‹ Le Mireour du mondeChapitre 11 sur 16 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

Or, 11 monstre commenl il li convient très grant humilité avoir, qui doit parfaitement vaincre or^el et lODtes ses filles. Lors le fait li meisme tant despire, et li dégeter, et anientir, et desprÎEder, que il cuide rien ne valoir, ne savoir, et que il chiet en pusillammelé , c'est en une déCaule de cuer. Quer il regarde tant ses défautes, et les périls où sont ceus qui les grans biens font, que il ne s'ose aidior de grâce nule que Dieu li aist prestée, ains repont le trésor son Ségneur dont il deust ga^^er, et li et autri aidier. Comme ûst le mauvais que Dieu laiden^e en l'Evangile, et l'apële serf, et desloial, et mauvais, etparecheus, et nient pourfitaMe, et le commande à ruer es lénèères d'enfer. Mais ainsi n'est pas humilité vraie, ne vertu acquise. Quer el champ convient entrer qui veut vertu acquerre.

Dont , nul n'est si hardi comme le vrai humble. Quer, à comme dit St Bcmart, «de tant comme le juste es peUtes querèies a mains de (îancc en soi, de tant a-it en Dieu es grans emprises plus de foy ; si comme il parut bien en la vii^e Marie, qui de grant foi, et de grant humilité est loée seur tous ceus qui onqucs furent , après Dieu».

Après, quant cel novice Serjans , sans raison et sans mesure , regarde envie , tant aigrement la eomm^ice à hair, qu'il chiet en une foie amlstié. Quer, quant il deust son proisme amer comme li meisme» il le commence à amer plus que li meisme. Quer «à tort ou à droit il amera son «ami » ce dit-il ; et met cd fol à ensient s'âme en péchié , pour garder ceste foie amistié.

Geste amour est foie, et desordenée ; quer «après Dieu, seur toute riens , tu dois amer t'àme , et , après t'àme, ton proisme» si comme dit St. Augustin. Dont, se tu âmes ton proisme plus que Dieu, ou que t'âme , tu n*es pas en charité. Pour ce dist Dieu en TEvangile» que nul ne puet estre son dedple, se il ne bet et père, et mère, et parens, et amis» (non pas les persones, mais les vices).

Il resont uns fols débonaires qui tant héent et fuient félonie et ire , que pour garder Tamour et la pais des hommes ils perdent molt souvent l'amour et la pais de Dieu. Si comme il voient les maus et les péchiés que il deussent abatre, et il s'en taisent pour pais avoir.

Geste débonaireté est trop cruèle, dont St Augustin dit M Gertes , se ton frère a ou fer, ou plaie el cors , et il lèvent repondre pour raison du rasoir au mire, se tu, qui le ses, ne Tacuses, n'est-ce péchié? et, se tu le choiles, n'est-ce cruauté? Dont on seut dire «que mère piteuse fait fille tigneuse». Et, ne est-ce grant desloiauté, se tu ois et vois que on dit ou fait honte à ton père du ciel, et tu le seufres dèbonairement , et fais samblant qu'il

n'aparliègae de riens à loi? Dont dist bon mot St Johanbouche d*or. « Homme qui ses propres injures perdonne de légier, et oublie, c'est vertu et débonnaireté. Mais es injures Dieu estre débonnaire , est très grant iniquité et mauvaistié » .

Dont , tout aussi comme nul n'est si hardi , quant mestier est, comme le vrai humble ; aussi n'est nul si roys en justise, comme U vrai débonnaire. Gomme il parut en Moyses qui , au tesmoignage de la saincte Escripture, fu le plus débonaire homme qui fust au monde, en son temps. Mais, en péchié yengier, quant il le trouvoit, nul si cruel, ne tel justisieres ne fu.

Hé las ! dous Ihucrist, ceste vertu est, au tans qui ore queurt , molt bestornée ; quer des hontes que on fait à toi, nul n'a cure, mais sa propre injure chascun veut vengier, et sans pitié, et sans mesure.

Contre le vice d' AGGIDE et de foie parèce , respont le vice de FOLE PROESGE, qui est un vice molt périlleus.

Aussi comme cil qui est ordcné en batalle, et rang et ordre ne veut tenir, ains veut poindre sans compagnie et sans conseil, pour les acquerre, aussi est de ceus qui, sans conseil , font les pénitances trop grans , ou singu- Uères, et desguisés ; veillent, jeûnent, aourent, pleurent, portent la haire, tuent le cors.

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Vaincu sont, se lenr samble, se il ne passent les autres ; et font de leur cors sacrefîce au déable , que il deusseni garder pour Dieu servir. Or, si , comme dit Samuel le Prophète «qui, contre raison et obédience, par son propre sens , fait sacrefice , il fait ofrande as diables , non pas à Dieui». et c'est à dire en clerjoisS ydolatrie.

Contre AVARICE respont, d'autre part, le vice de PRODIGALITÉ, cest foUe largesce.

Li aver toit, ravist et tient, et ce qui sien est, et ce qui sien n'est pas. Le fol large ne donne point, ains espant tout quenque il puet tenir as mains , et ce qui si^i est , et ce qui sien n'est mie. Le large va voie moienne, que rien ne toult , à cui ce qu'il a soufist ; et donne le sien sagement , et liément, et de cler cuer , et là où il doit, et tant comme il puet, et si comme il doit.

Encontre LUXURE naist FOLE CH ASTEE ou de cuer ou de cors.

*■ Clerjois, clercois; langue latioe. Ainsi nommée parce que jadis elle était regardée comme la clef de toutes les sciences, et qu'elle se retirait dans la cellule du clerc , devant la langue romane qui fra>ait la roule au français.

Foie chastée de cors est en ceus qui en mariage sont, qui envers leur compagnie ne font pas ce qu'il doivent, ne ne ce que le mariage requiert ; et ce est roberie et desloiauté.

De cuer requièrent cil et cèles folement pureté et chastée qui, tantôt que il commencent à pénitance faire, devenir cuident angies , qui à mort se traient lues \ comme la pensée laide vient audevant. Et tant plus voit le déable que il se courrouce plus de droit, tant plus les assaut et en veillant et en dormant ; et les met en une doleur, et en une Iristrèce, et en une conscience estroite et foie.

Et est de ceus , aussi comme de celi qui cuidait la maison si nétoier, que poudre ne poutié* n*y demourast. Mais, come plus nétoie , et plus viennent pouties parmi le rai du solail. Aussi est-il d'aucuns nices cuers et novices, qui veulent avoir la pureté des parfais, ains que il soient nés. Et quant il sentent une raiéte de clarté que Dieu leur monstre leur défautes , tant se veulent confesser et r hôtel du cuer rammoner, qu'il tuent eus et autri. Et plus versent ce cueur et reversent, et plus roient' pouties et pensées que le déable fait venir, pour

* Lues; presque.

^ Pouties; saleté. Nous ayons encore en patois poti(, pouet; laid.

' Raient; rayonnent. — Rai y rayon.

eus mettre à mal aise, et pour eii9 fetraire des biens que il pourroient et devroient faire.

Au vice de GLOUTERNIE répond, d'autre part, le vice d'ÂUSTÉRITÉ ; par quoi li homs est aussi comme homecide de 11 meisme, et desloiaus envers Dieu, quant il li toult son bon serjant, c*est son cors propre. Et c*est un des fors engiens au déable ; si comme dist St. Bernart « Quer quant il ne puet abatre le chevalier, il se paine de son cheval tuer » . G*est à dire : quant il ne puet le courage qui tant est preus et fervens vaincre, lors se paine de U toldre son cors.

Ainsi vont li vice et li péchiés, fors voie, l'un à destre, l'autre à seuestre. Mais vertu va son chemin royal. Vertu est l'arbre qui doit en haut monter, pour ce qu'il attaigne dusques au ciel. Et pour ceU convient-il ses branches à destre et à seuestre molt soigneusement recouper.

)Be la ct)aine hts muB.

[R VOUS dirai comment li péchié sont enlachîé Tun irauire. La chayne des vices dont le pécheur est lié s'entretient en telle manière : par orguel il laisse Dieu le père , pour ce qu'il ne veut pas estre subjès ; ains veut tous jours estre desseure les autres. Et quant il veoit que les autres li passent , il chiet en envie ; et d'envie en ire et en haine. Or a-t-il perdu par orguel l'amour et le soûlas de ses prochains ; par ire, la joie et la pais de son cuer. Or a perdu tout vrai confort de cuer. Or chiet en accide et en tristrèce de cueur, et en annui. Et pour ce que il a perdu tout vrai confort dedens , il se met du tout à pourcarchier confort de vanité dehors. Primes, par les eus, des choses temporeus; et ainsi chiet en avarice.

Après, quant il a richesses , dont veut avoir le soûlas de la gueule, des vins et des viandes. Dont chiet en gloutemie. Et quant le ventre est plain et eschauffé, si demande le délit de rains, et chiet li chaitif en là longaigne^ de luxure.

*■ Lotigaigne; cloaque.

Or, pues tu veoir que ces sept vices s'eotretieiment comme font aniaus en une chayne. Quer à li deslier, nul n'a pooir fors Dieu, sans plus '.

* 1) est i observer que la cAayne des vUeg est placée dans le nwnuBcrit dans l'article Ire, avant les remèdes contre ce péché; par conséquent, avant Vaccide, Vavarke, la luxure et la gtoutemie. Ce fragment a l'air d'avoir été composé en cliemin , et déposé par l'auteur à la première place venue, mais probablement avec l'intenUoD de le reporter en son lieu ; ce que l'auteur n'avait pas fait, et que nous avons cru pouvoir nous permettre. N'est-ce pas encore ici un indice asseï fort que nous aurions plutôt uu ouvrage original que b traduction d'un po^mc encyclopédique!

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