‹ Le Mireour du mondeChapitre 10 sur 16 · IM · texte numérisé non relu

IM

Et qu'el mervelle , se Dieu se venge de tels gent qui li veulent tollir sa Ségnourie ?

IDe Hebeiiion.

|ALE chose est murmure, mais trop vaut pis rebel- ^lion.

Rébellion est un vice qui vient de cuer, qui est rebelle, et dur, et reborsS et divers : qui tous jours veut que sa volenté soit faite, et sa sentence tenue : qui veut que les autres souploientà li, et il ne souploieroit à nuli. C'est le cuer dur que Salemon dit « Que il ne puet faillir à maie fin » .

Gest vice a quatre branches ;^^er tiex cuers sont rebelles, et rebours à conseil croire, et au commandement Dieu faire , et à chastiment soufrir, et à doctrine recevoir. Se aucuns de leur amis les veulent conseiller, et leur preu monstrer, ne les daignent-il escouter ; anchies.

* Rehors, rebours; revèche, rebutant. Mais il signifie aussi d'agréable, de gracieuse humeur.

pour ce qu'il en ont parlé , font-il plus volentiers le contraire. As conseils nostre Ségneur sont-il souvent contraires et rebelles ; se on leur conseille chose qui soit au salut de leur âmes, n'en veulent-il rien faire, anchies s'en gabent.

Après, quant on les chastie et reprent, il se deffendent connue senglers, si que eus, né leur folies il ne connoissent ; et comme plus s*escusent , plus agreige ^ le péchié. Aussi est-il, quand Dieu les bat et chastie ; malgré Ten sévent, et dient: «Que me veut Dieu? que li ai-je méfait?». Et ainsi fait le fol. Quer ce qui H doit estre triade li tourne en venin , et le médecine li donne la mort.

Après, il sont aucuns de si divers sens, que nule bonne doctrine ne rechoivent ; mais tous jours défendent leur sentence, quele que èle soit. Si que souvent en chiéent en erreur, et fausses opinions, et hérésies et mescréandises.

* Agreige, agregier, agreigier; s'appesantir sur quelque chose, se trouver plus mal , supporter avec peine, s'agraver (aggravare).

« La croiz estait mise devant son lit et devant ses eux ; la quelle i fu mise par le commandement du Sainct Roys méesmes , quant il commanca à agreigier. » Vie de St. Louis.

Lafontaine nous Ta conservé avec une variante , dans la Matrone d'Ephèse :

« Chacun rendit par là sa douleur rengrégée. »

Bt 6lapt)hne.

^LAPHÈMEesi, si comme dist Si. Augustin, <iou, quant ;on croit ou dit de Dieu chose qui n'y soit, ou que on ne doit croire ne tenir ; ou quant on ne croit ce que on ne doit tenir » . Mais espéciaument nous appelons ci blaphème, quant on mesdit de Dieu , ou de ses sains ou de ses sacremens de Saincte Eglyse.

Cest péchié est fait en molt de manières ; ou , quant on le dit apenséement , comme font les Bougres et les mescréans : ou quant on le dit par convoitise de gaagnier, comme font ces enchanteurs et ces sorchières : ou, quant on le dit par ire et par despit, comme font ces joueurs qui tant vilainement jurent le cors Ihucrist , et si vUmesdient de Dieu et de sa bonne mère, que c'est horreur à oir, et à escouter. Gens sont comme chiens esragiés qui mordent, et ne cognoissent pas leur Ségneur.

C'est péchié est si grant , que Dieu le punist aucune fois tout apertement, comme nous avons dit devant, quant nous parolames des mauvais Juis.

De cest péchié Dieu dist en l'Evangile : « qu'il n'îcrt ja perdonné en cest siècle , ne en l'autre » .

Or, avons-nous nombre dix péchiés de la langue, dont la première est huiseuse , la derraine , blaphème.

El, par avanture, c'est ce que dist Salemon que «le commencement de la maie langue est folie, et la fin, erreur très pesme».

G finissent les sept péchiés morliex, et toutes les branches. Qui bien s'estudieroit en cest livre, il y pourroit moU proufiter, et aprendre à conoislre toutes manières de péchié , et à li bien confesser. Quer nul ne se puet bien confesser, ne de pécbié garder se il ne le connoist. Or doit donques * celi qiû en cest livre list, r^rder diligaument se il est coupable de nul de ces péchiés devant dis ; et , se il se sent coupable d'aucun, il s'en doit repentir, et diligaument confesser, et garder à son povoir. Des autres dont il n'est coupable, doit Dieu loer, et mercier humblement que il l'en a gardé*

* Donques; donc. Dans tous les autres endroits où Fauteur emploie cette conjonction , il récrit dent y adont qui est encore celle de iM>tre~patois romand.

!Du profit ht [a langue.

fR VOUS veul montrer un poi ccmime vos devez iparlcr et soigneusement vos paroles garder ; quer l'Escriplure dist : « Tu seras justeQé de tes paroles , ou dampné». Certes, grant honte est quant Tomme est dampné de ses paroles.

Comme St Jérôme dist «Oiseuse parole si est qui ne porte point de profit; et sont molt de gens qui n*acontent * rien à ces péchiés véniaus ; et il ne lor souvient mie de ce que nostre Sire dit en l'Evangile «que de toutes les oiseuses paroles que li homs dit , il rendra raison au jour du Jugement » . Et dit la glose une parole qui molt fait à redouter « que nostre Sire resgarde si près la vie de chascun , et si escoute si estroit nos pensées, nos paroles et nos fais, qu'il n'est si très soutive pensée, ne si petite , qui au jor du Jugement ne soit ramentevée et Jugiée.

Gardez-vous des petis péchiés, se vous voulés fuir les grans! — .

Une autre chose qui nous doit moult retraire des huiseuses paroles dire , si est que , par une oroison pure et

* jécontent, aconter, raconter; raconlcr. passer en compte, lenir compte de (computare).

dévole, povoDs-oous acquerre la grâce noslre Seigneur, el le royaume de Paradis. Après, par booues paroles dire, povons-DOus donner à plusieurs achoison de salut : et si povoDS les âmes du purgatoire, qui en ont grant mesti^, aidier, et secourre, et délivrer, et leur paine alégier.

En ce apert-O Uen que l'home fait molt à reprendre et à blasmer, qui sa bouche déploie ai huiseuses paroles ; quer il puet trouver et cudllir en sa bouche huit manières de fhiis très dignes et très précieux , dont ses espris pnet estre repeu et raempU , nenne seulement d'an en an , ou de mms en mois, mais chacun jour.

« De eest fruit , est-il escript es Proverbes Salemon , chascun, dist-il, sera raempU du fruit de sa bouche » .

Le premier fruit si est de DIEU LOER, et l'autre est, de LI GRACIER. La préciosité de cest fruit est, et apert, es arbres de paradys; ce sont les angles et les saintes âmes qui portent douz fruit ; quer il ne fons onques que Dieu loer et gracier, si comme dist le prophète.

Le tiers fruit si est OROISON. La digneté de ce fruit pueiron savoir, à ce que les angles la portent es ciex, et présentent à nostre Segneur. Certes, molt est précieus jouel, quant si gentil messagier le présentent à Dieu.

Le quart fruit si est CONFESSION.

La préciosité de cest fruit aperl, en ce que noslre Sire le veut tous jours avoir devant ses iex ; aussi comme le riche home , quant on aporte à sa table divers fruis , si en retient, et en met devant li du plus bel. Aussi nostre

Sire vent avoir devant li tous jours du fruit de confession, pour ce qu'il est bel.

Le quint fruit si est ÂTEMPRANCE, qui est en ce que on ne parole ni poi , ni trop; et que ses paroles soient raisonnables et vraies, et que èles soient à la loenge et à la gloire nostre Segneur.

Le six fruit est ABSTINANCE DE BOIRE ET DE MENGIER, La préciosité de cest flruit apert, en ce que Tabstinence est de si grant vertu «que èle aloigne la vie d'ommc)» ce dist Salemon.

Le sept flruit est d'ENSEIGNER et d'aprendre son prochain ce qu'il doit faire et comment il dœt vivre. Cest fruit espécialement , fist Tarbre de vie ; ce fu le fils de la beneoite vierge Marie , si come il dist en l'Evangile.

Le huit, si est quant Vorame VOIT QUE ON FAIT TORT ET VILONIE A DIEU, ET A SON PROCHAIN; et il en parle, et Ten reprent, et argue. La préciosité de cest fruit est , que on en treuve petit ; quer petit voit-on de cens qui aient cest fruit.

Et garde chascun qu'il ait de ces flruit; si f^^ que sage S

' Fera que sage, locution qui a encore toute sa force et sa cooleor sous la plume de La Fontaine.

t Celui-ci s'en excusa,

» Disant qu'il ferait que sage

» De garder le coin du feu. »

Le pot de terre et U pot de fer.

f arbre stt.

3^[AnT avon aie, esperoDDant, que nous s W^venus, par la gr&ce de Dieu, à l'arbre sec.

Cest arbre est un arbre qui, en sa jonéce, fu planU: seur bonne rivière*; si comme le Prophète Ezéchiel le descril, «très bien né, très bien norri, très bien venant», si que il semblait des arbres de Paradis.

«Cîs arbres, ^ comc dit Salemoa, flouri si comme amandeliers», c'est à dire, bien et bel. Mais «trop se b&ta» â comme dist Ysaie «et vint un vens chaus et ardans, et le brûla tout » , si come dit le devant Prophète Ezéchiel. Pour la quelle chose un autre Prophète, qui out à non Joël, pleure, et cric, et fait grantdeul en son livre. Quer, si comme dist Jcrcmie u ce qui dcust profiter, et croistre, et molteplier comme paumier*, ores

< Rivière; sourte, origÎDC, exlraction, pays; ici, [dint. — En la rivière ; auprès, auloiir.

* Paumier, paulmier; le palmier. Pèlerin qui , qui rcvenaDt de Terre Sainte, pour preuve en rappariait une branche de palmier. < Job fu samblant au vert paumier.

Qui, tous laos, porte vert ramier.

Vert en yïer, verl en esté ».

Roman de charité.

est devenu geneste qui bêle fleur porte, et nient de fruits ne riens ne vaut fors que au feu » .

Cest arbre nous monstre Testât et la vie de l'omme qui bien commença à bonne vie , et sainte ; or croist , et proQte en grâce et en vertus , et en bonnes meurs , et flourist très bien, et jète bone ondeur par tout. Mais «là où il est encore en sa première flour » si dist Job « vient un vent ardant de très grant ferveur, et li esrache les fleurs , et brise ses branches ; et il demeure sec, et brehaing ^ et bon à couper, et à geter au feu » .

Cest arbre, à parler espmtuelment, commencha bel et bien à geter les getons des sept vertus qui respondent as sept vices capitaus. Mais le vent ardant de grant ferveur, de propre sens, et de indiscrétion les corrompt, et les fait devenir vices. Quer foie humilité devient pusillanimité, par indiscrétion et par propre sens ; foie amistié devient chamalité; foie débonaireté, niceté; foie prouesce, cruauté; foie largesce, prodigalité; foie chasteté, desloiauté; foie abstinence, pestilence. Or, entend bien comment.

Quant le Déable voit le novice serjant Dieu, et le voit nice, et voit que à senestre il ne le puet embatre es vic^

et es péchiés dont nous avons parlé ; lors le cueuvre d'un mantel de vertu , et en espèce et en semblance de bien Tassant à destre, plus soudlment que à senestre.

* Drehaing; slcrile.

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