INTRODUCTION. XXIII
de les mettre au jour. Il s'ensuit que l'écrivain n'exprime que ce qu'il veut, tandis que le peintre exprime, sans le vouloir, tout ce qu'il sent. Non seulement il est moins surveillé que l'écrivain, mais il se surveille moins lui-même : il est plus naïf, plus démonstratif; il se livre tout entier, n'ayant pas de rôle à remplir pour la postérité. — Croyez-vous, dira-t-on, en présence des empreintes d'âmes que nous apercevrons dans les œuvres, que l'artiste ait voulu signifier tout cela? Non, sans doute — et c'est précisément ce qui donne à son témoignage sa valeur. 11 est inconscient. L'artiste n'a raconté ou témoigné qu'à son insu. Ce qu'il a voulu, c'est peindre, c'est sculpter, c'est bâtir. Quant à exprimer des sentiments ou des aspirations, des souvenirs ou des idées, il n'en a jamais eu la pensée. Son témoignage est celui d'un homme venu pour nous apporter une nouvelle et qui, par mégarde ou par générosité de tempérament, par l'impossibilité où est l'homme de s'oublier entièrement, nous révèle autre chose, à quoi il n'avait pas songé.
Ainsi la fréquente querelle qui s'élève sur le point de savoir si les grands artistes ont voulu ou n'ont pas voulu mettre dans leurs œuvres les significations ou les symboles que les esthéti-