INTRODUCTION. IX
laire, garde une pulpe savoureuse à son œuvre el la sauve. Parfois, la méme œuvre porle si nellement celle double empreinte qu'on a peine à croire que le même artisle l’ail lout entière réalisée. Quand on regarde la grande Nativité d’'Huques de Gand, aux Uffizi où elle est maintenant, on mesure, d'un coup d'œil, l'abime entre l'expression voulue d’une époque
- el Son expression spontanée. Si l'on s'arréle à la
Vierge, aux anges, aux saintes, malgré loules les admiralions factices que notre généralion se suggère pour les Primitifs, &l est impossible de se dissimuler que voilà le plus pauvre dessin et les plus méchantes couleurs, dont on puisse affubler des personnages surnalurels. Mais landis qu’on le déplore, on aperçoil les bergers. Ils sont, là, dans un coin, les genoux ployés par la piété, les mains ouvertes par l'admiralion, les durs visages assouplis par le bonheur. Leurs faces, pélries de misère, leurs gestes plus clairs que des paroles, leurs quentlles, tout cela fait trruplion dans la scène convenue et protocolaire de la crèche, comme une horde de Jacques dans un palais,
mais de Jacques soudainement radoucis et exlasiés.
Ce qui surgil ainsi avec eux, comme dragué et soulevé des profondeurs de la subconscience, c'est le sentiment vrai de l'artiste sur son lemps. Et c'est ce qu'il y a de meilleur dans son œuvre. On lui a dit ce qu'était la Vierge, on lur a dit ce qu'élaient les anges, on lui a dit qu’ils se promenaient dans l'air. Il a cru tout cela ou du moins il l'a peint. Mais il avait éprouvé, lui-même, ce qu’élaient les bergers.
Chercher quel fut, aux différents âges de l'art,