà dans les profondeurs inconscientes du sommeil auto-magnétique ^ Une autre personnalité parait alors avoir supplanté la sienne; et cette personnalité possède des dons divinatoiresy entre en communication, s'il faut l'en croire, avec Tàme des morts chers aux assistants, quand même ces morts n'auraient jamais été connus de M" Piper.
Il arrive même que le défunt^ s'introduise dans l'organisme du médium, parle par sa bouche ; que dis-je ! il peut se faire qu'il en vienne plusieurs à la fois, et je pense que ce n'est pas un spectacle banal que de reconnaître, dans le même corps dépossédé du moi conscient, jusqu'à trois entités nouvelles; Tune envoie un message par la main gauche, Tautre par la droite, et la troisième parle, tandis que les deux autres écrivent. Alors vraiment l'hypothèse de la tromperie volontaire est difficile à accepter, car quelle comédienne pourrait sans se tromper, tenir trois rôles à la fois ?
* Dès 1898. par mes conférences à la Société psychologique et à la Bodinière, par mes articles au Figaro, au Gaulois, à VEclair, ài la Revue Encyclopédique, (ils fureut reproduits dans la presse entière) j'ai le premier en France, propagé, commenté, discuté le cas de cette voyante.
* Pour la facilité de Télocution, je suppose comme admise l'hypothèse inexacte mais commode des spirites ; je dis « le défunt D, ou « le mort », ouïe nom du mort, pour désigner la sous-personnalité du médium.
fui LE MIRACLE MODERNE