‹ Le Mireour du mondeChapitre 9 sur 16 · LANGUE, ET APRÈS SONT LES FRUITS QUI PUEVENT VENIR DE LA LANGUE · texte numérisé non relu

LANGUE, ET APRÈS SONT LES FRUITS QUI PUEVENT VENIR DE LA LANGUE

KMMUi Teat savwr et penser les péchiés de la langue , il IbE^Iî estuet peser, et contrepeser la parole quelle qu'elle soit, et dont elle naist, et quel mal elle fait. Qner il avienl qne la parole est péctiié en soi, pour ce qu'elle est maie. Et si r'avient qu'elle est péchié, pour ce qu'elle ist de de très mauvais cuer. Et deredief U avient que la parole est péchié, pour ce qu'elle ftiit grant mal, tant soit-elle belle et polie.

Or dois savoir que la maie langue est l'arbre que Dieu maudist en l'Evangile , pour ce que il n'y trouva rien, fors feuilles.

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Par feulles, en la Saiocte Escripture, sont entendues paroles ; et aussi , comme c'est forte chose de nombrer toutes les feuilles des arbres , aussi estril forte chose de nombrer tous les péchiés qui de la bouche naissent.

Nous mettrons dix branches chévetaignes qui de cest arbre naissent; et ces dix branches povons-nous ainsi nommer : HUISEUSE , VANTANCE , LOSENGE , DÉ- TRATION, MENCONGE, PERJUREMENT, CONTENS, MURMURE, REBELLION, BLAPHÈME — .

!De0 par0le0 I)ui0eu0e0.

^Eusqui s'abandonnent trop à parler paroles huiseuses tchéent en grant damage, dont il ne s'aperchoivent mie. Quer il perdent le temps précieus dont il aront encore grant souAraite , et perdent les biens qu'il peussent et deussent faire , et perdent le trésor du cuer, et l'emplent de vanité. Ils déqueuvrent le pot , et les mouches y entrent. Ils les appèlent paroles huiseuses , mais non sont ; ains sont molt cousteuses , et damageuses , et périlleuses , come cèles qui le cuer voident de ses biens et

le raemplent de vanité, et comme cèles dont il leur con- Toidra rendre conle moult estroitemeat de chascune devant Dieu, au jour du Jugement, si comme Dieu dist en l'Evangile.

N'est pas petite chose, ne huiseuse, dont U convendra rendre conte et raison en si baule court, comme devant Dieu et tout le bamage du Paradis.

En telles huiseoses paroles péche-on en cinq manières . Quer il sont unes paroles vaines dont ces langues sont à plaines , qui parlent avant et arrière , qui sont comme le batel du molin qui ne se puet taire. Et si resont unes paroles curieuses de ceuz qui tant volentiers content nouvelles, qui mettent souvent le cuer à mésaise de ceux qui escoutent, et font les reconteurs souvent tenir ponr fous et pour menteurs.

Après, sont les contes et les beaus dis où molt ont de vaine gloire ceux qui les sèvent soutivement dire, pour les escouleurs bien faire rire.

Après sont les bourdes et les tnifes plaines d'ordures et de menchonges, qu'il appèlent paroles buiseuses; mais certes n'en sont , ains sont molt puantes et molt

Après, résout les gas et les escharnissemens que il (tient seur les preudonunes et seur les preudefemmes, et seur tons cens qui bien veulent faire , pour ce qu'ils les

puissent à leur cordèle atraire, et del bien qu'il ont concheu retraire.

Ce ne sont mie paroles huiseuses: quer tu es aussi corne homecide se tu, par ta langue , retrais un homme ou un enfant de bien faire. Et t'en sait Dieu autant de gré, que ^ tu K avoies son fils tué, ou son trésor

emblé.

IDe bantance.

PRÈS vient le péchié de vantanee, qui est molt grant, [et molt lait, molt fol et molt vilain.

n est molt grant, quer celi qui se vante est apertement larron Dieu, et li veut sa gloire tollir, si comme nous deismes piécha.

C'est un moût fol péchié ; quer ces biens dont il porrait acquerre le ciel , il donne pour un poi de vent.

Et si x'est molt lait péchié ; quer le siècle meisme le tient pour fol, et pour vilain, et pour nice.

En ceste branche a cinq feuUes ; ce sont les cinq manières de vantance.

L'ane est prétérit, c'est à dire de chose passée.

C'est te péctaié de ceus qui volentiers racontent leurs euvres et leur prouesces, et ce que il cuident avoir ou bien Mt, ou bien dit.

L'autre est de présent; c'est le péchié de ceus qui rien ne font liément , ne ne se painent de bien faire ou de bien dire, fors tant comme on les voit, ou oit, soit en bisant on en disant , ou en chantant ; et se vantent , et vendent pour nient quenque il font. A ce apartient le péchié de ceus qui se vantent des biens que il ont, ou cuident avoir : de leur noblescc, de leur richesce, de leur proesce. 11 sont comme le cucu, qui ne set chanter fors deli.

La tierce est le péchié "de ceux qui sont fourcuidiés; qui dient, «j'en feroie ce, et ce. J'en feroies les mons et lesvaus».

La quarte si est plus soutive: qui est de ceus qu n'osent pour honte eus loer, mais quenques les autres font et dient trestout blasment , et desprisent , aussi comme rien ne se préist* à ce qu'il sévent faire et dire.

La quinte est encore plus soutive : de ceus qui, quant il veulent que on les loe , et ne l'osent dire apertement, il le font  rebours; et font tant l'umiliant, et dient que il sont si mauvais, et si pécheurs, et si nient sa-

' Préist, priir; aller devant, devancer, surpasser (prKÎre).

chans (plus trois tant que il ne sont), pour ce que on les loe , et que on les tiégne pour bien humbles.

« Hélas ! » dist St Bemart « corne ci a dolereuse vantance ! Il se font déables, pour ce que on les tiégne pour angies ; et se font mauvais , pour ce que on les tiégne pour bons. Ne plus ne les porroit-on courrouder que pour dire , vos dites voir ! » .

A ce apartient le péchié de ceux qui quièrent avocat pour eus loer, et pour crier leur oublies, par quel bouche il parlent plus hardiement. — .

!Be toBtn%t

ES losengiers sont les nourrices au déable , qui ses enfans li alaitent, et endorment en leur péehiés par leur biau chanter. H oignent la voie d'enfer de miel, comme on fait Tours, pour ce que les pécheurs y voisent ^ plus hardiement.

* Foisent, voiser, s'avoiser, se mettre sur la voie, s^embarquer, partir (via).

Cest péchié se divise en cinq parties, qui sont aussi comme cinq feulles en ceste branche.

Le premier péchié est de ces flaleurs qui , quenques il voient que celi ou celle que il veulent loer a bien dit ou hien fait aucune chose, tantôt le dient à li meisme, pour ce que il en ait vaine gloire; mais ses maus ne li diront-iija.

Le secont péchié est : quant il croissent en doublant les petits biens que dient leur enfans que il alaitent, et mettent du leur, tant que il y a plus de menconge que de voir. Et pour ce sont-il appelés faus témoins en la Sainte Escripture,

Le tiers péchié est : quant il font entendre à l'omme ou à la femme que il a en li molt de biens et de grâces dont il a nule ; et pour ce les appelé l'Escripture euchanteurs. Quer ils enchantent tant l'omme , que il les croit plus que li meisme, et que il croit wàex ce que il oit que ce qu'il voit, et ce que il dient de li , que ce que il ea sent.

Le quart péchié est: quant il chantent tous jours placebo, c'est à dire "Me Sîre dit voir ! — Me Sire fait bien ! », et tournent tout à bien quaaque li homs fait ou dit, soit bien ou mal.

Et pour ce sont^il appelé écho, c'est le son qui es hautes montaignes retentlsl et s'acorde à quanques on dit, soit bien, soit mal, soit voir, soit faus. Le quint péchié est : quant les flateu escusent et queuvrent les vices et les péchi

il veulent flater. Et pour ce, sont il appelés en TEscripture queues ; quer il cuevrent les ordures des péchiés des riches homes , pour aucun preu temporel. Dont il sont bien acomparagiés à la queue du goupil S pour leur barat, et pour leur tricherie.

!De Rétraction.

|ES losengiers et les mesdisans sont d'une escole.

Ce sont les deus seraines dont nous trouvons el livre de NATURE DES BESTES, quil sont uns monstres de mer que on appelé Seraines, qui ont cors de fenmie, queues de poisson, et ongles d'aigles; et si doucement chantent que il endorment les maroiniers , et puis les

^ Goupil; renard. — Goupiller; se cacher, faire le poltron. — Goupillage; tromperie, ruse. — GoupiUon, balai avec lequel le prêtre répand Teau bénite.

• Les goupils ont fessées, et les oiseals des ciels leurs nies, mats le fil del borne ne ad où récline soun chiet ».

Tradwlion de Jehan de Vignai (Malth. 8, 30). ÂP 1315-1340.

devairait. Ce sont les losengiers qui, par leur biau chanter, endorment les gens en leur péchiés.

n resont uns autres monstres qui ont à non Seraines, qui quairent comme cheval , et à la fois volent , et ont le venin si fort, que nul triade n*y vaut rien. Quer ains vient la mort, que on ne sent le mors.

Ce sont les mesdisans dont Salemon dist « qu'il mordent comme serpens en traison , et à un coup en tue trois : celi qui mesdit, celi qui escoute, et celi de qui on mesdit » . C'est la très cruel beste que on appelé hyenne, qui deflfuet ^ les gens mors , et les menje. Ce sont cens qui mordent et menjuient les preudommes de religion qui sont mors au monde. Il sont plus cruels qu'enfer qui ne deveure mais que les mauvais. Mais iceus queurent sus as bons. Dont il passent la truie quant elle a pourcelé , qui trop volentiers mordent homme qui est yestu de robe blanche*.

n sont aussi comme la hupe qui en ordure d*omme fait son ni, et s'y repose. Ce sont les escharbos qui les flours fuient, et les Sens aiment.

En ceste branche a cinq feulles : la première , quant il contreuvent la menchonge et le mal , pour autri damagier , et blasme alever .

« Deffuet, deffouir; fouir (defodere), s^enfuir (fugere).

* Les Prémontrés étaient vêtus d'une longue robe blanche, de laine grossière, avec un sayon plus court, de même étoffe, chaperon d'un gros feutre blanc, et étaient appelés par le peuple, moines blana.

La seconde est : quant le mal qu'il oient d*autri il recontent, et y sjoustent du leur.

La tierce , quant il estaint , ou mest à nient tous les biens que Tomme fait, et le fait tenir pour mauvais. Gestui me^je Tomme tout entier ; et les autres ne le menjent mie tout, ains le mordent, et en prennent une pièce*

La quarte branche de ceste feulle est appelée proprement détraction ; quant il detrait et recoupe toujours aucune pièce des gens. El des biens qu'il ot dire d'autri devant li, toujours y treuve-il et y met un MAIS.

«Certes, fait-il, c'est voir; il est molt preudonune, et je Taime molt. Mais. .. il a tel deffaute en li ; ce poise moi !» — .

C'est Tescorpion qui blandist^ de sa face, et envenime de sa queue.

Le quint est : quant il pervertist et tourne tout en la pire partie quenques il oit et voit que on puet torner en bien et en mal. Et pour ce est-il faus juge et desloial.

*■ Blandist, blandir; flatter (blandiri).

V}t Mcncm\%c.

|Enco!<cE fausse l'omme aussi cotmoe <m fausse le iséel )e roy, ou la boUe l'apostole. Et pour ce que tel homme fait fausse monoie, et porte feus séel, sera-i) jugié comme foussaire au jour du Jugement.

Le menteur est entre tes hoomies comme les faus deniers entre les bons.

he menteur est semblable au déable qui est son père ; si comme Dieu dist eu l'Evangile : « quer il est menteur, et père des menconges, comme celi qui la première menconge forja ; et encore forje-il toute jour».

Le déable se monstre en moult de fourmes, et se transfigure eu moult de guises , pour les gens décevoir. Aussi fait le menteur. Dont il est aussi comme le Gameléon qui vit de l'air, et n'a nient entre ses entrailles fors veut, et qui à chascune couleur qu'il voit , mue la sienne.

En cesle branche à trois rainciaux ; quer il sont unes menconges aidans, et unes plaisans, et unes nuisans ; et en toutes a péchié. Quer, si comme dist St. Augustin «Celi qui meut, comme que il face bien à autri par sa menchonge, toutevoîes il fait son propre damage.». Dont, les menchonges aydant sont pécfaiés.

Mais les menconges plaisans sont plus grans péchiés ; si comme sont les menconges des losengiers, et des menetrex, et des truffeurs qui dient les menconges, et les risées, et les bourdes pour les gens soulagier. Et au dire, et à récouster a péchié , n'est mie doute.

Mais les menconges nuisans sont péchés mortiex, quant on les dit à ensient et apenséement pour faire damage à au tri. A ceste branche apartiennent toutes les faussetés et les f allaces , les haras et les guiles que on fait et dit parmi le monde, pour autri décevoir et damagier ou en âme, ou en cors, ou en avoir, ou en renommée quelle que èle soit.

IDe perjurer.

|ALE chose est mentir, mais plus grant péchié est

dç soi perjurer.

Trop périlleuse chose est jurer ; et pour ce le défend

nostre Sire, nenne pour ce que on ne puist en nul point

jurer sans péchié, si comme dient les Bougres, mais

pour ce que souvent jurer fait souvent peijurer, et sou-

v0at péchier. Quer en sept manières péche-on en sérement.

Premièrement , quant on jure ardaument , c'est par despit, ei volentiers ; si que il sonble que on se délite. Pour ce deffent St-Jaques, nenne le jurer, quant besoiog est, mais la volenté et la lécherie de jurer.

Après, quant on jure légièrement, c'est pour rien, et sans raison. C'est deffendu d secont conunandement de la Loy que Dieu escript es tables de pierre de son benoît doit.

Après, quant on jure accoustuméement , aussi comme à chascun mot. Quer il sont aucuns ^ mal enseignés, cfu'il ne saroient riens dire sans jurer. Cens ont Dieu en trop grant despit, quant toute jour, et pour nient l'appèlent à tesmoing de quenque il dient ; quer jurer n'est autre chose que appeler Dieu à tesmoignage. Moult doit estre la querèle grande, et raisonnable , et vraie , où on ose si haut Seigneur comme Dieu est , appeler à tesmoing, et li, et sa mère, et ses Sains. Après, quant on jure follement. Et ce avient en molt de manières : quant on jure par ire et soudainement, et ce dont on se repent après. Ou , quant on jure chose que on ne puet tenir sans péchié; (tiex sermens on doit enfraindre, et faire pénitance du fol serment.) Ou, quant on jure certainement de la chose dont on n'est mie bien certain, ja-çoit ce qu'elle soit vraie. Ou , quant on dist : « Par le soleil qui luist ; par cest feu qui ci art»; ou «par mon chief»; ou «par l'ame ma mère ou mon père » ; ou autre semblable chose.

LAIDENGER; le quart, MAUDIRE; le quint, RE- PREUGHE ou REPROUVER ; le sixisme, MANECIER ; le septisme, DESGORDE susciter.

Quand le déable voit amour et concorde entre les gens , molt li desplaist. Et pour eus faire descorder, il fait volentiers son povoir à eus faire estriver, et le déable commence le feu d'ire et de mautalent à embraser. Dont, après le contens et Testrif , vient la noise et la tençon ; tout aussi , quant on alume le feu , vient la fumée , et puis la flambe.

Estrif et contens si est quant Tun dist à Taulre «Si est, non est». «Non fu, si fu».

Tençon est quant il desmentent Tun à l'autre, et dient grosses paroles.

Après ce, viennent les laidenges; c'est quant l'un point l'autre, et dient grans félonies.

Quer il sont uns félons qui ont les langues plus trancheans que rasour de Guingant, plus isneles * que s^jètes volans, et plus perchantes que alesne. Tel homme rejysamble au porc espi, qui tout est vestu d'alesnes poignans , et est trop fel , et trop tost se courrouce. Et quant il est irié, il lance ces alesnes de son cors, et fiert à destre et à senestre. Aussi ressemblent il au mastin fel qui mort et abaie tous ceux que il puet.

^ Isneles, isnel, isneUe; agile, dispos, prompt. Au pluriel isnéaul (ignitus, igneus). Isnel le pas; sur le champ (ignilo pede).

Après , viennoit les inaDdisons ; c'est quant l'on maudit l'autre. Et ce r'est â i^aiit pédiié, que lEscripture <Ut que «Qui maudist son prochain , il est maudit de Dieu». Et St Pol disi que «Tex. gens ne paevoit le règne IKeu avoir». Et Salemon dist qœ -leur boocbes sont conune le pot qui bout au feu, qui espont deçà ddà s'escume, et escbande ceus qui sont enlour li.

AjH^ viennent les repreuches. qui sont encore {dus grans pécbiés : quant on repreuve à l'onune ou ses péchiés, ou ses fdies, on sa poureté, ou ses poures parens, ou aucune défoute qu'il a en li » .

Après ce, viennent les meslées, et comme les guerres. Mais, seur tous ces péchiès que nous avons nommés, passe le péchié de ceux qui, par leur maie langue, soustiennent et maincnt les descordes, et esmeuvent les mantalens entre ceux qui sont amis ensand>le, et qui destourbent la pays et la concorde. Dieu het trop tex gens, dist l'Escripture.

Ht itlurmute.

jsaoBTENT véon avenir que celi qni n'ose respondre ne Q^tenchier, que il commence à murmurer entre ses dens, et à grondi!

tons-nous le péchié de murmure. Gomment cel péchié est grant , nous monstre Men la venjance que Dieu en fait et sent prendre, si comme la Saincte Escripture recorde. Quer pour cesti péchié ouvri la terre, et transglouti Dathan et Abyram, et descendirent tous vis ea enfer. Pour cest péchié, envoia Dieu un feu du ciel qui art Ghoré et tous ses compaignons, deux-cents cinquante (GG et L) des plus grans qui fussent en Tost nostre Segneur el désert. Pour cest péchié , perdirent les Juis la terre de pramission que Dieu leur avait pramise ; si que, de II. VI mile que Dieu avait geté * du servage au Roy d*Egypte , et que il avait nourri el désert XL ans, de la manne du Giel , n'entrèrent que deux , sans plus , en la sainte terre, qui eurent à nom Galeph, et Josué. Ains morurent tous à doleur, el désert.

C'est péchié a deus branches: l'une est murmure contre Dieu, l'autre, contre homme. Gontre homme règne cest péchié en molt de manières : comme serjans contre leur Ségneurs , et bayasses * contre leur dames ; en enfans contre leur pères et leur mères , en poures contre les riches, en vilains contre les chevaUers , en lais contre

* Geté, geler, gecterfgitter; ieier^ calculer, supputer, meltre dehors, lâcher (jactare). — L'auteur fait erreur de nombre ici. Les Israélites se trouvèrent 603,350. Nomb. I, h6. — Jetions, petites pièces servant à marquer le jeu.

* Bayasse, bagasse; domeslique, jeune fille. Devenu par la suite un terme injurieux.

clers et contre prélas ; en cloistriers contre les abés, et les prieurs, et les officiaus.

Et naist cest murmurement en tiex personnes : ou , d'inobédience , pour ce que on fait trop dur commandement; ou d'accide, pour ce qu'on est trop parécheus; ou d'impatience , pour ce que on ne fait pas toute leur Tolentés; ou d'envie, ou de félonie, pour ce que on avance plus les uns que les autres. Et molt d'autres mauvaises racines.

Murmure contre Dieu a encore assez plus d'accoisons dont il ist. Quer homm' qui a perdu grâce et patience, il veut estre maistre seur Dieu. Quer, de quenque Dieu fait en terre, se il ne le fait à sa volenté, tantost murmure contre Dieu et contre ses sains , et chante le Patenôtre au singe, certes mais, la chancon au déable. Quer, ainsi comme le St. Esperit enseigne , et fait ses eslis chanter en leurs cuers le dous cant du ciel, c'est Deo grattas, de quenque il fait , et de quenque il leur envoie : aussi le mauvais esprit fait ses deciples chanter du chant d'enfer, c'est de murmure qui tous jours durra en enfer.

Et quenque Dieu fait, si ce n'est tout à leur gré, tantost en murmurent.

Certes, molt est tel home fol et forsené, qui veut que Dieu li rende raison de quenque il fait. Se il li envoie adversité , poureté , maladie , chier tems, pluie et sécheresse ; se il donne à l'un et toit à l'autre ; se tout n'est fait à sa devise, tantôt s'en prent à Dieu et le malgrée.

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