‹ Le miroir de la vie (volume 3)Chapitre 7 sur 57 · e RTE Ce TASSE +; ? ë ne · texte numérisé non relu

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peint ces figures agenouillées. De plus, cet ordre nouveau permettra de montrer des raccourcis savants et pittoresques, et de varier à l'infini les attitudes d’abord réduites à des profils. Les avantages de la disposition pyramidale frappent tous les artistes tour à tour. Insensiblement, la figure de l'Enfant Jésus s'élève dans le cadre, c'est-à-dire s éloigne. Bientôt elle n’occupe plus que le second plan; plus tard, avec Botticelli, elle recule au troisième; avec Filippino Lippi, elle s'enfonce au fond du tableau, et quand arrivent Rubens ou Véronèse, le Bambino n'apparaît même plus comme le centre plastique du tableau, mais est logé dans un coin, tandis que tout le premier plan s’encombre du brocart des Mages ou des croupes des chevaux, de l’âne, du bœuf.

Il était réservé à notre temps de diminuer sa place encore. Regardez une Nativité contemporaine. Chez Flandrin, à Saint-Germain-des-Prés, on ne voit plus que la tête de l'Enfant Jésus, tout son corps étant de nouveau emmailloté comme sur les chaires de Jean de Pise ou sur les sarcophages du Latran. Avec ses derniers interprètes, 1l s'éloigne encore. Si l’on rapproche la Nativité de Piero della Francesca, par exemple, de celle de M. Lerolle, ou l’Adoration des Mages du Pérugin de celle de M. de Uhde, on mesure, d’un coup d'œil, le chemin parcouru par l'Enfant-Dieu. Étape par étape, il s'est enfoncé dans le mystère des arrière-plans. Les yeux se tournent toujours vers lui, mais ils l'aperçoivent mal, et plutôt comme une apparition que comme une réalité, ou comme une espérance

que comme un fait. Ce n’est plus là le corps bien défini, modelé comme une argile ou un marbre, dont on pouvait faire le tour, dont on apercevait les fossettes, que le respect seul empêchait de toucher. Ce n’est plus qu'une vision, un mirage qu’on craint de dissiper par son approche. Les hommes du xv' siècle ne reconnaîtraient plus le bel ordre qu'ils ont aimé : « Vous avez emporté mon Seigneur et je ne sais où vous l'avez mis! »

. Naturellement, à une telle distance, on voit si peu l’Enfant-Dieu, qu’on ne voit plus du tout ses gestes. D'ailleurs il n’en fait plus et 1l est revenu, de nos jours, à l'immobilité qu'il avait aux premiers âges du Christianisme, lorsqu'il reposait dans la crèche, « pannis involutus », et que le ciseau novice de quelque catéchumène enroulait les plis de ses langes en manière de ficelles sur quelque sarcophage chrétien. Au contraire, les gens du xv° siècle, tout heureux d’avoir une occasion de peindre les gestes de l'enfance, ont déployé dans les figures du Bambino leur science entière des carnations enfantines et de sa myologie. Dès sa naissance, ils le montrent joyeux, plein de. vivacité, envoyant des baisers à sa mère. « Voyez comme le Bambino jouait des jambes dans la paille ! » Ce mot de Jacopone de Todi décrit tout Bambino des Nativités depuis les Primitifs jusqu'au Pinturicchio. Il essaie ses jambes. Plus tard, quand il a deux ans et qu'il reçoit les Rois Mages, le peintre l'invite à toutes sortes de jeux. Il ouvre le ciboire que lui présente Melchior pour voir ce qu'il y a dedans. Il se suspend à la laine du mouton

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