‹ Le miroir de la vieChapitre 2 sur 62 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

au cours d'un voyage, sur une terre lointaine devant quelque vestige d'art du passé. Ce n'est pas seulement la qualité des bruns ou des verts qu'il a scrutée dans un tableau ou le combat de la pesanteur et de la résistance qu'il a évalué dans une cathédrale. C'est aussi les figures disparues qu'il a évoquées, et le sentiment qui anima l'artiste, qu'il a poursuivi. Chacun de nous a senti, à une heure ou à une autre de ses explorations esthétiques, ce désir de revivre un instant avec des visages disparus, de refaire route un instant avec eux, de leur emprunter un instant leur àme, et de prolonger ainsi notre vie en deçà d'elle-même en l'enrichissant des émotions, ou des rêves, des enthousiasmes et des douleurs, des vies ardentes qui nous ont précédés. Et bien peu de ceux qui doivent à l'Art leurs plus hautes jouissances peuvent affirmer qu'en revenant à travers les calle de Venise, après avoir vu la Légende de Sainte-Ursule, ou en traversant les canaux d'Amsterdam, après avoir vu les Syndics, ce fut seulement d'une sensation plastique qu'ils s'étaient enrichis et qu'ils n'emportaient pas aussi une moisson du passé, un sentiment confus des vies et des âmes disparues tel qu'aucun livre d'histoire n'aurait pu le leur donner.

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