TEL GRF.DO, TEL FANTÔME
Le cas de Mrs Piper n'est pas isolé, mais il est typique et mieux étudié. J'ai connu personnellement un certain nombre de voyants et de voyantes, j'ai étudié soigneusement la vie et les œuvres des autres que je n'ai pu approcher. Leur ce travail » est à peu près le même, démontrant la réalité, trouble encore, des facultés surnormales, que tout être possède et développe à des degrés divers, — jamais d'une façon péremptoire l'influence « d'esprits désincarnés ».
Si je me détache des théoriciens pour qui la simulation et l'hystérie sont les seules solutions, je ne puis me rallier aux spirites. Ils affirment que le phénomène est dû aux morts ; mais, je le répète, ces entités quand elles ne sont pas selon toute évidence les illusions d'une imagination
238 LE MIRACLE MODEHNE
exaltée, ne nous donnent que « les miettes » de leur vie terrestre, et l'ombre en quelque sorte qu'elles ont laissée sous la forme de souvenirs dans le cerveau de leurs parents ou de leurs amis. Ce qui reste certain et solide, c'est Tétrange faculté du médium pour recueillir, vivifier, concentrer, personnaliser ces résidus épars, — et c'est aussi quelques faits de pressentiments, de divination, assez rares, mais indéniables.
D'ailleurs, le médium, s'il n'a pas les mêmes croyances que les spirites, imagine correspondre avec des personnalités de l'invisible, qui ne sont plus des morts.
Les pythonisses, les sibylles, les pythies, ces médiums de l'antiquité, croyaient être inspirées par le dieu du temple auquel elles étaient attachées ; dans les couvents chrétiens les extatiques conversaient avec le Christ, la Vierge, les anges et les démons. Au moyen âge, où Satan est à la mode, c'est lui qui hante les sorcières des sabbats. Les apparitions et les révélations, dans les pays où d'autres religions que la nôtre dominent, sont attribuées aux dieux, aux messies, aux mystérieuses influences qui peuplent leurs cieux ou leurs enfers. Même de nos jours et chez nous, les visionnaires font varier, selon leur credo, la qualité et Tidentité de leurs fantômes.
Si"^ GouesdoD, aujourd'hui presque oubliée
malgré ses succès populaires comparables à ceux de Mrs Piper, était sans doute sincère en se croyant insufflée non par un défunt, mais par un ange. Son dédoublement de personnalité, (M. Charles Richet Tanalysa avec beaucoup de finesse) ^ même par son origine qui fut^ je Tai dit, une « contagion psychique », rappelle le cas de Mrs Piper. Mais, comme elle vivait dans un milieu catholique et royaliste où l'exemple de Jeanne d'Arc revenait souvent, et où le spiritisme était considéré comme une hérésie, elle ât endosser à Tange Gabriel ses éjaculations mal versifiées. Celui-ci ne me semble pas moins de la même famille imaginaire et subconsciente que le D' Phinuit, avec cette nuance qu'il se targuait beaucoup de prophétisme \
GAHAGNET ET ADÈLE MAGIKOT OU « LES ARCANES DE LA VIE. FUTURE DÉVOILÉE »
n est assez périlleux de se fier à des pythonisses professionnelles ; car où il y a métier et gain, donc obligation de satisfaire le client à heure fixe, comment la fraude ne deviendrait-
elle pas nécessaire? Celui qui voudra construire une théorie d'après les agissements de ces
* Revue scientifique.
* Je traiterai de cette clairvoyance spéciale, le prophétisme, dans un autre livre : Les Cryptes de Vâme.
trafiquantes, bâtit sur le sable. Telle est la critique qu'il faut bien adresser au dernier chapitre d'un récent livre de M. Maurice Mœterlinck, qui aborde d'ailleurs avec une très ingénieuse perspicacité les mystères de l'avenir.
A l'instar de M. Podmore qui a écrit des ouvrages scrupuleux sur la transmission des pensées et le spiritualisme moderne, il convient plutôt de rappeler, entre autres exemples, les intuitions extraordinaires d'une somnambule française, Adèle Maginot,dont Gahagnet, magnétiseur swédenborgien, — son école existe encore et j'en ai parlé dans Les petites religions de Parts, — se constitua le secrétaire. Je mets de côté les promenades au pôle et dans la lune, que la brave dame, « lunatique » en effet, accomplissait ou plutôt racontait avec autant de désinvolture que de naïveté. Nous connaissons ce genre spécial de littérature, qui a pour génial modèle les divagations de Swedenborg et qui comprend la Vie Universelle de Louis Michel de Figanières, les Quatre Évangiles par Roustaing, les Dictées médiumnimiques de la baronne Adelma de Vay et une multitude d'autres romans automatiques; parmi ces productions il ne faut pas oublier les révélations sur la planète Mars et sur la fameuse langue martienne que M. Flournoy, professeur à la Faculté des sciences de Genève, nous transmit
d'après Hélène Smith, une spirite à incarnations K
Adèle Maginot pensait, comme Mrs Piper, entrer en communication avec les vivants éloignés ou avec les morts sur lesquels on la questionnait. Cette prétention n'est pas rare. La plupart des somnambules dont le nom s'étale dans les réclames des journaux, se targuent de semblables prérogatives télépathiques entre ce monde et l'autre. Mais ce qui est exceptionnel, c'est de donner aux consultants, sans fraude, et plus souvent que le calcul des probabilités ne le laisse espérer, une description exacte des lieux ou des êtres évoqués.
Cette somnambule jouissait de facultés différentes de celles développées par Mrs Piper. Elle voyait les maladies à travers les corps et même à distance et en donnait le diagnostic détaillé d'après les sensations qui à ce moment la traversaient. Ces pouvoirs dont les anciens magnétiseurs nous
* Flournoy. Des Indes à la planète Mars, étude sur un cas de somnambulisme avec Glossolalie, 1900 et Archives de psychologie de la Suisse romande, 1901 (t. I, n" 2, p. 301). La puérilité ingénieuse de ces imaginations d'ignorante à l'état subliminal est fort judicieusement analysée. Le volume est illustré par les dessins colorés d'Hélène Smith qui objective aussi ses visions. L'histoire du langage martien, fabriqué par la somnambule avec du français déformé, est typique ; elle nous éclaire sur la façon dont travaille et se manifeste l'inconscient qui tente de se faire passer pour une manifestation de Tau-delà. Sincérité du sujet le plus souvent ; mais mensonge ou plutôt invention, rêve de la personnalité seconde.
apportentde nombreux témoignages, ont impressionné le monde scientifique, grâce à un livre d'observations judicieuses. Les Phénomènes d'Auioscopie^ par le D' Paul SoUier dont j'ai déjà parlé.
ADÈLE MAGINOT C< VOIT D LES DÉFUNTS QU'eLLE NE CONNAIT PAS ET DÉCRIT LES MALADIES DONT ILS FURENT VICTIMES
Ouvrons Les Arcanes de la Vie future dévoilée, par Gahagnet. Le premier volume renferme 96 séances, malheureusement sans date ; dans le second, la plupart sont datées et classées chronologiquement. Des consultants importants ou obscurs certifient, en le signant, la valeur de chaque procès- verbal.
Le n* 129 est un bon exemple. On y raconte la visite de M. Pétiet qui demande son frère Jérôme.
Adèle le décrit minutieusement, jusqu'à ses pantoufles basses sans cou-de-pied. Elle explique qu'il mourut de suffocation, et elle se met à suffoquer et à tousser comme lui. Elle découvre qu'on avait dû lui appliquer dans le dos un vésicatoire ou un emplâtre, qui causa un ulcère qu'elle voit. U n^avait cependant pas de maladie à cette partie du corps. Celui qui le soignait ne sut point reconnaître son mal...
M. Pétiet ne trouve rien à reprendre dans les détails ; il ajoute que la voyante le confirme dans son opinion quant à Tusage de Templàtre ordonné par un empiriste et qui causa la mort soudaine de son parent.
Cette séance, par la dernière observation surtout, semble témoigner d'une transmission de pensée. Telle était d'ailleurs Topinion d'un spécialiste de grand talent, le baron du Potet, fondateur du Journal du magnétisme et qui obtint avec Adèle de frappantes personnifications.
Mais, bravant des difficultés imprévues, Adèle entre en communication avec des morts dont les visiteurs ne connaissent que les noms. Un pasteur Roustan propose Jannette Jex, que sa servante seule connaissait. Adèle voit si bien la défunte qu'elle donne des détails typiques ; sa coiffure, son dos rond, la crise dont elle périt,^ ses deux tumeurs, Tune au ventre, Tautre au sein gauche... Roustan reconnaît par écrit Ta^H thencité du rapport, après l'avoir montré à sa servante^
11 est regrettable qu'Adèle Maginot n'ait pas excité alors la curiosité de psychologues moins crédules que Gahagnet; elle eût occupé une place plus importante dans l'histoire de la métapsychique* elle eut fait progresser l'étude delaccclair-
* Des expériences comme celles du pasteur Roustan ont
voyance » et de la « suggestion mentale » au lieu d*augmenter fâcheusement le chimérisme des <c spirites ».