INTRODUCTION. XIX
y voir une marque de joie ou d'émotion, ou, au moins, de quelque générosité d'humeur et ardeur de tempérament. Aussi bien, n'est-ce pas dans le travail d'un homme que se révèle le fond de sa nature : c'est dans son rire, dans son sourire, dans sa manière de plaisanter, de railler, d'admirer, de s'émouvoir, dans son enthousiasme même : c'est dans le plaisir. De même, n'est-ce pas dans son activité pour un objet nécessaire qu'un peuple se révèle, mais dans son activité pour un objet superflu. Les objets des différents peuples, plus ils sont nécessaires, plus ils se ressemblent. Moins ils le sont, plus ils diffèrent. Les automobiles dé Paris et de Berlin se ressemblent plus que les caricatures allemandes et françaises. Les canons des Chinois ressemblent plus aux nôtres que les aigrettes de leurs officiers ne ressemblent à nos plumets. Il faut sortir des formes rigoureusement commandées par la nécessité égale pour tous, afin que se déploie, à son aise, le goût propre à chacun.
Ainsi l'art est-il susceptible d'enregistrer des nuances que n'enregistre pas l'histoire, qui n'est que la cristallisation des pensées réalisées. Il reçoit des empreintes que l'histoire et même la littérature laissent échapper. C'est de la cire,