SCENE III LES MÊMES, THÉODORE, puis JEAN
THÉO, poudreux, défait.
Si c'est nous autres que vous appelez du renfort, il faut avouer, mes braves gens, que vous n'êtes pas précisément difficiles.
LE SERGENT
Enfin, quand le diable y serait, tu ne tombes pas de la lune? Tu n'es pas venu tout seul, la nuit, à travers la brousse V
THÉO, entrant.
Je ne suis pas venu tout seul, c'est vrai, mais j'arrive peu accompagné.
.JEAN, entre. Il est dans le même état que Théo. Nous descendions de notre i)oste, on était cinq...
I,E SERGENT
OÙ sont les autres?
THKO
Allez le demander aux pirates.
Oï'J'O
Vous avez été attaqués ?
THÉO
Il y a des chances.
LE SERGENT, sévèrC .
Et vous avez fui, abandonnant vos camarades?
ifiÉo, cramoisi.
Dîtes donc, sergent, on ne vous insulte pas. (Robert considère Jean avec attention).
JEAN, an seryenl.
Quand les agresseurs se sont retirés, nous restions seuls intacts. Un de mes hommes respirait encore; nous l'avons emmené avec nous. (Tombant cpnisé snr lés nattes). Il n'avait pas fait cent mètres que tout était fini.
ROBERT, à part, regardant Jean.
Mais, c'est lui.
LE SERGENT, avcc rage.
Ah çà ! on ne Unira pas par les avoir au bout du fusil, ces bandits là ?
iVAN, fnnèbre.
Oh ! peut-être phis tôt et plus longlem|)s que nous le voudrons.
OTTO
Pour mon compte, j'en descendrai bien une demidouzaine avec plaisir.
THÉO, s'asseyanl sur les natles.
Pendant que tu y étais mon camarade, tu pouvais y aller de la douzaine, ça ne t'aurait pas coûté plus cher. (Au sergent.) Sauf excuse, sergent, je crève de soif. . . (A Jean) et toi aussi, hein, caporal ? (Ivan remplit un quart de thé).
JEAN
J'avoue. . .
IVAN, leur offrant le quart de thé.
Tenez, les marsouins, prenez toujours ça en attendant. Ça n'a rien de bien fameux, mais. . .
OTTO
Faute de merles.
THÉO, prend le quart et le donne à Jean. On boit des grives ?
JEAN
Merci. (// boit et redonne le quart à Théo en disant :) Je suis à demi-mort de fatigue.
IVAN
Oh ! ce soir vous pourriez bien être mort tout à fait. THÉO, lui rendant le quart vide.
Merci. Ça, au moins, c'est gentil. Vous avez dû être diseur de bonne aventure, hein ?
IVAN
Non-. J'étais médecin.
LE SERCrENT
C'est la même chose.
(Robert assis à l'écart contemple Jean).
IVAN
Je ne sais pas si c'est vraiment la même chose, mais, je vous le dis comme je le pense : J'ai la ferme conviction que, ce soir nous aurons encore un camarade de démoli sur le mirador.
.lEAN
Sur le mirador où était le factionnaire qui nous a crié : Halte-là ?
orro Oui.
LE SERGENT
A propos, si on allait dire deux mots à celui qui s'embête là-haut en ce moment? Il doit se demander ce que viennent faire ici ces deux marsouins qui arrivent de but en blanc.
THÉO, se levant.
C'est ça, sergent. Allons lui annoncer (|ue c'est des hommes de la classe.
IVAN
Ah ! vous êtes de la classe.
THÉO
Moi, je compte 223 demain au jus.
JEAN
Moi, j'ai fini dans trois jours.
LE SERGENT, à Tlléo
Neuf ans de service et pas de galons?
THÉO
Je m'étais pas engagé pour faire ma carrière.
OTTO
Ils sont trop verts?
THÉO
Imbécile. J'ai, comme tout soldat français qui se respecte, un bâton de maréchal dans ma giberne, ça me suffit largement.
LE SERGENT, à Jean.
Dix ans de services! vous allez en reprendre pour cinq ans, je pense ? Hein ? La retraite ?
JEAN
Peut-être.
THÉO
C'est pas tout ça. On y va rendre cette visite au factionnaire, oui ou non ?
LE SERGENT
En avant. (Tous sortent à Vexception de Jean et de