ET LA PREMIÈRE BRANCHE PRINCIPAL
.A première guerre que le fel a, c'^est par DEDENS,
c'est à dire, à soi meismes : à s'àme, et à son cors.
A s'âme ; quer, quant ire le seurporte, elle gète hors
le Sainct Esperit qui ne se repose fors en lieu paisible,
et si rechoit le déable qui n'aime fors hostel plain de
— no —
noise et de discorde. Dont, du Temple du Sdinct Esperit il fait mahommerie * au déable ; quer il gète hors tous les biens , et il met ens tous les maus. Et ainsi entrent el cuer et abitent les vices qui ne tourmentent mie sans plus Tame, ains travaillent le cuer et destruient. Quer il li taulent le dormir et le repos, le boire et le mengier, et li font boullir le cuer comme chaudière.
Ce voil>-on toute Jour ; et avient souvent que par ire chiet-on en ague * et en frénésie , et en muert-on à la fois.
Quant ire surmonte, elle met homme en tèle tristrèche et en tèle désespéranche , que il se peut ou noie. Las ! tant de goures cel chétif a ! —
Ca Bétonne (Guerre*
A seconde guerre qu'il a c'est dessus li, c'est à Dieu.
Quer ils sont uns fols, uns forsenés qui, quant il leur
* Mahommerie ; idolâtrie, mosquée de Mahomet. ^ Àgue ; fièvre chaude, maladie aiguë.
meschiet, il en demandent à Dieu les coupes, et jurent de Dieu, et en dient quenques il puevent penser de honte et de lait, et gètent sous le pié le denier, et passent seur la crois par despit, et renoient Dieu plus de cent fois le jour. Si leur samble qu'il face ou trop froit, ou trop chaut, ou trop pluie , ou trop sécheresse , ou se il leur envoie maladie ou poureté pour eus chastier, il murmurent ou laidongent Dieu, ainsi comme un garçon.
€a tierce (Guerre*
A tierce guerre que li ireus a c'est contre ce qui dessous li est , à sa femme, et à sa maisine , neis as
bestes mues.
Quer quant ire le sourporte, il bat sa femme et ses
enfans qui rien ne li ont meffait, son chien, son chat.
Il tourne ce-dessus-dessous, et brise pos et hénas *, et
quenques il tient as mains. Et n'est-il mie bien hors de
sens ? aumosne feroit qui le lieroit.
*■ Hénas, Hanap; fiole, burette, bouteille, coupe; channe, kanne (allemand).
Ca quarte (Guerre-
.A quarte guerre est à ses voisins, par dehors, et à ses prochains qui sont entour li. Il en naist premièrement contens et despit , et puis rancune qui demeure el cuer. Après haine, puis meslée, et puis desirier de vengeance, et puis homecide, et puis guerre mortel.
Le premier rainsel de ceste branche si est , TENÇON. De cestui dirons-nous entre les autres péchiés de la langue.
Après la tençon demeure la rancune el cueur ; quer le désible qui de cestui mestier sert, h dit en son cuer « Voire ! il t'a dit ce; et pour coi ne li respons tu ausi? Certes, tu li diras encore, et n'est-il tel et quel. Molt fii hardis , quant il à toi se prist. Honnis soies-tu se tu ne t'en plains à tes amis. Si vera-on lequel ara plus grant pooir, ou toi, ou li ! » — .
Et cel chaitif se cuide dormir, et tourne et retourne, ore à destre, ore à senestre.
« Par mon chief , fait le déable, encore ne dormiras-tu mie, se je puis. Maleureus! te lairas-tu si défouler? Certes tu parleras le matin à sa maisine, si qu'il te pourra bien entendre. » — . En tele manière atise le déable le feu de rancune.
Après la rancune et la descorde, se veut-on vengier ; et est péchié molt grant. Quer c'est tolir à Dieu ce que il a retenu à son œus, proprement. Quer trois choses il a proprement retenues à soi , que il ne veut donner ne à homme ne à angie : gloirre, jugement et venjance. L'orguelleus li toit sa gloirre ; li envieus qui juge le cuer, son jugement ; Tireus sa venjance comme sa haute justice. C'est un des péchiés du monde plus perilleus ; quer se un homme tue son père ou FApostole de Rome, plus tost pourra avoir perdon que celi qui se sera vengié, et ara tué son anemi mortel-
C'est un péchié dont il vient molt de maus. Quer quant un homme se veut vengier d'un autre, il met toute s'estude à li damagier par mesdire , par plait , par paroler , par quenqu'il puet. Et ne se prent on mie au mal faiteur seulement ; mais à son neveu ou à son cousin ou à sa maison ardoir, ou à sa vigne estirper.
C'est le péchié au roy Herode qui , pour la hayne que il avait à Ihucrist, flsl tuer tous les enfans du pays ; quer il se doutait de chascun que ce ne fust celi qui devait estre roy des Juis, et par qui il perdist son royaume. Mais cestui assaut les créatures Dieu, les blés, les vignes, les maisons qui rien ne li ont meffait ne nuire ne li puevent. Et pour ce, n'est-ce mie mervelle se tex gent meurent de maie mort, aussi comme fist le roy Herode.
De cest péchié naissent les homecides et les guerres
dont il îssent tant de maus mortels , que on ne les por-
rait nombrer. Quer tu ses bien que, tantost que Thomme est mors , tous ses parens le veulent vengier, et sont en hay ne et en péril , et eus et tous les leurs , et cens qui par amour, ou par haine, ou par loier, ou par paour leur veulent aidier à ce faire. — . Et combien sont plus haus homs cens qui s'entreguerient , plus y a de maus et de grans péchiés. Tu veois toute jour avenir que, pour une guerre qui est entre deux riches hommes, il muert plus de mil hommes : moustiers ja brisiés , viles arses ; abbayes, priorés, grenches* destruites, hommes et femmes et enfans essiliés et desiretés, et menés à pain querre.
Cest grand Seigneur, qui tout ce a pourcachié par son orguel, et par son mahce, ou par hayne ou par convoitise, quant ara-il pénitance faite de tous ces maus et de tous les péchiés qui li gisent sur le haterel*?
Certes , s'il eust pris un homme en une de ses viles qui ore sont destruites par h, qui eust une vache emblée, ou un homme mort, ou un moustier brisié, ou une femme enforcie;... il l'eust pendu par la gueule. Et quentes harts cuides-tu qu'il ait desservies, qui en enfer l'attendent, pour tant de cas', de arsins*, depressiures^, de sacrilèges , de desertemens que il a fais ? « Pour ce,.
* Grenches; granges.
' Uaterel; col.
' Cas; malheurs.
'* Àrsins; incendies.
* Pressiures; oppressions.
disl l'Escriplure , que les grans Segneurs aronl touz les grans tourmens, et les grans jugemens aussi » — .
ro
ÏÏIu xtmzbt contre 3re-
fR est drois , quant nous avons parlé du vice d*ire> [que nous mettions aucuns remèdes par quoi on
sache et puisse réfréner sa propre ire.
Le premier remède est : penser à la passion nostre Seigneur. Dont St. Grégoire dist : « Se nous pensons à la passion nostre Seigneur, (c'est la mort amère que il soufri pour nous) en nostre remembrance, nous n'arons nul chose àsoufrir que nous ne portons débonnairement, et souferions doucement pour Tamour de li.
Le second remède est : que on se taise, et cpie on ne responde nient à celi qui dit ou fait aucun repreuche, ou aucune vilonnie.
Dont Salemon dist en proverbes «Qui ne respont rien au félon et sor, il adoucist la félonie » .
Dont on Ust en la vie des Pères , d*un Sainct Père* On li demanda pourquoi les anemis le doutaient tant. Il respondi que très-dont cpi'il fu fais moine, il proposa
en son cucr que jamais parole felonesse n'istroit de sa bouche.
Le tiers remède est : considérer que quenques nous avons à soufrir, est de Fordonnance nostre Seigneur. Quer si un hom pense et veut à un autre mal, si ne li puet-îl faire, se Dieu ne l'en donne povoir ; et tèle fois, est à la dampnation de celi qui fait mal à aulri , et au salut de celi qui le seufre, s'il le prent en patience.
Et ce doist estre grant soûlas as justes ; quer toute tribulation est aussi comme un bevrage médecinable que li très saige mires donne à boire à ses amis ; si comme il flst au bon Job qui disoit en ses graciemen^ « Se nos avons receuz les biens de Dieu , que nous avons tant receuz sans nombre, pourquoi ne recevrons aussi les maus? Dieu les nous donne. Dieu les nous toit; aussi, à sa volonté, et aussi comme il li plaist. Benois soit Dieu de quenques il nous fait » .
Le quart remède est considérer nos propres défautes. Quer quant Tomme connoist en li ses propres défautes, et il veut que on le déporte en icèles , il doit aussi autri plus volentiers déporter en ses défautes. Dont Salemon dist «Le soufraiteux est miséricors». Et pour ce, aucuns se courroucent légièrement des défautes d'autri, pour ce qu'ils ne connoissent mie en eus les leiu's. Et de ce dist St. Augustin «Tu te courrouces à ton serjant cpiant il méfait; courrouces-toi à toi meisme quant tu meffais.
Le quint et deerrain remède que nous mettons est : considérer et penser à nostre fin , et à la mort , et que
nous devendrons après la mort. Dont Ecclésiasles dist: « Ramembre-toi de la fin deerraine, et laisse toute ire et toute hayne ; et si te souviégne du jugement nostre Ségneur qui est si épouvantable ; et ne te courrouce mie à ton prochain. Quer qui en cest siècle ne perdourra toutes félonies et toute hayne, il n'aura ja perdon de ces péchiés , ains aura dampnation perpétuelle avec Judas et Hérode, et les anemis.
ÎDe actïiit\
K dirons du quart vice chapital, qui est apelé [accide, et vaut autant comme mauvaistié, tristrèche, langueur, annui de bien faire; qui fait que homs
* Accide; nonchalence , vie de vague contemplation. Usité autrefois pour désigner spécialement l'état moral et physique où tombaient les moines relâchés.
Jccides; nom d'un peuple, employé dans les Chroniques de St.- Detiys, pour désigner les assassins, sujets du viel de la montagne, roi des accides (occidentes).
n'aime fors uisaise * et repos, dormir, et vivre comme pourcel.
Pom* tel homme confondre et faire honte ^ et contre cest vice crie quencpies il est en ciel et en terre : le soleil, la lune et les estoiles ^ui ne cessent, de nuit comme de jour, de courre et reçourre moult grans journées, pour faire le commandement Dieu, et pour homme servir ; après, la terre qui ne fine de fniit pcMrter, les herbes^ les arbres qui servent chacun jour de leur mestier et de leur povoir ; après , les bestes mues , dont Salemon envoya au fourmi, pour sens aprendre, le parécheus.
Après , les laboureours et les poures gens qui tant seufrent pour leur vie pourcachier, crient contre le parécheus.
Après les sains qui tant ont souffert de tourmens, et les angles qui ne cessent de Dieu loer.
Après les bonnes gens qui tant seufrent de pénitance pour Tamour Dieu ; dont Lucifer qui entre euls volt seoir, fut bouté hors de Paradis.
Après, le fils Dieu qui tant sduM de paine, tant comme il fu en terre, non mie pour ifiestier qu'il en eust , mais pour nous monstrer et donner essample de travellier. Quer en Tostel Dieu n'a nul uiseus.
Hé Dieu ! comme doit avoir très grant honte homme et femme qui en ceste vie vit, qui ne s' es veille â tant de
* Uiseuse, oisiveté.
cris, et esvigourer ne se veut à tant d'essamples, ne pour paour d'enfer, ne pour l'amour de Dieu.
Cest vice est une maie rachine qui gète molt de maies branches; et tiex homs est aussi comme terre qui ne porte fors orties.
Ce premier rainsel-
.E premier rainsel est TÉVETÉ*, de qui naissent, ce samble, tous les autres, quant Tomme aime petit et tévement ce qu'il deust amer durement et ardaument. C'est amour désordenée qui l'afoiblist et anientist, et lasse à tout bien faire. Et de ce avient-il que une vellote qui va à une potence ' est plus forte à pénitance faire que n'est un ^jiau Jouvenciaus qui semble fort comme champion, ou un chevalier qui vainc un tournoiement. Quer riens ne donne tant de force comme amour. Et quant elle faut , force faut.
* Téveté, tiédeur.
2 Potence; béquille.
Yaue téve fait mal au cuer, et fait vomir ; et ceste téveté fait Tomme abhominable et téve à Dieu, si que il le vomist, et le gète hors de son hostel et de son service, comme dist St Johan TEvangélistre en TÀpocalypse.
Quant le pot est tiéve , les mouches s'y assiéent molt plus volentiers cpi'en autre point. Et quant il bout, elles Feschivent volentiers , pour ce cpi'il est trop chaut. Et quant le four est tiève, h ribaut y entrent volentiers. Aussi font les déables. Tantost entrent el téve cuer; là se baignent et reposent , comme on fait en yaue téve.
Ce Beconi raiiiBel-
.E second rainsel est TENDRÉCHE ; quer, quand le déable entre el cuer, comme le ribaut el four, coûte li convient pour li reposer. Celle coûte* est la tendréce, et le moUesce de Tomme ou de la femme.
Là gist et chante, et se déduit, et enchante ceste chailive âme et li dist « Tu as esté trop suéf nourri ; tu es
* Coûte; coëlre, duvet.
de trop faible complexion. Tu ne pourroies ce soufrir, vellier, travailler, jeûner, matin lever, et ces autres durtés que cens seufrent, qui ce ont appris. Tu seroies tantost mort. Il n*a rien qui santé n'a. Bon chastel garde qui son cors garde. Il te convient robe néte, chaude en hiver, et froide en esté. Garde-toi de ces froides viandes, et seur toutes riens, de boivre mauvais vin ; quer il atrait les mauvaises humeurs , et le bon vin nourrist le cors, et fait bon sanc».
Par foi, veci vroie merveille! Le déable est physicien devenu. Aussi encraisse-il ses pourciaus contre sa feste que il fera, quant il mouront.
Hé las! com' ci est. mal fizicien. Les autres garissent les malades ; et cesti fait , des haitiés * malades , et languereus ; et les gète en telle paralysie , qu'ils ne se puevent aidier de membres qu'ils aient ; et les fait fort malades, et languir et morir de honteuse mort. Quer celle mort est molt honteuse, quant on se tue à ses deux mains ; et cela avient pour ce que le cors est si Ségneur et si maistre , et tant demande de repos et de délices, cpi'il en pert le talent de mengier, et tout délit, et tout repos ; et; en la fin, le cors et l'âme.
^ Haitié; gai, dispos, en bonne santé.
Ce tierB raitiBel-
|E tiers raiasel est DISEUSE, qui est un grant péchié ; quer c'est contre le commandement que Dieu fist à Adam. Quer il li commanda et li dist que il labourast, et qu'il vesquist de sa sueur.
Et si est granl péril; ç<Quer, si comme FBvangile tesmoigne, quant le déable treuve rhonune uiseus , il a coUgié de li tempter, et d'entrer en Ijj comme il fist es pourciaiis ; et y maine ses sept compaigtions , et y est maistre, et tient Tescole. Quer quant il le treuve uiseus, il le mest en euvre.
Il li fait premièrement, penser viloiinies ; et puis , désirer lécheries et malices.
Après , uiseuse est molt grant péchié ; quer homme uiseus qui son tems pert, il pert la plus prétieuse chose qu'il y ait , et ce qu'il ne recouvrera jamais : les biens qu'il peust faire, et le loyer qu'il peust conquerre.
Ce quart raittBel.
E quart rainsel est le vice de PESANTEURE. Quer quant Tomme est pesant, il n'aime fors gésir, et la moitié de sa vie pert et despent en dormir.
Molt blasme nostre Sire ceste vie en TEvangile, et commande que nous yeillons et ourons souvent; si comme il meismes nous donna ^ample, qui les jours despendait en preschant, et les nuits en ourant.
De cestui vice issent trois maméres de péchiiBi*. Quer premièrement, ils pèchent de ce que tant aiment le repos, qu'il ne leur samble onques qu'ils aient assed dormi; ains se complaigoit tous jours que ils ne peuuent dormir.
Après, que es heures que ils deussent miex veiller, adont dorment-ils plus volentiers, c'est as matines, quant ils deurrent Dieu proier et loer. Si comme nous tesmoignent les escriptures et les créatures; si comme les oy sèles qui chantent au matin , et loent Dieu si douce* ment.
Après, que si à envis, et si parécheusement se lièvent pour Dieu servir. Ils aiment miex à perdre trois messes que une sueur, quant elle vient au matin.
in
Ce quint raineel.
E quint rainsel est MAUVAISTIÉ. C'est quant Fomme gist en péchiés qui moult K grièvent, et s'accorde as temptacions qui Tassallent.
Gestui ressamble au mauvais qui mie:!^ ame pourrir en ime orde prison parfonde, que d'avoir la paine de monter les degrés, et aler s'en. Et à Naaman le mésel*, qui ne se voulait baigner en eaue froide pour estre gari de mêsélerie. Et à ceux dont raconte Sainct Ysaïe, qui voient les déables qui les desrobent et emportent tous les biens que ils ont , aussi légièrement comme on fait les œus de la geline de son ni ; et n'ont pas tant de vertu que ils meuvent les èles pour eus défendre, comme fait la gelène contre l'escoufle^; ne qu'ils euvrent la bouche pour crier, comme fait le mastin qui abaye le larron , et enchace par son abay.
Une autre mauvaistié nous montre David le prophète, de celi qui tient le pain, c'est la parole Dieu, toute jour
* Mésel; lépreux, ladre. Mésé ou mésex est encore employé pour la même signiûcation dans notre patois.
^ Escoufle; milan, oiseau de proie.
en sa bouche, comme font les clers et les cloistriers, et muert de faim, pour ce quMl oublie à user, c*est à mettre à euvre.
Et n'est-ce grant mauvaistié de celi qui, nenne ses oreilles sans plus , mais son cuer qui mieux vaut, ame miex à laissier mangier as mouches , que li défendre, c'est à dire , as mauvaises pensées et as mauvais desiriers, pour ce qu'il ne se puet ne ne veut movoir à nul bien faire? — Et de celi qui veoit le dégoût de la maison, c'est les cures du monde, qui li crièvent l'eul, pour ce qu'il ne veut torner l'eul destre vers la paroi? — Et de celi qui gist en^son lit, c'est en son délit*; qui est tout épris du feu de péchié , et laisse ses pies ardoir (c'est ses volontés qui portent l'âme , comme font les pies le cors) pour ce qu'il n'a pas tant de vertu qu'il les puist à soi traire? — . Et quant gaagnera tel hom Paradis, par paréche , qui ne se puet des mouches défendre , ne ses pies à soi cachier, ne son chief tourner vers la Paroi, ne son pain maschier?
*■ Délit; passion, mollesse; délice. Passé au sens de passion criminelle, puis à celui de Vacle criminel.
Ce sixismt ratnsel.
^E sixisme rainsel est PUSILLANIMITÉ, c'est foible cuer. En cest vice sont cens qui ont paour de nient; qui n* osent commencier bien à faire, qui paour ont que Dieu ne leur falle. Et pour ce est-il drois qu'il leur falle; et si fera-il, se dist Salemon.
C'est la paour de céuz qui n'osent aler par nuit, ains crient S et si ne sévent pour |ïuoi. Ç'efl lune paour comme de songe.
Un home songe qu'il li convient passer un pont de glace ou de voirre, et en a si grant paour, qu'il en meurt tout vis. Et si n'a mie paour de son anemi mortel qui, par vérité, est desseure sa teste, l'espée traite.
Cesti ressamble à celi qui n'ose entrer el sentier de bonne voie , pour le limeçon cpii li monstre ses cornes ; ou l'enfant cpii n'ose aler la voie, pour les oisons qui siflent, et font samblant qu'ils li queurent sus. Quer le déable si n'a povoir contre celi qui est en grâce , fors de sifler, et, en guise de Limeçon, monstrer ses cornes.
Mais quant il tient l'âme dessous li, il est fort et cruel, comme est l'unicorne.
Grient; craignent,. de criendre, cregneur, crHgnmr, crainte.
JOeB xtmthtô qui sont contre le met
h'acdbt
[UANT nous avons parlé du vice d'accide et de pa- [réche , si dirons et métrons aucuns remèdes contre cest vice.
Le premier remède est : que on soit tous jours embesoigné en aucune bone euvre , par quoi le déable ne truist * mie Tomme uiseus, si comme dist Sainct Jérôme ; quer en molt grant péril esthom uiseus.
Et de ce list-on de St. Antoine , qui estait en sa celle et en son hermitaige, qui fu tempté du pechié de accide. Et il dist à nostre Ségneur « Sire, je désire à estre sauvé ; mais vaines pensées me tourmentent et ne me laissent. Démonstres-moi que je ferai, et comme je me doie sauver. » .
Et il vit un ange nostre Ségneur, en fourme d'omme, qui estait samblant à li , qui tordoit une corde , et puis se levoit , et aloit en oroison ; et puis se rasseoit à son
Truist ; troisième personne du présent du subjonctif de treuver.
euvre, et puis se levoit, et aloit en oroison. Et li dist « Antoine , fai ainsi ; si sera sauvé » .
Pour ce a donné nostre Sire plusieurs membres à Tomme, et divers, pour ce que il se serve de tous. Dont aucune fois doit-on servir nostre Ségneur en chantant, en li loant , en li rendre grâces fle sa bouche ; et des mains, en labourant et en escrivant. Dont, si comme dist St. Pol «qui ne labeure, il ne doit rien mengier». Et Ecclésiastes dist « Fai et euvre sans délai quenques ta main puet faire. Quer en enfer ne seront nules ouvres, ne raison , ne sapience ; ne science n*y sera pour h défendre ne escuser ; quer le serf qui sait la volonté de son Ségneur, et il ne le fait, sera batu de molt de tormens » .
Le second remède est: considérer les paines d'enfer, et la gloire perdurable.
De ce dist St. Augustin « Se le labour t'espovente, regarde le loier que tu en aras » .
De ce avons-nous essamples en la vie des Pères, d'un frère qui vint à son Abbé , et il h demanda pourquoi il estait accidieus en sa celle — . Pour ce , dist-il , que tu n'as mie veu le loier que nous attendons et espérons, ne les tourmens que nous doutons. Quer se tu les a voies bien diUgaument regardés, se ta celle estait toute plaine de vertus jusques à ton col , tu seroies en ta celle sans accide. ».
Le tiers remède est : estre en la compaignie de bons ; quer ceux qui sont parécheus à bien faire , il leur est besoing qu'ils aient tiex en leur compaignie qui, par
leur essample et par leur doctrine, les enluminent, et entichent * à bien faire et par leur oroison leur aident.
Le quart remède est : considérer les périls où nous sommes en cest siècle.
Trois manières de périls font Tomme veller, et destourner de dormir : péril d*yaue, de feu, et de larrons. Esquex périls nos sommes espérituelment en tout tems» Il n'est nul jour que aucune onde de mauvaise pensée ne s'.embate en nos cuers, et que le feu de aucuns mauvais desiriers n'embrase nostre conscience et nos cinq sens, qui devraient estre nos serjans, et nous garder.
Et ils nous sont larrons, et nous desrobent de nos biens.
Le quint remède, et le derrain que nous mettrons est : requerre la grâce de Dieu. Dont, quant aucun se sent accidieus et parécheus à bien faire, il doist estre en oroison, et empêtrer à Dieu grâce sans la quelle nul ne puet nul bien faire. Si comme nostre Sire dist en TEvangile « Sans moi , fait-il , c'est sans ma grâce , vous ne povez rien faire» laquelle grâce boute hors tout accide.
* Entichent, enticher; persuader, suggérer.
« Sathanas se eslevad encuntre Israël , et entichad David que il feist anumbrer ces de Israël et ces de Juda. e 11 Reis cumandad à Joab ki esteit maistre cunestables de la chevalerie le Rei que il en alast par tûtes les lignées de Israël des Dan jesque Bersabee» .
Traduction des quatre livre des Rois (XI« siècle)«
Scipion li aufricains qui fu un des plus sages payens, et des plus preus, volentiers estait huiseus et seul ; molt pensait, et petit parloit. Et quant on li demandoit qu'il faisoit quant il estoit seul et huiseus, il respondoit ainsi «Je ne suis onques mains seul que quant je suis seul, ne mains huiseus que quant je suis huiseus » . Moult a fait ceste parole à maint homme bien, et encore fera; et molt a esté loée et de sains et de philosophes.
Tulles , qui f u un des grans philosophes que onques fust-il , recorde ceste parole , et molt la loe et dist » Hé Dieu ! com' ci a haute parole de preudomme , et vallant, et saige, qui monstre que quant il est huiseus, adont estil plus embesoigné. Quer adont traitait et ordenoit les grans besoignes et les grans querèles ; et quant il estoit seul, adont n'estoit-il onques mains seul ; quer il estoit avec le meilleur ami qu'il eust, c'estait avec li-meisme à cui il parlait privèement. Dont deux choses qui métent le fol en douleur et en annui , métoient cesti en soûlas et en joie, qui sont uiseuse et solitude » .
Ceste parole reprend St Ambroise , et la loe , et dist ainsi « N'est pas mestier que Cypion ait apris tout seul à estre nient seul, quant il est seul, et nient huiseus, quant il est huiseus. Ceste parole est vraie en preudomme crestien, sage et juste. Quer quant il est seul, adont estil plus privèement avec Dieu. Et quant il est huiseus, adont traite-il des grans besoignes et querèles , et tient son parlement entre U et Dieu. Et pour ce, dist Sénèque, que rien ne vaut tant à homme qui à Dieu bée com poi
parler à autri , et molt à li meisme » . Et St Bçrnat't dist «que li preudoms n'est onques si aaise comme en son hostel, c'est quant il est privéement en sa conscience avec li meisme. Quer adont parole-il avec le plus vrai ami qu'il ait, c'est avec li mesme.».
Mais le mauvais hom et le fol treuve en li meisme un mauvais hostel, et^un mauvais hom, et un fol ; et à son anemi mortel il parole. Et de ce avient-il que il sont tant de gent qui ne sévent estre en repos ne sens ; quer il ne treuvent point de soûlas en eus dedens, et pour, ce, le querent-ils dehors. Et pour fuir huiseuse, jouent as dez, as tables , oient romans plains de flabes , dient les trufes et les risées, et font grant gast* et grant largesce du tems précieus dont ils aront encore molt grant soufraite *, et perdent les biens qu'ils peussent et deussent faire ; et perdent le trésor du cuer précieus, et l'aemplent de vanité. Ils euvrent leur chastel, et les anemis y entrent.
Ils apèlent ces paroles-ci huiseuses ; mais elles ne sont
* Gcist; ruine, ravage (vastatio), gaster. — Gas, gabs, gaz; geai, oiseau, risée, plaisanterie ; de gavisus, gaber.
* Soufreite, soufrelte, soufraige; besoin, disette. — Soufraitex, pauvre.
« Icil sains homs avait moult grant soufreite de pain. Un jour avint qu'il accoucha au Ut mortel ; et quant li autres frères estoîent entor li, il vit entre les autres celi qui son pain li avait emblé » .
Vies des Saints Pères.
mie sans plus huiseuses et damageables , comme celles qui voident le cuer de tous biens , et le raemplissent de vanité et de tous maus ; comme celles dont il convendra rendre raison de chascune devant Dieu, au jour du Jugement, si conune Dieu dist en l'Evangile.
Etest à savoir que autre chose est parole huiseuse, et parole nuiseuse, et parole deshonnète.
flie foie fmjeur.
ussi comme accide est péchié, aussi est foie ferveur et indiscrète.
Ils sont aucuns qui ne veulent en aucune chose condescendre à leur char, ains s'affolent par Jeunes, par veilles, par péiiitances qu'ils font sans discrétion.
Et est très grant péchié ; quer, comme dist St Bemart « Qui destruit ainsi son cors , et aféWist par indiscrète ferveur ou ardeur de bien faire , si que les biens espéritueux en soient empéchiés, il oste à son cors povoir et force de bien faire , à son esprit bon désirier, à son prochain bon essample, à Dieu honneur. Et est sacrilège; quer il a violé et viole le temple nostre Ségneur , c'est
le cors. Et en toutes ces choses il est coupable envers Dieu.
Saint Pol dist que « Ufostre servise doist estre raisonnable « c'est à dire : par discrétion et par raison veut Dieu que on le serve. Il veut que on destruie les vices, et non le cors par trop grant pénitence encarchier *, mais par raison, et atemprement^. Après, de foie ferveur, et de indiscrète, en vient souvent orguel et vaine gloire. Dont, nul ne doit son cors destruire, mais par raison gouverner ; et que les jùnes et les pénitances soient faits par discrétion et en humilité, et que le cuer ne s'eslève dont il se doit humilier.
Et samble à aucuns qu'il ne puissent estre sains, se il ne sont homecides de leur cors par Jeunes et par pénitances. Et leur samble con doit soustraire as fils Dieu la sustance et la viande du cors , eus qui seroient dignes de mengier or, et de boivre basme. Si comme dist Sainct Bernart : «Donne moi, dist-il, un tel deciple comme fu Tymotéus, et je le paistrai d'or, et abeuverai de basme.» .
Et, néquident, es viandes doit-on molt douter le délit ; quer souvent prent-on trop de viandes délicieuses , et par trop grant ardeur. Mais on doit et puet en prendre
* E'ncarchieTi encarchir, carchier, sarchier; chercher, poursuivre, affecter.
* Àtemprement; à propos (a tempore). — Atemprencey lact, convenance, accord.
ce que besoin est à la soustenance du cors , si que on puist servir son créalour , et loer, et gracier ; et que on ne les prégne mie en trop grant ardeur, ne par trop grant quantité. Et qui ainsi les prent, ce n'est mie péchié, ains est anchies mérite. Mais ils sunt aucuns qui sunt as autres bons et miséricors , et à eus sunt mauvais et cruels. Et, qui est mauvais à li , à oui est-il bons?
Sainct Bernart dist que u On* ne doit înie tous jours croire, ne aemplir, ne faire toute sa bonne volenté, ains la doitK)n gouverner et réfréner par raison » .
ÎHe "Ikmxitt.
|E quint vice capital est avarice , qui plus règne el monde que nul autre péchié, au tems cpii ore queurt ; par quoi il paroit bien que le monde enviellist, et est en son deerrain aage. Quer il est ainsi de Tomme comme du monde.
En Tomme, quant il est jeune, régnent plus luxure et joliveté que autres vices. Quant il est el môien aage, orguel et ambition y règne ; et quant il est vieil , avarice et convoitise.
Et le monde aussi, en son premier aage, fu corrompu de luxure, pour quoi le déluge vint , et noia tout.
Après régna orguel et ambition, tant comme les quatre Empires furent en leur Ségnourie , li rfns après l'autre : primes , le Galdeu ; après , celi de Grèce qui li Galdeu vainquirent ; après , les Gréjois ; après , les Romains.
Or est venue dame Avarice en la fin, qui ore est dame, et royne, et maîtresse du monde. Quer, si comme dist Salemon «A Tavoir obéist tout le monde». Et Jérémie dist que « Dès le petit jusques au plus grant , tous estudient en avarice. »
Geste maitresse a moult grant escole, et moult d*escoliers , et de haus et de bas , et ce toutes manières de gens. Neis ceux qui ont voué à vivre sans propriété , requeurent à Tescole d'avarice * ; par quoi il paroit bien que la fin du monde aprosche ; quer il art ' tout d'avarice. Et le Sainct dist que « Quant Tomme enviellist, les autres vices enviellissent. Mais tant comme l'omme plus envieillist , tant en li plus avarice ajoulist ' » .
Avarice est amour d'avoir désordenée. Et cest désordénement se monstre en deux manières : en acquester ardaument, et en retenir estraignaument et despendre
^ 11 s^agit ici des ordes mendians.
* Art, ardre; brûler (ardere).
^ jéjoulist, ajoulir, rajoulir; rajeunir.
escharsementS Ce sont les deux branches principaux qui de cèle maie racine issent, dont la première est apelèe convoitise. — .
Convoitise est cèle beste mervelleuse que le Sainct vist en Apocalypse, qui avait chief de lyon, cors de liupart, et pies d'ours; et avait sept testes et dix cornes. Et seur li séoit une foie femme et desloial , qui avait à nom Babiloine, la mère des malices et des vices qui sont en terre. Et estoit acesmée d'un pourpre d'or, et tenait en sa main un bevrage dont elle abevroit toutes les gens.
Ceste femme est dame avarice qui enyvre et assote tout le monde. Le bevrage qu'elle tient en sa main est der comme or ; c'est LE SENS DU MONDE dont chascun veut boire. La beste seur laquelle elle siet est convoitise, qui a chief de Lion ; quer les chevetaîns ^ du monde sont convoiteus, et fiers, et cruels comme lions. Et si avait le cors comme liupart , qui est tout vair ^ de maie put ; ce sont les moiens marcheans, les usuriers qui sont faus et plains de baras. Les pies d'ours sont la piétaille qui ne redoutent mal à faire, pour avoir acquerre, nient plus
* Eechars, escars; chiche, étroit, resserré; escarcelle.
' Chevetains ; chefs^ principaux (caput), d'où capitaine.
' Fair, Le vair était proprement la pelleterie variée dont on faisait les doublures de manteaux des grands. L'on appelait un palefroi vair, un cheval pommelé ou pie. Toute couleur changeante, en général. Yeux vairs, gris-bleu (variegalus).
que li ours fait les coups et les bateures, mains ^ qu'il puist au miel ataindre.
Les sept chiefs sont les sept péchiés mortels qui tous naissent de ceste racine.
Quer ce véons nous apertement que convoitise met Tomme en orguel, et en envie, en ire, en accide, en glouternie, en luxure; si comme il parait en maintes femmes qui, par poûreté, font luxure de leur cors.
Et pour ce , dist St Pol « qu'elle est racine de tous maus » . Les X cornes sont X manières de péchiés de convoitise : aussi comme X rainséles.
Ce premier rainsel 5'at)artre.
^E premier est SYMONIE; c'est quant on veult acheter les choses espérituels : ce sont cens qui vendent et achatent les ordres et les autres sacremens de saincte Eglyse. Et cens qui , par leurs dons ou par leurs promesses, ou par force, font tant que eus ou
* Mains, moyennant, pourvu que.
autres sont esleus as digaetés de sainte Eglyse, et ont les paiTOches ou les bénéfices, ou entrent en relegion. Je ne devise mie les divers cas qui sont en Symonie , pour ce que il apartienent plus as clers que as lais; et cest livre est fait proprement pour laie gent, qui en trois poins especiaument se doivent garder de cest péchié.
Li uns est quant il veulent aidier leur amis as dignetés de Sainte Eglyse ; l'autre, quant il donent les provendes qui sont de leur deu ; le tiers quant il vendent leiu^ en- £ans en abayes. En ces trois poins à la fois il donent ou rechoîvent mauvais dons ou mauvaises proière, ou mauvais service; et ainsi pèchent par Symonie.
Ce Btcont rainsel
|E secont rainsel d'avarice est SACRILEGE ; cest quant on brise ou traite vilainement les choses saintes, ou les personnes ou les lieus beneois de Ste Eglyse. Et ce fait faire convoitise souvent : si comme ces prestres , pour gaagnier, chantent deux messes le jour, et ceux qui rechoivent le cors nostre Segneur en péchié mortel. Il font plus grant sacrilège que se il le ruoient en la boe.
De ces péehiés ne sont mie quites ceus qui dépendit les biens de sainte E^yse en orguel et en lécherie , et en autres mauvais usages ; ne ceus ne celles qui pregnent de ceus qui de doner n'ont pooir. Ne ceus aussi qui retiennent ou forceilent * ou paient mauvaisement leur rentes, les ofrandes et les autres rentes de Ste Eglyse.
Ce n'est mie sans plus larrecin , mais sacrilège , qui est assez plus grant péchié. Itel pécfaié font ceus qui par convoitise brisent les festes con doit garder ; quer les Sains y ont leur franchise , aussi comme le lieu et les personnes.
Ce tiers rainseL
.E tiers rainsel est MALIGNETÉ; ce est quant l'omme est si desloial, que il ne resoigne* à faire un péchié orrible, ou grant damage à autri, pour petit de conquest ; si come ceus qui , pour deniers , apèlent ou font apeler le déable , et font les enchantemens , et gar-
^ ForceUer; receler, cacher, délourner.
^ Resùigne : dédaigner, refuser, se résigner (resignare).
dent en Tespée* ; et cens qui ardent viles et moustiers, et font cent livres de damage où il n'ont une derrée de pourfit. Et ces charetiers qui emblent ces vins es tonniaus , et pour deus sestiers que il engloutent, honnissent de vin dix livrées. Tiex manières de gent sont tenus à restorer tout le damage que il font à autri à tort. Et ne sont-il bien hors du sens, et plus malheureus que autres pécheurs qui emportent le péchié dont autre a le preu, et sont tenu à rendre ce que d'autres ont eu.
Ce quart rainael.
|E quart rainsel est RAPINE ; et le plus grant cruauté des autres , est de cens qui desrobent les mors : quant le fis desrobe le père, ou le père le fils, ou le baron sa femme, ou la femme son baron. De tant come il ont
' GcMrdent en Vespée. On trouve encore des livres de secrets admirables pour panser toutes plaies et blessures de Vépée, où la médication consiste à nettoyer progressivement le sang attaché à l'arme qui a fait le mal , ce qui amène par correspondance sympathique la guérison du blessé.
esté plus amis en leur vivant , a tant sont ils plus anemis à la mort. De cestui péchié ne sont pas comptés les mauvais exequteurs qui les testamens soustraient, et mettent en non-chaloir, et oublient les chaitives âmes qui ardent en purgatoire par leur défaute.
A cestui péchié appartient le péchié de ceux qui voient les poures gens mourir de faim, et n'en ont pitié que de chiens ; et de cens qui tolent les loiers à cens qui les servent. Cest péchié est compains à homecide. Et St. Jaque dist qu'il crie harou devant Dieu, aussi come fait le sanc del homme que on ochist. Tiex- sont cens qui ne veulent paier ce qu'il doivent ; qui tant sèvent de tours et de guiles*, que on ne les set par où tenir. Il rompent convenances et promesses, et foy, et loy, et seremens ; ne ne puet on avoir droit de eus. Cens sont pires que robeurs; quer ce que li robeur emportent ne couste rien à requerre; mais ce que il paient mauvaisement couste assez à requerre. Et en la fin, tel fois est, on pert et coust et chatel. Et tout ce sont-il tenu à rendre à cens de qui il Font eu.
Cuiles, guile, gUe; ruse, moquerie (guilleret, gilles, gillotin).
Ce quint ratnsel
.E quint est LARRECIN. Il sont aucuns larrons apers de qui on fait iustice, quant on les tient. Et il sont uns larrons couvers qui emblent les héritages : si comme cens qui remuent les bonnes*, et qui se font frans, et il sont serf. Et si sont uns petis larronciaus qui n'ont mie le cuer d'embler grant choses, mais à leur voisins emblent leur poules, garbes en aoust, et autres choses, dont on escomenie.
Et si sont uns larrons privés qui n* emblent mie à estranges gens, mais à leur Segneurs.
A cesti péchié apartient le péchié de cens de religion qui sont propriétaire, fors tant que leur péchié est plus que larrecin ; quer il sont larrons et sacrilèges , et coupables de veu enfraint.
En ceste clergie a avarice moult de deciples ; quer en tous mestiers et en toutes mercheandises a trop guile, barat et larrecin. Pour ce dist Dieu en TEvangile que « Sa maison est sainte Eglyse , et on en fait fosse à larrons » ; quer chascun estudie à engiginer* son compagnon.
* Bonnes, bornes. — Bo^ienne, en notre patois.
2 Engiginer; séduire, tromper {ingannare, italien) guignon.
Ce sxxxsmt rûinsel-
.E sixisme est USURE , qui est larrecin ; fors que tant y a à dire entre usurier et larron, que li lerres, quant il emble en une vile, n'emble mie en une autre. Li usurier emble en plus de cent viles ensamble. Li lerres n'emble mie tos jours ; ce fait Tusurier, neis en dormant. Et dist l'Escripture que «Quanques on puet penser de preu temporel que celi qui preste atent et prent pour le prest, soit en don, soit en service, sœt en autre bonté, tout est usure » .
Et si sont usuriers PREST ANS : si comme cens qui, par dessus le chastel, prennent leurs montes.
Et si sont usuriers RETEN ANS ; cens qui ne veulent rendre ce qu'ils ont de leurs antecesseurs qui gaagnié l'ont par usure.
Ceus sont en grant péril ; quer il ne veulent connoistre ne croirre que il soient tenus à rendre ce que il n'ont mie gaagnié ; ains seulent dire : « Qui la brace , si le
Boiste le conserve... enganner. — La Fontaine veut encore le retenir.
« Tel, comme dit Merlin, cnide engeigner autrui, Qui souvent s'engeigne soi-même, o
La grenouille et le rat.
— Ikh —
boive » . Et nous leur disons que autrement va la chancon; quer nos disons «Qui le bevra, il le paiera ».
Et si sont uns usuriers qui ne daignent prester de leur mains, ains font prester à leur voisins, leur enfans, leur cousins. Tiex sont les haus homes qui soustiennent les Juis, et les caoursins *, pour les dons et pour lea raencons que il en ont.
Si sont uns usuriers mercheans que on apèle TA VER- NEURS ; et ceste pestilence est en eus, de acheter vil et de vendre plus chier pour le terme ; et est espandue par le siècle. Si que à peine est-il nule mercheandise où il n'ait un poi d'usure, neis en denne^ de moustarde ; quer celi qui apportera la maalle, ara gregnieur ' cuillerée que celi qui acroit.
Si sont uns usuriers par gaagnie , qui baillent leur argent as marcheans, par ainsi qu'il sont compagnon au gaaing, et nient à la perte.
Et cens qui leurs bestes baillent à moitaierie * , par ainsi que, se aucune des bestes muèrent, on i doit mettre aussi vallans; et par autres convenances qu'il pourpensent , plus soutils que nuls clers ne pourroient descrire.
*■ Caoursins ; habitants du pays de Gahors. — Préteurs sur gage (appelés ensuite Lombards), vers l'an 1250.
* Denne, denier.
^ Gregnieur; plus grand (grandior).
* Moitaierie; métairie, ferme.
Et si sont uns usuriers de tous mestiers, qui nulc besoigne ne font où il nait aucun poi d'usure. Quer quant il veulent leur vignes faire ou leur terre gaagnier, il resgardent quant la gent sont soufraiteus ; adont si font marchié par ainsi qu'il paient les deniers avant , et ont deus denrées d'ouvrage pour 18*.
Et si sont uns autres usuriers qui metent les gens en ouvrage sous fuer faire*. Quant ce vient à vespres, que le poure home ou la poure femme arait deservi X 8 ou VI, si n'en aront que ni), ou mains encore. Et avient que il leur en convient prondre leur mauvaises denrées qu'il leur soiuvendent ou en pain, ou en vin, ou en autre choses. Et se il avoient leur argent sec, il l'emploieroient miex. Or, ont la poure gent poure jornée, et poure denrée et maie. Et sachies c'est contre Dieu durement*
*' L'original porte un 8 après un I , du moins un signe qui ressemble beaucoup à un 8 et auquel nous n'avons su assigner de valeur.
* Sous fuer faire; à forfait.
Ce septime rainBel-
.E septime rainsel est CALOIGNE *, c'est courre seur autri à tort. A cesti péchié apartienent les baras, les tricheries et les faussetés cpii arrivent en plaît.
A cesti péchié apartienent les baras, les tricheries et les faussetés qui amènent en plait. En ceste clergie a dame avarice molt grande escole , et de clers et de lais, qui estudient et es drois et es lois, nenne pour tenir, mais pour pervertir. De cesti péchié sont coupables les faus plaignans qui travallent à caloigner a tort, qui quièrent les fausses péticions , ou les faus iuges , ou les non sachans, ou les lointains, les fausses lettres, les faus tesmoing. Et tous autretiex sont les fuitis, qui fuient et noient ce que droit est ; et gètent baras et delaiemens pour tohr à autri ce qui leur est ; et treuvent plus de tours pour fuir, qu'il n'a de ruelles en Paris.
Itex sont les faus tesmoing qui deseritent les poure gens , et leur tolent qui vaut mil mars , pour gaagnier cinq sols qu'il ont pour eus perjurer et pour leur âmes
* Caloigne, calangage, calange, calonge; contradiction, dispute, concurrence (calumnia).
perdre. Et si font plus de mal deux mauvais tesmoins que tout un pays ne peut amender.
Les faus notaires refont molt de mal par convoitises ; quer il font les fausses leitres, et prennent pour leurs notes dix tant qu'il ne deservent.
Les faus advocas pèchent en molt de manières ; quer il rechoivent les mauvaises causes à ensient, et enseignent les malices, et dient les menconges et allèguent les drois perversement , et destourbent la pais à faire , et prenent les grans salaires , et perdent les querèles par négligence et par non sens.
Les faus Juges aussi pèchent , quant il pendent plus d'une part que d'autre, ou pour avoir, ou pour hayne, ou pour amour, ou pour proière, et rechoivent les dons pour les querèles sans raison ; et font faire les grans despens, et prennent d'une part et d'autre.
En toutes ces manières de fausseté et de caloigaeries, quant ce vient au jugement de l'ame, toutes ces personnes devant nommées ne sont pas tenues seulement à rendre ce qu'il ont mauvaisement receu, mais tout le damage que les autres par eus ont eu.
Ce l)utt rainsel-
.E huit rainsel est BOISDIE * : c'est quant les geus sont allés ensamble, et devraient garder foy et loiauté Tun à l'autre, et il se painent et estudient cornent il pourront leur compaignons engiginer. En ceste escole a dame avarice assez escoliers.
On doit garder foy et loiauté envers Dieu. Ceste aliance est tos jours, d'une part, ferme ; quer en Dieu n'a barat ne boisdie. Mais il est molt souvent boisdiés ; quer qui est celi qui , sans boisdie et sans faintise , met cuer et cors, et tans, et sens à li servir.
Tous sommes de la maisine Cayn de cui avarice commença, qui ofri à Dieu les garbes voides et petites. O Dieu du ciel, qui nous vestez et paissiez, et trouvez quénques mestier nous est , comme nostre avarice nos fait de honte et de boisdie! Tu nous donnes les robes neuves, et nous ne te voulons rendre les vieilles ! Tu nous donnes à mengier et nous te toulons tous relief ! Tu nous aemplis nos greniers, et tu muers de faim devant nos ex ! Tu nous donnes d'an en an quénques terre porte, et les
*■ Boisdie, boisette, boisie; ruse, trahison.
neuf pars ne nous soufisent mie ; ains te tolons ta disime que tu as retenue à ton œus , en signe que tu es sire de tout. biaus dous Ihucrist, qui par ta mort conqueris les rentes que les clers ont es Egly ses , pour toi henourer et servir, et tes poures soustenir : comme tu as petite part de ce qui tien est ! A paine te lesse on glaner en ton champ propre ! Tout emporte orguel , et glouternie, et luxure, et avarice. Tu ses bien escouter; aussi saras tu bien conter , quant il leur convendra rendre raison de ce qu*il aront receu !
Entre Prélas et subjès doit avoir grande aliance , et entre les princes et ceus qu'il ont à govemer.
Devers les Prélas et lés Segneurs terriens, (deloiau-^ ment garder leur subjès et deffendre, govemer, consel- 1er et aidier) les subjès doivent obéir et servir.
Entre le maistre et le deciple redoit avoir grande aliance ; et tous ceus qui doivent soigneusement, et sans péchié, ensegnier leur desciples.
Après il sont molt de manières de gent et de compaignies qui ne gardent ne foy ne loiauté à leur compaignies. Li larron jugeront tel gent au jour du jugement; quer li larron, quant il ont emblé, gardent foy et loyauté l'un à Vautre. La loiauté de compagnie est escripte el cuer de l'omme, et est en deus poins de la loi de nature ; dont lui dist ainsi « Garde que tu ne faces à autri ce que tu ne voudroies que on te fist». L'autre point si dist ainsi « Ce que tu veus , par raison , que autre te face , garde à ton pooir que à autri faces » .
Se je Savoie toutes les boisdies qui mainent toutes les compaignies que il y convient , je seroie plus sage que mestier ne me seroit. Et se je les vouloie mettre en escript, mon livre seroit plus plain que mestier ne seroît, ne que il devroit.
Ce neumstne tainsel-
js, neuvisme rainsel est GUILË et barat. Or sont il uns grans bareteurs , si comme ces grans Segneurs qui prennent les dons et les services de cens qui mestier ont de leur aides ; et tous jours prennent , et tous jours promettent; et, en la fin, n'y a fors plume et paroles, teles comme dist renart à Taloette.
Et si sont uns autres fors bareteurs , si comme ces losengiers qui tant dient de blanches et de noires, qui ont si les langues aroies * de mentir et dire quenques on veut oïr, et font acroire que le cigne soit noir et les cornelles blanches. Aussi comme fist renart que il vit tout
* Aroies; préparé, disposé. — Arréer, labourer.
noir tenir une pièce de fourmage en son bec. «Ahy! » distril , gentil oisel , corne tu es blanc et bel ! Se tu sa- » voies chanter, tu aroies tous les oisiaus passés ! » Et » celi s'esjoï. Adont, euvrele bec pour chanter... et le » fourmage li chiet, et renart le hape.». Cest des flabes Esopet; mais Tessample si n*est mie flabe. Ains est bon et vrai que tels renars et tels lobeurs emportent les rentes et les grans dons; et sont tous maistres de ces grans cours «OU IL NE FAUT QUE UNE CHOSE, »
si comme Seneque dist « c'est que on die vérité » — .
Ce Mjc rainsd
la deerraine branche de convoitise apartiennent tous les mauvais mestiers que on aprent et maintient, pour gaaigner. Si comme de ces faus courretîers qui ne finent de gent engiginer, et de ces champions qui s' entretuent pour deniers, et ces faus monoiers et de cens qui font les dés et les chapiaus de fleurs.
Or avons nommé et nombre les rainsiaus qui issent de la racine de convoitise. Si parlerons de la seconde branche qui est apelée proprement Avarice.
£a Btcoxtbt branche principal yat»arice-
1 convoiteus sont prenans; li avers tenans. C'est un vice molt périlleux, quer homme tenant est tenu.
Les richesses le tiennent, comme fait le lachon roisel,
le chartre le larron *.
Le riche n'a mie les richesses , fors aussi comme le larron a la hart au col , et les buies es pies ; quer il ne puet mouveoir ne main pour donner, ne pié pour aller; fors là où elles commandent.
Et com' plus y a de richesses, tant est plus fort lié et carchié * de paours et de pensées, de doleurs et de péchié ; et tous jours va de mal en pis.
Cest péchié est vil , et ors , et honteus ; quer tel homme tout le monde hue et monstre au doit, et toutes les créatures l'accusent et li courront sus au jour du Jugement. Quer toutes sont faites pour servir à l'home, et
* Chartre, cartre; prison, liens. — Char trier, geôlier, lieu où Ton tient les lois, les Chartres (lois).
^ Carchié j chargé.
pour aidier Tune à l'autre. Mais li aver laisse toute compaignie , et vit par li comme home escomenié : et s*est mis el plus vil servage , et el plus dur qui soit , contre Dieu, et contre raison, et contre nature. Quer les richesses dont il a fait son Dieu ne sont fors fiens et boe ; et ce qu'il deust fouler sous pies il a si eslevé seur son chief , qu'il n'y ose atouchier, ne mouvoir, ne prester, ne donner, ne vendre, ne despendre.
Or esgarde com' cel péchié aveugle home. Il aime ses richesses plus que s' âme, et néquident, il les met où il set bien que il les perdra , et ne les veut mètre où il set bien qu'il ne les perdra ja. De ce dont il pourrait acheter le ciel et vivre aaise et à honneur, il achate enfer, et vit à honte et à mésaise.
Cest péchié met home en la fosse as larrons, et en la forte prison que le déable ait, où il n'a fors un pertuis par où on en ist, par rendre et par départir. C'est péchié est molt grief à ceux qui les richesses ont de droit aquest. Si que nostre Sire nous monstre en l'Evangile du ladre et du riche homme qui fu dampné, nenne pour ce qu'il eust ne toUu , ne emblé , mais pour ce qu'il ne vouloit départir rien as poures, ne au ladre qui gesoit à sa porte.
Mais cest péchié est dix tant plus grief à cens qui les biens Dieu ont ; ce sont les biens de Sainte Eglyse dont il ne sont mie Ségneurs, mais gardes sans plus, et dispenseurs seur les poures à cui sont proprement quenques les Eglyses ont. Et quant ces avers retiennent ou despendent en mauvais usages , ce n'est mie sans plus
avarice, ains est larrecm, et roberie, et sacrilège, si comme dient les sains.
De ceux qui tiennent averment ce qu'il ont gaagné desloiaument n*est mie ci parole. A ceux je ne di pas qu'il puissent riens donner de ce qui leur n'est mie.
De ceux est la rieuille * donnée el viel Testament et el nouvel est conformée, si que chascun le puet légièrement entendre; quer il leur convient ou rendre ou pendre.
Nostre Sire dist en l'Evangile que celi déable qui est Sire de celi qui est aver, et qui tient escole d'avarice a à nom Mammona. A cesti et à Dieu ensamble ne puet-on bien servir ; et n'est pas mervelle, quer il sont contraires, et leur volonté , et leur service , et leur commandement, et leur doctrine. Dieu enseigne vérité, loiauté, justice; et celi enseigne fausseté, traison, boisdie. Dieu commande et dist : « De ce que tu as par loiauté acquis donne et preste volentiers, et fai ton preu et ton trésor el ciel ; et ce que tu as à tort n'est pas tien, ren le à ton povoir » .
Mammona commande, et dit tout le contraire. «Ce que tu as, tien le bien. Tant as, tant vaus. Se tu es poure, tu seras plus vil tenu que un chien qui n'est garni* ; il est honni. Tu ne ses qu'à l'euil te pent. Moult aventures puevent avenir : famine, chierté, maladie, di-
* Rieuille; règle, principe (régula).
* Ckieti garnit garny ; prévenu, averti, préservé, instruit, dressé.
verses besoignes, A la bonne fin va tout. Se tu n'as riens, que porras tu faire à la mort pour t'âme? Veustu que tes enfans soient ribaus? ou pues-tu faire gregneur aumosne que eus aidier »? — .
Par tel enortement F enchante tant, que il li toit du cuer pitié, et miséricorde, et charité, c*est l'amour de Dieu et de son prochain. Et quant il li a du cuer esrachié la racine de pitié , adont le fait-il adroit escolier , et li enseigne ses commandemens, ses engiens et ses baras pour acquerre et amasser ; les regrateries * et les soutilletés, pour estraindre et pour esprimer. Et tant li fait cel avoir amer, que il ne li laisse neis son saoul mengier ; et Taver ne criens ne ne croit home nul , ne ne doute blâme, ne honte, ne la mort, ne le jour du Jugement, ne enfer.
Or vois tu à quelle mort li avoir maine Taver, et à quelle fin. La fin est maie, la départie est juste. Le déable emporte Tâme, les vers la charoigne, les parens l'avoir. Les déables se combatent pour ceste âme tourmenter, qui miex miex ; et les vers, d'autre part, pour la charogne dévorer; les parens, pour son avoir haper. Et si n'y a nul de ces trois compaignons qui sa part donnast pour les deux autres.
^ Regrateries. Probablement de grateine, souricière, ratière (piège).
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[ous avons parlé de plusieurs manières d'avarice ; ior dirons des choses qui donnent achoison de cest péchié.
La première chose est la compaignie des convoiteus et des avaricieux. Quer aussi comme le vif charbon esprent les mors*, s'ils sont mis ensamble, aussi font les convoiteus et les avers cens qui les compaignent. Quer ainsi comme dist Ecclésiastes : « Qui atouche à la pois, il se souille; et qui compaigne Torguelleus, il devient orguelleus » . Et pour ce disl encore « que on ne tiégne mie compaignie au riche, c'est à l'aver ». Dont Sénéque dist «l'éssample de l'avaricieus et du luxurieus a fait molt de maus faire » .
Une autre chose et trop grant amour à la gloire, et à l'onneur mondaine.
Une autre, c'est la desordenée amour à ses enfans. Et certainemens, ce n'est mie amour as enfans d'amasser et d'acquerre mauvaisement richesces ; ains est anchies
* Mors, morsel, morsiax, mort; morceau (mordere) morsure.
hayne, quer ils mainent eus et leurs enfans en enfer. Si en mettrons un essample d*un usurier qui avait deux fils. Li uns ne voult rien avoir de son père , pour ce qu'il savait qu'il l'avait mauvaisement acquis, et alla estre heremite. Lî autre demoura avec son père; et, son père mort, il out son remanant. Poi de tems après, il mourut. Quant l'ermite sont que son père et son frère furent mors , si en fu moult courroucié ; quer il tenait certainement que ils fussent dampnés. Et fit oroison à nostre Ségnor que il li révèlast Testât où ils étoient. Il fu ravi et mené en enfer, et les vit issir d'un pis * tout embrasé , mordant l'un l'autre ; et disait le père à son fils : «Tu sois maudis! quer pour toi fu-je usurier, et sui dampné». Li fils redisait à son père «Mais tu soies maudis ! quer se tu ne l'eusses mauvaisement aquis, je ne l'eusse mie mauvaisement retenu , et ne fusse mie dampné.
^ Pis, piscte, pits, pect; puits (pateus), pieu (palus), poitrine, estomac, gorge (pectus).
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JBed remi^ea tmixt le met h'avavict.
^ ïr ^ -»//.
[UANT nous avoos parlé du vice d'avarice, et des îchoses qui donnent achoison au péchié d'avarice, si dirons et mettrons aucun remède par quoi on puet cest vice eschiver.
Le premier remède est penser tous Jours ou souvent à la mort. De quoi Saînct Ambroise et St Jérôme dient i< Légiérement despite, et n'acoute riens à ces choses temporeus , qui pense tous jours que il 11 convient mourir. Quer il set bien que il n'emportera rien, quant il morra, et que tout li convendra laissier'». Dont, la mort monstre apertement toutes richesces, toutes délices à despiter, et toute gloire mondaine. Quer il n'est nul qui, s'il estait certain que il mourra dedens huit jours, qui se meist jamais en paine de ces choses avoir, se il avait sens en U, ne raison. Et il n'est nul qui ait huit jors de répit, non un jour, non une seule heure.
Un autre remède est considérer et penser à la poureté Ihucrist. De ce dist StBernart «C'est grant abusion, quant un petit ver, c'est chacun homme, veut estre riche, pour cui Dieu voult estre poure. Que il fu poure , il apparut quant il prist nostre poure nature , et soustint
en li toutes pouretés que nous soufrons en cors, tant come il estoit homme , fors péchié , ignorance , et maladie.» — .
Un autre remède est considérer, penser et désirer les richesces du ciel. De quoi St Grégoire dist « On a en vilté les choses temporeus quant on convoite et désire les biens esperituels, c'est la grant gloire du Paradis.
Le deerrain remède que nous mettrons est , que \\ homs, par aumosnes et par oroisons, et par autres biens et euvres de miséricorde, puist empêtrer grâce à Dieu. Laquelle grâce souffis à celi qui Ta , à délivrer de tous maus et de tous las de convoitise et d'avarice. Dont nostre Sire dist en l'Evangile : «que c'est trop fort d'entrer le riche el règne des ciex » • Et les Desciples distrent <c Qui pourra donc estre saus?» Et nostre Sire respondi «Ce ne puét estre que l'omme convoiteus par soi se puisse délivrer de ses richesses , et se puisse retraire de sa convoitise » .
Et pour ce, fait molt à douter le péchié de convoitise et d'avarice , duquel Dieu , par sa grâce , nous voillc tous déUvre, Amen !
flïe înxnxt.
'escripture dist « que le déable se dort en péchié de luxure, pour ce que, en cesli péchié, on li rent rame et le cors entièrement ; et de tous les membres que li homs a, il li fait offrande et service: et pour le grant conquest que il y a. Quer es autres péchiés, il prent les gens un et un ; mais en cesti, il les prent deus et deus, et à la fois quatre et quatre : cens qui le péchié font, cens qui le pourchacent, tous ceux qui ce soustiennent. Je ne di pas de la mère qui vent sa fille, ne du mari qui seufre sa femme ; quer c'est traison à murdre. Après, le Prestre et les Justices qui seufrent les bordiàus et les mauvais hostiex; de tous les péchiés cpie on y fait il sont compaignons et perchonniers.
Or dirons du remède contre péchié de luxure.
QUI se veut garder du péchié de luxure , il convient que il se garde des achoisons qui atraient et amainent à cel péchié. Et espéciaument encontre cest péchié a trois remèdes ; quer le péchié de luxure est aussi conmie le feu. Quer, comme le pot à la porée est en costé le feu, et il bout si fort que il s'en fuit et va par desseure ; il y a trois remèdes : ou on gète de l'eaue froide dedens le
pot ; ou on soustrait de la busche du feu ; ou ou trait le pot arrière le feu* Aussi doit-on faire contre le péchié "de luxure. Quer quant on se sent tempté, un conseil est de courre à Teaue froide de geter sus li, ou li geter ens ^ ; ou il doit prendre bonne descipline , ou avoir en mémoire les paines que on dessert de tel péchié. Si comme on treuve en la vie des pères , d*un preudhomme qui fu griefioient tempté d'une femme que il avait herbegié en son hostel, pour Dieu. Et quant il se senti ainsi tempté , il aluma une chandèle , et arst tous ses dois. Et par cel grief que il soufri en ses dois , il fu délivré de celle temptacion ; et miex ama sans dois aler en paradis, que à tout dois aler en enfer.
Le secont remède encontre cest péchié , est que on soustraie au cors trop délicieus boires et mengiers ; et espéciaument de cens qui esmeuvent plus à luxure : si comme sont fors vins, et fortes sauces et poignans.
Le tiers remède est que li homs s'eslonge du feu de luxure ; si comme dist St Pol et le nous enseigne là où il dist : « Fuies fornicacion , ne Taprochies mie » . Quer aussi comme dist St. Ambroise «Encontre tous autres vices peut-on Ten estriver, et aler à rencontre, et avoir batalle de près ; mais de cesti ne se puet on si bien deffendre, comme par fuir.
Trois raisons sont par quoi on doit cest péchié fuir :
* Ens; dans.
La première raison est que luxure est feu , et Tomme est aussi comme fain et estoupes. La seconde raison, pour ce que cest pèchié est trop ort* ; et aussi, conune il ne fait pas bon nuiter à un homme qui est tout plain de boe, quer on se honniroit , aussi se doit-on traire arrière et fuir cel péchié, pour la honte de li. La tierce raison est que il ne se fait mie bon combatre de près à son anemi qui est tel, que comme plus Taproche-on, plus croist sa force : c'est luxure; et plus pert sa force cil qui va encontre cel anemi.
Aussi doit on fuir les lieus où on puisse veoir fenunes, ne estre veu de femmes ; et especiaument les lieus où Ten mène caroles sont molt à fuir, pour les péchiés que on y fait et puet faire. Et cens qui les mainent , et cens qui les regardent meffont.
Et que ce soit grant péchié de caroler, et grant mal, St Augustin le tesmoigne et dist que «c'est miex fait au Diemenche arer et fouir, que caroler » . Quer, puisque on deffent labour de cors as Diemenches et as festes , qui pourrait estre à Vonneur de Dieu fait, ou à son pourfit propre, ou à son prochain ; comment donques fu onques à nuli cel labour de caroler otroié, qui est au deshonneur de Dieu et de ses sains , et à la dampnation de li et de ses prochains?... non fu oncpies.
Après , cens qui carolent font contre les commande-
Ort, ord; sale (sordidus).
mens et les sacremens de Sainte Eglyse, en molt de manières.
Premièrement, il font contre le sacrement de baptesme; quer il trespassent les convenances que leurs parrains eurent en convenant à Dieu en baptesme. Quer leurs parains distrent pour eus « qu'il renonchoient au déable et à toutes ses euvres, et à toutes ses processions » .
Les processions au déable sont caroles; et cens et celés qui les mainent sont moines et nonnains au déable ; et cens et celés qui les regardent et qui sont entour, sont aussi comme les convers et les converses au déable, et partent à tous les maus que cens font qui les caroles mainent ; et tel fois est, font il pis.
Que les caroles sont les processions au déable, il apert parceque on tourne au senestre costé. De quoy la Sainte Escripture dist : « Les voies qui tournent à destre connoist Dieu ; celés qui tournent à senestre sont perverses et mauvaises , et les het Dieu » .
Encontre le sacrement des ordres font cens qui mainent les caroles, et sont aussi comme les singes au déable ; quer il font tel service au déable comme font les clers et les prestres à Dieu. Et souvent par leur chant et par leur caroles est le chant de Sainte Eglyse depecié * ; quer souvent avient que cens qui dévoient estre à vespres et au moustier, demeurent as caroles.
^ Depecte; dépecé^ défiguré, désorganisé.
Contre le sacrement de mariage pèchent aussi ceus qui font les caroles; quer là a molt d'achoisons de faire contre la loiauté de mariage, et molt d'esmouvemens par molt de chancons cpie on y dit et chante.
II font aussi contre le sacrement de confession ; quer on deffent et doit deffendre à ceus et à celés qui se confessent le caroler. Quer tous ceus et toutes celés qui carolent font péchié de tous leurs membres : en passer cointement*, en bras démener et hochier, en chanter, en paroler deshonètement, en oïr, en veoir, en cointes aournemens et jolis ; dont il pèchent mortelment, et font ceus et celés qui les voient, pèchier mortelment par leur nobles atournemens, et les esmeuvent à pèchiè de luxure cl à dampnement.
ÏDe (ï^louterme.
|E deerrain vice est gloutemie. Cest vice plaist molt au dèable; quer, si comme dist Tescripture, «Il dort tous jours es moistes lieus, comme fait pourcel ; les
*■ Cointement; légèrement, délicatement, avec intention d'être remarqué.
seurs lieus il fuit, c'est à dire , les sobres cuers » . Dont nos lison en TEvangile, que Dieu donna congié au déable d'entrer es pourciaus ; et quant il y fu, il les noya en la mer ; en segnefiance que , es gloutons qui mainent vie de pourcel, il a congié d'entrer, et d'eus noier en la mer d'enfer, et de eus faire tant mengier, qu'il crièvent, et tant boire, qu'il se noient.
Quant li champions a sou compagnon abatu , et il le tient par la gueule, à envis se rdiéve. Aussi est-il de celi que le déable tient par tel vice ; et pour ce volentiers li queurt il à la gueule , pour li estrangler, comme le leu à la berbis ; aussi comme il fist Adam et Eve en paradis, et comme il cuida faire Ihucrist el désert.
Gest vice desplaist molt à Dieu ; quer il fait molt grant honte, quant il fait son Dieu d'un sac plain de liens : c'est de squ ventre que il croit plus que Dieu , et ame, et sert.
Dieu li commande à jeûner ; et le ventre li dit : Non feras, certes; ains mengieras longuement et atrait». Dieu li commande à matin lever ; le ventres qui delez-li gist li dit : « Non feras ! je sui trop plain , dormir m'estuet... le moustier n'est mie lièvre... il m'atendra bien ! » .
Et quant il a tant dormi cpi'il ne puet plus, si se liève, et commence ses matines et ses proières: «Hé Dieu! que mengera-on huy ! trouvera-on huy à mengi^ chose qui vaille»? — . Après ses matines, commence ses laudes : lié Dieu ! comme nos eusmes bon vin er soir ! ne onques
mais lèle viande ne vi». — . Et comme pleure-il ses péchiés? tf Hélas! dist-il j*ai à nuit esté mort! trop fa fort cel vin d'er soir ; la teste m*en deult * ! Ja ne serai jamais aaise si arai beu ! » .
€i a mauvais Dieu. Gesti maine l'omme à grant honte ; si comme il appert à ces ribaus que tout le monde het et hue.
Premier, est taverneur ; puis, joueur as dés. Or, vent le sien, puis devient larron, ribaut ; or boulier * ou lerre, si le pent-on.
Gomment il se maine à poureté, ce voit on cbascun jour avenir. Il fait vendre terres , berytages; desbérîter ses enfans; l'avoir il toit , le cors il bonnist. 11 U toit le repos, le dormir, le povoir déjeuner et de Dieu servir. 11 le fait fiéble , et pesant , et malade , et le maine à la mort.
Gesti péchié devise St Grégoire en cinq brancbes; quer en cinq manières pécbe-on en gloutemie, par mengier ou par boire : ou , parce que on mengie devant heure , ou sans mesure, ou trop bastivement , ou trop ardaument, ou trop délicieusement.
Gest vice est molt lais à jone home ; mais il est trop grief à home d*aage. Dont Ysaie le prophète dist : « Enfans de cent ans soit maudis » . 11 apèle enfans ceU ou
* Deult,douloir; souffrir.
* Houlier ; crapuleux, etc.
celé qui vit comme enfès , qui los jours veut avoir le pain en la main.
Tu dois savoir que, aussi que c'est péchié de trop matin mengier, que aussi est-ce péchié de trop tart souper, se on ne le fait pour aucune nécessité. Dont ces gens qui ament tant à veiller par nuit , et gastent le tems en huiseuse, et couchent tart et lièvent tart, pèchent en moult de manières. Primes : en ce que le temps il gastent et bestournent , cpiant il font de la nuit jour, et du jour nuit. Et teles gens maudit Dieu par son prophète Ysaie ; et el sautier le dist : « Tu dois le jour bien faire , et la nuit Dieu loer et henourer.» . Et el livre de Job Dieu loe moult le sens du coc : « qui va se concilier au «oleil escousant et à mie nuit se resbaudist et commence à chanter. Et au jour ne s'oublie mie de matin lever, de querre sa viande, de ses gelines garder». Mais cens ne font ne l'un ne l'autre ; quer il pert le jour et la nuit.
Après, en tex velleries on fait molt de maus : jouer as esches, as tables; et dit-on molt de gas et de folies. Ainsi gaste le chaitif et son tans et son sens , et si courrouce Dieu, et griève son cors, et plus l'âme.
Pour ce sont cens beneures qui , d'enfance , sont doctrines de mener bonne vie ordenée et honeste; de coucher tempre et lever matin, comme font toutes relegions, et comme font les oisèles qui nous enseignent à lever matin et à Dieu loer.
Ceux qui viTent selonc fiâque* tiennent la mesure Ypocras, qui est petite et estrmte ; dont il sont souvent pales et maigres. Quer il ne font la volenté de la char ne de rame , ne ce que IMeu veult , mais ce que Galfen commande.
Geus qui vivent selonc honesteté , cens tiennent la mesure de raison , et vivent honourablement au siècle» qui mengient atans et à heure , et prennent en boa gré ce qu'il ont, et courtoisement et liément.
Geus qui vivent selonc ce que leurs péchiés requièrait, tiennent tèle mesure que on leur carchie en pénitance.
Geus qui vivent selonc Tesprit, ce sont cens que amour maine, que le St Esperit enseigne à tenir ordre et raison» et mesure, et relegion. Il ont la Segnourie sus le cors qui est discipline et doctrine , et ne demandent nul outrage; ains fait quenques F esprit commande, sans mnr^ murer et sans contredit. Tel gens doit on amer, et chiers tenir, et tel cors garder et nourrir.
Gil puet tenir seurement la rieule et la mesure que Dieu donna à ses apostres quant il les envoya preediîer, et leur dist ainsi « Partout là où vous entrés, mengiés et beves ce que vous trouverez; quer bon serjant dessert' bien sa viande » . Dont Dieu commanda en la vies loy « que on ne lie mie le musel au buef qui triture le blé en Faire» .
* Fisique, médecine, régime.
^ Dessert, desservir ; mériter.
Or pues tu v^ir ce que nos avons dit, que le déaUe a moult d*eii^ens pour les gens pr^dre par la gueule, qui de cest mestier sert. Quer, premièr^nait, il monstre les vins, les viandes qui sont bêles ^ convaiaMes, si comme il fist à Eve la pomme. Et se ce ne li veut, c< Menje, fait-il , et bwf *- comme fait cil et cil ; compaignie te convien-il tenir. Veus tu que on se gabe de toi» et que on te tiègne pour papelart>» ? Ou il lidit «La santé de ton cors tu d(Hs seur toute ries ' garder. Il n*a ri^i qui n'a santé. Tu pédies griefinent se tu es homecide de toi meisme.». Ou il li dist «(Regarde toi; lu dois à ton cors sa soustenanche. Regarde les Mens que tu as fais; tu n'en menjes pas pour ton cors dâiter, mais pour Di^i servir et ton prochain aidier. Tu dois ta force à IMeu, si comme dist David. Et St Pol dist «que pénitance de cors vaut petit, mais ouvres de pitié valent trop miex » .
Ces raisons sont si ataignans , que les plus sages et les plus sains en sont à la fois deceus.
Geste batalle est trop annuieuse : quer on ne le puet mie à un coup rompre , si comme on fait batalle de luxure, par veu de chastée. Mais jusqu'à la fin convient le champ garder ; et souvent avient que celui qui cuide avoir ceste batalle outrée , cpie il chieî après plus laidement. Et pour ce, est la batalle plus périlleuse;
* Boif, boifçre, boire.
* Seur totUe ries; sur toute chose (res).
quer le déable recule souvent pour miex saillir, et se repose pour miex férir. Et fait Tomme tant jeûner que il le jète en langour, et en tèle enfermeté que il li convient les grans délices querre ; et adont Tassaut-il hardiement et le vainc.
Pour ce list on , au mengier, es maisons de relegion, pour ce (jue , (juant le cors prent sa viande d'une part, que le cuer reprègne sa siève, d'autre part. «C'est la sainte parole Dieu dont l'omme vit » si comme Dieu dist en l'Evangile, quant le déable le tempta de gloutemie.
Or as-tu oï les péchiés qui viennent de gloutemie et de lécherie? Et pour ce que tiex péchiés paassent en la taverne qui est fontaine de péchié , pour ce te dirai des péchiés et des lécheries de la taverne.
ÎDe0 pécl)ié0 5e la ®ooente-
A taverne si est aussi comme une fontaine où péchiés sourdent; quer Tescole au déable y est où ses petits desciples estudient , et la chapèle où on fait son service et où on fait ses apertes mervelles , telles comme il apar lient au déable.
Vous savez bien que au moustier seut Dieu monstrer ses vertus et faire ses miracles : les aveugles renluminer, les contrais redrecier ; as Ibrsenés rendre leur sens , la parole as mus. Foie aux sours. Mais le déable fait tout le contraire.
Quant le glouton va en la taverne, il y va tout droit et bien ; quant il revient, il n'a pié qui le puist soustenir à droit, ains fait d'une voie deus.
Quant il y va, il oït, et veoit, et entent et parole bien ; quant il revient, il a tout ce perdu , quer il ne veoit, ne oit, ne entent, ne ne puet parler. Tiex sont les miracles que le déable fait, bieau Sire! Et cpielle leçon y lit-on? toute ordure on y aprent , et toute gloulemie ; mentir, jurer, perjurer, et mesdire des bons ; renoier Dieu, boulier et tremeler, mesconter et baréter, et mettre à honte l'un l'autre et à poureté. Là sourdent les noises, les tençons, les meslées, les homecides. Or me di, lequel pèche plus? ou les desciples, ou les maistres, ce sont les beveurs; ou les tavemiers, ou les Segneurs qui les seufrent et les soustiennent? Les Segneurs, qui tant aiment les ventes et les issues de ces tavernes , por les amendes qu'il ont des meffaits que on y fait ! Et lequel vaut le miex : ou celi cpii tient, ou ceh qui escorche? Ceux escorchent Dieu tout vif et desmembrent , et sa douce mère, et tous les sains du Paradis. Et cens qui les soustiennent sont perchonniers, n'est mie doute, de tous les meffais que l'on y fait. Et certes, se on en deist autant ou feist à leur père charnel , comme on y fait à
DOStre père du ciel; eA à )eur mère, comme wi y fut à nostre dame ; et à leur garçons, comme oa y Esdt as saios de Paradis, il l'amenderaient cbièranent, et conseâl y mestroient les Segneurs aub% que il ne font.
Par tous ces arbres et ces rainciaus que nous avons n(Hnmés, et en tant de brandies que nous avons nombrées , a molt de fuelles et petit de fruit.
Or nous doinst Dieu fme tel fruit,
Que nous puissim sauver trestuit ' .
Ce nos étroit par sa bouté
Cil qui haut maint* en trinité,
Qui vit, et règne et régnera
In teadorvm lemila.
Amen.
* Trestuit; tous, trè tous (patois).
* ifaint, maner; demearer (manere). Signifie aussi moindre (minus).
I COMMENCENT LES PÉCHIÉS DE LA LANGUE, ET APRÈS SONT LES FRUITS QUI PUEVENT VENIR DE LA LANGUE.
^sMUi veut savoir et penser les péchiés de la langue, il S^li estuet peser, et contrepeser la parole quelle qu'elle soit, et dont die naist, et quel mal elle fait. Quer il avient que la parole est péehié en soi, pour ce qu'elle est maie. Et si r'avient qu'elle est péehié, pour ce qu'elle ist de de très mauvais cuer. Et derechef il avient que la parole est péehié, pour ce qu'elle fait grant mal, tant soit-elle belle et polie.
Or dois savoir que la maie langue est l'arbre que Dieu maudist en l'Evangile, pour ce que il n'y trouva rien, fore feuilles.
— ilk —
Par feulles, en la Saincte Escripture , sont entendues paroles ; M aussi , comme c*est forte chose de nombrer toutes les feuilles des arbres , aussi est-il forte ehose de nombrer tous les péchiés qui de la bouche naiâsent.
Nous mettrons dix branches chévetaignes qui de eest arbre naissent ; et ces dix branches povons-nous ainsi nommer : HUISEUSE , VANTANCE , LOSENGE , DÉ- TRATION, MENCONGE, PERJUREMENT, CONTENS, MURMURE, REBELLION, BLiPHÈME — .
)De0 parole0 t)ui0eu£ie0.
^Eus qui s'abandonnent trop à parler paroles huiseuses ichéent en grant damage» dont il ne s'aperehoivent mie. Quer il perdent le temps précieus dont il aront encore grant soufrsdte , et perdent les biens cpi'il peussent et deussent faire, et perdent le trésor du cuer, et Templent de vanité. Ils déqueuvrent le pot, et les mouches y entrent. Ils les appèlent paroles huiseuses, mais non sont ; ains sont molt cousteuses , et damageuses , et périlleuses , come cèles qui le cuer voident de ses biens et
le raemplent de vanité, et comme cèles dont il leur convendra rendre conte moult estroitement de chascune devant Dieu, au jour du Jugement, si comme Dieu dist en TEvangile.
N'est pas petite chose, ne huiseuse, dont il convendra rendre conte et raison en si haute court, comme devant Dieu et tout le barnage du Paradis.
En telles huiseuses paroles péche-on en cinq manières. Quer il sont unes paroles vaines dont ces langues sont si plaines , qui parlent avant et arrière , qui sont comme le batel du molin qui ne se puet taire. Et si resont unes paroles curieuses de ceuz qui tant volentiers content nouvelles, qui mettent souvent le cuer à mésaise de ceux qui escoutent, et font les reconteurs souvent tenir pour faus et pour menteurs.
Après, sont les contes et les beaus dis où molt ont de vaine gloire ceux qui les sèvent soutivement dire, pour les escouteurs bien faire rire.
Âpres sont les bourdes et les trufes plaines d'ordures et de menchonges, qu'il appèlent paroles huiseuses; mais certes n'en sont , ains sont molt puantes et molt greveuses * .
Après, résout les gas et les eschamissemens que il dient seur les preudommes et seur les preudefemmes , et seur tous cens qui bien veulent faire , pour ce qu'ils les
* Greveuses, greveux, grevoux; désagréable, fâcheux (gravis).
puissent à leur cordèle atraire, et del bien qu'il ont eoncheu retraire.
Ce ne sont mie paroles huiseuses : quer tu es aussi corne homecide se tu, par ta langue , retrais un homme ou un enfant de bien faire. Et t'en sait Dieu autant de gré, que si tu li avoies son fils tué, ou son trésor
emblé.
SDe bantame.
' PRÈS vient le péchié de vantance, qui est molt grant» [et molt lait, molt fol et molt vilain.
n est molt grant, quer celi qui se vante est apertement larron Dieu , et li veut sa gloire tollir, si comme nous deismes piécha.
C'est un moût fol pécbié ; cpier ces biens dont il porrait accpierre le ciel , il donne pour un poi de vent.
Et si r'est molt lait péchié ; quer le siècle meisme le tient pour fol, et pour vilain, et pour nice.
En ceste branche a cinq feuUes ; ce sont les cinq manières de vantance.
L'une est prétérit, c'est à dire de chose passée.
C'est le péchié de ceus qui volentiers racontent leurs euvres et leur prouesces, et ce que il cuident avoir ou bien fait, ou bien dit.
L'autre est de présent; c'est le péchié de ceus qui rien ne font liément , ne ne se painent de bien faire ou de bien dire, fors tant comme on les voit, ou oit, soit en faisant ou en disant , ou en chantant ; et se vantent , et vendent pour nient quenque il font. A ce apartient le péchié de ceus qui se vantent des biens cpie il ont, ou cuident avoir : de leur noblesce, de leur richesce, de leur proesce. Il sont comme le cucu, qui ne set chanter fors de li.
La tierce est le péchié de ceux qui sont fourcuidiés; qui dient, «j'en feroie ce, et ce. J'en feroies les mons et les vaus».
La quarte si est plus soutive: qui est de ceus qu n'osent pour honte eus loer, mais cpienques les autres font et dient trestout blasment, et desprisent, aussi comme rien ne se préist* à ce qu'il sévent faire et dire.
La quinte est encore plus soutive : de ceus qui, cpiant il veulent cpie on les loe , et ne l'osent dire apertement, il le font à rebours ; et font tant l'umiliant , et dient que il sont si mauvais , et si pécheurs , et si nient sa-
^ Préist, priir; aller devant, devancer, surpasser, valoir mieux (praire).
chans (plus trois tant que il ne sont), pour ce que on les loe , et cpie on les tiégne pour bien J^umbles.
« Hélas ! » dist St Bemart «come ti a dolereuse vantanee ! Il se font déables, pour ce que on les tiégne pour angles; et se font mauvais, pour ce que on les tiégne pour bons. Ne plus ne les porroit-on courroucier que pour dire , vos dites voir ! » •
A ce apartient le péchié de ceux qui quièrent avocat pour eus loer, et pour crier leur oublies, par quel bouche il parlent plus hardiement. — .
)De îostn%t
ES losengiers sont les nourrices au déable , qui ses enfans li alaitent, et endorment en leur péchiés par leur biau chanter. 11 oignent la voie d*enfer de miel, comme on fait l'ours, pour ce que les pécheurs y voisent * plus hardiement.
*■ Foisent, voiser, s'a^oiser, se mettre sur la voie, s'embarquer, partir (via).
Cest péchié se divise en cinq parlies , qui sont aussi comme cinq feuUes en ceste branche.
Le premier péchié est de ces flateurs qui , quenques il voient que celi ou celle que il veulent loer a bien dit ou bien fait aucune chose, tantôt le dient à li meisme, pour ce qae il en ait vaine gloire ; mais ses maus ne li diront-ilja.
Le secont péchié est : quant il croissent en doublant les petits biens que dient leur enfans que il alaitent , et mettent du leur, tant cpie il y a plus de menconge que de voir. Et pour ce sont-il appelés faus témoins en la Sainte Escripture,
Le tiers péchié est : quant il font entendre à Tomme ou à la femme que il a en li molt de biens et de grâces dont il a nule ; et pour ce les appelé TEscripture enchanteurs. Quer ils enchantent tant Tomme, cpie il les croit plus que li meisme , et que il croit miex ce que il oit que ce qu'il voit, et ce que il dient de li , que ce que il en sent.
Le quart péchié est: quant il chantent tous jours placebo, c'est à dire «Me Sire dît voir! — Me Sire fait bien ! » , et tournent tout à bien (juanque li homs fait ou dit, soit bien ou mal.
Et pour ce sont-il appelé écho, c'est le son cpii es hautes montaignes retentist et s'acorde à quanques on dit, soit bien, soit mal, soit voir, soit faus.
Le quint péchié est : quant les flateurs deffendent, escusent et queuvrent les vices et les péchiés de ceus que
il veulent flater. Et pour ce, sont il appelés en l'Escripture queues ; cpier il cuevrent les ordures des péchiés des riches homes, pour aucun preu temporel. Dont il sont bien acomparagiés à la queue du goupil S pour leur barat, et pour leur tricherie.
Ï5e ÎDetrartion.
|Es losengiers et les mesdisans sont d*une escole.
Ce sont les deus seraines dont nous trouYooB el livre de NATURE DES BESTES, qu'il sont uns monstres de mer que on appelé Seraines, qui ont cors de fenune, queues de poisson, et ongles d'aigles; et si doucement chantent cpie il endorment les maroiniers , et puis les
* Goupil; renard. — Goupiller; se cacher, faire le poltron. — Goupillage; tromperie, ruse. — Goupillon, balai avec lequel le prêtre répand Feau bénite.
• Les goupils ont fossées, et les oiseals des ciels lours nies, mais le fil del home ne ad où récline soun chief. ».
Traduction de Jehan de Vignai (Matth. 8, 20). A» 1315-1340.
deveureat. Ce sont les losengiers qui, par leur biau chanter, endorment les gens en leur péchîés.
Il resont uns autres monstres qui ont à non Seraînes, qui queurent comme cheval , et à la fois volent , et ont le venin si fort, que nul triade n*y vaut rien. Quer ains vient la mort, que on ne sent le mors.
Ce sont les mesdisans dont Salemon dist « qu'il mordent comme serpens en traison , et à un coup en tue trois : ceU qui mesdit , celi qui cscoute , et celi de qui on mesdit » . C'est la très cruel beste que on appelé hyenne, qui deffuet * les gens mors , et les menje. Ce sont ceus qui mordent et menjuient les preudommes de religion qui sont mors au monde. Il sont plus cruds qu'enfer qui ne deveure mais que les mauvais. Mais iceus queurent sus as bons. Dont il passent la truie quant die a pourcdé , qui trop volentiers mordent homme qui est vestu de rcAe blanche*.
Il sont aussi comme la hupe qui en ordure d'omme fait son ni, et s'y repose. Ce sont les escharbos qui les flours fuient, et les fiens aiment.
En ceste branche a cinq feuUes : la première , quant il contreuvent la menchonge et le mal , pour autri damagier, et blasme alever.
* Deffuet, deffouir; fouir (defodere), s'enfuir (fugere).
' Les Prémontrés étaient vêtus d'une longue robe blanche, de laine grossière, avec un sayon plus court, de même étoffe, chaperon d'un gros feutre blanc, et étaient appelés par le peuple, moines blancê.
La seconde est : quant le mal qu'il oient d'autri il recontent, et y ajoustent du leur.
La tierce , quant il estaint , ou mest à nient tous les biens que Tomme fait, et le fait tenir pour mauvais. Gestui menje Tomme tout entier; et les autres ne le menjent mie tout, ains le mordent, et en prennent une pièce.
La quarte branche de ceste feulle est appelée proprement détraction ; quant il detrait et recoupe toujours aucune pièce des gens. El des biens qu'il ot dire d'autri devant li, toujours y treuve-il et y met un MAIS.
«Certes, fait-il, c'est voir; il est raolt preudomme, et je Taime molt. Mais. .. il a tel deffaute en li ; ce poise moi !» — .
C'est Tescorpion qui blandist^ de sa face, et envenime de sa queue.
Le cpiint est : quant il pervertist et tourne tout en la pire partie quenques il oit et voit que on puet torner en bien et en mal. Et pour ce est-il faus juge et desloial.
^ BlandisU blandir; flatter (blandiri).
!De iHenconge.
lENcoNGE fausse romme aussi comme on fausse le îséel le roy, ou la bulle Tapostole. Et pour ce que tel homme fait fausse monoie , et porte faus séel, sera-il jugié comme faussaire au jour du Jugement.
Le menteur est entre les hommes comme les faus deniers entre les bons.
Le menteur est semblable au déable qui est son père ; si comme Dieu dist en TEvangile : « quer il est menteur, et père des menconges, comme celi qui la première menconge forja ; et encore forje-il toute jour » .
Le déable se monstre en moult de fourmes, et se transfigure en moult de guises, pour les gens décevoir. Aussi fait le menteur. Dont il est aussi comme le Caméléon qui vit de Tair, et n'a nient entre ses entrailles fors vent, et qui à chascune couleur qu'il voit , mue la sienne.
En ceste branche à trois rainciaux ; quer il sont unes menconges aidans, et unes plaisans, et unes nuisans ; et en toutes a péchié. Quer, si comme dist St. Augustin « Celi qui ment , comme que il face bien è autri par sa menchonge, toutevoies il fait son propre damage.». Dont, les menchonges aydant sont péchiés.
Mais les menconges plaîsans sont plus grans péchiés ; si comme sont les menconges des losengiers, et des menetrex, et des traffeurs qui dient les menconges , et les risées, et les bourdes pour les gens soulagier. Et au dire, et à récouster a péchié , n'est mie doute.
Mais les menconges nuisans sont péchés mortiex, quant on les dit à ensient et apenséement pour faire damage à autri. A ceste branche apartiennent toutes les faussetés et les foliacés , les haras et les guiles que on fait et dit parmi le monde, pour autri décevoir et damagier ou en âme, ou en cors, ou en avoir, ou en renonunée quelle que èle soit.
IDe perjurer.
|ALE chose est mentir, mais plus grant péchié est
ide soi perjurer.
Trop périlleuse chose est jurer ; et pour ce le défend
nostre Sire, nenne pour ce que on ne puist en nul point
jurer sans péchié, si comme dient les Bougres, mais
pour ce que souvent jurer fait souvent perjurer, et sou-
vent péchier. Quer en sept manières péche-on en sérement.
Premièrement , quant on Jure ardaument , c'est par despit, et volentiers ; si que il semble que on se délite. Pour ce deffent St-Jaques, nenne le Jurer, quant besoing est, mais la volenté et la lécherie de jurer.
Après, quant on jure légièrement, c'est pour rien, et sans raison. C'est deffendu d secont commandement de la Loy que Dieu escript es tables de pierre de son benoitdoit.
Après, quant on jure accoustuméanent , aussi comme à chascun mot. Quer il sont aucuns si mal ensdgnés, qu'il ne saroient riens dire sans jurer. Cens ont Dieu en trop grant despit, quant toute jour, et pour nient l'appèlent à tesmoing de quenque il dient ; quer jurer n'est autre chose que appeler Dieu à tesmoignage. Moult doit estre la querèle grande, et raisonnable , et vraie , où on ose si haut Sdgneur comme Dieu est , appder à te^ moing, et li, et sa mère, et ses Sains. Après, quant on jure follement. Et ce avient en molt de manières : quant on jure par ire et soudainement, et ce dont on se repent après. Ou , quant on jure chose que on ne puet tenir sans péchié; (tiex sermens on doit enfraindre, et faire pénitance du fol serment.) Ou, quant on jure certainement de la chose dont on n'est mie bien certain, ja-çoit ce qu'elle soit vraie. Ou, quant on dist : «Par le soleil qui luist; par cest feu qui ci art»; ou «par mon chief»; ou «par l'ame ma mère ou mon père » ; ou autre semblable chose.
Tiex séremens deffent Dieu en TEvangile. Quer à ce que je veul confermer, je n'y doi pas traire à tesmoing autre que la Souveraine vérité, c'est Dieu qui tout set, nenne les pures créatures qui ne sont que vanités. Et quant je les jure apenséement , je leur porte un des honneurs que je doi porter à Dieu seulement. Mais quant on jure par l'Evangile , on jure par celi à qui les paroles sont qui y sont escriptes. Et quant on jure par les saintes reliques, et par les sains de Paradis, on jure par eus, et par Dieu qui en eus habite.
Après , quant on jure vilainement de Dieu, et de ses sains. En cest péchié sont crestiens pires que Sarrasins, qui ne jureroient pour nule chose, ne ne soufferroient que on jurast devant eus si vilainement de Mahomet, comme font de Ihucrist les crestiens meismes.
Ils resont plus cruels que les Juis qui crucefièrent Ihucrist ; quer il ne U brisièrent nul des os. Mais ceux le dépiècent plus menu que on ne fait le porc à la boucherie.
Cens ne demandèrent riens à nostre Dame , et ceus la dépiècent si vilainement, et li, et les autres sains, que c'est mervelle que crestienté le seufre.
Après, quant on jure faussement, ou quant on porte faus tesmoignage , ou on jure faus à ensient , en quèle manière que ce soit , ou apertement , ou couvertement, par art ou par sophisme.
Molt est grande la débonnaireté de Dieu, quant tel hom' jure ce qu'il set bien qu'il n'est pas voir, ou
pramet chose que il ne veut pas toiir, quant le déable ne Testrangle tout maintenant. Quer quant il dist «Se Dieu me gart», ou, se Dieu m'ait»*, et il ment: il se met hors de la garde et l'aide de Dieu.
Or deust , par fin droit , donques perdre sens et mémoire , et cors et avoir, et âme, et quanques il tient de Dieu.
ÏBt contenu.
[AiNT Augustin dist que « rien ne ressemble tant as [fais au déable, quetenchier».
C'est mestier, donques, n'est pas doute s'il plaist molt au déable , et desplait à Dieu qui n'aime fors pais et concorde.
Geste branche se devise en sept rainsiaus, dont le premier est ESTRIVER ; le second, TENCIER; le tiers,
*■ Ait; troisième personne du singulier présent indicatif aidier, aider. Au verbe auxiliare avoir, la même personne s'écrit quelquefois ad.
LAIDENGER; le quart, MAUDIRE; le quint, RE- PREUCHE ou REPROUVER; le sixisme, BIANECiER; le septisme, DESCORDE susciter.
Quand le déable voit amour et concorde entre les gens , molt 11 desplaist. Et pour eus faire descorder, îl fait volentiers son povoir à eus faire estriver, et le déable commence le feu d'ire et de mautalent à embraser. Dont, après le conlens et Testrif , vient la noise et la tençon ; tout aussi , quant on alume le feu , vient la fumée , et puis la flambe.
Estrif et contens si est quant Tun dist à l'autre «Si est, non est». «Non fu, si fu».
Tençon est quant il desmentent l'un à l'autre, et dient grosses paroles.
Après ce , viennent les laidenges ; c'est quant l'un point l'autre, et dient grans félonies.
Quer il sont uns fdons qui ont les langues plus trancheans que rasour de Guingant, plus isneles * que sajètes Yolans , et plus perchantes que alesne. Tel homme ressamble au porc espi, qui tout est vestu d'alesnes poignans , et est trop fel , et trop tost se courrouce. Et quant il est irié, U lance ces alesnes de son cors, et fiert à destre et à senestre. Aussi ressemblent il au mastin fel qui mort et abaie tous ceux que il puet.
^ Isneles, isnel, isnelle; agile, dispos, prompt. Au pluriel iméaul (ignitus, igneus). Isnel le pas; sur le champ (ignito pede).
Après, viennent les maudisons; c'est quant Tun maudit l'autre. Et ce r'est si grant péchié, que VEscripture dit que « Qui maudist son prochain , il est maudit de Dieu». Et St Pol dist que «Tex gens ne puevent le règne Dieu avoir » . Et Salemon dist que « leur bouches sont comme le pot qui bout au feu, qui espant deçà delà s'escume, et eschaude ceus qui sont entour li.
Après viennent les repïeuches , qui sont encore plus grans péchiés : quant on repreuve à Tomme ou ses péchiés, ou ses folies, ou sa poureté, ou ses poures parens, ou aucune défaute qu'il a en li » .
Après ce, viennent les meslées, et comme les guerres. Mais, seur tous ces péchiès que nous avons nonunés, passe le péchié de ceux qui, par leur maie langue, soustiennent et mainent les descordes, et esmeuvent les mautalens entre ceux qui sont amis ensamble , et qui destourbent la pays et la concorde. Dieu het trop tex gens, dist TEscripture.
IBt MnvmuKt
[ouvENT véon avenir que celi qui n'ose respondre ne ttenchier, que il commence à murmurer entre ses dens, et à grondiller. Pour ce, après le tenchier, met-
tons-nous le péchié de murmure. Gomment cel péchié est grant , nous monstre bien la venjance que Dieu en fait et seut prendre, si comme la Saincte Escripture recorde. Quer pour cesti péchié ouvri la terre, et transglouti Dathan et Âbyram, et descendirent tous vis en enfer. Pour cest péchié, envoia Dieu un feu du ciel qui art Choré et tous ses compaignons, deux-cents cinquante (GG et L) des plus grans qui fussent en Tost nostre Ségneur el désert. Pour cest péchié, perdirent les Juis la terre de pramission que Dieu leur avait pramise ; si que, de IL VI mile que Dieu avait geté * du servage au Roy d'Egypte, et que il avait nourri el désert XL ans, de la manne du Giel, n'entrèrent que deux, sans plus, en la sainte terre, qui eurent à nom Galeph, et Josué. Ains morurent tous à doleur, el désert.
C'est péchié a deus branches: l'une est murmure contre Dieu, l'autre, contre homme. Gontre homme règne cest péchié en molt de manières : comme serjans contre leur Ségneurs , et bayasses * contre leur dames ; en enfans contre leur pères et leur mères , en poures contre les riches, en vilains contre les chevaliers , en lais contre
* Geté,geter,gecter^gitter;}eieT^ calculer, supputer, mettre dehors, lâcher (jaclare). — L'auteur fait erreur de nombre ici. Les Israélites se trouvèrent 603,3S0. Nomb. I, kù» — Jetions, petites pièces servant à marquer le jeu.
' Bay<âse, bagasse; domestique, jeune fille. Devenu par la saite un terme injurieux.
clers et contre prélas ; en eloistriers contre les abés, et les prieurs, et les officiaus.
Et naist cest murmurement en tiex personnes : ou , d'inobédience , pour ce que on fait trop dur commandement; ou d'accide, pour ce qu'on est trop parécheus; ou d'impatience , pour ce que on ne fait pas toute leur volentés; ou d'envie, ou de félonie, pour ce que on avance plus les uns que les autres. Et molt d'autres mauvaises racines.
Murmure contre Dieu a encore assez plus d'accoisons dont il ist. Quer homm' qui a perdu grâce et patience, il veut estre maistre seur Dieu. Quer, de quenque Dieu fait en terre, se il ne le fait à sa volenté, tantost murmure contre Dieu et contre ses sains , et chante le Patenôtre au singe, certes mais, la chancon au déable. Quer, ainsi comme le St. Esperit enseigne , et fait ses eslis chanter en leurs cuers le dous cant du ciel, c'est Deo gratias, de quenque il fait , et de quenque il leur envoie : aussi le mauvais esprit fait ses deciples chanter du chant d'enfer, c'est de murmure qui tous jours durra en enfer.
Et quenque Dieu fait, si ce n'est tout à leur gré, tantost en murmurent.
Certes, molt est tel home fol et forsené, qui veut que Dieu h rende raison de quenque il fait. Se il li envoie adversité , poureté , maladie , chier tems, pluie et sécheresse ; se il donne à l'un et toit à l'autre ; se tout n'est fait à sa devise, tantôt s'en prent à Dieu et le malgrée.
Et qu'el mervelle, se Dieu se venge de tels gent qui li veulent tollir sa Ségnourie ?
Ele Hebeiiion.
|ÀLE chose est murmure, mais trop vaut pis rebelïlion.
Rébellion est un vice qui vient de cuer, qui est rebelle, et dur, et rebors*, et divers : qui tous jours veut que sa volenté soit faite, et sa sentence tenue : qui veut que les autres souploient à li, et il ne souploieroit à nuli. C'est le cuer dur que Salemon dit « Que il ne puet faillir à maie fin».
Cest vice a quatre branches ; quer tiex cuers sont rebelles, et rebours à conseil croire, et au commandement Dieu faire , et à chastiment soufrir, et à doctrine recevoir. Se aucuns de leur amis les veulent conseiller, et leur preu monstrer, ne les daignent-il escouter ; anchies.
* Rehors, rebours; revèché, rebutant. Mais il signifie aussi d'agréable, de gracieuse humeur.
pour ce qu'il en ont parlé, font-il plus volentiers le contraire. As conseils nostre Ségneur sont-il souvent contraires et rebelles ; se on leur conseille chose qui soit au salut de leur âmes, n'en veulent-il rien faire, anchies s'en gabent.
Après, quant on les chastie et reprent, il se deffendent comme senglers, si que eus, né leur folies il ne connoissent; et comme plus s'escusent, plus agreige* le péchié. Aussi est-il, quand Dieu les bat et chastie ; malgré l'en sévent, et dient: «Que me veut Dieu? que li ai-je méfait?». Et ainsi fait le fol. Quer ce qui li doit estre triade li tourne en venin , et le médecine li donne la mort.
Après , il sont aucuns de si divers sens , que nulè bonne doctrine ne rechoivent ; mais tous jours défendent leur sentence, quele que èle soit. Si que souvent en chiéent en erreur, et fausses opinions, et hérésies et mescréandises.
* Agreige, agregier, agreigier; s'appesantir sur quelque chose, se trouver plus mal , supporter avec peine, s'agraver (aggravare).
« La croiz estait mise devant son lit et devant ses eux ; la quelle i fu mise par le commandement du Sainct Roys méesmes , quant il commanca à agreigier. » Vie de St. Louis.
Lafontaine nous Ta conservé avec une variante, dans la Matrone d'Ephèse :
« Chacun rendit par là sa douleur rengrégée. »
!Dc 6ia|)t)ème.
>LÀPHÈME est, si comme dist St. Augustin, «ou, quant ;on croit ou dit de Dieu chose qui n'y soit, ou que on ne doit croire ne tenir ; ou quant on ne croit ce que on ne doit tenir » . Mais espéciaument nous appelons ci blaphème, quant on mesdit de Dieu , ou de ses sains ou de ses sacremens de Saincte Eglyse.
Cest péchié est fait en molt de manières; ou, quant on le 4it apenséement , comme font les Bougres et les mescréans : ou quant on le dit par convoitise de gaagnier, comme font ces enchanteurs et ces sorchières : ou, quant on le dit par ire et par despit , comme font ces joueurs qui tant vilainement jurent le cors Ihucrist, et si vilmesdient de Dieu et de sa bonne mère, que c'est horreur à oir, et à escouter. Cens sont comme chiens esragiés qui mordent, et ne cognoissent pas leur Ségneur.
C'est péchié est si grant, que Dieu le punist aucune fois tout apertement, comme nous avons dit devant, quant nous parolames des mauvais Juis.
De cest péchié Dieu dist en l'Evangile : « qu'il n'îert japerdonné en cest siècle, ne en l'autre ».
Or, avons-nous nombre dix péchiés de la langue, dont la première est huiseuse, la derraine, blaphème.
Et, par avanture, c'est ce que dist Salemon que «le commencement de la maie langue est folie, et la fin, erreur très pesme » .
Ci finissent les sept péchiés mortiex, et toutes les branches. Qui bien s'estudieroit en cest livre, il y pourroit molt proufiter, et aprendre à conoistre toutes manières de péchié, et à lî bien confesser. Quer nul ne se puet bien confesser, ne de péchié garder se il ne le connoist. Or doit donques * celi qui en cest livre list, regarder diligaument se il est coupable de nul de ces péchiés devant dis; et, se il se sent coupable d'aucun, il s'en doit repentir, et diligaument confesser, et garder à son povoir. Des autres dont il n'est coupable, doit Dieu loer, et mercier humblement que il l'en a gardé.
*■ Donques; donc. Dans tous les antres endroits où Fauteur emploie celte conjonction , il récrit dont^ adont qui est encore celle de notre patois romand.
IDu profit ht la langue.
fR VOUS veul montrer un poi comme vos devez [parler et soigneusement vos paroles garder ; quer TEscripture dist : « Tu seras justefié de tes paroles , ou dampné». Certes, grant honte est quant l'onime est dampné de ses paroles.
Comme St Jérôme dist « Oiseuse parole si est qui ne porte point de profit; et sont molt de gens qui n'acontent * rien à ces péchiés véniaus ; et il ne lor souvient mie de ce que nostre Sire dit en VEvangile «que de toutes les oiseuses paroles que li homs dit , il rendra raison au jour du Jugement » . Et dit la glose une parole qui molt fait à redouter « que nostre Sire resgarde si près la vie de chascun , et si escoute si estroit nos pensées, nos paroles et nos fais, qu'il n'est si très soutive pensée, ne si petite , qui au jor du Jugement ne soit ramentevée et Jugiée.
Gardez-vous des petis péchiés, se vous voulés fuir les grans! — .
Une autre chose qui nous doit moult retraire des huiseuses paroles dire, si est que, par une oroison pure et
* Acontent, aœnter, raconter; raconter, passer en compte, tenir compte de (coraputare).
dévote, povons-nous acquerre la grâce nostre Seigneur, et le royaume de Paradis. Après, par bonnes paroles dire, povons-nous donner à plusieurs achoison de salut ; et si povons les âmes du purgatoire, qui en ont grant mestier, aidier, et secourre , et délivrer, et leur paine alégier.
En ce apert-il bien que l'home fait molt à reprendre et à blasmer, qui sa bouche déploie en huiseuses paroles ; quer il puet trouver et cueillir en sa bouche huit manières de fruis très dignes et très précieux , doiit ses espris pnet estre repeu et raempli, nenne seulement d'an en an , ou de mois en mois, mais chacun jour.
« De cest fruit , est-il escript es Proveri)es Salemon , chascun, dist-il, sera raempli du fruit de sa bouche » .
Le premier fruit si est de DIEU LOER, et l'autre est, de LI GRACIER. La préciosité de cest fruit est, et apert, es arbres de paradys; ce sont les angles et les saintes âmes qui portent douz fruit ; quer il ne fons onques que Dieu loer et gracier, si comme dist le prophète.
Le tiers fruit si est OROISON. La digneté de ce fruit puet-on savoir, à ce que les angles la portent es dex, et présentent à nostre Segneur. Certes, molt est précieus jouel, quant si gentil messagier le présentent à Dieu.
Le quart fruit si est CONFESSION.
La préciosité de cest fruit apert, en ce que nostre Sire le veut tous jours avoir devant ses iex ; aussi comme le riche home , quant on aporte à sa table divers fruis , si en retient, et en met devant li du plus bel. Aussi nostre
Sire veut avoir devant li tous jours du fruit de confession, pour ce qu'il est bel.
Le quint fruit si est ATEMPRANGE , qui est en ce que on ne parole ni poi , ni trop ; et que ses paroles soient raisonnables et vraies, et que èles soient à la loenge et à la gloire nostre Segneur.
Le six fruit est ABSTINANCE DE BOIRE ET DE MENGIER. La préciosité de cest fruit apert, en ce que Tabstinence est de si grant vertu «que èle aloigne la vie d'omme» ce dist Salemon.
Le sept fruit est d'ENSEIGNER et d'aprendre son prochain ce qu'il doit faire et conunent il doit vivre. Cest fruit espéx^ialement , fist l'arbre de vie ; ce f u le fils de la beneoite vierge Marie , si corne il dist en l'Evangile.
Le huit, si est quant l'omme VOIT QUE ON FAIT TORT ET VILONIE A DIEU, ET A SON PROCHAIN; et il en parle, et l'en reprent, et argue. La préciosité de cest fruit est , que on en treuve petit ; quer petit voit-on de cens qui aient cest fruit.
Et garde chascun qu'il ait de ces fruit ; si fera que sage*.
^ Fera que sage, locution qui a encore toute sa force et sa couleur sous la plume de La Fontaine.
« Celui-ci s'en excusa,
» Disant qu'U ferait que sage
» De garder le coin du feu. »
Le pot de terre et le pot de fer.
Carbre 6tc
'ANT avon aie, esperonnant, que nous sommes ivenus, par la grâce de Dieu, à Tarbre sec.
Gest arbre est un arbre qui , en sa jonéce , f u planté seur bonne rivière * ; si comme le Prophète Ezéchiel le descrit, «très bien né, très bien norri, très bien venant», si que il semblait des arbres de Paradis.
«Gis arbres, si come dit Salemon, flouri si comme amandeliers » , c'est à dire, bien et bel. Mais «trop se hâta » si comme dist Ysaie « et vint un vens cbaus et ardans, et le brûla tout » , si come dit le devant Prophète Ezéchiel. Pour la quelle chose un autre Prophète, qui ont à non Joël, pleure, et crie, et fait grant deul en son Uvre. Quer, si comme dist Jérémie « ce qui deust profiter, et croistre , et moltepUer comme paumier *, ores
* Rivière; source, origine, exlracUoo, pays; ici, plant. —^ Enla rivière ; auprès, autour.
^ Paumier, paulmier; le palmier. Pèlerin qui , qui revenant de Terre Sainte, pour preuve en rapportait une branche de palmier.
« Job fu samblant au vert paumier.
Qui, tous tans, porte vert ramier, Vert en y ver, vert en esté ».
Roman d9 charité.
est devenu geneste qui bêle fleur porte, et nient de fruits ne riens ne vaut fors que au feu » .
Gest arbre nous monstre Testât et la vie de l'oaune qui bien commença à bonne vie , et sainte ; or crois! , et profite en grâce et en vertus , et en bonnes meurs , et flourist très bien, et jète boue ondeur par tout. Mais c<Ià où il est encore en sa première flour >» si dist Job « yieat un vent ardant de très grant ferveur, et li esrac^e les fleurs , et brise ses branches ; et il demeure sec, ^ brehaing* et bon à couper, et à geter au feu »> .
Gest arbre, à parler esperituelment, commencha bel et bien à geter les getons des sept vertus qui respondent as sept vices capitaus. Mais le vent ardant de grant ferveur, de propre sens, et de indiscrétion les corrompt, et les fait devenir vices. Quer foie humilité devient pusillanimité, par indiscrétion et par propre sens ; foie amistié devient charnalité; foie dâ)onaireté, niceté; foie prouesce, cruauté; foie largesce, prodigalité; foie chasteté, desloiauté; foie abstinence, pestilence. Or, entend bien comment.
Quant le Déable voit le novice serjant Dieu, et le voit nice, et voit que à senestre il ne le puet embatre es vices
et es péchiés dont nous avons parlé ; lors le cueuvre d'un mantel de vertu , et en espèce et en semblance de bien ' l'assaut à destre, plus soutilment que à senestre.
* Brehaing; stérile.
Or, li monstre comment il li convient très grant humilité avoir, qui doit parfaitement vaincre orguel e^ toutes ses filles. Lors le fait li meisme tant despire, et li dégeter, et anientir , et desprisier, que il cuide rien ne valoir, ne savoir, et que il chiet en pusillanimeté , c'est en une défaute de cuer. Quer il regarde tant ses défautes, et les périls où sont cens qui les grans biens font, que il ne s'ose aidier de grâce nule que Dieu li aîst prestée, ains repont le trésor son Ségneur dont il deust gaagner, et li et autri aidier. Comme fist le mauvais que Dieu laidenge en l'Evangile, et l'apèle serf, et desloial, ^ mauvais , et parecheus , et nient pourfitable , et le commande à ruer es ténâ)res d'enfer. Mais ainsi n'est pas humilité vraie , ne vertu acquise. Quer el champ convient entrer qui veut vertu acquerre.
Dont , nul n'est si hardi comme le vrai humble. Quer, si comme dit St Bernart , « de tant comme le juste es petites querèles a mains de fiance en soi, de tant a-il en Dieu es grans emprises plus de foy ; si comme il parut bien en la virge Marie, qui de grant foi, et de grant humilité est loée seur tous cens qui onques furent , après Dieu » .
Après, quant cel novice Serjans , sans raison el sans mesure , regarde envie , tant aigrement la commence à hair, qu*il chiet en une foie amistié. Quer, quant il deust son proisme amer comme li mdsme , il le conunence à amer plus que li meisme. Quer «à tort ou à droit il amera son ami » ce dit-il ; et met cel fol à ensient s'âme en péchié , pour garder ceste foie amistié.
Geste amour est foie, et desordenée ; quer «après Dieu, seur toute riens , tu dois amer t'àme , et , après t*âme, ton proisme» si comme dit St. Augustin. Dont, se tu âmes ton proisme plus que Dieu, ou que t*âme, tu n'es pas en charité. Pour ce dist Dieu en FËvangile » que nul ne puet estre son deciple , se il ne bet et père , et mère, et parens, et amis» (non pas les persones, mais les vices).
11 resont uns fols débonaires qui tant héent et fuient félonie et ire , que pour garder Tamour et la pais des hommes ils perdent molt souvent Famour et la pais de Dieu. Si comme il voient les maus et les péchiés que il deussent abatre, et il s'en taisent pour pais avoir.
Geste débonaireté est trop cruèle, dont St Augustin dit « Gertes , se ton frère a ou fer, ou plaie el cors , et il lèvent repondre pour raison du rasoir au mire, se tu, qui le ses, ne Tacuses, n'est-ce péchié? et, se tu le choiles, n'est-ce cruauté? Dont on seul dire «que mère piteuse fait fille ligneuse». El, ne est-ce grantdesloiauté, se tu ois et vois que on dit ou fait honte à ton père du ciel, et tu le seufres dèbonairemenl , el fais samblant qu'il
n*apartiègne de riens à toi? Dont dist bon mot St Johanbouche d'or. « Homme qui ses propres injures perdonne de légier, et oublie, c'est vertu et débonnairetê. Mais es injures Dieu estre débonnaire , est très grant iniquité et mauvaistié » .
Dont , tout aussi comme nul n*est si hardi , quant mestier est, comme le vrai humble; aussi n'est nul si roys en justise, comme li vrai débonnaire. Comme il parut en Moyses qui , au tesmoignage de la saincte Escripture, fu le plus débonaire homme qui fust au monde, en son temps. Mais, en péchié vengier, quant il le trouvoit, nul si cruel, ne tel justisieres ne fu.
Hé las ! dous Ihucrist, ceste vertu est, au tans qui ore queurt , molt bestornée ; quer des hontes que on fait à toi, nul n'a cure, mais sa propre injure chascun veut vengier, et sans pitié, et sans mesure.
Contre le vice d' ACCIDE et de foie parèce , respont le vice de FOLE PROESCE, qui est un vice molt périlleus.
Aussi comme cil qui est ordené en batalle, et rang et ordre ne veut tenir, ains veut poindre sans compagnie et sans conseil, pour los acquerre, aussi est de cens qui, sans conseil, font les pénitances trop grans, ou singulières, et desguisés ; veillent, jeunent> aourent, pleurent, portent la haire, tuent le cors.
— ÎO* —
Vaincu sont, se leur samble, se il ne passent les autres ; et font de leur cors sacrefîce au déable , que il deussent garder pour Dieu servir. Or, si , comme dit Samuel le Prophète «qui, contre raison et obédience, par son propre sens , fait sacrefice , il fait ofrande as diables , non pas à Dieu», et c'est à dire en deijoîs*, ydolatrie.
Contre AVARICE respont, d'autre part, le vice de PRODIGALITÉ, cest folle largesce.
Li aver toit, ravist et tient, el ce qui sien est, et ce qui sien n'est pas. Le fol large ne donne point, ains espant tout quenque il puet tenir as mains , et ce qui sien est, et ce qui âen n'est mie. Le large va voie moienne, que rien ne toult , à cui ce qu'il a soufist ; et donne le sien sagement , et liément, et de cler cuer , et là où il doit, et tant comme il puet, et si comme il doit.
Encontre LUXURE naist FOLE CHASTEE ou de cuer ou de cors.
*■ Clerjois, clercois; langue latine. Ainsi nommée parce que jadis elle était regardée comme la clef de toutes les sciences, et qu'elle se retirait dans la cellule du clerc , devant la langue romane qui frayait la roule au français.
Foie chastée de cors est en ceus qui en mariage sont, qui envers leur compagnie ne font pas ce qu'il doivent, ne ne ce que le mariage requiert ; et ce est roberie et desloiauté.
De cuer requièrent cil et cèles folement pureté et chastée qui, tantôt que il commencent à pénitance faire, devenir cuident angies , qui à mort se traient lues *, comme la pensée laide vient audevant. Et tant plus voit le déable que il se courrouce plus de droit, tant plus les assaut et en veillant et en dormant ; et les met en une doleur, et en une tristrèce, et en une conscience estroite et foie.
Et est de ceus , aussi comme de celi qui cuidait la maison si nétoier, que poudre ne poutié* n'y demourast. Mais, come plus nétoie , et plus viennent pouties parmi le rai du solail. Aussi est-il d'aucuns nices cuers et novices, qui veulent avoir la pureté des parfais , ains que il soient nés. Et quant il sentent une raiéte de clarté que Dieu leur monstre leur défautes , tant se veulent confesser et l'hôtel du cuer rammoner, qu'il tuent eus et autri. Et plus versent ce cueur et reversent, et plus roient' pouties et pensées que le déable fait venir, pour
* Lues; presque.
^ Pouties; saleté. Nous ayons encore en patois pou^ pouet; laid.
' Roient; rayonnent. — Rai, rayon.
eus mettre à mal aise, et pour eus retraire des biens que
il pourroient et devroieat faire.
Au vice de GLOUTERNIE répond, d'autre part, le vice d' AUSTÉRITÉ ; par qu<4 H homs est aussi comme homecidede H meisme, et desloiaus envers Dieu, quant il li loult son bon serjant, c'est son cors propre. Et c'est un des fors engjens au déable; si comme dist St. Bernart «Qner quant il ne puet abatre le chevalier, il se paine de son cheval tuer ». C'est à dire : quant il ne puet le courage qui tant est preus et fervens vaincre, lors se paine de li loldre son cors.
Ainsi vont li vice et li péchiés, fors voie, l'un à destre, l'autre k seuestre. Mais vertu va son chemin royal. Vertu est l'arbre qui doit en haut monter, pour ce qu'il attaigae dusques au ciel. Et pour celi convient-il ses branches à destre et à senestre molt soigneusement recouper.
!Be la (l)aine 5e0 mets.
Fr vous dirai comment li péchié sont enlachié Tun [l'autre- La chayne des vices dont le pécheur est lié s'entretient en telle manière : par orguel il laisse Dieu le père , pour ce qu'il ne veut pas estre subjcs ; ains veut tous jours estre desseure les autres. Et quant il veoit que les autres li passent, il cliiet en envie; et d'envie en ire et en haine. Or a-t-il perdu par orguel l'amour et le soûlas de ses prochains ; par ire, la joie et la pais de son cuer. Or a perdu tout vrai confort de cuer. Or chiet en accide et en tristrèce de cueur, et en annui. Et pour ce que il a perdu tout vrai confort dedens , il se met du tout à pourcarchier confort de vanité dehors. Primes, par les eus, des choses temporeus; et ainsi chiet en avarice.
Après, quant il a richesses , dont veut avoir le soûlas de la gueule, des vins et des viandes. Dont chiet en glouternie. Et quant le ventre est plain et eschauffé, si demande le déUt de rains, et chiet li chaitif en la longaigne* de luxure.
^ Longaigne; cloaque.
Or, pues tu veoir que ces sept vices s'entretienaent comme font aniaus en une chayne. Quer à li deslier, nul o'a pooir fors Dieu, sans plus *.
* Il est à obserrer qoe la ehayne des vices est placée dans le nia> nuscrit dans l'drtide Ire, avant les remèdes contre ce péché; par conséquent, avant Vaectde, Vavarica, la luxure et la gloutemte. Ge fragment a l'air d'aroir été composé en chemin, et déposé par l'auteur à la ju-emière place veoue, mais probablement avec rinteatioa de le reporter en son lieu ; ce que l'auteur n'aTail pas ^t, et que nous avons cru pouvoir nous permettre. N'est-ce pas encore ici im iodice assez fort que nous aurions pluKt un ouvrage original que la tradoction d'un poeroc encyclopédique î
a FINE LE ROMANS DES VICES, ET GOMMEIVCE LE LIVRE DES VERTUS.
NVIS MtERT QUI APRIS NE L'A. APREN A MOURIR, SI SAURAS VIVRE. QUER NUL BIEN VIVRE JA NE SARA, QUI A MORIR APRIS N'ARA. ET CELI EST
Se tu vcus vivre franchement, Appren à vivre liéement.
Se tu me dis com' on l'aprent.
Je le te dirai maintenant.
TS^MV dois savoir que ceste vie n'est fors que mors ; ^^quer mors est un trespas qui est raolt brief, ce set chascun. Dont on dit d'un homme, quant il muert, que il trcspasse, et, quant il est mort, que il est trespassé.
Ceste vie tout ensement n'est fors un trespasscment, voire moU brief; quer toute la vie d'un home, se il vivoit mil ans, ce ne saroit pas un seul moment, au regart de l'autre vie qui tous jours durra sans fin, ou en tour-
ment, ou en joie perdurablemeni. Ce nous lesmoignent bien 11 roys, et 11 conte , et les princes , el les empereurs qui la gloire du monde orent aucunes fois, qui en enfer pleurent et crient, et ullent\ et regrestent, et dient «Hélas! que nos valut ore nostre pooir, honeur, noblece, et richesce, et joie et beuban? Tout est trespassé plus tost que ombre , ne que oisel volant , ne quarrel d'arbaleste! Ainsi est trespassée toute nostre vie. Or fusmes nés , et tantost mors. Or sommes en perpétuels tourmens ; nostre joie est tornée en pleurs ; nos karoles en doleurs ; chapiaus , robes , déduis, festes et tous biens nos sont fallis ! » — .
Tels sont les chancons d'enfer, si comme TEscripture nous tesmoigne, pour nous monstrer que ceste vie n'est fors que un trespas molt brief ; et mort n'est fors trespas, et vivre n'est que trespasser ; dont, n'est vivre fors morir. Et c'est voir come Patrenostre. Quer quant tu commences à vivre , tantost tu commences à morir ; et tout ton aage, et tout ton temps qui passé est, la mort l'a conquis et le tient. Tu dis que tu as XL ans ; n'est pas voir. La mort les a, ne jamais ne les te rendra. Pour ce, est le sens du monde folie, et les clers voians n'y voient goûte. Jour et nuit font ceste cbose; et come plus le font, mains se connoisent. Et tous jours muèrent, et ne sèvent morir; quer jour et nuit tu muers, si comme je t'ai dit.
Ullent, ouller; hurler (ululare).
Encore en autre manière t'aprendrai-je cesle clergie, afin que tu saches bien morir et bien vivre. Or escoute, et enten : La mort n'est fors dessevrement * de cors et d'âme, ce set chascun. Or nous enseigne le sage Chaton »aprenon, fet-il, à morir. Départon Tesperit du cors souvent » . Ce firent plusieurs de ces grans philosophes qui cestè vie tant haoient, et le monde tant mesprisoyent, et tant desiroient imortalité, qu'il s'occîoyent de leur gré. Mais rien ne leur valoit, quer il n'avoient pas grâce, ne la foi de Ihucrist*.
Mais les sains hommes qui Dieu aiment et criénient ; qui , de trois mors , ont les deux passées, (quer il sont mors au péchié et mors au monde), or attendent la tierce mort, c'est la dessevrée de l'âme et du cors. Entre eus et Paradis n'a fors une paroi petite que il trespassent souvent par pensée, et par desiriers. Et, se le cors est par deçà, le cuer et l'esperit est par delà. «Là ont leur conversation, si comme dist St. Pol, leur soûlas et leur joie, et leur confort, et tout leur désirier » . Et, pour ce héent ceste vie qui n'est que mort, et désirent la mort corpo-
* Dessevrement, dessevrée; séparation, de dessei?rer : rompre un mariage, de là , sevrer un enfant.
« La belle Euriant demenoit grant deul pour son amy Gérard, dont ainsi esloit dessevrée. Roman de Gérard de Nevers.
' De Ihucrist. — Préposition de très-rarement placée devant les noms propres.
rèle; quer c^ est DAMOISELLE PORTE-JOIE que la morl, qui tous les sains couronne, et met en gloire.
Mors est as preud'ommes fin de tous maus, et porte, et entrée de tous bien. Mort est le ruissel qui départ mort et \ie. Mort est par deçà, vie par delà. Mais les sages de cest siècle qui deçà le ruissel voient si cler , par delà ne voient goûte ; et pour ce les appelé l'Escripture fols et aveugles. Quer ceste mort il apèlent vie , et la mort qui est as bons commencement de vie , il apèlent fin. Et pour ce héent-il tant la mort; quer il ne sévent que c'est, ne delà le ruissel n'ont point convoisé. Et il ne set riens qui hors ne va.
Dont, se tu veus savoir que est bien , et que est mal, is hors de toi; ishors du monde; apren à morir. Dessévre t'âme par pensée. Envoie ton cuer en l'autre siècle, c'est el ciel, et en enfer, et en purgatoire. Là verras que est bien et que est mal. En enfer verras-tu plus de doleurs que on ne seuroit deviser. En purgatoire, tu verras plus de tormens que on ne porroit endurer. En Paradis, plus de joie que on ne pourroit désirer.
Enfer t'enseignera comme Dieu venge péchié mortel. Purgatoire t'enseignera comment Dieu venge péchié véniel. En Paradis tu verras que vertu est bone euvre, et guerredonnée hautement.
En ces trois choses a quenques il convient à bien savoir vivre, et à bien mourir.
Comment on aprenb à l)atr pec^ié-
fR esgarde encore un poi , et si ne t'annuit mie , à [ces trois choses, enfer, purgatoire, et Paradis, pour ce que tu aprègnes à haïr péchié. Oublie ton cors, une fois le jour ; va en enfer en ton vivant, que tu n*y voises en ton morant. Ce font souvent les sains hommes et les sages ; et iluec * verras que cuer het et fuit : deffaute de tous biens, plente de tous maus, feu ardant, soufre puant , déables horribles , faim et soif que estanchier ne puet, divers tourmens et plours , et dolours , plus que cuer ne pourroit penser, ne langue deviser ; et tous jours durront sans fin. Et pour ce est cèle paine bien apelée mort perdurable ; quer on y vit tous jours en mourant, et muert tous jours en vivant.
Quant tu verras que un seul péchié mortel y convendra si chier compter, tu te lairoies avant escorchier tout vif, que tu t'osasses à un seul péchié mortel consentir.
Après, t*en va en purgatoire. Là verras-tu la paine des âmes qui ci ourent repentance , mais ne furent pas plainement purgiés. Or, font le remanant de leur péni-
* Iluec; Fauteur écrit ailleurs »7tei«c; là.
tance, jusques à tant que èles soient clères et nètes, aussi come èles furent au point et à Feure que. èles issirent des fons et du batème. Mais cèle pénitance est molt horrible, et molt dure. Quer quenques soufrirent onques li Sains de martyre, ne femmes qui d'enfans travallent de doleurs , n*est que un baing en yaue frmde , au regart de cèle douleur où ardent les âmes, tant que èles soient purgiés, aussi comme un or tout affiné el feu , où on ne treuve mains que espurgier. Quer cel feu est de tel nature que quenque il treuve en Tâme de mil* , de fait ou de dit, ou de pensée, ou petit ou grant, tout art et espurgie. Et là sont punis tous les péchiés véniels, et vengiés, que, nous apelons péchiés menus que nous faison souvent el menu , en foies pensées , foies paroles et huiseuses, gas, truffes, et toutes autres vanités» tant que en l'âme n^^ait qu'espurgier, et que elle soit digne d'entrer el ciel, ou rien n'entre, s'il n'est très fai cler.
Ce feu redoutent cens et cèles qui à leur pooir se gardent de péchier vénielment et gardent saintement leur cuers, leur cors et leur bouches, et les tienrat sains de tous péchiés. Et aussi vivent comme s'il deussent chascun jour mourir, et venir au jugement devant Dieu. Et pour ce que nul ne puet vivre du tout sans péchié, (quer, si comme dist Salemon « sept fois le jour chiet le preudomme) » pour ce , par sainte confession , et par
* Ruil; rouille.
lermes, et par croisons , il mêlent paine à eus laver , et relever et amender, et de eus ci jugier, si que il atendent seurement le derrain jugement. Quer, qui se jugera vraiement,'il n'ara garde d'estre dampné au jour du jugement*.
Ainsi aprenf-on mal à connoistre et à fuir, et con-
* Dans l'exposé de ce qui doit se passer en pargatoire , et de ce qu'il y a à faire pour l'éviter, notre auteur laisse entrevoir qu'il n'est pas très-arrêté lui-même sur le fond de ce dogme que l'église romaine sanctionna seulement au Concile de Florence de l'^SO. Il n'avait qu'un pas à faire, pour recevoir, à la place du purgatoire (qui n'est pas soutenable par la Parole de Dieu), ces déclarations que nous pourrions accompagner de beaucoup d'autres de la même autorité : « Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, lesquels ne marchent point selon la chair» mais selon l'Esprit. » Rom. Vin, 1 .
« En vérité, en vérité, je vous dis, que celui qui entend ma parole, ef croit à Celui qui m'a envoyé , a la vie éternelle, et il ne sera point exposé à la condamnation ; mais il est passé de la mort à la vie. » JeanV, n.
« Le sang de Jésus-Christ nous purifie de tout pédié. » Jean I, 7.
A l'égard de la distinction si hardie et si difficile à faire, entre les péchés mortels et ceux qu'on a imaginé d'appeler véniels (pour légitimer le purgatoire et les messes lucratives, à l'intention des morts) on a pu s'apercevoir aussi de quelque hésitation chez notre excellent écrivain, dont la raison et la conscience acceptaient, sans doute, ces graves déclarations : a Le gage du péché, c'est la mort. » Rom. VI, 2^. — « Or, quiconque aura gardé toute la loi , s'il vient à pécher en un seul point, il est coupable de tous. » Jaq. 11, 10.
choit-on la sainte paor de Dieu qui est le commencement de sainte vie et de tout bien.
(flotntnent on aprent à bien tant
»E n*est pas assez de laissier les maus, se on ne fait [le bien, et se on n'aquiert les vertus sans lesquelles nul homme bien ne adroit ne vit.
Dont, se lu veus aprendre à bien vivre selonc vertu, apren à mourir comme je t'ai dit.
Dessevre ton esperit de ton cors par pensée et par desirier . Is hors de cel monde morant ; va en la terre des vivans où nul ne muert ne envellit , c'est en paradis. Là aprent on à bien vivre, et sens et courtoisie ; quer là ne puet entrer nule vilonie. Là est la glorieuse compaignie de Dieu, et des angles, et des sains. Là sourabondent tous les biens, biauté, richesses, honneur et gloirre, vertu, amour, sens et joie perdurable. Là n'a point d'ypocrisie, ne barat, ne losengerie, ne discorde, ne envie , ne faim , ne soif, ne chaut, ne froit , ne mal , ne doleur, ne paour d'anemis ; mais tos jours noces et festes royaus, et chancons et joie sans Gn.
Geste joie est si très grande , que qui en arait tasté une seule goûte de la plus petite joie qui là est , il seroit de r amour Dieu si enyvré, que toute la gloire de cel monde li serait puant et tourment ; richesse li serait fiens, et honneur vilté. Et celle très grant amour, et le desirier que on arait de là venir ferait cent mil tans plus haïr péchié, et amer vertus, que toute la paour d'enfer dont j*ai ci devant touchié; quer amour est plus fort que paour. Et celi que amour maine, il quert * plus lost, et mains li couste que celi qui sert Dieu par paour. Le lièvre queurt et le lévrier, Tun par paour, Faùtre par desirier. Li un fuit, etFautre chace. Les sains hommes queurent comme lévriers qui ont tous jours les eux el ciel, n voient la proie que il chacent; et pour ce, oublient tous autres biens, aussi comme fait le gentil chien, quant il voit sa proie devant ses eux.
C'est la vie as fins amans, as cuers gentils et afaitiés, qui tant aiment vertu et béent péchié , que s'il estoient certains que homs ne le deust savoir, ne Dieu ne le deust vengier, ne daigneroient il mie faire un seul péchié. Mais toute leur pensée et toute leur paine est de leur cuers garder nétement, et apareiller (jue il soient dignes d'avoir la joie du paradis, el quel cueur vilain n'entrera ja, ne fol, ne fel, ne orguelleus; quer pis en vaudrait la compaignie. — .
* Quert, queurt i de queurir, courir.
Comment on mtnt à bonne oie.
fR, t*ai je monstre comment on aprent à bien morir, [et à bonne vie mener. Mais tu dois savoir que le commencement de parvenir à bonne vie, et d'aquerre vertu si est , non mie seulement, que on cognoisse que est péchié et qu*est aumosne , mais que on sache bien acertes conoistre et jugier que est mal et que est bien , et deviser le vrai bien de Taparant, et le grant du petit ; quer chose que on ne connoist n'est haie ne désirée. Et pour ce , dois tu savoir, selonc ce que les Escriptures dient, que il sont uns petis dons de Dieu que on apelle les petis biens , et uns moiens, et uns grans et vrais qui seulement sont biens adroit, dont tout le monde est presque déceu ; quer il donnent les grans biens pour les petis, et les moiens pour les petits, ou les grans pour les moiens. Quer cest monde est aussi comme une foire où moult de faus marcheans a , qui achatent voirres pour saphirs, et couivre pour or, vessies pour lanternes. Mais celi est adroit bon marcheant, qui de chascune chose connoist la propre vertu et la value. Ce nos enseigne le St. Esperit. Et un autre maistre nos enseigne et aprent à connoistre les grans choses des petites , les précieuses des vils, les douces des amères.
©00 petttfi bkriB.
[L apelle les petis biens les biens temporeus : les îbiens de fortune que dame Fortune a seur sa roue toute jour, et toit, et donne, et tourne ce dessus dessous. Ce sont les pierreries de voirre luisans que li musart achatent pour rubis et pour saphirs , ou pour esmeraudes. Ce sont comme violes à enfans^ que Dieu nous donne pour nous soulacier, et pour nostre amour attraire à li, parce qu'il set que nous sommes fiébles et tendres, et tenir ne poons les aspres voies de poureté, d'angoisse et de martyre ; si comme font les bons chevaliers Dieu qui le règne du Ciel prennent par force et conquèrent par leur proesce. Dont ce ne sont ne grans biens, ne biens adroit. Quer se ce sont vrais biens, dont fu fol le fis Dieu Ihucrist qui eslut poureté et honte , et refusa joie, et honeur, et richesse. Se ce sont vrais biens, dont ne sont pas tous vrais biens el ciel ; dont, n'est pas Dieu parfaitement beneure, qui de tiex biens n'use nient. Dont est Dieu desloial et desnaturé qui tiex biens toit à ses amis , et les donne à ses anemis plus largement.
Se ce sont vrais biens, adont furent fols tous les clers sages, et les sains, et les grans philosophes qui ces biens
fuioient et dcspisoient comme fiens. Se ce sont vrais biens , dont ment Dieu , et Saincte Eglyse , et Saincte Escripture qui les apèle menconges, et ombre, et songes, et vanité roi, et liens et las au déable; et c'est voir comme patrenostre. Quer ce sont les engiens au déable par quoi il déchoit les âmes en mil manières , et prent, et lie, et tient.
Mais li sage marcheant , ce sont li preudhomme c[ue le Saint Esperit enlumine par vraie connoissance , qui sevent ce que chascune chose vaut. Il voient trop bien et entendent que tout le monde n*est pas un bon morsel pour cuer d'omme saouler, et que molt y a de maus et poi de bien ; et pour ce il donnent le monde pour le Ciel, noeint* pour tout, boeporor; tout pour Dieu, richesses, délices , honeurs ; et demeurent poures pour Dieu gaaigner, et pour le ciel conquerre. C'est la plus hèle vie, la plus nète qui soit en cest monde.
Les autres sont qui voient que en molt de manières puet on son preu faire des biens temporex, qui lesporrait avoir sans trop amer ; quer Dieu ne commande mie tout à laissier. Il les retiennent, mais petit les prisent; il en usent , mais poi les aiment , comme fist Sainct Abraham, et Job, et David.
Et molt d'autres en est qui les périls en ont, et leur preii font des biens que Dieu leur a prestes ; quer il en
* Noient^ prononcez noyant ; néan.
sévent le ciel acheter ; ils en sévent les péchiés rachater, et leur prochain aidier ; il en sévent Dieu plus amer, et loer, et mercier, et honourer et redouter pour le grant péril où il sont ; et eus meismes plus humiUer, quant il voient leur feblecce et leur poure amor, et leur deffaute, quant Testroite voie n'osent aler ; quant si petit veulent pour Dieu seufrïr et donner, qui tant soufri et doniia, et laissa pour eux.
Cens bien se sauvent, mais fort ja ; quer plus légière chose est tous les biens du monde laissier à un coup pour Dieu, que les retenir et nient amer.
IBeB inoiene MenB.
|ES moiens biens sont les biens de nature et de doctrine. De nature, si comme biauté de cors, proesce,
force , débonnaireté , cler sens , mémoire , et tous tiex biens que nature aporte ; ou de doctrine , comme grant clergie * , et tous autres biens que on aquiert par bonne
* Ckrgie; instruction, enseignement.
estude ou par bonne accoustumance, si comme sont les bonnes mœurs et aucunes vertus.
Mais ce ne sont encore mie vrais biens ; quer il ne font mie celi qui les a parfaitement bon. Quer molt de philosophes et de bons clers, et de roys, et d'empereurs qui molt ourent de tiex biens, sont dampnés en enfer.
Après, tiex biens donne aussi nostre Sire à ses anemis, come il fait à ses amis ; as Sarrassins et as faus crestiens, comme il fait as bons.
Après, n'est mie vrai bien qui faut, et que il convient perdre malgré sien. Et se lerres ne les puet embler, ne robeur toUir, toutes voies, en la fin, les toit la mort.
Après , vrais biens aident tous jours , et ne nuisent onques; mais certes, tiex biens et tex grâces foraines font souvent damage, et nuisent à cens qui les ont, se il ne usent bien : quant il s'en vantent, ou s'enorguellissent, et les autres en despisent. Quer celi à qui Dieu a données tex grâces et tex biens que j'ai dessus nommés, pour Dieu servir et son prochain aidier, se il n'en use loiaument, il en sera en plus grant tourment. Et estroitement le convendra conter et rendre raison à Dieu, au jour du Jugement , que il a fait et que il a gaagnié des biens que Dieu li a prestes pour molt emploier.
!De0 vraie Mena
fR t'ai-je briefment monstre qui sont les petis biens, [et les moiens. Or te veul je monstrer qui est le vrai bien , et bien adroit , qui fait celi qui Ta bon , et sans qui onques nul adroit bon ne fu.
Cest bien on apèle la grâce Dieu, et vertu, et charité. Grâce , pour ce que il donne vie et santé à rame ; quer sans e^stui bien, Tàme est morte.
Il est appelé vertu, pour ce qu'il aorne Tâme de bonnes meurs et de bonnes euvres.
n est appelé charité, pour ce qu'il joint Tâme à Dieu, et le fait aussi comme tout un ; quer charité n'est autre chose fors GHIÈRE UNITÉ. G'est la fin, c'est la perfection et la beneureté à quoi nous devons tendre.
Molt furent de cens, ces anciens philosophes, qui tant curieusement desputèrent et enquirent que estait le souverain bien en ceste vie , ne onques trouver ne le purent. Quer les uns le metoient en délit du cors, les autres en richesses, les autres en honneste vie. Mais le grant philosophe St. Pol , qui fii ravi jusques au tiers ciel, nous preuve par molt de raisons, que le souverain bien en ceste vie est la royne des vertus. Dame Gharité.
choit-on la sainte paor de Dieu qui est le commencement de sainte vie et de tout bien.
(flotntnent on aprent à bien faire*
»E n'est pas assez de laissier les maus, se on ne fait [le bien, et se on n'aquiert les vertus sans lesquelles nul homme bien ne adroit ne vit.
Dont, se tu veus aprendre à bien vivre selonc vertu, apren à mourir comme je t*ai dit.
Dessevre ton esperit de ton cors par pensée et par desirier. Is hors de cel monde morant; va en la terre des vivans où nul ne muert ne envelUt , c'est en paradis. Là aprent on à bien vivre, et sens et courtoisie ; quer là ne puet entrer nule vilonie. Là est la glorieuse compaignie de Dieu , et des angies , et des sains. Là sourabondent tous les biens, biauté, richesses, honneur et ^oîrre, vertu, amour, sens et joie perdurable. Là n'a point d'ypocrisie, ne barat, ne losengerie, ne discorde, ne envie , ne faim , ne soif , ne chaut , ne froit , ne mal , ne doleur, ne paour d'anemis ; mais tos jours noces et festes royaus, et chancons et joie sans Gn.
Geste Joie est si très grande , que qui en arait tasté une seule goûte de la plus petite joie qui là est , il seroit de r amour Dieu si enyvré, que toute la gloire de cel monde li serait puant et tourment ; richesse li serait fiens, et honneur vilté. Et celle très grant amour, et le desirier que on arait de là venir ferait cent mil tans plus haïr péchié, et amer vertus, que toute la paour d'enfer dont j'ai ci devant touchié; quer amour est plus fort que paour. Et celi que amour maine, il quert * plus tost, et mains li couste que celi qui sert Dieu par paour. Le lièvre queurt et le lévrier, l'un par paour, l'autre par desirier. Li un fuit, et l'autre chace. Les sains hommes queurent comme lévriers qui ont tous jours les eux el ciel. Il voient la proie que il chacent; et pour ce, oublient tous autres biens, aussi comme fait le gentil chien, quant il voit sa proie devant ses eux.
C'est la vie as fins amans, as cuers gentils et afaitiés, qui tant aiment vertu et béent péchié , que s'il estoient certains que homs ne le deust savoir, ne Dieu ne le deust vengier, ne daigneroient il mie faire un seul péchié. Mais toute leur pensée et toute leur paine est de leur cuers garder nétement, et apareiller (jue il soient dignes d'avoir la joie du paradis, el quel cueur vilain n'entrera ja, ne fol, ne fel, ne orguelleus; quer pis en vaudrait la compaignie. — .
* Quert, queurt, de queurir, courir.
Comment on oient à bonne oie.
fR, t*ai je monstre comment on aprent à bien morir, [et à bonne vie mener. Mais tu dois savoir que le commencement de parvenir à bonne vie, et d'aquerre vertu si est , non mie seulement, que on cognoisse que est péchié et qu'est aumosne , mais que on sache bien acertes conoistre et jugier que est mal et que est bien , et deviser le vrai bien de Faparant, et le grant du petit ; quer chose que on ne connoist n'est haie ne désirée. Et pour ce , dois tu savoir, selonc ce que les Escriptures dlent, que il sont uns petis dons de Dieu que on apelle les petis biens , et uns moiens, et uns grans et vrais qui seulement sont biens adroit, dont tout le monde est presque déceu ; quer il donnent les grans biens pour les petis, et les moiens pour les petits, ou les grans pour les moiens. Quer cest monde est aussi comme une foire où moult de faus marcheans a , qui achatent voirres pour saphirs, et couivre pour or, vessies pour lanternes. Mais celi est adroit bon marcheant, qui de chascune chose connoist la propre vertu et la value. Ce nos enseigne le St. Esperit. Et un autre maistre nos enseigne et aprent à connoistre les grans choses des petites , les précieuses des vils, les douces des amères.
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[L apelle les petis biens les biens temporeus : les ibiens de fortune que dame Fortune a seur sa roue toute jour, et toit, et donne, et tourne ce dessus dessous. Ce sont les pierreries de voirre luisans que li musart achatent pour rubis et pour saphirs , ou pour esmeraudes. Ce sont comme violes à enfans, que Dieu nous donne pour nous soulacier, et pour nostre amour attraire à li, parce qu'il set que nous sommes fiébles et tendres, et tenir ne poons les aspres voies de poureté, d'angoisse et de martyre ; si comme font les bons chevaliers Dieu qui le règne du Ciel prennent par force et conquèrent par leur proesce. Dont ce ne sont ne grans biens, ne biens adroit. Quer se ce sont vrais biens, dont fu fol le fis Dieu Ihucrist qui eslut poureté et honte , et refusa Joie, et honeur, et richesse. Se ce sont vrais biens, dont ne sont pas tous vrais biens el ciel ; dont, n'est pas Dieu parfaitement beneure, qui de tiex biens n'use nient. Dont est Dieu desloial et desnaturé qui tiex biens toit à ses amis, et les donne à ses anemis plus largement.
Se ce sont vrais biens, adont furent fols tous les clers sages, et les sains, et les grans philosophes qui ces biens
fuioient et despisoient comme fiens. Se ce sont vrais biens , dont ment Dieu , et Saincte Eglyse , et Saincte Escripture qui les apèle menconges, et ombre, et songes, et vanité roi, et liens et las au déable; et c'est voir comme patrenostre. Quer ce sont les engiens au déable par quoi il déchoit les âmes en mil manières , et prent, et lie, et tient.
Mais li sage marcheant , ce sont li preudhomme que le Saint Esperit enlumine par vraie connoissance , qui sevent ce que chascune chose vaut. Il voient trop bien et entendent que tout le monde n'est pas un bon morsel pour cuer d'omme saouler, et que molt y a de maus et poi de bien ; et pour ce il donnent le monde pour le Ciel, noeint* pour tout, boe por or; tout pour Dieu, richesses, déUces , honeurs ; et demeurent poures pour Dieu gaaigner, et pour le ciel conquerre. C'est la plus bêle vie, la plus nète qui soit en cest monde.
Les autres sont qui voient que en molt de manières puet on son preu faire des biens temporex, qui les porrait avoir sans trop amer ; quer Dieu ne commande mie tout àlaissier. Il les retiennent, mais petit les prisent; il en usent , mais poi les aiment , comme fist Sainct Abraham, et Job, et David.
Et molt d'autres en est qui les périls en ont , et leur preii font des biens que Dieu leur a prestes ; quer il en
* Noient, prononcez noyant ; néan.
sévent le ciel acheter ; ils en sévent les péchiés rachater, et leur prochain aidier ; il en sévent Dieu plus amer, et loer, et mercier, et honourer et redouter pour le grant péril où il sont ; et eus meismes plus humilier, quant il voient leur feblecce et leur poure amor, et leur deffaute, quant Testroite voie n* osent aler ; quant si petit veulent pour Dieu seufrir et donner, qui tant soufri et doniia, et laissa pour eux.
Cens bien se sauvent, mais fort ja ; quer plus légière chose est tous les biens du monde laissier à un coup pour Dieu, que les retenir et nient amer.
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ES moiens biens sont les biens de nature et de doctrine. De nature, si comme biauté de cors, proesce,
force , débonnaireté , cler sens , mémoire , et tous tiex biens que nature aporte ; ou de doctrine , comme grant clergie * , et tous autres biens que on aquiert par bonne
* Clergie; instruction, enseignement.
esUide ou par bonne accoustumance, si comme sont les bonnes mœurs et aucunes vertus.
Mais ce ne sont encore mie vrais biens ; quer il ne font mie celi qui les a parfaitement bon. Quer molt de philosophes et de bons clers, et de roys, et d'empereurs qui molt ourent de tiex biens, sont dampnés en enfer.
Après, tiex biens donne aussi nostre Sire à ses anemis, come il fait à ses amis ; as Sarrassins et as feus crestiens, comme il fait as bons.
Après, n'est mie vrai bien qui faut, et que il convient perdre malgré sien. Et se lerres ne les puet embler, ne robeur toUir, toutes voies, en la fin, les toit la mort.
Après, vrais biens aident tous jours, et ne nuisent onques; mais certes, tiex biens et tex grâces foraines font souvent damage, et nuisent à cens qui les ont, se il ne usent bien : quant il s'en vantent, ou s'enorgueUissent, et les autres en despisent. Quer ceU à qui Dieu a données tex grâces et tex biens que j'ai dessus nommés , po.ur Dieu servir et son prochain aidier, se il n'en use loiaument, il en sera en plus grant tourment. Et estroitement le convendra conter et rendre raison à Dieu , au jour du Jugement , que il a fait et que il a gaagnié des biens que Dieu li a prestes pour molt emploier.
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|R t'ai-je briefinent monstre qui sont les petis biens, iet les moiens. Or te veul je monstrer qui est le vrai bien , et bien adroit , qui fait eeli qui Ta bon , et sans qui onques nul adroit bon ne fu.
Cest bien on apèle la grâce Dieu, et vertu, et charité. Grâce , pour ce que il donne vie et santé à Tâme ; quer sans cestui bien, Tâme est morte.
Il est appelé vertu, pour ce quil aorne Tâme de bonnes meurs et de bonnes euvres.
n est appelé charité, pour ce qu*il joint Fâme à Dieu, et le fait aussi comme tout un ; quer charité n'est autre chose fors GHIÈRË UNITÉ. C'est la fin, c'est la perfection et la beneureté à quoi nous devons tendre.
Molt furent de cens, ces anciens philosophes, qui tant curieusement desputèrent et enquirent que estait le souverain bien en ceste vie , ne onques trouver ne le purent. Quer les uns le metoient en délit du cors , les autres en richesses, les autres en honneste vie. Mais le grant philosophe St. Pol , qui fu ravi jusques au tiers del, nous preuve par molt de raisons, que le souverain bien en ceste vie est la royne des vertus, Dame Charité.
« Quer sans cesti » dist-îl, il ne vaut rien nul autre bien ; et qui cesti a , il a tous les autres ; et quant tous les autres faudront, il ne faudra ja. Et dessus tous les grands biens qui sont, ceste est la Dame » .
Dont est-ce le plus grant bien qui soit sous le ciel.
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PRÈS vertu et charité, donne vraie proesce. Il n*est [proesce à droit, fors es chevalers Dieu que le Sainct Esperit adoube et arme de vertu et de charité.
En proesce a trois parties : HARDIESCE, FORCE, et FERMETÉ. Nul n'est adroit preus qui ces trois choses n'a : qui n'est HARDI ET SEUR AS GRANS CHOSES EMPRENDRE, FORT ET PUISSANT AU POURSUIR, FERME ET EST AELE AU PERFOURNIR ET AU PER- FINER. Mais sans sens et sans pourvéance, ne vaut rien nul de ces trois choses. Quer si comme dit le livre de r ART DE CHEUALERIE : « En autres querèles, quant on mesprent , comme que ce soit , Ireuve on amendement. MES (mais) ERREUR EN BATALLE NE PUET