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nul autre au monde! Dans la lumière où elle baigne ses paupières et tout son beau visage, on entend chanter les mots d’Alphonse de Liguori : « Mon fils, mon Dieu, mon cher trésor, tu dors, et je meurs pour tant de beauté! En dormant, ô mon bien, tu ne regardes pas ta mère; mais l’haleine de ta bouche est un feu pour moi. Vos yeux, même clos, me blessent d'amour. Quand vous les ouvrirez, que sera-ce? » C’est la Nuit du Corrège.
Au fond de la petite chambre qu'il occupe au musée de Munich, Rembrandt, cet autre précurseur des sentiments modérnes, donne la même impression que le Corrège. En découvrant l'Enfant lumineux pour le montrer aux Bergers, la Vierge hollandaise n’a d’yeux que pour lui et ne rayonne que de sa lumière. Et ce sera dès lors toujours ainsi. Le même sentiment colorera toutes les figures de vierges contemporaines. Ses nuances différeront selon les artistes, mais il appartiendra toujours au cycle des sentiments maternels : joie avec certains, tendresse inquiète avec d’autres, avec Burne- Jones, par exemple, où la Vierge presse l'Enfant sur Son cœur et semble vouloir le protéger et le soustraire à l'inconnu menaçant que signifient les anges avec leurs singuliers présents.
Ainsi, à mesure que le rôle de l'Enfant diminue, chez les peintres, le geste et l'expression de la mère grandissent. Regardez telle Nativité que vous voudrez, le rapport des deux figures principales est celui-ci : quand l'Enfant joue, la mère prie: quand l'Enfant bénit, la mère règne; mais quand l'Enfant gît, la mère protège et nous ne la conce-
vons plus autrement aujourd'hui. Ce fut donc, d'abord, le duo de la grâce et de l’adoration, puis d'un règne puéril qu’un peu d’adoration accompagnait encore. Ensuite le duo de la faiblesse de l’'Enfant-Dieu qui n’est plus qu’un Dauphin et du triomphe de la mère qui est devenue une Reine. Enfin le duo plus humain, mais non moins divin par son mystère, de la faiblesse de l'Enfant qui sauvera le monde et de la protection d’une femme faible que soutient la foi.
Elle est seule pour ce rôle, au témoignage des . peintres. Troisième figurant du groupe divin d’après les Évangiles et surtout la légende, saint Joseph n'apparaît que bien loin derrière eux selon l'Esthétique des Noëls. « Pensez-vous que son père soit ce pauvre vieux vénérable qui est sur la selle? » dit un Noël des Vosges, et les peintres ne l'ont pas mieux traité que l’auteur de la chanson. Le premier plan ne lui est presque jamais dévolu, et, même au dernier, l'âne, le bœuf, les moutons, les chameaux, les lévriers et jusqu'aux singes lui disputent la place. Dans les simples Nativités, on le met encore en assez bonne place sur le même plan que la Vierge; 1l est à genoux et il prie. Mais dès qu'arrivent les bergers et qu'il y a réception à la grotte, 1l n’a plus de rôle bien défini. Il s’essaie à toutes sortes de. poses méditatives, embarrassées, le front appuyé sur sa main ouverte, un peu dans la flexion que Raphaël donne à son philosophe dans l'École d'Athènes, où Michel-Ange à son prophète sur le plafond de la Sixtine. Chez Piero della Francesca, 1l s’est assis philosophiquement sur le
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