‹ Le miroir de la vieChapitre 10 sur 62 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

le canal, font les foins, tirent les filets sur la plage; dans l'encadrement de leurs boutiques se tiennent des orfèvres ; une jeune mère coud près du berceau de son enfant, sous la chaude lueur des fenêtres de Gérard Dow; des bourgeois tranquilles, des ménagères mûres, des enfants drus se rangent devant le peintre, par taille, en syrinx ou en guirlandes. Allez à Amsterdam; entrez dans ces petits salons où reposent les Yan Ostade, les Dow, les Steen, les Pieter de Hoogh, les Vermeer : là, se poursuit paisiblement la vie universelle, immobile comme les eaux du canal aperçu par la porte entr'ouverte ; chaque jour se juxtapose au jour qui Fa précédé comme ces dalles luisantes qui reflètent les pieds des tables; un tout petit angle de ciel, dans une fenêtre, suffit à éclairer et à réjouir; on sent que, pas un instant, ici, ne fléchissent ni le travail, ni la vigilance, ni la discipline, ni l'amour.

Alors on aperçoit sur quelle trame de vie solide et résistante, l'ambition ou la folie de quelquesuns ont pu broder impunément ces arabesques voyantes que nous appelons « événements historiques ». Tout un passé surgit qu'on devinait bien, mais qu'on ne voyait pas.

De même, en France, quand nous lisons les

Page 1