‹ Le Mireour du mondeChapitre 6 sur 16 · QUI EST AUX BIENS DE FORTUNE · texte numérisé non relu

QUI EST AUX BIENS DE FORTUNE

KttuAiïT Dame Fortune a eslevé homme en haut, et IJSSa sa roe si tornée, qu'il est venu à honour et à richesse, or est en haut asâs corne molin à vent seur la haute montaigne; et là, ventent tons les douze vents de vaine gloire qui assaillent ce chaitif, et le font peir~~ de gloire acquerre et d'honneur. Or le font fier;

despit son voisin qui miex vaut de li, pour ce que il a mains d'avoir. Or se paine de bel hostel tenir. Or se paine de festoier . Or, a si donné son ebaitif cuer au siède» que plus li couste à donner dix sols pour Dieu , que à despendre dix livres en un jour en beuban et en vaine gloire. Et despent en outrages pour douer à un riche home à mengier, dont il peust cent poures sousteoir toute la journée. — .

Hé Dieu! com ci a grant péril d'ames à ceux qui ainsi se glorefient en tex choses : nomément as clers qui tiex choses font, et tex largesces de ce qui n'est mie leur, ains est du patremoine Ihucrist. Et nostre Sire dist en l'Evangile : « quant tu fais feste , n*appele pas les riches qui te puevent appeler, mais les poures qui n*ont dont il te puissent appeler, ne guerredonner. » — Et ceux font tout le contraire. Quer plus est li homs riche, et mains en a de mestier, tant le feste-on volontiers.

Après il ne li soufrit mie que on le serve si come homme; mais aourer Festuet come Dieu. Et tant y a d'agenouillemens et de CHIPOES (?) que plus convient la maisine agenouiller, que il ne fait un moyne cloistrier devant Dieu. Un jone singe à enchanteur ne fait mie tant de singeries , ne de sans , ne de tours , comme il convient de faire devant eus.

Après, es belles robes il ont leur très grant gloire. Saint Grégoire si dit « s'en précieuses robes n*eust péchié, ja Dieu n*eust blasmé le riche homme en l'Evangile , qui fu enfoui en enfer, de ce qu'il estait vestu de

pourpre; ne il n*eust loé St Joban qui estait vestu d'esdavine*. » —

Grant force font d'avoir la -sarpilière belle ^ et du fardd ne leur cbaut, e*est Tâme qui dedans leur cors est. ^prèi, ont tant de robes oiseuses xpii ne font fors les huches emplir ; et tant les gardent, que les vers les menjent. Ou pour avarice, ou pour beuban, ou pour diverses robes vêtir , il voient les poures trembler de froit , qui deussent avoir le relief de leurs robes , aussi comme de leurs tables. Mais il n'y ont ne part, ne lot ; quer orguel les achat e et les do n ne as me n^treus^ pour acheter los et vainp gloire. Hé ! las, charité les emploiast miex, quer ele en achetast gloire vraie.

Après, il en sont à la fois On frepier ; quer il les vendent plus chier que il ne feroient en un marchié. Quer il les douent à le ur^ gprjfl^y^ ou à leurs ouvriers. Et là où li ouvrier a bien desservi vingt sols , est-il tout lié quant il en puet avoir un gainement de quinze sous.

Après , tant font de curiosités et de desguisemens , que c'est merveille : boutons , orfrois *, cotes ridées, estrôites manches, chances détrenchiées, décolées à bouclettes d'argent. S'il n'eust grant péchié à tels trufes, cuides-tu que Dieu s'en prist si près garde , qui tout mest

^ Eêdaçine, esdamine; manteau de pèlerin.

* Orfroi; broderie, frange, galon d'or ou d'argent (aunim fracium).

en 90D esciipl, et note qoenqnes nous faîsoDS el pensons, plus cent fois qo'an jakius de sa fenune. Dont il dist par son prophète Ysak, là où fl reprent les dames et les damœsdles de leor grant apareil : « Il Tendra, dist-il, un jour, que Dîen leor ostera lairs coiffes, lairs guinples, leurs quenvredûefs, leors firemans ^ lairs anniaus, leurs chapians. » A|vès, l'appareil des bras, des mains, des pies, des chemises qui sont si dâiées, que <m puet veir les bras et leur diar parmi». Kas les aguilles dont il attachent leurs guinples, les eqiaingues et les mireours, n'oublie-il mie.

Se il n'eust péchié en tels choses, pourquoi les nomr brast Dieu si s(Hgneusement en s<m livre, fors que pour ce qu'il dist ailleurs, où il parte d'une telle ame qui en tex afaires avait sa vie usée?» Tant, £adt-il, comme die ont de joie en cuer, tant li donnez de doleurs au cors, et de tourmens en l'ame crueus et orribles » .

* Premauê; fermaU; fermUitre; agrafe, cfudne.

ro

Pt Co0engier0.

IgMpnis, 'vient le cri et le los de foies langues qui cban- SStent quenques cel chaitif de^re.à oïr, et l'eschaulent en l'amour du monde, et l'aveuglent et enchantent, comine fait l'enchanteur qui fait, au lieu d'une culeuvre, que ce soit un coulon *. Quer il li font à entendre de li qœ ce n'est-il mie. Et il les croit assez miex que li meismes ; et croit que li cisne soit noir, et le corbel blanc ; qoe il est preus et hardis, là où il est couars comme on Kèrre. Quant il est un escorcheur de gens, adont est-il txffl justisier. S'il est mois et n^gens , adont est41 le phis débonaire qui vive.

n font de mal bien, et de péchié font-ils aumône. Tous songes li tournent à bien ; tout est bien fait et dit quenques li assoies bit et dit. «Pleut^l?» Mt li ùre à son sojant; «o3, are, fait-il, se vos voulez». Aussi les ireoglent-ils et desrobeat de tous biens temporeus et esperitueus. Quer le mol vent est losenge qui desroba le pâorin, et despcnlla de son manlel; dont on conte on fssample.

n avint que bise et mol vent firent gageure d'un pé-

' ùndon, coulomb; pigeon.

lerin toUir son manteL Bise comencha à venter, et celi à trembler. Et comme plus ventait, et celi plus entour li son mantel estraignait. Après, le mol vent venta. Et celui s'eschaufe et se despoille, et gète son mantel à son col; et un estourbellion vente et liève; si emporte son manteL

Bise , qui est un vent dur et aspre , est vérité qui est tant dure , et aspre , et haie , nonunéement as ces grans cours. Quant cel vent vente, c'est quant on dit vérité. Cbascun se restraint et tramble , et a paour, et repont tous ses biens , et se regarde en humilité. Mais losenge est le chaut vent de midi qui eschaufe le cuer et eslève, et le fait desréer, et tous ses biens monstrer. Et ne se donne garde que il pert tous ses biens , si conune fîst Sédéchias li roy de ihérusalem, nenne lui sans plus, mais ses hoirs, et tous ses trésors que il avait, pour ce que il les monstra as losengiers qui à li vindrent de par li Roy deBabiloine. Si Ten convint fuir, et fu pris et toute sa gent, et ihérusalem destruite; si come il est contenu es lamentations Jérémie le Prophète. — (?).

9l£ la botoUt b'iïmilité

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