ET POURQUOI OH LE DOIT HAÏR
KHous avons longuemeot parlé du vice d'orguel, et ni des branches qui en îssent, et des rainsiausqui issoit des branches. Or dirons et métrons aucones raisoDS pour quoi le vice d'orguel fait à fuir, et pouripioi on le doit haïr, et pourquoi il fait souverainement àblasmer.
Premièrement, orguel fait à haïr et à blasmer : que s'il y a aucun bien en la personne, et que oi^el y entre, orgael boute tous ces biens hors. Or, si cooune dist St. Augustin , « Orguel se paine de destruire et de perdre loQs biens, et toutes bonnes vertus; et où que oi^piel SHi, nul bien n'y puet entrer, ne ne veut que nul y oitre.». Et Sainct Grégoire dist que : u Aussi que humilité aféblie et destruit tous vices , et assemble et enforce louies vertus, ausâ orguel toutes vertus destruit et afole». Et ausà, que «Humilité n'est mie seulement wttt, mais est avec vaissiaus pour les autres garder « . Aussi orgatà n'est mie seulement mal , ains est avec empêchement de tous biens. Dont un saige dist Alixandre que il savait orguelleu\ : « Dieu est ai^tareil
de donner à toi sapience;* mais tu n'as lieu où tu le puisses recevoir, c'est à dire : Il n'y a point d'umililé en toi ; ains y est orguel qui ne laisse entrer nuUe sapience en toi » . Quer, aussi comme dist aillours la Sainte Escripture c< La Sapience de Dieu n'entra ja en âme de mauvaise volenté plaine, ne en cors plain de péchiés ».
Dont tu qui convoites ton salut, aies tous jours en ton cuer encontre orguel , sur ton chief , le comud de la crois, que tu ne t'eslièves par orguel.
Après, orguel est l'enseigne par quoi le déable recoignoist les sieiis des autres. Quer, si come on list el livre de Job : « Le déable est roy seur les orguelleux ; et St. Grégoire dist que « Le plus certain signe que ceux qui seront dampnés aient, est orguel, et humilité de ceux qui seront sauvés ». Dont, en grant dolour et en grant paour doit estre qui se connoist orguelleux.
Après , li orguelleus het Dieu , et le veut surmonter, et tollir sa Ségnourie. Que il hée Dieu , il appert : car il ne veut avoir nul Souverain dessus li ; et ainsi ne veut il avoir Dieu à Souverain, ne à Seigneur. Et aussi convoite-t-il à estre samblable à Dieu , quant il désire à avoir Ségnourie sur autri, et ne veut estre subjet à nuli ; et ainsi veut-il tollir à Dieu sa Ségnourie.
Et de ces orguelleux dist David « L'orguel de ceux qui te béent s'esliève tous jours » : quer l'orguelleux veut à Dieu soustraire ce que Dieu veut espéciaument avoir, c'est gloire. Et en ce deshonore-il nostre Seigneur, (nenne pour avoir la gloire du Paradys), mais la gloire
des biens qu'il a receu de Dieu , ou des biens que Dieu eavTC en 11 et par ti.
Nostre Dame diat el magnificat, que « Nostre Seigneur déposa et abaissa du siège les orguelleux, et si essaucba les hombles , et fist semr haut j> . IHeu faet aussi les orguelleux, et c'est drois; car ils le héent, si comme nous avons devant dit. Quer l' orguelleux veut tollir à Dieu ee qui sien est, c'est sa gloire; si comme il dist: «Je oedoorrai mie, foit-il, ma gloire à autri » ; et li oi^uellensdist : « Et je la nie donnée
Et si ti orguelleus veut aussi tollir à IMeu sa Ségnorie ; qoer l'orguelleux veut prendre vengeance de tous ses loffais* ; et il le devrait laissier à Dieu qui rendra à chascon selonc ce qu'il ara desservi. Et pour ce , disl-it par nu Prophète : « Je retien vengeance k moi » .
Et pour ce que nous avons parlé de gloire, et que on sache que est vraie et vaine gloire , vous devez savoir <[D'il est une vraie gloire que bons pnidommes ont de leir conscience, qui ne cuident estre en nul péchié nwrtel, si comme distSt Pol. Et si dist-il aillours : «Je De suis de rien si certain, que je culde estre sans péchié DKrtel; et néquident, je ne m'ose mie en ce justefier. Quer [Neu qui tont voit et tout set ce qui est fait, et ce qui est à foire, voit en moi telle chose, et connoist que je Qe connoîs mie » . Et pour ce , nul ne se doit trop jus-
* Tarfait, torfex; îninstice, violeiice (TorCiil).
tefier ; quer nul ne set se il est digne de! amour nostre
Ségnour, ou de la hayne. Quer nul ne puet estre certain en cesl siècle se il sera sauvé, ou se il sera dampné; quer tel est huy sans péchié, qui tosl y cherra, se Dieu espéciaument ne le garde. Et tel est huy bien pécheur qui tost sera juste, quant Dieu plaira.
Après, il est une plus vraie gloire, c'est quant la sainte &me sent la douceur du Sainct Esperit en son cuer et que le Sainct Esperit « donne tesmoignage à son esprit » que nous sonunes fils de Dieu , et que nous serons » perchonniers de la gloire des ciex, qui est la très vraie » gloire. — .
Vaine gloire est devisée en gloire dyaboUque et hnmaine. La première est, quant aucun se glorefie en son malisce, et de ses mauvaises euvres.
Humaine gloire est devisée en gloire GHARIVELLE!» et gloire ESPIRITUELLE. La chamelle est la gloire da monde, qui est en belles vesteures, en richesses, en honneurs. La gloire esperituelle est la gloire des ypoentes, de quoi nous avons devant parlé.
Ceste vaine gloire charnelle et esperituelle fait molt à blasmer, et poi a prisier : quer les riches de cest siècle et les orguelleus ressamblent au bois pourri qui, par nuit, luist cler, et par joUr nient. Ainsi font-ils. Us luisent par dehors en cest siècle , pour leurs richesses et leurs noblesses ; mais au jugement, leur oscurité aparra devant Dieu et devant les angles.
La gloire des orguelleus si n'est que fiens et vers.
Hay sera haut élevée, et demain on ne le sara où trou* ver. La gloire du pécheur est sa char qui est un sac plain dé puant ordure, et viande de vers.
Dont chascun doit vaine gloire despiter, mdsmement tout rdigieus. Quer, si comme dist St Jérôme « La preïïme vertu du moyne est despire le jugement , et la ijmt, et la loenge des hommes. Et ne s*en doivent mie e^oîr , mais troubler ; à Tessample de la benoite Tirge Marie qui se troubla quant li angie li dist qu'elle estait plaine de grâce, et qu'elle estoit benoite par devant Umtes autres » .
91» remèbed contre le péct)té b'(B)rguel
»oo8 avons parole et monstre, par plusieurs raisons, pourquoi le vice d'orguel fait à blasmer, et que on le doit fuir et hair souverainement. Or dirons et nnmstrerons aucuns remèdes contre cest vice, par quoi, qui y voudra bien et diUgaument prendre garde , plus i^èrement le pourra eschiver, et soi garder.
Le premier remède contre orguel et vaine gloire , est
répondre et mucier ^ aucun bien, si on le fait ou le veut faire. Quer, si conune dist un Saint « Muce , fait-il , et repon les biens que tu fois ; et se tu ne les pues du tout en tout celer, aies en ton cuer volenté du répondre et du celer. Or, aussi comme le trésor que plusieurs sévenl est tost amenuisié, aussi est la vertu del honune, que chascun voit, tost perdue.
Le second remède est considérer et descendre en lui meisme; et se on le lôe, il connoist ses défautes, et il ara anchies * honte se on le loe, que gloire. Quer il se connoistra autre, et verra que c'est fausse loenge, et que il n*est mie tel. De quoi Boëce dist «Gens que on loe, et sont faussement loés, ont honte et vergoigne de ces fausses loenges.».
Le tiers remède est que : quant on ofre à un homme gloire , il la doit rendre et donner au roy de gloire à qui elle est. Si comme dist David « Sire, dist-il, la gloire soit à toi , nenne à nous ». — . Et qui à ce s'acoustumerait, vaine gloire n*arait mie si grant vertu, comme elle avait devant.
Après, ils sont autres remèdes contre orguel , en général.
Premièrement, on doit regarder à meilleur de soi,
* Mucier i muchier; cacher, ensevelir, changer (amicire). En notre patois romand mxtësà.
* JnchieSy anchie; aussi, autant, de même (liai.).
a ëSL Sainct Gr^pHre « Aussi comme le regart à pire de SM est aUsemeol d'orguel , aussi est le regart à railleur de soi cause d'umilité » .
(In autre remède est de compagiaer et d'estre voleotiers avec les humbles. Quer, si comme oo Ust en Ecdé^astes « Aussi comme celi qui compaigae l'orguelleux dépendra orguelleux ; aussi, qui compaigne l'umble, 3 devendra et sera humble » . Et David dist el Sautier ■Tu seras saint avec les sains, et innocens avec les inlUMens ; et avec les pervers et les malvais, tu deviendras perrers ^ malvais. » .
Après, un autre remède est considérer et regarder à Il fille et à l'ordure de son core. Premièrement, à la ville de sa conception qui est la très plus vil ordure qui soit.
Après, il est un sac tout plain de Sens, et en la On sera cendre, et viande as vers.
■Et comment s'enor^ellira qui tous jours telle oràn porte»? si comme dist St Jérôme. Et Hichéas le Proi^iète dist «Humiliatio tua in medio tui». C'est à ^: Hom's ! t'umihié est en milieu de toi ».
Un autre remède est l'essample de l'umilité Ihucrist. Qua, si comme dist St Augustin •< La médedne contre or^elà l'homme, est l'umilité Ihuchrist».
Dont doit avoir liome honte d'estre orguelleus, quant le créateur de toutes choses est fait hiunblc : premièrenimt, ea s'incamation ; après en s'umble conversation ; «jusques à la mort se vouluil humilier pour nostre rédemption.
Après , autre remède est le consîdéMr du Jugement nostre Seigneur, qui sera etpédaument contre les orguelleux, et les Ségneurs, et les Puissans de ce monde. Car, sî conune dist David , « Nostre Sire rendra habondanmient tourmrat as orguelleus». Et ailleurs, dist la Saincte Escripture « Que les grans de cel monde seront puissanunent tourmentés.
Le deerrain remède que nous métrons est : Ckmsidérer nos misères et nos enfermetés. Quer de par nostre esprit nous sommes si fébles, et si pou vertuex, que à une légière temptadon et une volage pensée nous ne poyons contrester, ne résister, ne une petite parole soufrir ne soustenir humblement. Et ainsi , nos perdrons tost tous nos biens que nos avons fais , se Dieu n'a miséricorde de nos.
De par nos cors nous sommes si fébles et si poures, que neis as puces ne pouvons résister ne nos deffendre. Dont Sainct Augustin dist «Un honune te dist un blasme; tu Ven courrouces, et en as despit. Les puces ne te laissent dormir, et tu ne t'en pues deffendre » .
Et après, nostre chaitif cors devendra cendre et poudre. Qui bien penserait à ces choses, il arait bien raison de li humilier.
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S uns ne mourra ja, ce distpon piéça ; et comment ce est voir, je le te dirai. ^ Le premier péchié qui onques fust fait, ce fut orguel, qui jeta Lucifer du Gel, et le fist déable. Le second fut cnTie qu'il out de Tonmie» qui fut fais pour avoir Tériiage qu'il perdit.
Et ceste envie si fist home péchier ; et « par cest pécMé vint la mort au monde y> si come St Pol dist.
La mère de la mort si est envie ; et pour ce la mort raime, et elle li. Ne la mort n'a nul pooir sus li. Quer «Quant la mort morra au jour du jugement, si come St Pol dist, adont comencera envie sa vie et sa Ségnourie sans fin ; mais ce sera en enfer où envie ne morra ja».
Qaer un des grans tormens que cens aront qui là seront, ce sera envie qui ja ne morra» Ils auront envie de Dieu et de ses sains, et de ceux qu'ils aront connus en cest siècle poures , et despis , quant ils les saront en Paradis.
Et tu pues savoir en quel estât li envieus est; quer il pnet estre tout seur d'avoir enfer ; quer il a ja les erres tfavoir la provende d'enfer. Il en a ja la pension en deux manières : par les tourmens que il a en la doleur des
biens que il voit avoir les autres, et en la paour qu"^!! a de ce qu'il doute ^ que miex ne leur viégne.
En ce pues tu veoir que , de tous pécheurs , c'est le plus maleureus; quer les autres pécheurs ont aucune joie ou aucun délit en cest siècle ; et ceU a ici enfer, et en Tautre siècle en attent un autre.
Après , c'est le plus deffiguré ; quer c'est ceti qui k droit ressemble le dé^le son p^» qui n'aime rien fors que autri mal, ne ne hée rien fors que aulri bien. Et tu ses bien que amour fait Fàme ou belle ou laide.
Après, c'est le plus désespéré ; quer il faet et guerroie proprement le St Esperit qui est fontaine de tous biens. Et Dieu dist que « qui pèche contre le St Esperit ja mercn ne ara, ne en c'est siècle, ne en l'autre».
Après, c'est le plus aveugle; quar tout bira, toute joie, toute clarté l'aveugle, comme fait le solail la cauve* souris.
Après, c'est le plus dénaturé; quer, si comme dist St Denys. «C'est bien à qui toutes choses aiment et désirent par nature; mais ceh het le bien par nature et par tout, et dolans est li envieus quant il voit le bien. Ils héent l'onmie pour le bien qui est en li, et le mal il désire et aime que il deust hair par nature » .
Le cuer del envieus est si bestomé et enchanté du déable , que toutes ses vertus sont corrumpues ra U ;
Doute; redoute.
AmU par la raison, qui est l'euil du cuer, quenque O voit tf entent il bestonme et pervertist, et entent en mauvais sens; quer non mie Diex, mais le déable, li a donné mauvaise «itention.
De eeste rachine naissent tant de mauvais péchiés de enar que on ne saurait nombrer; quar ils ne finent de bore fans jugemens sur autri; les euvres ils jugent, et dampnpnt Fentention.
Après, li envieus a trms manières de venins en euvres,
anssi comme il a en cuer et ea bouche; quer il destruit
àson povoir, soit ea fois, soit en dits, tous les biens soient
petits, soient grans , soient moiens, sment parfais. Quer,
si comme dist Dieu en l'Evangile « Le bien û a trms
estats. n est prraiièrement comme en barbe, puis ea
eq>i, puis est mair ». EnsementS ils sont aucuns biens
qui ont bon commencement de venir avant, et pourfiter ;
ces biens sont aussi comme en herbe. Les autres sont
aussi comme en espi , qui bien pourfitent. Les autres
sont qui sont parfais, et feront moult de biens. Tout ce
bée li envieus à destniire et à honnir.
Pour ces trois manières de biens estaindre il n'est nule trahison , nule desloiauté que U envieus ne face , se il puet. Et ce témoignerai-je par Tessample de trois malices trop grandes ; l'une fut de Hérode le roy , qui tua
* Bn$emenii ememhlemerU ; toujours, aussi, pareillement, en raème temps (liai, iosième.)
les ionooens. Qoer, par l'œvie que il ont de Ihuorisf , pcHir li estaindie, qui estait ancore aussi comme enher]>e ei en boo oommencement de lûen feire» il fist tant de murdres, et si cmds.
L autre envie fut du déable contre Eve qui estait eo fleur» et estât de bioi pourfit^.
La tiefte fut renvie des Juis contre Ihucrist qui estait ea estât de perfection» et faisait tant de biens, qu'il estait comme l*arbre parcreu œ fruis murs; et ils pourcachièrent que il fu vendu» et pendu.
Se tu veus savoir quel firuit li arbre d'envie porte, et quels péchiés naissent de Testoc d'^ivie » regarde à la malice dErode» et à la soutiveté au déable, et as desloiautés as Juis ; et verras qu'il n'est desloiauté, ne murdre » ne Iraison , ne pécbié si orrible comme sont cheus qui naissent de l'estoc d'envie.
€( Bont Ub rtmtèe0 qat notiB metronB encontre le péri)U 5'(0nm
.£ premier remède est que l'home doit mettre s'amour en tex biens, (ce sont les biens Dieu) que plusieurs peuvent aussi légièrement avoir, comme fait un
tout seul. Dont St GrégtHre dist « Le juste homme, pour ce quH De coavmte nient chose qui soit en terre » ne set avoir envie de bien ne de proflt que autre ait.
Après, un autre remède est : considérer quelle amour Doos devons avoir l'un à l'autre ; quer toute créature, Itarnatare, aime son semblable. Dont nous devons tous amer Ton l'autre ; qaesr nous sommes tous samblans, et sommes tous d'une nature et frères. Quer tous sommes desseodos de un père et de une mère , Adam et Eve. KostreSire créa tous les angies ensemble, mais il vouàst que nous dessendissions tous d'un père et d'une nm; par quoi nous eussions plus grand amour ensamble.
Après, nous sommes frères espérituels; quer nous soaunes d'un père, nostre Segnour Ihucrist, et d'une mère, Saincte Eglyse, et tendons tous à avoir un meisme béritage, la gloire des ciex. Et sommes tous compagnons cspérituelment, et espéciaument tous les justes sont compagnons et en perte, et en gaaigne. Dequoi David dist : «Sire, disl-O, je suis compaignon de tous cens qui te craignent » Et c'est bien raison ; quer nous tous sommes membres d'un chief qui est Ihucrist. Quer aussi comme dist Sainct Pol , « Gomme en un cors nous avons plusieurs membres, et n'ont mie tous nos membres une meisme euvre. Quer ce que la bouche fait , les eux ne le font mie , et aussi des autres. Ainsi nous plusieurs sommes un cors en Ihucrist. Et aussi comme nos membres ont compassion l'un de l'autre, si que l'un est blécié,
les autres s'en deulenl ei li aident». Quer «fuant la bouche se phinl, les mains le remoent et tastent doucement, et les eox le regardent en jHtié et pleurent par compassion et par dtrfair; et aussi devons nous avoir l'un de l'autre qui sMnmes membres Ihucrist.
IDe Ire.
BE tiers vice capitaus est IRE ; et dois savoir que il est une ire qui est vertu, que les sains homs ont encontre péchié. Quer ils le héent et guerroient comme leur anemi mortd qui Adam lexsr père, et tous leurs parens qui de li sunt issus, mist à mort.
Une autre ire est qui est vice, quant on se courrouche sans rais<m. Et dois savoir que cest vice a dnq d^rés, en diverses manières de personnes, et cinq degrés en diverses manières d*ire.
Quer ils sont aucuns qui tost se courroucent et de légier oublient leur courrons ; et ceux sont bons.
Uns autres sont qui de légier se courroucent, et n'oublient mie si de légier leur courrouz ; et ceux ne sont mie si bons.
li tiers sont, qui atart se coorroocentj oiais durs «nt à apain- ; caix ne sont mie ù bons.
U quart sont qui de l^er se eourroucent. et quant il sont iriez, nul ne ks puet apaier; ceux sont mauvaiB, et tiex appèle-OD fiéloos.
li quint sont qui ne se courroucent inie longuement; mais quant il sont courrouciés, jamais la félonie ne leur istra du cuer. Ceus sont crueus, et ceus apèle-on crueus félons.
Ceux-cd out guerre de toutes pars : dedens, dehors, dessQs , dessoure. Quer quatre manières de guerres que li homs a sont les quatre branches priadpaus qui issent de la nature de ceste épine.
fa premUrt MtéUt^
ET LA PREmÈRB BRANCHE PHRICIFAL.
M|A première guerre que le fel a, c'est par DEDENS, liSc'est à dire, à soi meismes : à s'àme, et à son cors. As'àme; quer, quant ire le seurporle, elle gète hors le Sainct Esperit qui ne se repose fors en lieu paisible, et si rechoit le déable qui n'aime fors hostel plain de
— no —
noise et de discorde. Dont, du Temple du Sainct Esperil il fait mahommerie ^ au déable ; quer il gète hors tous les biens, et il met ens tous les maus. Et ainsi entrent el cner et abitent les vices qui ne tourmentent mie sans plus l'ame, ains travaillent le cuer et destruient. Quer il li taulent le dormir et le repos, le boire et le mengier, et li font boullir le cuer comme chaudière.
Ce voit-on toute jour ; et avient souvent que par ire chiet-on en ague * et en frénésie , et en muert-on à. la fois.
Quant ire surmonte, elle met homme en tèle tristrèche et en tèle désespéranche , que il se peut ou noie. Las ! tant de guerres cel chétif a! —
(a Bttonbt ^ntttt
k seconde guerre qu'il a c'est dessus li, c'est à Dieu.
Quer ils sont uns fols, uns forsenés qui, quant il leur
« Mahommerie; idolâtrie, mosquée de Biahomet. ' Ague; fièvre chaude, maladie aiguë.
nesdiiet, il ea demandent à Diea les coupes, et jurent de Dieu, d en dieat quenques il puevent penser de honte tl débit, et gètent sous le pié le denier, et passent seur havia par despit, et reooienlDieu plus de cent fois le jour. Si leur samble qu'il bce ou trop froit, ou trop ésaiX, ou trop pluie , ou trop sécheresse , ou se il leur envoie maladie ou poureté pour eus chastier, il murmnimt ou laidongent Dieu, ainsi comme un garçoa.
"^mS^
ta tierce ($uerr^
gL tierce guerre que li irens a c'est contre ce qui dessous 11 est, à sa femme, et à sa maisine, nds as testes mues.
Qner quant ire le sourporte, il bat sa feomie et ses Bite qui rien ne li ont meffaît, son chien , son chat. & Vmrae ce-dessos-dcssous , et brise pos et bénas *, et ti^qaes il tient as mains. Et n'est-il mie bien hors de ^cos? aumosne feroit qui le Uerut.
' H^, Honop; fiole, boretle, bouteUle, cmipe; dunoe, kuine
ta qaavtt fButtvt
|A quarte guerre est à ses voisins, par dehors^ et à ses prochains qui sont entour li. H en naist premièrement contens et despit , et puis rancune qui demeure el cuer. Après haine, puis meslée, et puis desirier de vengeance, et puis homecide, et puis guerre mortel.
Le premier rainsel de ceste branche si est , TENÇON. De cestui dirons-nous entre les autres péchiés de la langue.
Après la tençon demeure la rancune el cueur ; quer le déable qui de cestui mestier sert, li dit en son cuer «Voire ! il t*a dit ce; et pour coi ne li respons tu ausi? Certes, tu U diras encore, et n*est-il tel et quel. Molt fu hardis , quant il à toi se prist. Honnis soies-tu se tu ne t'en plains à tes amis. Si vera-on lequel ara plus grant pooir, ou toi, ou li ! » — .
Et cel chaitif se cuide dormir, et tourne et retourne, ore à destre, ore à senestre.
« Par mon chief , fait le déable, encore ne dormiras-tu mie, se je puis. Maleureus! te lairas-tu si défouler? Certes tu parleras le matin à sa maisine, si qu*il te pourra bien entendre. » — . En tele manière atise le déable le feu de rancune.
Après la rancune et la descorde, se veut-on vengier; et est péchié molt grant. Quer c*est tolir à Dieu ce que il a retenu à son œus, proprement. Quer trois choses il a proprement retenues à soi , que il ne veut donner ne à hofiune ne à angie : gloirre , jugement et venjance. L*orguelleus li toit sa gloirre ; li envieus qui juge le cuer, son jugement ; Tireus sa venjance comme sa haute justice. C'est un des péchiés du monde plus perilleus; quer se un homme tue son père ou TApostole de Rome, plus test pourra avoir perdon que celi qui se sera vengié, et ara tué son anemi mortel.
C'est un péchié dont il vient molt de maus. Quer quant un honune se veut vengier d'un autre, il met toute s'estude à li damagier par mesdire , par plait , par paroler, par quenquil puet. Et ne se prent on mie au mal faiteur seulement ; mais à son neveu ou à son cousin ou à sa maison ardoir, ou à sa vigne estirper.
C'est le péchié au roy Herode qui , pour la hayne que il avait à Ihucrist, fist tuer tous les enfans du pays ; quer il se doutait de chascun que ce ne fust celi qui devait estre roy des Juis, et par qui il perdist son royaume. Mais cestui assaut les créatures Dieu, les blés, les vignes, les maisons qui rien ne li ont meffait ne nuire ne li puevent. Et pour ce, n'est-ce mie mervelle se tex gent meurent de maie mort, aussi comme fist le roy Herode.
De cest péchié naissent les homecides et les guerres
dont il issent tant de maus mortels , que on ne les por-
— Hk —
rait nombrer. Quer tu ses bien que, tantost que rhommc est mors , tous ses parens le veulent vengier, et sont en hayne et en péril , et eus et tous les leurs , et cens qui par amour, ou par haine, ou par loier, ou par paour leur veulent aidier à ce faire. — . Et combien sont plus haus homs cens qui s*entreguerient , plus y a de maus et de grans péehiés. Tu veois toute jour avenir que, pour une guerre qui est entre deux riches hommes, il muert plus de mil hommes : moustiers ja brisiés , viles arses ; abbayes, priorés, grenches * destruites, honunes et femmes et enfans essiliés et desiretés, et menés à pain querrc.
Cest grand Seigneur, qui tout ce a pourcachié par son orguel, et par son malice, ou par hayne ou par convoitise, quant ara-il pénitance faite de tous ces maus el de tous les péehiés qui h gisent sur le haterel*?
Certes, s'il eust pris un homme en une de ses viles qui ore sont destruites par li, qui eust une vache emblée, ou un homme mort, ou un moustier brisié, ou une femme enforcie;... il Teust pendu par la gueule. Et queutes harts cuides-tu qu'il ait desservies, qui en enfer l'attendent, pour tant de cas', de arsins^ depressiures^ de sacrilèges, de desertemens que il a fais? i<Pour ce.
^ Grenc/ies; granges.
* Hâter el; col.
' Cas; malheurs.
* Àrsins; Incendies.
' Pressiures; oppressions.
&t \'Escriptnre , que les grans Segneurs aront Uhiz les çraos tourmens, et tes grans jugemens aussi •• — .
IDu remèàe (ontre Ire.
■nn est drois , quant nous avons parlé du vice d'ire, JlKinc nous mettions aucuns remèdes par quoi on suiie et puisse réfréner sa propre ire.
Le premier remède est : penser à la pasàoQ nostre Seigoenr. Dont St. Grégoire dist : « Se nous pensons à la passion nostre Seigneur, (c'est la mort amère que il sonfri pour nous) en nostre reraeoibrance, nous n'arons oui chose à soufrir que nous ne portons débonnajrement, et soufcrions doucement pour l'amour de li.
Le second remède est : que on se taise, et que on ne rcsponde nient à celi qui dit ou fait aucun repreuche, en aucune vilonnie.
Dont Salemou dist eo proverbes «Qui ne respont rien 30 félon et sor, il adoucist la félonie » .
Dont on lisl en la vie des Pères, d'un Sainct Père. On li demanda pourquoi les anemis le doutaient tant, n respondi que très-dont qu'il fu fais moine, il proposa
en son cuer que jamais parole felonesse n'istroit de sa bouche.
Le tiers remède est : considérer que quenques nous avons à soufrir, est de Tordonnance nostre Seigneur. Quer si un hom pense et veut à un autre mal, si ne li puet-îl faire, se Dieu ne l'en donne povoir ; et tèle fois, est à la dampnation de celi qui fait mal à autri , et au salut de celi qui le seufre, s'il le prent en patience.
Et ce doist estre grant soûlas as justes ; quer toute tribulation est aussi comme un bevrage médecinable que li très saige mires donne à boire à ses amis ; si comme il fist au bon Job qui disoit en ses graciemens « Se nos avons receuz les biens de Dieu , que nous avons tant receuz sans nombre, pourquoi ne recevrons aussi les maus? Dieu les nous donne, Dieu les nous toit; aussi, à sa volonté, et aussi comme il li plaist. Benois soit Dieu de quenques il nous fait » .
Le quart remède est considérer nos prêtres défautes. Quer quant Tomme connoist en li ses propres défautes, et il yébii que on le déporte en icèles , il doit aussi autri plus volentiers déporter en ses défautes. Dont Salemon dist « Le soufraiteux est miséricors » . Et pour ce, aucuns se courroucent légièrement des défautes d'autri, pour ce qu'ils ne connoissent mie en eus les leurs. Et de ce dist St. Augustin «Tu te courrouces à ton serjant quant il méfait; courrouces-toi à toi meisme quant tu meflais.
Le quint et deerrain remède que nous mettons est : considérer et penser à nostre fin , et à la mort , et que
mus de\-CTdr(His après la mort. Dcmt Ëcelésiasles dist : •Ramembre-toi de b fin deen-aÏDe, et laisse toute ire et loiile ba>'ne ; et si te souvié^e du jugement nostre Séfnear qui est si épouvantable ; et ne te courrouce mie à Iw prochaia. Qaer qui en cest siècle ne perdourra toutes (Hooies et traite hayne, il n'aura ja perdon de ces pédiiés, ains aura dampnation perpétuelle avec Judas et Htrode, et les anemïs.
JOt arriite'.
SesR dirons du quart vice chapital, qui est apelé wRacdde, et vaut autant comme mauvaiatié, tristrèche, langueur, annui de bien faire; qui fait que homs
' Jceiâe; noncbalence , Tie de vague contemplation. Usité anlrefm pour désigner spécialement l'état moral el physique où lombaient ^ moines relâcbés.
.^(dd«; nom d'un peuple, employé dans les Chroniques de St.- Days, pour désigner les assassins, sujets du v(el de la monlojrne, 'ot iet aeddfs (occidenles).
B aime fors uiseuse * et rqx>$, doraiir, ei vivre cxMiiiiie poortd.
Pour Id boauDe eonfradre el faire honte, et cxHitre cesl vice crie quenques fl est en cid et ea tare : le soleil, b hine et les estailes qui ne cessent, de nuit comme de jour, de oourre et recourre moult grans journées,, pour faire le commandement Dieu, et pour homme s^vir ; après, la terre qui ne fine de fruit porter, les herbes, les arbres qui servent chacun jour de leur mestier et de leur povoîr: après, les besles mues, dont Salemon envo)^ au fourmi, pour sens aprendre, le parécheus.
Après, les laboureours et les poures gens qui tant $eufipent pour leur vie pourcachiar, crient contre le pa-
Après ks sains qui tant ont souffert de tourmens, et ks angles qui ne cessent de Dieu loer.
Après les bonnes gens qui tant seufrent de pénitance poivt Tamour Dieu; dont Ludfa* qui entre euls volt seoir, fut boulé hors de Paradis.
Après, le fils Dieu qui tant soufri de paine, tant comme fu en t^rre, non mie pour mestier qu'il en eust, mais pour nous monstrer et donner essample de travelliar. Quer en Tostel Dieu n'a nul uiseus.
Hé Dieu ! comme doit avoir très grant honte homme ei femme qui en ceste vie vit, qui ne s'esveille à tant de
' f'fcSfM^, oisiveh?.
ens, et es^igourer oe se veut ù lanl d'-essaoïples, ne pour piour d'enfo-, oe pour l'amour de Dieu.
Cest TÎce est une maie racbine qui gète molt de maies bruches; et tiex ïkkds est ausa comme terre qui ne porte foTs orties.
€e premier raineeL
Ke prunier rainsel est TÉVETÉ*. de qui naissent, ««. c«™ki^ !„.,= i™ -■•res, quant l'omme aime ist amer durement et arnéequi l'afolblist et anien- Et de ce avientrll que une est plus forte à pénitance venciaus qui semble fort îvalier qui vainc un tournoe tant de force comme rce faut.
— IJO —
Yaue lève fadt mal au cuer, el fait vomir ; el cesle téveté fait Tomme abhominaUe et lève à Dieu , si que il le vomisi, el le gèle hors de son hosld et de son service, comme dist St Johan TES angélistre en T Apocalypse.
QuanI le pot est tiéve , les mouches s'y assiéenC molt plus volenliers qu'ai autre point. Et quant il bout» elles l'cschivent volentiers , pour ce qu'il est trop chaut. Et quani le four est tiève , li ribaut y entrent volentiers. Aussi font les déables. Tanlost entrent el lève cuer ; là se baignent et reposent , conune on fait en yaue lève.
Ce seconb rainsd.
il a
|E second rainsel est TENDRÉCHE ; quer, quand le déable entre el cuer, comme le ribaut el four, coule li convient pour li reposer. Celle coule* est la tendréce, et le moUesce de Tomme ou de la femme.
Là gist el chante, et se déduit, et enchante cesle chaitive âme et li disi « Tu as esté trop suéf nourri ; tu es
* Coûte; coëlre, duvet.
de trop faible complexion. Ta ne pourroies ce soufrir, veIKer, traveîller, jeûner, matin lever, et ces autres durtés que cens seufrent, qui ce ont appris. Tu seroies tantost mort. Il n*a rien qui santé n*à. Bon chastel garde qui son cors garde. Il te convient robe néte, chaude en hiver, et firoide en esté. Garde-toi de ces froides viandes, et seur toutes riens, de boivre mauvais vin ; quer il atrait les mauvaises humeurs , et le bon vin nourrist le cors, et fait bon sanc».
Par foi, veci vroie merveille! Le déable est physicien devenu. Aussi encraisse-il ses pourciaus contre sa feste que il fera, quant il mouront.
Hé las ! com' ci est mal fizicien. Les autres garissent les malades ; et cesti fait , des haitiés * malades , et languereus; et les gète en telle paralysie, qu'ils ne se puevent aidier de membres qu'ils aient ; et les fait fort malades, et languir et morir de honteuse mort. Quer celle mort est molt honteuse, quant on se tue à ses deux mains ; et cela avient pour ce que le cors est si Ségneur et si maistre , et tant demande de repos et de délices, qu'il en pert le talent de mengier, et tout délit , et tout repos ; et, en la fin, le cors et l'âme.
' Baitié; gai, dispos, en bonne santé.
Ce tiers rainseL
|E tiers rainsel est UISEUSE, qui est un grant péchié ; quer c'est contre le commandement que Dieu flst à Adam. Quer il li commanda et li dist que il labourast, et qu'il vesquist de sa sueur.
Et si est grant péril; «Quer, si comme l'Evangile tesmoigne, quant le déable treuve l'homme uiseus , il a congié de li tempter , et d'entrer en li , comme il fist es pourciaus ; et y maine ses sept compaignons , et y est maistre, et tient l'escole. Quer quant il le treuve uiseus, il le mest en euvre.
11 li fait premièrement, penser yUonnies ; et puis , désirer lécheries et malices.
Après , uiseuse est molt grant péchié ; quer homme uiseus qui son tems pert, il pert la plus prétieuse chose qu'il y ait, et ce qu'il ne recouvrera jamais : les biens qu'il peust faire, et le loyer qu'il peust conquerre.
Ce quart rainaeL
E quart rainsel est le vice de PESANTEURE. Quer quant Tomme est pesant, il n*aime fors gésir, et la moitié de sa vie pert et despent en dormir.
Molt blasme nostre Sire ceste vie en F Evangile, et commande que nous veillons et ourons souvent; si comme il meismes nous donna essample, qui les jours despendait en preschant, et les nuits &ï ourant.
De cestui vice issent ^ois manières de péchier. Quer premièrement, ils péchât de ce que tant aiment le repos, qu'il ne leur samble cmques qu'ils aient asses dormi; ains se complaigent tous jours que ils ne peuuent dormir. Après , que es heures que ils deussent miex veiller, adont dorment-ils plus volentiers, c'est as matines, quant ils deurrent Dieu proier et loer. Si comme nous tesmoi* gnent les escriptures et les créatures; si comme les oysèles qui chantent au matin , et loent Dieu si doucement.
Après, que si à envis, et si parécheusement se lièvent pour Dieu servir. Ils aiment miex à perdre trois messes que une sueur, quant elle vient au matin.
Ce quint raindeL
E quint rainsel est MAUVAISTIÉ. G est quant Tomme gist en péchiés qui moult li grièvent, et s'accorde as temptacions qui Tassallent.
Gestui ressamble au mauvais qui miex ame pourrir en une orde prison parfonde, que d'avoir la paine de monter les degrés, et aler s'en. Et à Naaman le méselS qui ne se voulait baigner en eaue froide pour estre gari de mèsélerie. Et à ceux dont raconte Sainct Ysaîe, qui voient les déables qui les desrobent et emportent tous les biens que ils ont , aussi légièrement comme on fait les œus de la geline de son ni ; et n'ont pas tant de vertu que ils meuvent les èles pour eus défendre, connue fait la gelène contre l'escoufle*; ne qu'ils euvrent la bouche pour crier, comme fait le mastin qui abaye le larron , et enchace par son abay.
Une autre mauvaistîé nous montre David le prophète, de celi qui tient le pain , c'est la parole Dieu, toute jour
' Mésel; lépreux, ladre. Misé ou mésex est encore employé pour la même signification dans notre patois.
' Escoufle; milan, oiseau de proie.
en sa bouche, comme font les clers et les cloistriers, et muert de faim, pour ce qu'il oublie à user, c'est à mettre à euvre.
Et n'est-ce grant mauvaistié de celi qui, nenne ses oreilles sans plus, mais son cuer qui mieux vaut, ame miex à laissier maagier as mouches , que li défendre, c'est à dire , as mauvaises pensées et as mauvais desiriers, pour ce qu'il ue se puet ne ne veut movoir à nul bien faire? — Et de celi qui veoit le dégoût de la maison, c'est les cures du rabnde, qui U crièvent l'eul, pour ce qu'il ne veut tomer l'eul destre vers la paroi? — El de celi qui ^st en son lit, c'est en son délit'; qui est tout épris du feu de péchié, et laisse ses pies ardoir (c'est ses volontés qui portent l'âme, comme font les pies le cors) pour ce qu'il n'a pas tant de vertu qu'il les puist à s(H traire? — . Et quant gaagnera tel hom Paradis, par paréche, qui ne se puet des mouches défendre, ne ses pies à soi cachier, ne son chief tourner vers la Paroi, ne son pain maschier?
* Délit; passion, mollesse; délice. Passé au sens de passion c minelle, puis i celui de Vacle criminel.
Ce sixième raitidel
^E sixisme rainsel est PUSILLANIMITÉ , c'est foible cuer. En cest vice sont cens qni ont paour de nient ; qui n* osent commencier bien à faire, qui paour ont que Dieu ne leur falle. Et pour ce est-il. drois qu'il leur falle; et si fera-il, se dist Salemon.
C'est la paour de ceuz qui n'osent aler par nuit, ains crient *, et si ne se vent pour quoi. C'est une paour comme de songe.
Un home songe qu*il li convient passer un pont de glace ou de voirre, et en a si grant paour, qu'il en meurt tout vis. Et si n'a mie paour de son anemi mortel qui, par vérité, est desseure sa teste, l'espée traite.
Cesti ressamble à celi qui n'ose entrer el sentier de bonne voie , pour le limeçon qui li monstre ses cornes ; ou l'enfant qui n'ose aler la voie , pour les oisons qui siflent, et font samblant qu'ils li queurent sus.Quer le déable si n'a povoir contre celi qui est en grâce , fors de sifler, et, en guise de Limeçon, monstrer ses cornes.
Mais quant il tient l'âme dessous li, il est fort et cruel, comme est l'unicorne.
* Crient; craignent, de crtendre, cregneur, creigneur, crainte.
!De0 retnèbes qui dont contre le oice
b'afribe.
lUANT nous avons parlé du vice d'accide et de pa- [réche , si dirons et métrons aucuns remèdes contre cest vice.
Le premier remède est : que on soit tous jours embesoigné en aucune bone euvre , par quoi le déable ne truist^ mie Tomme uiseus, si comme distSainct Jérôme; quer en molt grant péril est hom uiseus.
Et de ce list-on de St. Antoine , qui estait en sa celle et en son hermitaige, qui fu tempté du pechié de accide. Et il dist à nostre Ségneur « Sire, je désire à estre sauvé ; mais vaines pensées me tourmentent et ne me laissent. Démonstres-moi que je ferai, et comme je me doie sauver. » .
Et il vit un ange nostre Ségneur, en fourme d'omme, qui estait samblant à li , qui tordoit une corde , et puis se levoit , et aloit en oroison ; et puis se rasseoit à son
^ Truist ; troisième personne du présent du subjonctif de treuver.
euvre, et puis se levoit, et aloit en oroison. Et li dist « Antoine , fai ainsi ; si sera sauvé » .
Pour ce a donné nostre Sire plusieurs membres à Tomme, et divers, pour ce que il se serve de tous. Dont aucune fois doit-on servir nostre Ségneur en chantant, en li loant, en li rendre grâces de sa bouche; et des mains, en labourant et en escrivant. Dont, si conune dist St. Pol « qui ne labeure , il ne doit rien mengier » . Et Ecclésiastes dist « Fai et euvre sans délai quenques ta main puet faire. Quer en enfer ne seront nules euvres, ne raison, ne sapience; ne science n*y sera pour li défendre ne escuser ; quer le serf qui sait la volenté de son Ségneur, et il ne le fait, sera batu de molt de tormens » .
Le second remède est: considérer les paines d'enfer, et la gloire perdurable.
De ce dist St. Augustin « Se le labour t'espovente, regarde le loier que tu en aras » .
De ce avons-nous essamples en la vie des Pères, d'un frère qui vint à son Abbé , et il h demanda pourquoi il estait accidicus en sa celle — . Pour ce , dist-il , que tu n'as mie veu le loier que nous attendons et espérons, ne les tourmens que nous doutons. Quer se tu les avoies bien diligaument regardés, se ta celle estait toute plaine de vertus jusques à ton col , tu seroies en ta celle sans accide. » .
Le tiers remède est : estre en la compaignie de bons ; quer ceux qui sont parécheus à bien faire , il leur est besoing qu'ils aient tiex en leur compaignie qui, par
leur essample et par leur doctrine, les enluminent, et entichent ^ à bien faire et par leur oroison leur aident.
Le quart remède est : considérer les périls où nous sommes en cest siècle.
Trois manières de périls font Tomme veller, et destoumer de dormir: péril d*yaue, de feu, et de larrons. Esquex périls nos sommes espérituelment en tout tems. n n'est nul jour que aucune onde de mauvaise pensée ne s'embate en nos cuers, et que le feu de aucuns mauvais desiriers n'embrase nostre conscience et nos cinq sens, qui devraient estre nos serjans, et nous garder.
Et Us nous sont larrons, et nous desrobent de nos biens.
Le quint remède, et le derrain que nous mettrons est : requerre la grâce de Dieu. Dont, quant aucun se sent accidieus et parécheus à bien faire, il doist estre en oroison, et empêtrer à Dieu grâce sans la quelle nul ne puet nul bien faire. Si comme nostre Sire dist en FEvangile « Sans moi , fait-il , c'est sans ma grâce , vous ne povez rien faire >> laquelle grâce boute hors tout accide.
* Entichent, enticher; persuader, suggérer.
« Sathanas se eslevad eucuntre Israël , et entichad David que il feist anumbrer ces de Israël et ces de Juda. e H Reis cumandad k Joab ki esteit maistre cunestables de la chevalerie le Rei que il en alast i>ar tûtes les Hgnees de Israël des Dan jesque Bersabee» .
Traduction des qiiatre livre des Rois (XI« siècle).
Scipion li aufricains qui f u un des plus sages payens, et des plus preus, volentiers estait huiseus et seul ; molt pensait, et petit parloit. Et quant on li demandoit qu'il faisoit quant il estoit seul et huiseus, il respondoii ainsi «Je ne suis onques mains seul que quant je suis seul, ne mains huiseus que quant je suis huiseus ». Moull a fait ceste parole à maint homme bien , et encore fera ; et molt a esté loée et de sains et de philosophes.
Tulles , qui f u un des grans philosophes que onques f ust-il , recorde ceste parole , et molt la loe et disi » Hé Dieu ! com' ci a haute parole de preudomme , et vallant, et saige, qui monstre que quant il est huiseus, adoni estil plus embesoigné. Quer adont traitait et ordenoit les grans besoignes et les grans querèles ; et quant il estoit seul, adont n*estoit-il onques mains seul ; quer il estoit avec le meilleur ami qu'il eust, c'estait avec U-meisme à cui il parlait privèement. Dont deux choses qui métent le fol en douleur et en annui , métoient cesti en soûlas et en joie, qui sont uiseuse et soUtude » .
Geste parole reprend St Ambroise , et la loe , et dist ainsi « N'est pas mestier que Cypion ait apris tout seul à estre nient seul, quant il est seul, et nient huiseus, quant il est huiseus. Geste parole est vraie en preudomme crestien, sage et juste. Quer quant il est seul, adont estil plus privèement avec Dieu. Et quant il est huiseus, adont traite-il des grans besoignes et querèles , et tient son parlement entre h et Dieu. Et pour ce, dist Sénèque, que rien ne vaut tant à homme qui à Dieu bée com poi
parler à autri , et molt à H meisme ». Et St Bernait dist « que li preudoms n'est onques si aaise comme en son hostd, c'est quant il^t privéement en sa consdence avec li meisme. Quer adont parole-il avec le plus vrai ami qu'il ait, c'est avec li mesme.».
Mais le mauvais hom et le fol treuve en li meisme un mauvais hostel, et un mauvais hom, et un fol ; et à son anemi mortel il parole. Et de ce avient-il que il sont tant de gent qui ne sévent estre en repos ne sens ; quer il ne treuvent point de soûlas en eus dedens, et pour ce, le querent-ils dehors. Et pour fuir huiseuse, jouent as. dez, as tables , oient romans plains de flabes , dient les trufes et les risées, et font grant gast' et grant largesce du tems précieus dont ils aront encore molt grant soufraite', et perdent les biens qu'ils peussent et deussent faire; et perdent le trésor du cuer précieus, et l'aemplent de vanité. Ils euvrent leur chastel, et les anemis y entrent.
Ils apèlent ces paroIesK^i huiseuses ; mais elles ne sont
* Gast; ruine, ravage (vastatie), gaster. — Gas, gabs^ gaz; geai, oiseau, méCi plaisanterie; de garisus, gaber.
' Sattfreite, ioufrette, soufraige; besoin, disette. ^ Soufiraitex, pauTre.
« Icil sains homs avait moult grant soufreite de pain. Un jour avint qu'il accoucha au lit mortel; et quant li autres frères estoient entor li, il vit entre les autres celi qui son pain li avait emblé » .
Vies des Saints Pères.
mîe sans {dus huiseuses et damageables , comme celles qui voident le cu^ de tous biais, et le raemplisseni de vanité et de tons maus ; comme celles dont il convendra rendre raison de chascone devant Dieu, au jour da Jugement, si comme Dieu dist en l'Evangile.
Et est à savoir que autre chose est parole huiseuse» et parole nuiseuse, et parole deshonnète.
Wt foie ferDcur.
ussi comme accide est péchié, aussi est foie ferveur [et indiscrète.
Hs sont aucuns qui ne veulent en aucune chose condescendre à leur char, ains s'affolent par Jeunes, par veilles, par péni tances qu'ils font sans discrétion.
Et est très grant péchié ; quer, comme dist St Bemart « Qui destruit ainsi son cors , et afébUst par indiscrète ferveur ou ardeur de bien faire , si que les biens espéritueux en soient empéchiés, il oste à son cors povoir et force de bien faire , à son esprit bon désirier , à son prochain bon essample, à Dieu honneur. Et est sacrilège; quer il a violé et viole le temple noslre Ségneur , c'est
le cors. Et en toutes ces choses il est coupable envers Dieu.
Saint Pol dist que « Nostre senise doist estre raisonnable " c'est à dire : par discrétion et par raison veut JHca que on le serve. Il veut que on destruie tes vices, et non le cors par trop grant pénitence encarchier *, mais par raison, etalemprement*. Après, de foie ferveur, et de indiscrète, en vient souvrat oi^el et vaine gloire. Dont, nul ne dwt son cors destruire, mais par raison gouverner ; et que les jûnes et les pénitances soient faits par discrétion et en humilité, et que le cuer ne s'esiève dont il se doit humilier.
Et samble à aucuns qu'il ne puissent estre sains, se il ne sont homecides de leur cors par Jeunes et par pénitances. Et leur samble cou doit soustraire as fils Dieu la sustance et la viande du cors , eus qui seroient dignes de mengjer or, et de boivre basme. Si comme dist Sainct Bemart : «Donne moi, dist^l. un tel deciple comme fu Tymotéus, et je le paistrai d'or, et abeuverai de basme. » .
Et, néquident, es viandes doit-on molt douter le délit; quer souvent prent-on trop de viandes délicieuses , et par trop grant ardeur. Mais on doit et puet en prendre
* £nearcAier, encorcAfr, carchier, aarehier; chercher, poursuivre, affecter.
* Jtemprement; à propos (a (enipore). — Àtemprenee, lact, conTenaoce, accord.
ce que besoin est à la soustenance du cors, si que <ni puist servir son créateur , et loer, et gracier ; et que cmi ne les prégne mie en trop grant ardeur, ne par trop grant quantité. Et qui ain^ les prent, ce n*est mie péchié, ains est anchies mérite. Mais ils sunt aucuns qui sunt as autres bons et miséricors , et à eus sunt mauvais et cruels. Et, qui est mauvais à li , à cui est-il bons?
Sainct Bemart dist que «On ne doit mie tous jours croire, ne a^nplir, ne foire toute sa bonne volenté, ains la doit-on gouverner et réfréner par raison » .
flïe "ISnaxkt.
.E quint vice capital est avarice , qui plus règne el monde que nul autre péchié, au tems qui ore queurt ; par quoi il paroit bien que le monde enviellist, et est en son deerrain aage. Quer il est ainsi de Tomme comme du monde.
En Tomme , quant il est jeune, régnent plus luxure et joliveté que autres vices. Quant il est el moien aage, orguel et ambition y règne ; et quant il est vieil , avarice el convoitise.
Et le inonde aussi, en son premier aage, fu corrompu de luxure, pour quoi le déluge vint , et noia tout.
Après régna orguel et ambition, tant eomme les quatre Empires furent en leur Ségnourie , li uns après l'autre : primes , le Caldeu ; après , celi de Grèce qui li Caldeu vainquirent; après, les Gréjois; après, les Romains.
Or est venue dame Avarice en la fin, qui ore est dame, et royne, et maitresse du monde. Quer, si comme dist Salemon « A l'avoir obéist tout le monde >» . Et Jérémie dist que « Dès le petit jusques au plus grant , tous estudient en avarice. »
Geste maitresse a moult grant escole, et moult d'escoliers, et de haus et de bas, et ce toutes manières de g^is. Neis ceux qui ont voué à vivre sans propriété , requeurent à Vescole d*avarice ^ ; par quoi il paroit bien que la fin du monde aprosche ; quer il art ' tout d'avarice. Et le Sainct dist que « Quant Tomme enviellist, les autres vices enviellissent. Mais tant comme Tomme plus envieillist , tant en li plus avarice syoulist ' y» .
Avarice est amour d'avoir désordenée. Et cest désordénement se monstre en deux manières : en acquester ardaument, et en retenir estraignaument et despendre
* U 9*agît ici des ordes mendians.
* jirt, ardre; brûler (ardere).
' jtjaulist, ajoulir, rajoulir; rajeunir.
escharsement ^ Ce sont les deux branches principaux qui de cèle maie racine issent, dont la première est apelée convoitise. — .
Ck)nvoitise est cèle beste mervelleuse que le Sainct vist en Apocalypse, qui avait chief de lyon , cors de liupart , et pies d*ours ; et avait sept testes et dix cornes. Et seur li séoit une foie femme et desloial , qui avait à nom Babiloine, la mère des malices et des vices cfui sont en terre. Et estoit acesmée d'un pourpre d*or, el tenait en sa main un bevrage dont elle abevroit toutes les gens.
Geste femme est dame avarice qui enyvre et assole tout le monde. Le bevrage qu'elle tient en sa main est cler comme or ; c'est LE SENS DU MONDE dont chascun veut boire. La beste seur la quelle elle siet est convoitise, qui a chief de Lion ; quer les chevetains ' du monde sont convoiteus, et fi^^, et cruels comme lions. Et si avait le cors comme liupart, qui est tout vair' de maie put; ce sont les moiens marcheans, les usuriers qui sont faus et plains de haras. Les pies d'ours sont la piétaille qui ne redoutent mal à faire , pour avoir acquerre , nient plus
^ Eechars, escars; cbicbe, étroit, resserré; escarcelle.
' Che9etain8 ; chefs, principaux (caput), d'où capitaine.
' Fair, Le vair était proprement la pelleterie variée dont on faisait les doublures de manteaux des grands. L'on appelait un palefroi vair, un cheval pommelé ou pie. Toute couleur changeante, en général. Veux vairs, gris-bleu (variegatus).
que li ours fait les coups et les bateures, mains* qu'il puist au miel ataindre.
Les sept chiefs sont les sept péchiés mortels qui tous naissent de ceste racine.
Quer ce véons nous apertement que convoitise met ronune en orgud, et en «ivie, en ire, en accide, en gloutemie, en luxure; si comme il parait en maintes fenunes qui, par poureté, font luxure de leur cors.
Et pour ce , dist St Pol « qu'elle est racine de tous maus » . Les X cornes sont X manières de péchiés de convoitise : aussi comme X rainséles.
tt premier xainBti Vaoanct.
>E premier est SYMONIE; c'est quant on veult acheter les choses espérituels : ce sont cens qui vendent et achatent les ordres et les autres sacremens de saincte Eglyse. Et cens qui , par leurs dons ou par leurs promesses, ou par force, font tant que eus ou
* Mains, moyennant, pourvu que.
autres sont esleus as dignetés de sainte Eglyse, et ont les parroches ou les bénéfices, ou entrent en rdegion. Je ne devise mie les divers cas qui sont en Symonie , pour ce que il apartienent plus as clers que as lais ; et cesl livre est fait proprement pour laie gent, qui en trois poins especiaument se doivent garder de cest péchié.
Li uns est quant il veulent aidier leur amis as dignetés de Sainte Eglyse; Tautre, quant il douent les provendes qui sont de leur deu ; le tiers quant il vendent leurs enfans en abayes. En ces trois poins à la fois il douent ou rechoivent mauvais dons ou mauvaises proière, ou mauvais service; et ainsi pèchent par Symonie.
Ce sttont rainBel.
^E secont rainsel d'avarice est SACRILEGE ; c'est quant on brise ou traite vilainement les choses saintes, ou les personnes ou les Ueus beneois de Ste Eglyse. Et ce fait faire convoitise souvent : si comme ces prestres , pour gaagnier, chantent deux messes le jour, et ceux qui rechoivent le cors nostre Segneur en péchié mortel. Il font plus grant sacrilège que se il le ruoient en la boe.
De ce8 péehiés ne sont mie quites ceus qui dépendeot les bi^is de sainte Eglyse en orguel et en lécherie, et en autres mauvais usages ; ne cens ne edles qui pregnent de ceus qui de doner n'ont pooir. Ne cens aussi qui retiennent ou forceilent ^ ou paient mauvaisânent leur rentes, les ofrandes et les autres rentes de Ste Eglyse.
Ce n'est mie sans plus larredn , mais sacrilège , qui est assez phis grant péchié. Itel péchié font ceus qui par convoitise brisent les festes con doit garder ; quer les Sains y ont leur franchise , aussi comme le lieu et les personnes.
Ce tier0 ratttdel
.E tiers rainsel est MALIGNETÉ; ce est quant Tomme est si desloial , que il ne resoigne * à faire un péchié orrible , ou grant damage à aulri, pour petit de conquest ; si come ceus qui , pour deniers , apèlent ou font apeler le déable , et font les enchantemens , et gar-
* Fcrceiler; receler, cacher, détourner.
^ Rêsoigne: dédaigner, refuser, se résigner (resignare).
dent en Tespée* ; et ceus qui ardent viles et moustiers, et font cent livres de damage où il n*ont une derrée de pourfit. Et ces charetieFS qui emblent ces vins es tonniaus , et pour deus sestiers que il engloutent, honnissent de vin dix livrées. Tiex manières de gent sont tenus à restorer tout le damage que il font à autri à tort. Et ne sont-il bien hors du sens, et plus malheureus que autres pécheurs qui emportent le péchié dont autre a le preu, et sont tenu à rendre ce que d'autres ont eu.
Ce quart ratn0el«
|E quart rainsel est RAPINE ; et le plus grant cruauté des autres , est de ceus qui desrobent les mors : quant le fis desrobe le père, ou le père le fils, ou le baron sa femme, ou la femme son baron. De tant come il ont
* Gardent en Vespée. On trouve encore des livres de secrets admirables pour panser toutes pldies et blessures de Vépée, où la médication consbte à nettoyer progressivement le sang attaché à Farme qui a fait le mal , ce qui amène par correspondance sympathique la guérison du blesse.
esté plus amis en leur vivant , a tant sont ils plus anemis à la mort. De cestui péchié ne sont pas comptés les mauvais exequteurs qui les testamens soustraient, et mettent en non-chaloir, et oublient les chaitives âmes qui ardent en purgatoire par leur défaute.
A cestui péchié appartient le péchié de ceux qui
voient les poures gens mourir de faim, et n*en ont pitié
que de chiens ; et de cens qui tolent les loiers à cens
qui les servent. Gest péchié est compains à homecide.
El St. Jaque dist qu*il crie harou devant Dieu, aussi
come fait le sanc del homme que on ochist. Tiex sont
cens qui ne veulent paier ce qu*il doivent ; qui tant
sèvent de tours et de guilesS que on ne les set par où
tenir. Il rompent convenances et promesses, et foy,
et loy, et seremens ; ne ne puet on avoir droit de eus.
Gens sont pires que robeurs; quer ce que li robeur
emportent ne couste rien à requerre; mais ce que il
paient mauvaisement couste assez à requerre. Et en
la fin, tel fois est, on pert et coust et chatel. Et tout
ce sont-il tenu à rendre à cens de qui il Tout eu.
* Cuites, guiki gile; ruse, moquerie (gailleret, gilles, gfllotin).
— iki —
Ce i|utnt ratn0d
|E quint est LARRECIN. Il sont aucuns larrons apers de qui on fait iustice, quant on les tient. Et il sont uns larrons couvers qui emblent les héritages : si comme cens qui remuent les bonnes S et qui se font frans, et il sont serf. Et si sont uns petis larroneiaus qui n*ont mie le cuer d'embler grant choses , mais à leur voisins emblent leur poules, garbes en aoust, et autres choses, dont on escomenie.
Et si sont uns larrons privés qui n*erablent mie à estranges gens, mais à leur Segneurs.
A cesti péchié apartient le péchié de cens de reb'gion qui sont propriétaire, fors tant que leur péchié est plus que larrecin ; quer il sont larrons et sacrilèges , et coupables de veu enfraint.
En ceste clergie a avarice moult de deciples ; quer en tous mestiers et en toutes mercheandises a trop guile, barat et larrecin. Pour ce dist Dieu en FEvangile que <i Sa maison est sainte Eglyse , et on en fait fosse à larrons » ; quer chascun estudie à engiginer ' son compagnon .
« Bannes, bornes. — Bouenne, en notre patois.
' Engiginer; séduire, tromper {ingannare^ italien) guignon. —
tt éxxxBmt ratttscl.
.E sixisme est USURE , qui est larredn ; fors que tant y a à dire entre usurier et larron, que li lerres, quant U emble en une vile, n'emble mie en une autre. Li usurier emble en plus de eent viles ensamble. Li lerres n'emble mie tos jours ; ee (ait l'usurier, neis en donnant. Et dist l'Eseripture que «Quanques on puet penser de preu temporel que celi qui preste atent et prent pour le prest, soit en don, soit en service, soit en autre bonté, tout est usure » .
Et si sont usuriers PRESTANS : si comme cens qui, par dessus le chastel, prennent leurs montes.
Et si sont usuriers RETEN ANS ; cens qui ne veulent rendre ce qu'ils ont de leurs antecesseurs qui gaagnié l'ont par usure.
Cens sont en grant péril ; quer il ne veulent connoistre ne croirre que il soient tenus à rendre ce que il n'ont mie gaagnié ; ains seulent dire : « Qui la brace , si le
Boiste le conserve... enganner. — La Fontaine veut encore le retenir.
« Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner.autrui, Qui souvent s'engeigne soi-même, p
La grenouille eiler<u.
. Ikk —
boive » . Et nous leur disons que autrement va la chancon; quer nos disons « Qui le bevra, il le paiera y> .
Et si sont uns usuriers qui ne daignent prester de leur mains, ains font prester à leur voisins, leur enfans, leur cousins. Tiex sont les haus homes qui soustiennent les Juis, et les caoursins \ pour les dons et pour les raencons que il en ont.
Si sont uns usuriers mercheans que on apèle TA VER- NEURS ; et ceste pestilence est en eus, de acheter vil et de vendre plus chier pour le terme ; et est espandue par le siècle. Si que à peine est-il nule mercheandise où il n*ait un poi d'usure, neis en denne' de moustarde ; quer ceU qui apportera la maalle, ara gregnieur ' cuillerée que celi qui acroit.
Si sont uns usuriers par gaagnie, qui baillent leur aident as marcheans, par ainsi qu*il sont compagnon au gaaing, et nient à la perte.
Et cens qui leurs bestes baillent à moitaierie ^ , par ainsi que, se aucune des bestes muèrent, on i doit mettre aussi vallans; et par autres convenances qu'il pourpensent, plus soutils que nuls clers ne pourroient descrire.
* Caoursins; habitants du pays de Cabors. — Préteurs sur gage (appelés ensuite Lombards), vers Tan 1350.
' Denne^ denier.
' Gregnieur; plus grand (grandior).
^ Moitaierie; métairie, ferme.
— IW —
Et si sont uns usuriers de tous mestiers , qui nule besoigne ne font où il nait aucun poi d'usure. Quer quant il veulent leur vignes faire ou leur terre gaagnier, il resgardent quant la gent sont soufraiteus ; adont si font marchié par ainsi qu'il paient les deniers avant , et ont deus denrées d'ouvrage pour I 8 ^
Et si sont uns autres usuriers qui metent les gens en ouvrage sous fuer faire'. Quant ce vient à vespres, que le poure home ou la poure femme arait deservi X 8 ou VI , si n'en aront que lu) , ou mains encore. Et avient que il leur en convient prondre leur mauvaises denrées qu'il leur sourvendent ou en pain, ou en vin, ou en autre choses. Et se il avoient leur arg^it sec, il l'emploieroient miex. Or, ont la poure gent poure jomée, et poure denrée et maie. Et sachies c'est contre Dieu durement.
* L'original porte un 8 après un I , du moins un signe qui reswmble beaucoup à un 8 et auquel nous n'avons su assigner de nleur.
* Sous fuer faire; k forfoit.
— ikO
Ce 0e))ttmt xainsei.
E septime rainsel est CALOIGNE *, c'est courre seur autri à tort. A ccsti péchié apartienent les baras, les tricheries et les faussetés qui arrivent en plait.
A cesti péchié apartienent les haras, les tricheries et les faussetés qui amènent en plait. En ceste dergie a dame avarice molt grande escole , et de clers et de lais, qui estudient ci es drois et es lois, nenne pour tenir, mais pour pervertir. De cesti péchié sont coupables les fans plaignans qu! travallent à caloigner a tort, qui quièrent les fausses péticions , ou les faus iuges , ou les non sachans, ou les lointains, les fausses lettres, les faus tesmoing. Et tous autretiex sont les fuitis, qui fuient et noient ce que droit est ; et gètent haras et delaiemens pour toUr à autri ce qui leur est; et treuvent plus de tours pour fuir, qu'il n'a de ruelles en Paris.
Itex sont les faus tesmoing qui deseritent les poure gens , et leur tolent qui vaut mil mars , pour gaagnier cinq sols qu'il ont pour eus peijurer et pour leur âmes
* Cak>igne, caUmgage, calange, caUmge; contradiction, dispufc, concurrence (calumnia).
— IW —
perdre. Et si font plus dq mal deux mauvais tesmoins que tout un pays ne peut amender.
Les faus notaires refont molt de mal par convoitises ; quer il font les fausses leitres , et prennent pour leurs notes dix tant qu'il ne deservent.
Les faus advocas pèchent en molt de manières; quer il recboivent les mauvaises causes à ensient , et enseignent les malices, et dient les menconges et allèguent les drois perversement , et destourbent la pais à faire , et prenent les grans salaires , et perdent les querèles par négligence et par non sens.
Les faus Juges aussi pèchent , quant il pendent plus d'une part que d'autre , ou pour avoir, ou pour hayne, ou pour amour, ou pour proière, et recboivent les dons pour les querèles sans raison ; et font faire les grans despens, et prennent d'une part et d'autre.
En toutes ces manières de fausseté et de caloigneries, quant ce vient au jugement de l'ame , toutes ces personnes devant nommées ne sont pas tenues seulement à rendre ce qu'il ont mauvaisement receu , mais tout le damage que les autres par eus ont eu.
Ce t)uit rainael.
fil
E huit rainsel est BOISDIE * : c'est quant les gens sont aliés ensamble, et devraient garder foy et loiauté l'un à l'autre, et il se painent et estudient cornent il pourront leur compaignons engiginer. En ceste escole a dame avarice assez escoliers.
On doit garder foy et loiauté envers Dieu. Geste aliance est tos jours, d'une part, ferme ; quer en Dieu n'a barat ne boisdie. Mais il est molt souvent boisdiés ; quer qui est celi qui , sans boisdie et sans faintise , met cuer et cors, et tans, et sens à li servir.
Tous sommes de la maisine Gayn de cui avarice commença, qui ofri à Dieu les garbes voides et petites. O Dieu du ciel , qui nous vestez et paissiez , et trouvez quenques mestier nous est , comme nostre avarice nos fait de honte et de boisdie ! Tu nous donnes les robes neuves, et nous ne te voulons rendre les vieilles ! Tu nous donnes à mengier et nous te toulons tous relief! Tu nous aemplis nos greniers, et tu muers de faim devant nos ex ! Tu nous donnes d'an en an quenques terre porte, et les
^ Boisdie, boisette, hoisie; ruse, trahison.
neuf pars ne nous soufisent mie ; ains te iolons ta disime que tu as retenue à ton œus , en signe que tu es sire de tout. biaus dous Ihucrist, qui par ta mort conqueris les rentes que les elers ont es Eglyses , pour toi henou-< rer et servir, et tes poures soustenir : comme tu as petite part de ce qui tien est ! A paine te lesse on glaner en ton champ propre ! Tout emporte orguel , et gloutemie, et luxure, et avarice. Tu ses bien escouter; aussi saras tu bien conter , quant il leur convendra rendre raison de ce qu'il aront receu !
Entre Prélas et subjës doit avoir grande aliance , et entre les princes et cens qu'il ont à govemer.
Devers les Prélas et lés Segneurs terriens , (de loiau* ment garder leur subjès et deffendre, govemer, conseU 1er et aidier) les subjès doivent obéir et servir.
Entre le maistre et le deciple redoit avoir grande aliance ; et tous cens qui doivent soigneusement, et sans péchié, ensegnier leur desciples.
Après il sont molt de manières de gent et de compaignies qui ne gardent ne foy ne loiauté à leur compaignies. Li larron jugeront tel gent au jour du jugement; quer li larron, quant il ont emblé, gardent foy et loyauté l'un à l'autre. La loiauté de compagnie est escripte el cuer de Tomme, et est en deus poins de la loi de nature ; dont lui dist ainsi « Garde que tu ne faces à autri ce que tu ne voudroies que on te fist » . L'autre point si dist ainsi ^ Ce que tu veus , par raison , que autre te face , garde à ton pooir que à autri faces » .
Se je Savoie toutes les boisdies qui mainent toutes les compaigoies que il y convient , je seroie plus sage que mestier ne me seroit. Et se je les voulde mettre en escript, mon livre seroit plus plain que mestier ne seroit, ne que il devroit.
Ce neumeme rainsel
|E neuvisme rainsel est GUILE et barat. Or sont il uns grans bareteurs , si comme ces grans Segneurs qui prennent les dons et les services de cens qui mestier ont de leur aides; et tous jours prennent, et tous jours promettent; et, en la fin, n'y a fors plume et paroles, teles comme dist renart à Taloette.
Et si sont uns autres fors bareteurs , si comme ces losengiers qui tant dient de blanches et de noires , qui ont si les langues aroies ^ de mentir et dire quenques on veut oïr, et font acroire que le cigne soit noir et les cornelles blanches. Aussi comme fist renart que il vit tout
* Aroies; préparé, disposé. — Arréer^ labourer.
noir tenir une pièce de fourmage en son bec. «Ahy! » distr-il , gentil oisel , corne tu es blanc et bel ! Se tu sai> voies chanter, tu aroies tous les oisiaus passés ! » Et wcelis'esjoï. Adont, euvrele bec pour chanter... et le » fourmage li chiet, et renart le hape.». Cest des flabes Esopet ; mais Fessample si n*est mie flabe. Ains est bon et vrai que tels renars et tels lobeurs emportent les rentes et les grans dons ; et sont tous maistres de ces grans cours « OU IL NE FAUT QUE UNE CHOSE, >» si comme Seneque disl « c'est que on die vérité » — .
Ce Inx xaÏMBtl
la deerraine branche de convoitise apartiennent tous les mauvais mestiers que gn aprent et maintient, pour gaaigner. Si comme de ces faus courre tiers qui ne finent de gent engiginer, et de ces champions qui s'entretuent pour deniers, et ces faus monoiers et de cens qui font les dés et les chapiaus de fleurs.
Or avons nonuné et nombre les rainsiaus qui issent de la racine de convoitise. Si parlerons de la seconde branche qui est apelée proprement Avarice.
ta Btconbt braml)e principai d^auarkc-
1 convoiteus sont prenans ; li avers tenans. C'est un vice moll périlleux, quer homme tenant est tenu.
Les richesses le tiennent, comme fait le lachon Toîsel, le chartre le larron *.
Le riche n'a mie les richesses , fors aussi comme le larron a la hart au col , et les buies es pies ; quer il ne puet mouveoir ne main pour donner, ne pié pour aller; fors là où elles commandent.
Et com* plus y a de richesses, tant est plus fort lié et carchié* de paours et de pensées, de doleurs et de pécbié; et tous jours va de mal en pis.
Cest péchié est vil , et ors , et honteus ; quer tel homme tout le monde hue et monstre au doit, et toutes les créatures l'accusent et li courront sus au jour du Jugement. Quer toutes sont faites pour servir à Thome, et
* Charlre, cartre; prison, liens. — Chartriety geôlier, lieu où Ton tient les lois, les Chartres {Uns).
' Carchié, chargé.
— iS3 —
pour aidier Tune à l'autre. Mais li aver laisse toute compaignie , et vit par li comme home escomenié : et s*est mis d plus vil servage , et el plus dur qui soit , contre Dieu, el contre raison, et ccmtre nature. Quer les richesses dont il a fait son Dieu ne sont fors fiens et boe ; et ce qu'il deust fouler sous pies il a si eslevé seur son chief , qu'il n'y ose atouohier, ne mouvoir, ne prester, ne donner, ne vendre, ne despendre.
Or esgarde com' cel péchié aveugle home. Il aime ses richesses plus que s'âme , et néquident , il les met où il set bien que il les perdra , et ne les veut mètre où il set bien qu'il ne les perdra ja. De ce dont il pourrait acheter le ciel et vivre aaise et à honneur, il achate enfer, et vit à honte et à mésaise.
Gest péchié met home en la fosse as larrons, et en la forte prison que le déable ait , où il n'a fors un pertuis par où on en ist, par rendre et par départir. C'est péchié est molt grief à ceux qui les richesses ont de droit aquest. Si que nostre Sire nous monstre en l'Evangile du ladre et du riche homme qui fu dampné, nenne pour ce qu'il eust ne tollu , ne emblé , mais pour ce qu'il ne vouloit départir rien as poures, ne au ladre qui gesoit à sa porte. Mais cest péchié est dix tant plus grief à cens qui les biens Dieu ont ; ce sont les biens de Sainte Eglyse dont il ne sont mie Ségneurs, mais gardes sans plus , et dispenseurs seur les poures à cui sont proprement quenques les Eglyses ont. Et quant ces avers retiennent ou despendent en mauvais usages , ce n'est mie sans plus
avarice, ains est larredn, et roberie, et sacrilège, sî comme dient les sains.
De ceux qui tiemient averment ce qu'il ont gaagné desloiaument n*est mie ci parole. A ceux je ne di pas qu'il puissent riens donner de ce qui leur n'est mie.
De ceux est la rieuille * donnée el viel Testament et el nouvel est confermée, si que chascun le puet légièremenl entendre; quer il leur convient ou rendre ou pendre.
Nostre Sire dist en l'Evangile que celi déable qui est Sire de celi qui est aver, et qui tient escole d'avarice a à nom Mammona. A cesti et à Dieu ensamble ne puet-on bien servir ; et n'est pas mervelle, quer il sont contraires, et leur volonté , et leur service , et leur commandement, et leur doctrine. Dieu enseigne vérité, loiauté, justice; et celi enseigne fausseté, traison, boisdie. Dieu com^ mande et dist : « De ce que tu as par loiauté acquis donne et preste volentiers, et fai ton preu et ton trésor el ciel ; el ce que tu as à tort n'est pas tien, ren le à ton povoir » .
Mammona commande, et dit tout le o^ontraire. «Ce que tu as, tien le bien. Tant as, tant vaus. Se tu es poure, tu seras plus vil tenu que un chien qui n'est garni* ; il est honni. Tu ne ses qu'à l'euil te peut. Moult aventures puevent avenir : famine, chierté, maladie, di-
*■ Rteuilk; règle, principe (régula).
' Chien garni, garny; prévenu, averti, préservé, instruit, dresse.
verses besoignes. A la bonne fin va tout. Se to n'as riens, que porras tu faire à la mort pour t'âme? Veustu que tes enfans soient ribaus? ou pues-tu faire gregneur aumosne quB eus aidier » ? — •
Par tel enortement Fencbante tant, que il li toit du
euer pitié, et miséricorde, et charité, c'est l'amour de
Dieu et de son prochain. Et quant il li a du cuer esra-
chié la racine de pitié, adont le fait-il adroit escolier, et
li enseigne ses commandemens, ses engiens et ses haras
pour acquerre et amasser ; les regrateries * et les soutil-
letés , pour estraindre et pour esprimer. Et tant U fait
ce! avoir amer, que il ne li laisse neis son saoul mengier ;
et Faver ne criens ne ne croit home nul , ne ne doute
blâme, ne honte, ne la mort, ne le jour du Jugement,
ne enfer.
Or vois tu à quelle mort li avoir maine Taver, et à quelle fin. La fin est maie, la départie est juste. Le déable emporte Tâme , les vers la charoigne , les parens lavoir. Les déables se combatent pour ceste âme tourmenter, qui miex miex ; et les vers, d'autre part, pour la charogne dévorer; les parens, pour son avoir haper. Et si n'y a nul de ces trois compaignons qui sa part donnast pour les deux autres.
* Regrateries. Probablement de graieine^ souricière, ralière (piège).
Wb d)Oj0ej0 qui donnent act)oxBon au
péct)u d'aoarkt
|ous avons parlé de plusieurs manières d'avarice; [or dirons des choses qui donnent achoison de cest péchié.
La première chose est la compaignie des convoiteus et des avaricieux. Quer aussi comme le \if charbon esprent les mors S sllssont mis ensamble, aussi font les convoiteus et les avers cens qui les compaignent. Quer ainsi comme dist Ecclésiastes : « Qui atouche à la pois, il se souille ; et qui compaigne Torguelleus , il devient orguelleus » . Et pour ce disl encore « que on ne tiégne mie compaignie au riche, c'est à Taver » . Dont Sénéque dist « réssample de Tavaricieus et du luxurieus a fait molt de maus faire » .
Une autre chose et trop grant amour à la gloire, et à Tonneur mondaine.
Tue autre, c'est la desordenée amour à ses enfans. Et ccrlainemens, ce n'est mie amour as enfans d'amasser et d'acquerre mauvaisement richesces ; ains est anchies
' W01V8, Miorsd, morsiax, mort; morceau (mordcre) morsure.
hayne, quer ils mainent eus et leurs enfans en enfer. Si en mettrons un essample d'un usurier qui avait deux fils. Li uns ne voult rien avoir de son père , pour ce qu'il savait qu'il l'avait mauvaisement acquis, et alla estre heremite. Li autre demeura avec son père; et, son père mort, il out son remanant. Poi de tems après, il mourut. Quant l'ermite sont que son père et son frère furent mors , si en fu moult courroucié ; quer il tenait certainement que ils fussent dampnés. Et fit oroison à nostre Ségnor que il li révèlast Testât où ils étoient. n fu ravi et mené en enfer, et les vit issir d'un pis^ tout embrasé , mordant l'un l'autre ; et disait le père à son fils : «Tu sds maudis! quer pour toi fu-je usurier, et sui dampné ». Li fils redisait à son père « Mais tu soies maudis ! quer se tu ne l'eusses mauvaisement aquis, je ne l'eusse mie mauvaisement retenu , et ne fusse mie dampné.
^ Pis, piscte, pits, pect; puits (puteos), pieu (palus), poitrine, estomac, gorge (pectus).
13tB remèbes contre ït met à'aoarice.
ILANT nous avons parlé du vice d'avarice, et des [choses qui donnent achoison au péchié d'avarice, si dirons et mettrons aucun remède par quoi on puei cest vice eschiver.
Le premier remède est penser tous jours ou souvent à la mort. De quoi Sainct Ambroise et St Jérôme dient « Légiérement despite , et n'acoute riens à ces choses temporeus , qui pense tous jours que il li convient mourir. Quer il set bien que il n'emportera rien, quant il morra, et que tout li convendra laissier'». Dont, la mort monstre apertement toutes richesces, toutes délices à despiter, et toute gloire mondaine. Quer il n'est nul qui , s'il estait certain que il mourra dedens huit jours, qui se meist jamais en paine de ces choses avoir, se il avait sens en li , ne raison. Et il n'est nul qui ait huit jors de répit, non un jour, non une seule heure.
Un autre remède est considérer et penser à la poureté Ihucrist. De ce dist St Bemart « C'est grant abusion, quant un petit ver, c'est chacun homme, veut estre riche, pour cui Dieu voult estre poure. Que il fu poure , il apparut quant il prist nostre poure nature , et soustint
en li toutes pouretés que nous soufrons en cors, tant come il estoit homme , fors péchié , ignorance , et maladie.» — .
Un autre remède est considérer, penser et désirer les richesces du ciel. De quoi St Grégoire dist « On a en vilté les choses temporeus quant on convoite et désire les biens esperituels, c*est la grant gloire du Paradis.
Lie deerrain remède que nous mettrons est , que li homs, par aumosnes et par oroisons, et par autres biens et euvres de miséricorde, puist empêtrer grâce à Dieu. Laquelle grâce souffis â ceU qui Ta , â déUvrer de tous maus et de tous las de convoitise et d'avarice. Dont nostre Sire dist en FEvangile : (<que c'est trop fort d'entrer le riche el règne des ciex ». Et les Desciples distrent uQui pourra donc estre sans?» Et nostre Sire respondi «Ce ne puet estre que Fonune convoiteus par scn se puisse délivrer de ses richesses , et se puisse retraire de sa convoitise » .
Et pour ce, fait molt â douter le péchié de convoitise et d'avarice , duquel Dieu , par sa grâce , nous voille tous délivre, Amen !
91e Cujmre.
*ESCRiFruEE dist « que le déable se dort en pécfaié de luxure, pour ce que, en cesti péchié, on li rent rame et le cors entièrement ; et de tous les membres que li homs a, il li fait offrande et service: et pour le grant conquest que il y a. Quer es autres péchiés, il prent les gens un et un; mais en cesti, il les prent deus et deus, et à la fois quatre et quatre : cens qui le péchié font» cens qui le pourchacent, tous ceux qui ce soustiennent. Je ne di pas de la mère qui vent sa fille, ne du mari qui seufre sa fenmie ; quer c'est traison à murdre. Après, le Prestre et les Justices qui seufrent les bordiaus et les mauvais hostiex; de tous les péchiés que on y fait il sont compaignons et perchonniers.
Or dirons du remède contre pécbié de luxure.
QUI se veut garder du péchié de luxure , il convient que il se garde des achoisons qui atraient et amainent à cel péchié. Et espéciaument encontre cest péchié a trois remèdes ; quer le péchié de luxure est aussi comme le feu. Quer, comme le pot à la porée est en costé le feu, et il bout si fort que il s'en fuit et va par desseure ; il y a trois remèdes : ou on gète de Teaue froide dedens le
pol; oa on sooslraii de la basche du fea; ou on Indi le pol arrière le feu. Aussi dmt-on faire contre le péehié de luxure. Quer quant on se sent tempté, un conseil est de courre à Teaue firoide de geter sus li, ou li geter eus ^ ; ou il doit prendre bonne descipline , ou avmr en ménunre les paines que on dessert de tel péehié. ^ connue on treuve en la vie des pères , d*un prendhonune qui fu griefionent tempté d'une femme que il avait herbegié en son hostd, pour Dieu. Et quant il se senti ainsi tempté, il aluma une cbandèle, et arst tous ses dois. Et par cd grief que il soufri en ses dois, il fu délivré de celle temptadon ; et miex ama sans dois aler en paradis, que à tout dois aler en enfer.
Le secont remède encontre cest pécbié , est que on soustraie au cors trop délicieus boires et mengiers ; et espéciaument de cens qui esmeuvent plus à luxure : si comme sont fors vins, et fortes sauces et pœgnans.
Le tiers remède est que li homs s'eslonge du feu de luxure ; si comme dist St Pol et le nous enseigne là où il dist : «Fuies fomicacion , ne Taprochies mie». Quer aussi comme dist St. Ambroise «Encontre tous autres vices peut-on Ten estriver, et aler à rencontre, et avoir batalle de près ; mais de cesti ne se puet on si bien deffendre, comme par fuir.
Trois raisons sont par quoi on doit cest péehié fuir :
* Eus; daos.
La première raison est que luxure est feu , eX l'omme est aussi comme fain et estoupes. La seconde raison, pour ce que cest pèchié est trop ort^ ; et aussi, comme il ne fait pas bon nuiter à un homme qui est tout plain de boe, quer on se honniroit , aussi se doit-on traire arrière et fuir cel pécbié, pour la honte de li. La tierce raison est que il ne se fait mie bon combatre de près à son anemi qui est tel, que comme plus Taproche-on, plus croist sa force : c'est luxure ; et plus pert sa force cil qui va encontre cel anemi.
Aussi doit on fuir les Ueus où on puisse veoir fenunes, ne estre veu de femmes ; et especiaument les lieus ou Fen mène caroles soat molt à fuir, pour les péchiés que on y fait et puet faire. Et cens qui les mainent , et cens qui les regardent meffont.
Et que ce soit grant pèchié de caroler, et grant mai, St Augustin le tesmoigne et dist que « c'est miex fait au Diemenche arer et fouir, que caroler » . Quer, puisque on deffent labour de cors as Diemenches et as festes , qui pourrait estre à Tonneur de Dieu fait, ou à son pourfit propre, ou à son prochain ; comment donques fu onques à nuli cel labour de caroler otroié, qui est au deshonneur de Dieu et de ses sains , et à la dampnation de li et de ses prochains?... non fu onques.
Après , cens qui carolent font contre les commande-
* Orly ord; sale (sordidus).
mens el les saeremens de Sainte Eglyse, en moll de manières.
Premièrement, il font contre le sacrement de baptesme; quer il trespassent les convenances que leurs parrains eurent en convenant à Dieu en baptesme. Quer l^irs parains distrent pour eus « qu'il renonchoient au déaUe et à toutes ses euvres, et à toutes ses processions».
Les processions au déable sont caroles; et cens et celés qui les mainent sont moines et nonnains au déable; et ceus et celés qui les regardent et qui sont entour, sont aus^ conune les convers et les converses au déable, et partent à tous les maus que ceus font qui les caroles mainent ; et tel fois est, font il pis.
Que les caroles sont les processions au déable, il apert parceque on tourne au senestre costé. De quoy la Sainte Escripture dist : « Les voies qui tournent à destre counoist Dieu ; celés qui tournent à senestre sont perverses et mauvaises, et les het Dieu » .
Encontre le sacrement des ordres font ceus qui mainent les caroles, et sont aussi comme les singes au déable ; quer il font tel service au déable comme font les clers et les prestres à Dieu. Et souvent par leur chant et par leur caroles est le chant de Sainte Eglyse depecié ^ ; quer souvent avient que ceus qui dévoient estre à vespres et au moustier, demeurent as caroles.
* Depedé; dépecé, défigaré, désorganisé.
Contre le sacrement de mariage pèchent aussi cens qui font les caroles; quer là a molt d*achoisons de faire contre la loiauté de mariage, et molt d'esmouvemens par molt de chancons que on y dit et chante.
11 font ausâ contre le sacrement de confession ; quer on deffent et doit deffendre à cens et à celés qui se confessent le caroler. Quer tous cens et toutes celés qui carolent font péchié de tous leurs membres : en passer cointementS en bras démener et hochier, en chanter, en paroler desbonètement, en oït*, en veoir, en cointes aournemens et jolis ; dont il pèchent mortelment, et font cens et celés qui les voient, pèchier mortelment par leur nobles atournemens, et les esmeuvent à péchié de luxure cl à dampnement.
ÎDc (fl^lotttemie-
|E deerrain vice est gloutemie. Cest vice plaist moll au déable; quer, si comme dist Tescripture, «H dort tous jours es moistes lieus, comme fait pourcel ; les
* CointemerU; légèrement, délicatement, avec intention d'être remarqué.
seurs lieus il f uil, c'est à dire , les sobres cuers » . Dont nos lison ea l'Evangile, que Dieu donna congié au déable d'entrer es pourciaus; et quant il y fii, il les noya en la mer ; en segnefiance que , es gloutons qui mainent vie de pourcd, il a congre d'entrer, et d'eus noier en la mer d'^ifer, et de eus foire tant mengier, qu'il crièvent, et tant boire, qu'il se noient.
Quant li champions a sou compagnon abatu , et il le tient par la gueule, à envis se rdiéve. Aussi est-il de eeli que le déable tient par tel vice ; et pour ce volontiers li queurt il à la gueule , pour li estrangler, conune le leu à la berbis; aussi comme il fist Adam et Eve en paradis, et comme il cuida faire Ihucrist el désert.
Gest vice desplaist molt à Dieu ; quer il fait molt grant honte, quant il fait son Dieu d'un sac plain de ûens : c'est de son ventre que il croit plus que Dieu , et ame, elsert.
Dieu li commande à jeûner ; et le ventre li dit : Non feras, certes; ains mengieras longuement et atrait». Dieu li commande à matin lever ; le ventres qui delez-li g^st li dit : «Non feras ! je sui trop plain, dormir m'estuet... le moustier n'est mie lièvre... il m'atendra bien ! » .
Et quant il a tant dormi qu'il ne puet plus, si se liève, et commence ses matines et ses proières: «Hé Dieu! que mengera-on huy ! trouvera-on huy à mengier chose qui vaille»? — . Après ses matines, commence ses laudes : Hé Dieu ! comme nos eusmes bon vin er soir ! ne onques
mais tèle viande ne viy>. — . Et comme pleure41 ses péchiés? «Hélas! dist-il j*ai à nuit esté mort! trop fu fort cd vin d*er soir; la teste m'en deult^ ! Ja ne serai jamais aaisesi arai beu!».
€i a mauvais Dieu. Cesti maine l'omme à grant honte ; si comme il appert à ces ribaus que tout le monde het et hue.
Premier» est tavemeur ; puis, joueur as dés. Or, vent le sien, puis devient larron, ribaut; or houlier* oulerre, si le pent-on.
Comment il se maine à poureté, ce voit on chascun jour avenir. Il fait vendre terres , hery tages ; deshériter ses enfans ; Vavoir il toit , le cors il honnist. Il li toit le repos, le dormir, le povoir de jeûner et de Dieu servir. Il le fait fiéble, et pesant, et malade, et le maine à la mort.
Cesti péchié devise St Grégoire en cinq branches; quer en cinq manières péche-on en gloutemie, par mengier ou par boire : ou , parce que on mengie devant heure, ou sans mesure, ou trop bastivement, ou trop ardaument, ou trop délicieusement.
Cest vice est molt lais à jone home ; mais il est trop grief à home d*aage. Dont Ysaie le prophète dist : « Enfans de cent ans soit maudis » • Il apèle enfans celi ou
^ DeuUi douhir; soaffrir. * HotUier; crapuleux, etc.
cèle qui vit oomme enfès , qui tos jours veut avoir le pain en la main.
Tu dois savoir que, aussi que c'est péchié de trop matin mengier, que aussi est-ce pécliié de trop tart souper, se on ne le fait pour aucune nécessité. Dont ces g«is qui ament tant à veiller par nuit, et gastent le tems en huiseuse, et couchent tart et lièvent tart, pèchent en monlt de manières. Primes : en ce que le temps il gastent et bestoument , quant il font de la nuit jour, et du jour nuit. El tdes gens maudit Dieu par son prophète Ysaie ; et el sautier le dist : <« Tu dois le jour bien faire , et la nuit Dieu loer et henourer . » . Et el livre de Job Dieu loe moult le sens du coc : « qui va se couchier au soleil escousant et à mie nuit se resbaudist et commence à chanter. Et au jour ne s'oublie mie de matin lever, de querre sa viande, de ses gelines garder». Mais ceus ne font ne Vun ne l'autre ; quer il pert le jour et la nuit.
Après, en tex velleries on fait molt de maus : jouer as esches, as tables; et dit-on molt de gas et de folies. Ainsi gaste le chaitif et son tans et son sens, et si courrouce Dieu, et griève son cors, et plus l'âme.
Pour ce sont ceus beneures qui, d'enfance, sont doctrines de mener bonne vie ordenée et honeste; de coucher tempre et lever matin, comme font toutes relegions, et comme font les oisèles qui nous enseignent à lever matin et à Dieu loer.
Ceux qui vivent selonc fiskjue^ tieunent la mesure Ypocras, qui est petite et estroite ; dont il sont souTenI pales et maigres. Quer il ne font la volenté de la char ne de rame , ne ce que Dieu veult , mais ce que Galien commande.
Cens qui vivent selonc honesteté , cens tiennent la mesure de raison , et vivent honourablement au siècle, qui mengient atans et à heure , et prennent ai bon gré ce qu*il ont, et courtoisement et liément.
Cens qui vivent selonc ce que leurs péchiés requièrent, tiennent tèle mesure que on leur carchie en péoi tance.
Cens qui vivent selonc l'esprit, ce sont cens que amour maine, que le St Esperit enseigne à tenir ordre et raison, et mesure, et relegion. Il ont la Segnourie sus le cors qui est discipline et doctrine , et ne demandent nul outrage ; ains fait qumques V esprit commande, sans murmurer et sans contredit. Tel gens doit on amer, et chiers tenir, et tel cors garder et nourrir.
Cil puet tenir seurement la rieule et la mesure que Dieu donna à ses apostres quant il les envoya preechler , et leur dist ainsi « Partout là où vous entrés, mengiés et beves ce que vous trouverez; quer bon serjant dessert* bien sa viande » . Dont Dieu commanda en la vies loy « que on ne lie mie le musel au buef qui triture le blé en Taire» .
* Fisiqtie, médecine, régime.
* Dessert, desser%>ir; mériter.
Or pues ta veoir ce que nos avms dit, que le déable a moult d'eugiens pour les gens prendre par la gueule, qm de cest mestier sert. Quer» premièrement, il monstre les yins, les viandes qui sont b^es et convenables, sî comme il fîst à Eve la pomme. Et se ce ne li veut, «Hdûe, fait-il , et boif ^ conune fait dl et dl ; compaignie te convien-fl tenir. Veus tu que on se gabe de toi, et que on te tiègne pour papelart» ? Ou il lidit «La santé de ton cors tu dois sair toute ries * garder. Il n*a rien qui n'a santé. Tu pédies griefinent se tu es homecide de UÂ meisme.». Ou il li dist «Regarde toi; tu dms à ton cors sa soustenanche. Regarde les biens que tu as fais ; ta n'en menjes pas pour ton cors déliter, mais pour Dieu servir et ton prochain aidier. Tu dois ta force à Dieu, si conune dist David. Et St Pol dist «que pénitance de eoTS vaut petit, mais euvres de pitié valent trop miex » .
Ces raisons sont si ataignans , que les plus sages et les plus sains en sont à la fois deceus.
Geste batalle est trop annuieuse : quer on ne le puet mie à un coup rompre, si comme on fait batalle de luxure, par veu de chastée. Mais jusqu'à la fin convient le champ garder ; et souvent avient que celui qui cuide avoir ceste batalle outrée , que il chiel après plus laidement. Et pour ce, est la batalle plus périlleuse;
* Boif, boifçre, boire.
' Seur tonte ries; sur toute chose (res).
qner le êtaMt recule simtchI poar miex saillir^ et se repose pour miex térir. Et fût romme tanl jeni^r que il le jèle en bn^oor, et en lèle cnfennelé que il li coo- Tîent les grans délkes qoerre; et adool Tassant-fl hardjfmmt etleTaîDc.
Pour ce list oo , an meng i fr , es maîsoDS de rel^oa, pour ce que , quant le cors prent sa Tiande d'une part, que le cuer reprè^iie sa sîève, d'antre part. «C'est la sainle parole Dîen dont Toonne vit » si comme Diea dist en rEvangDe, quant le déaUe le tempta de gjootemie.
Or as-tn oî les péeliiés qni viennent de félonie et de lédiaie? Et poor ce qœ tiex péchiés paassent en la taTcme qui est fontaine de pécliié , pour ce te dirai des péchiés et des lécheries de la taverne.
IDe0 péct)ié0 ht la ^aDtxnt.
'A taverne si est aussi comme une fontaine où péchiés sourdent; quer Vescole au déable y est où ses petits desciples estudicnt , et la chapèle où on fait son service et où on fait ses apertes mervelles , telles comme il apar tient au déable.
Voas savez bien que au moustier êmt Dieu monstrer ses VCTlus et Caire ses miracles: les aveugles railuminer, les contrais redreder; as forsraés rendre leur sens, la parole as mus , l'oie aux sours. Mais le déable fait tout le contraire.
Quant le glouton va ai la taverne, il y va tout droit et bien ; quant il revient, il n*a pié qui le puist soustenir à droit, ains fait d'une voie deus.
Quant il y va, il oit, et vedt, et entent et parole bien; quant il revient, il a tout ce perdu, quer il ne veoit, ne oit, ne entent, ne ne puet parler. Tiex sont les miracles que le déable fsdt, bieau Sire! Et quelle leçon y lit-on? toute ordnre on y aprent, et toute gloutemie; mentir, îurer, perjurer, et mesdire des bons ; renoier Dieu, boulier et tremeler, mesconter et baréter, et mettre à boute l'un Vautre et à poureté. Là sourdent les noises, les tençons , les meslées , les bomeddes. Or me di, lequel pèche plus? ou les desciples, ou les maistres, ce sont les bcveurs; ou les tavemiers, ou les Segneurs qui les seufrent et les soustiennent? Les Segneurs, qui tant aiment les ventes et les issues de ces tavernes , por les amaiides qu'il ont des meffaits que on y fait! Et lequel vaut le miex: ou celi qui tient, ou celi qui escorcbe? Ceux escorcbent Dieu tout vif et desmembrent , et sa douce mère, et tous les sains du Paradis. Et ceus qui les soustiennent sont percbonniers, n'est mie doute, de tous les meffais que l'on y fait. Et certes, «e on en ddst autant ou fdst à leur père cbamel , comme on y fait à
Dostre père du ciel; et à leur mère, comme on y fait à Dostre dame; et à leur garçons, comme on y bit as sains de Paradis, il l'amenderoient chièrement, et conseil y mestroient tes Segueurs autre que il ne font.
Par tous ces arbres et ces raindaus que nous avons Dommés. et en tant de branches que nous avons nombrées , a molt de fudles et petit de fruit.
Or nous doinst Dieu foire tel fruit.
Que nous pnission sauver trestuit'.
Ce nos otrcHt par sa bonté
Cil qui haut maint* eo trinilé,
Qui vit, et règne et régnera
/fi teeulonmi Mcwfa.
Amen.
* TVcsluit; tous, tri lotu (ptlois).
■ McdtU, nwmrr; deoMorer (aunere). Signifie tuai moindre (mioiu).
I COMMENCEm' LES PÉCHIÉS DE LA.