ET DE TAINE GLOIRE
iSTERTEs , c'est la plus noble batsJle qui soit en terre, iâld'Umilité et de vaine gloire. Humilité dit : repon tes tMeDs, que on ne les voie, que tu ne les perdes par vaine gltHre. Et vaine gloire 11 dit encontre : or es tu le plus humble qui soil.
Humilité s'aperchoit , et dit : — or, as-lu pas vaine ^oire? or, t'en confesse ! — . Vaine gloire le rassaut : — or, es-tu bien confés; pou a de gens qui tel péchié bcent, qui s'en confessent. — . Or se courroucbe hunililé, et brait, et crie. Après revient vEÛne gloire, et dit : — or a&-tu molt bien plouré , et or es-ta bien de Dieu, qui si grant plente de* lermes as plourées, tt dévodon t'a donnée. — . Humilité revoit ceste pensée ; à en est dolante, et de ceste meisme doleur le rassaut
' PleiUe, pUoilé, aboadance, pléoltude, multitude. • La terre est au Seigneur, et sa plenti, et 1î biens i
— Sk —
vaine gloire. Ce est la guerre du Lohren garni qui ja n'arafîn(?) — .
Un essample te veuil conter , pour ce que je veuil que tu saches combien tu pèches par vaine gloire , et quant c'est péchié véniel, et quant c'est péchié mortel.
Une pucéle entra en une forest, et chai en mains des robeurs qui la honnirent et robèrent , et trairent pour mettre à mort. Le fils du Roy du pays passa par iUeue, et en out pitié, et se combatti à ces larrons ; mais molt i fut navré. Il commencha à amer ceste damoiselle, et la baigna, et vesti , et gari , et Tespousa, et en fist Royne ; et en fu jalons comme homs puet estre de sa femme. Et la faisait garder soigneusement à ses haus honunes. Et quenque ele faisait ou disait, trestout notait corne jalons seut faire.
Un vavasseur avait en la terre, fans et malicieus, qui le guerroiait, et héoit, et nuisait quenques il pooit. Quant il vit la très grant amour que le roy avait à celé dame» et Foneur que il li portait : pour li plus grever, il se voult accointier de la royne, et li monstra samblant d'amour. Mais celle n'en out que faire au premier, ^ains destournoit son cors de li, come prudefemme. En ce fistelle comme boue dame. Mais après avint que , petit à petit, elle escouta ses blanches paroles; mais le cuer n'y estait point. Et en tant, faisait-elle bien; maiâ n'estait mie du tout sans péchié, quant ses paroles créoit; quer il héoit son Seigneur.
Après fist celle dame pis ; quer cel ménestrel et ses
messages commencha à recevoir et à faire feste ; et bel s'appareilloit en leur venue, et semblant d'amour leur alait monstrant, encor n'en fust pas le cuer ; quer à soa mari elle voulait foi porter et garder.
Après il avint que celi et ses messages alèrent tant à l'entour celle dtane, qu'ele mist son cuer à li et à ses paroles, et l'escoutaït radt volentiers, et li donnait de ses joiaus, et grans dépens faisait pour li. Mais, toutes voies, aimoit son Segnour, mais nenue si loialment corne elle deust.
Après, avint qu'elle l'ama tant de son cuer, que la cofDpaigaie son Segnonr coroencha ennuier , et de li , et des siens ; et molt li grevait quant il estait avec li. Les riebesces dont elle estait dame elle despendait , et mestait ea li; et tant toma à son Segnour le dos, que molt li ennniait, quant il le convenait entendre à li et à son service. Et liée estait et envoisiée*, quant elle estait avec cel ménesb-el , et avec ceus qui de par li venaient; si que tous ses deàriers estaient à plaire à eus.
Or garde, pour Dieu, que celle IRoyne ne soit la tienne âme, qui tant aime la gloire du monde et le los.
Tu ses que quant tu entras en la forest decel monde, tu estais poure, laide, hydeuse et despite, et chais es
* X»9oitUe, t'mvotter, s'ntwiiier; se réiDuir (gaudere). •TrislaD goéril : et quant il voit qu'il puet porter armes , si s« tHVOfte, et ioue, et ril. •
Roman it Trittan
mains des larrons d'enfer qui à la mort d*enfer te voulaient entraire. Mais le Fils le Roy du Ciel ont pitié de toi, et miex ama à morir que toi perdre. Il se combat! pour toi à ces larrons, si qu'il y fut navré à mort. Il te recoust, et lava de son sanc en batesme, et te gari par Toignement du Sainct Esperit, et te vesti de robe d'innocence; et du ciel te flst royne, et dame du monde. Et te donna de ses joiaux, ce furent trois manières de biens : NATUREX, TEMPOREX, ESPERITUEX; et te fist garder à ses angles, et servir et norrir plus soigneusement que onques ne flst jalons de sa famme.
Cel vavasseur qui tant het ton Segnour Ibucrist, c'est le monde qui tant est poure orgueilleus, que Dieu bet, ce dist Salemon. Et Saint Jaques dist : « Qui veut estre amis du monde , il convient qu'il soit anemi de Dieu » . Et Saint Jehan dist : « Qui aime le monde, il ne puet avoir l'amour de Dieu » . Et Dieu dist en TEvangile » : Nul ne puet servir à deux Segneurs » .
Ceste baine est si confermée, que quant Dieu pria à la mort pour ses Apostres , et pour ceux qui le crucefioyent, il dist : «Biaupère, je te pri pour eus; mais pour le monde ne te pri je point )» . Dont est forte cde haine , se on ne veut perdouner, neis à la mort.
Hé ! Dieu cor, pleust ore à ton benoit fils , que tous cens qui cest escript verront , seussent bien et entendissent la parole que tu deis , par Ezéchiel le Prophète , à une âme que tu amoies , qui pour l'amour du monde avait t'amour laissiée, selonc l'essample que nous avons
ci-devant mis : comment tu nous fais à savoir que tu feras à tex gens à la mort , et au jour du jujement : commenl tu li recordes tes biens et tes courtoisies , et li re« pr^is aigrement ses maus et ses vilenies : et les menaces erribles que tu li fais des paines et des tourmens qu'elle a desservi!
« Rachine de maie nature , dist nostre Sire , engendieure de Chanaan » — c'est à dire, desloiaus et serve.
Or, m'entend, àme forligniée! membre-toi quant tu fus née, tu fus laide, etpovre, soullieet toullie en sanc de pédiié, vil et orde, et dégetée. Je te vi en ordure, poure et nue. Je oi pitié de toi. Si te lavai et gari, et vcstî , vwre de robe précieuse de divers couleurs, et te donai quenques il apartient à femme accésiner * ; c'est à dire, tous les dons du Saint Esperit. Et te norri de miel et d'oile, et de pain de fourment; et te donai richoise, hooeur et biauté. Et t'amai , et tespousai , et tins chière et bonourée et en grans délices. Et tu me rendis mal ecmtre bien. Quer pour la grant biauté que je t'avoie donée , tu foloias , et amas les fils d'Egypte, c'est à dire, Ifô fils du monde. Et aussi , comme fait la foie famme, tu t'abandonnas à tous ceux qui à toi venoient ; tu les amoies, et faisoies feste de mes biens et des richoises que je t'avoie données ; et dounoies loiers à ceux qui avec
* AeciHner, aecesmer; orner, parer, du bas latin acosmare (comare).
toi estoient et entroient, contre la coustume des femmes légières.
Esooute TEscripture qui dist : <« Tu fus tous tems abandonée en tex lécheries, et en tiex avoutrises». Et entend bien que Vamour du monde et la vaine gloire il apelle lécherie, et avoutrise * — .
Dont après il menace et dist : « Pour ce que tu as faites ces desloiautés , je te jugerai comme on doit foire home murdrier et femme bordelière, c'est à dire : honteusement, et cruelment. Et amènerai seur toi tous ceus que tu as amès et que tu as haïs » c*est à dire : homes et angies, et dèables. Et descouvrirai toutes tes ordures devant eus » et te livrerai es mains as dèables qm oreni honte de tes ordures et de tes desloiautés ; quer tu as passé le pèchie de Sodome et de Gomore qui péctnèrent contre nature camelment.»
Ainsi as tu fait contre nature espèrituelment ; quer or* guel est bien contre nature espèrituelment, quant homme qui est de boe, pèche par orguel et par vaine gloire.
Or te pri , pour Dieu , que tu penses à ces paroles que Dieu dist, qui sont molt èpouventables et pesantes. Et si te ravise bien en mon essample, et tu trouveras dnq estats dont Tun fust bon, et les quatre mauvais. Et pour ce , pourras-tu veoir ques pèchies vieneni de vaine gloire, et trouveras ainsi comme quatre degrez.
Avoutrise, paillardise, adultère.
Geste dame fuyoit et baoit eel ménestrel et sa eompaignie. En cest estai sont ceuz et celés qui Dieu ament kûaument , et fuient et héent beuban du monde et la Taine gloire.
Après, ele Tescoutait; mais le cuer n*y mestait pas. En cel estât sont cens et celés qui le los du monde ne quièrent point, quant il sont seul et seules, ains se tiènmi humblement, et servent Dien. Et quant il sont avec ceox du monde, si se conferment à eus, et font samblant cpie cde vie leur plaise , encore en soient-ils dolans en cuer, de ce que leur convient faire, ce leur samble.
Après , ele li donnait de ces joyaux , et recevait molt Yolentiers li et les siens, encore amast-elle son Ségneur delez *. En cest estât sont cens et celés qui les biens et les grâces que Dieu leur a données mettent el service du nwnde volentiers, et de cuer ; et nepourcant, il servent Dieu de costé à la fois, plus par paour que d'amour vraie; ceux ci vivent en péril.
Après , elle tourna à son Ségnour le dos ; quer triste estait delez-li , et moult li griévait son servise ; et liés et joiax estait avec l'autre , et rien ne li griévait quenques die faisoit pour li. De ceux, n'est il mie doute qu'ils ne smeat en dolereux estât.
Or recorde bien cest essample, et regarde en qud des cinq estats tu es, et combien tu pèches par vaine gloire.
' Mez, deU; plus, mieux que lui. — Delez; plus, mieux qu'eux. MiZrU; avec, devant lui.
ia eixismt branct)e principal b'iDrgueL
fis
A sixisme branche principal d*orguel est YPOCRI- SIE. Et vaut autant connue Sororeure *. Ypocrite est seuroies.
Dont, à parler comunément , chascune chose est ypocrite, qui est belle dehors, et laide dedens ; par ceste raison est apelé le monde ypocrite, et seurore.
C'est chose aperte , si corne il est escript el livre de Job : « Quer la joie de Vypocrite , c'est du monde , ne dure que un moment. » .
C'est vraie chose que le monde est ypocrite, et sorores ; quer nous véons el monde, c'est en cens qui aiment le monde , richesse dehors , poureté dedens , et molt de si faites * choses. Et pour ce dist la Sainte Escripture : « Qu'il n'y a point de vérité el monde ».
Et, proprement, les ypocrites sont cens qui font les prudommes , et ne le sont mie ; qui plus forcent à avoir le nom de prudomme , que la vérité et la sainteté.
* Sororeure^ seuroreure, de seurorer; surdorer, dorer avec profusion.
* Si faites; faUeis, faktis, féiis; feint, factice, joli, fait artistemont.
Geste ypo(»8ie se devise en trms branches : La preni^ est de ceux qui ai répostaiUes * font leur ordure, et par ddiors f<»it le prudonune. G^is apelle Dieu en rErangile, double dorés, qui apparent par dehors biaus, et par dedens sont plains d'ordure et de pueur, et de pourreture; et A sont, ce dist: « agnel par dehors, et leu par dedens'>. Or, pense as eoustumes de Tagnel, et au cuer du leu^ et aprendras à connmstre tel gent. Et tout aussi, comme le plus fort anani que Faignel ait, c*est le lea; aussi les plus pesmes * anemis que les sains homes aient, ce sont les papelars et les fous ypocrites. Si comme 9 parut iÂen el vrai agnel Ihucrist; quer les plus fors anemis, les fors agaiteurs', les plus cruds accuseurs qu'il eust, ce furent les ypocrites.
Mais il convient bien que tu saches que tous ceux qui font leurs péchiés coiement , ne sont mie ypocrites ; mais ceux qui pèchent en repostaiUe , et si font les papelars, et veulent estre tenus pour preudonunes. Quer, qui son péchié choile ^ et queuvre , pour ce que il ne corrumpe ses prochains par mauvais essample, en ce fdt-ilbien.
La seconde branche d*ypocrisie est, quant l'honune.
* RtposiaiUe; lieu caché, retraite. — BepoêtaiUe; refuge, immuoHé eedésiastiqae. — En repost; secrètement.
* l^t$me$ (pessimosj.
' Jgaiteurs, aghaisteur; espion (acuere).
* ChoOer; célcr (celare.)
en appert, et nenne en privé, fait les bonnes euvres et les grans pénitances , ponr ce que le monde les voie , pour acquerre los, et nom de prudomme. Ce sont les singes au déable qui molt les fait rire par leurs sinjoiemens, et quant il contrefont les prudommes.
6e sont proprement les martyrs au déable, que il crucefie et tourmente de moult de manières , par veiUer, par jeûner, par aler en langes \ par port haire, par aumosnes faire. Mais ce ne font-il mie, se ce n*est ^i lieu où on les voie ; et pour ce , leur couste-t-il molt ; quer avient tous jours que tous ypocrites sont avers. Ceus sont trop fols ; quer de bon métal il font fausse monnoie et de ce dont il peussent le ciel acheter, ils achatent Tenfer. Pour ce dist Dieu en l'Evangile : « Pourcoi perdezvos vos bones euvres? vos les poussiez vendre molt chier » .
La tierce branche d'ypocrisie est de ceux qui soutilment en haut veulent monter. Ceux font quenques prudomme doit faire , si que nul ne le puet conoitre ; si comme Dieu dist en l'Evangile : « On ne puet connoistre l'arbre , fors par le fhiit , de quel nature il est » . Tout aussi ne puet nul connoistre ceux-là jusques à dont que ils soient parcreu, et qu'ils soient montés, et que ils doivent fruit porter.
* Langes; laine, vêtement de, robe de moine (lana). — Il signifie aussi peuple, nation, langue.
Or adont monstrent-ils leurs vices qu'ils ataplssoient * en la radne d'orguel, si comme avarice, et malice, et antres mauvais fruits ; par quoi on connoit que li arbre ne fil onques bon , et que tout fti ypocrisie et feintise, quenque ils avaient devant monstre.
Ca septisme braml)t princifial à'^guel
c'est hautmse PAoïm.
Bk septime branche principale se devise en deux rainséles, dont plus de maus naissent, et plus de péchiés, que on ne saurait nombrer.
L'une branche est de mal foire ; l'autre , de laissier le Uenàfoire.
Hé Dieu! quens biens lesse-ou à taire pour ceste
* Jb^piitoteta, atapir; voiler, cacber.
< Dn Prestre qui arait non PlégiDes , un jour pria nostre Seingnc— qo^ )i moDstn qnd forme, et quelle semblance i'alapitsoitnt so le puD et le Tin qae li Prestre sacrait ii l'autel. •
Viti dti SainU Pèrti.
paour, et pour eeste vergoigne! Tant a par le monde de gens qui tout autre vie menassent, et autrement se mantenissent , se il osassent , que il ne font. Tant plus volentiers alassent au moustier , et plus longuement y demouraseent , et oissent le sarmon , et souvent se confessassent, et portassent humble abit, et molt autres manières de biens feissent , ce ne feust ceste vergoîgne.
Et d* autre part, toute la revèse^, quant on leur demande : Pourcoi faites-vous ce? ils répondent à une fois : « Certes , ce poise nous , Dieu le set bien ; nous savons bien que nous faisons mal , mais nous n'oserions auM chose faire pour le siècle. Voulez-vos que nos nos Cachons huer, et tenir pour béguins? Tout le monde nous courrait sus.».
Pour ce, n'est-ce pas merveille se Dieu het le monde. Quer à li ce sont rendus clers et lays ; et si les a le monde si trais à sa cordèle , et fait con vers et converses de son (urdre, voire qu'ils sont tous en obédience, et portent ses armes et son abit , et ont Dieu leur propre Ségneur délaissié. Neis les clers et les Prestres qui deussent estre de son hostel , et qui vivent de son pain *.
*■ Revèse; à Tenvers, au contraire.
* On aime à trouver dans cette censure l'expression du besoin d'une réforme.
{tonrquoi U picijié ik*<!I)rgml fait à fuir,