‹ Le miroir de la vie (volume 3)Chapitre 10 sur 57 · RAD · texte numérisé non relu

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L'ESTIÉTIQUE DES NOËLS. 21

bât de l'âne, a croisé les jambes, enchâsse ses genoux de ses mains et attend que les anges aient fini de chanter. Le Maître de la Mort de Marte le réduit au rôle d’un pèlerin en visite, avec sa canne et son chapeau. Il a l’air d’un parent pauvre. Dans les Loges de Raphaël, il ne sait quelle contenance prendre, ni au juste qui regarder : alors il s'empare des présents des Rois et semble en supputer la valeur. Chez Fra Angelico, seulement, on voit un des Rois l’aborder et, lui prenant les mains avec effusion, lui offrir ses compliments. Martin Schongauer et Dürer l’embarrassent d’une lanterne, le Maître de Flemalle et Rogier van der Weyden, d'une chandelle. D’autres le mettent délibérément hors du tableau. Heureux quand Dürer n’imagine pas de l’assoupir sur une table, près du pot de bière dont 1l a certainement usé — et peut-être abusé! Seul, sans doute, de tous les grands artistes, Cima da Conegliano lui donne un rôle défini : Joseph prend les bergers par le bras et les introduit auprès de l’Enfant-Dieu. Enfin, chez les maîtres de la décadence, au xvin° siècle, il se livre à des gestes d’étonnement. Il ouvre de grands bras chez Tiepolo, dans l’admirative attitude d’un gros moine mendiant qui voit arriver une grasse provende. Ainsi, sa destinée semble avoir été d’abord de prier, ensuite de méditer, et enfin de s'étonner des visiteurs véritablement extraordinaires qui remplissent de turbans, de chameaux, de chiens, de nains, de bouffons, de faucons, de chimpanzés, de léopards et de tumulte la paisible grotte de Bethléem. Les voici justement qui arrivent.

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