‹ Le miroir de la vieChapitre 9 sur 62 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

de bien, petits bourgeois et bonnes ménagères, silencieux serviteurs du devoir, dont l'histoire ne dit rien.

Elle n'en dit rien, précisément parce que c'étaient des serviteurs silencieux du devoir. Aussi le peintre rend-il de son siècle un témoignage toujours plus favorable que l'historien.

Quand vous avez traversé les cours du Binnenhofk la Haye et, qu'à chaque pas, se sont levés devant vous les tragiques fantômes de l'Histoire — l'échafaud du vieil Oldenbarneweldt, le lynchage des deux frères de Witt sur le pavé du Plaats, l'assassinat d'Adélaïde de Pœlgeest — il vous semble que le passé de ce pays ne soit fait que d'ombres, de brouilles, de noirceurs où plongent les monuments de victoire, comme les reflets de l'étang où trempent les vieilles murailles du palais. Mais faites quelques pas encore, gravissez les marches qui montent au Musée : tous ces fantômes se dissipent et vous quittent sur le seuil. Vous êtes chez Rembrandt, chez Steen, chez Pœl, chez Van Ostade, chez Ochtervelt, chez Lingelbach.

Ici, des gens labourent, construisent des navires, pèchent le saumon, vont au marché, passent le gué, veillent sur leurs troupeaux, naviguent sur

Page 1