QUI EST LA SECONDE BRANCHE DE DESLOYAUTÉ
Ioux ihucrist ! quant je regarde votre grant courtoisie, dont reconois-je mon orguel et ma vilcmie. Je suy le balli mauvais dont j'ai parlé par devant. Orguel m'a mis en vilonie , et ce m'a fait petit d'amour. Cuer qui bien aime, à odvis * oublie. Se je fusse courtois, ain^ comme
* Desaerié, déshérité.
* A envis, difficilemetU; de m, à peine.
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\] De Gne de moi garder, et à moi penser, aussi ne de- Trotje ja Oner de li loer tons temps.
HélMeu! que ferai au jour du grant justice? — Comment conterai au vrai juge, au Roy de justize? Je fis deux Teus en baptesme, et mes parrains pour moi. H sont mcmlt briés , et si sont moult pesans : CREDO, el ABRENUNCIO.
Quant le Prestre me demanda : veus-tu estre crestien, et avoir baptesme? » Je respondi : volo , c'est à dire: je le veul. Après il me demanda : credis in Deum onmipotentem? Je respondi: credo, c'est à dire: je eroi ainsi que vous Taves dit. C'est à dire: je veue ci, et pramet àDieu que sa foy et sa loy tien et tiendrai; et seur toute rien', deli amer et servir me peinerai.
Geste foy est vraie, et sauve l'omme.
Après , il me demanda : abrenundas Sathane, et ommbos opibus qus, et omnibus pcmipis ejus? — • Je respondi : abrenundo , c'est à dire : je r^ et foijure le Déable et toutes ses euvres, et toutes ses doctrines , et tous ses péchiés mortiex.
Hé, biau Sire Dieu! qui estrce qui ces veus et ces convenand^es^ et vostre foy, et vestre loy a bien gardé? Ce n'est nul; quer le monde est si corrompu, qu'il n'est à paine nul ne nulle, ne père, ne mère, ne parrain, ne marraine qui ma fils ne son filleul face entendre sa foy
' Rien, res, ei (sur toute chose).
— igné sa loy qu'il doit croirre. Mais les premières choses que les mères ensaignent à leur enfans, chest chanter et caroler ausâ comme en despit de baptesme, et abovireni si ces sains vaissiaus nouviaus de folie et de vanité» que à paine i entra jamais la loy Dieu de vérité. C*est autre tel péchié, comme qui metroit porrée ou pois par despit el benoit calice.
Hé ! tant a de grans gens el monde, et de vilains barrons qui encore ne sevent leur patenostre, ne leur credo, ne qu*est péchié mortel , ne les dix commandemens de la Loy, ne les vingtrdeux points de la Foy *. Et de ce viennent tous les autres maus. Quer, par ce que tu ne t'ahersis* point à Dieu en t* enfance, si comme tu pramesis en baptesme, ne à la bonne doctrine ton cuer dust estre avoiez, quant tu fu joncs, ains t*ahersis à la folie du monde et de la vanité ; pour ce, t'est-il ainsi mescheu. Quer les autres trois biens que Dieu t'avait balliés, c'est le cors , et l'àme, et lé tems du monde, tu as en vanité et en folie employé; et c'est la folie des petits, et la forsénerie des grans.
Folie comencée est folie ; et quant elle est maintenue, c'est forsénerie. C'est la SECONDE DESLOIAUTÉ — . Dont ne sont cens forsenés adroit, qui sèvent bien que il
* Les Yiogt-deux points de la foi. — L'auteur n'a pas délimité ces points que chacun peut distinguer âirersement dans le credo.
* T'ahersis, VatiacKas; — de haereo.
resoat ceux à droit forsenés, qui des biens qui ne sont pas leurs , en font leurs amis et leur Seigneur, dont il leor oonvendra rendre compte? c'est le temps précieux e^ les biens temporeus que il ont en garde. Lies vertus du cors et les pensées de Vame gastent et despendent en folie, voyant les eux leur Ségneur, ne point ne se pourvoient de leur compte.
Après» ne rest-ce pas grant folie que tu fais, se tu devmes aler outre mer pour demourer deux ans, tu te pourvcnrmes de porter avecques toi quenques tu pourroies de tes biens? Et tu ses bien , et voir est, que tu vas en loue v(Hage dont nul ne retourne ; et pourroies assez porter, se ta vouloies; et tu n'en as cure, ne rien n*y penses. De tels folies est tout le monde plain.
Se tu eusses jusques au jour d'hui bien emploie tous les biens que Dieu t'avait preste, et sagement despendus ; comme fusses ores sage et combles , et comme peusses ores atendre la mort liément S et portasses avec toi riche trésor! Seurement peusses à Dieu conter et rendre raison de ta baillie, et attendisses grant loyer où tu attens grant dampn^nent , se tu tost ne te repens et amendes. Or as musé , et ton tems usé , ton avoir aloué , et ton tems gasié; et rien n'as conquesté. Pour ce, te loe et pri que tu penses de toi amender, et de conter à Dieu en vraie confession.
LiémerU : joyensement.
ÏDe «noierif.