XXII INTRODUCTION
savons ce que l'homme a fait. Mais les énergies inemployées, les passions maintenues, les rancunes refoulées de cet homme, tout ce qui ne s'est pas cristallisé dans des actes ou dans des paroles demeure non avenu pour l'historien et tout cela s'avance, pour le peintre, sur le même plan que le reste, tient dans son œuvre autant et parfois plus de place que le sourire des ambitions satisfaites ou le pli des amertumes connues. Chacun de nous le sent confusément, qui demande à voir les traits d'un homme célèbre, d'un organisme qui a lutté, qui a gouverné, qui a écrit, qui semble avoir dû marquer, dans ses œuvres, toute son humanité. Si, pourtant, nous croyons qu'il nous reste encore quelque chose de lui à connaître, et ce quelque chose, si nous croyons le démêler dans ses traits mieux que dans ses paroles, qu'est-ce à dire, sinon que tout l'homme ne tient pas dans ses actes, ni même dans ses paroles, et que le reste, s'il est révélable, l'art seul peut nous le révéler?
Enfin, plus sensible, le témoignage de l'art est surtout plus inconscient. Le but de l'artiste est d'exprimer des formes, non des idées. S'il en exprime, c'est le plus souvent à son insu, tandis que c'est expressément le rôle de l'écrivain que