‹ Le miroir de la vieChapitre 22 sur 62 · INTRODUCTION. XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXVII

couleur ; il faut donc à un artiste, pour exprimer une idée ambiante, infiniment plus de temps qu'à un écrivain. Qu'un essayiste, par exemple, s'avise de l'injustice des conditions sociales et de la beauté d'un plan de réforme, il ne lui faut, pour les exprimer, qu'une bouteille d'encre de la « Petite Vertu » et une grande dose de naïveté; qu'il les possède et voici sa pensée d'un jour devenue œuvre, et qu'il ait du génie, immortelle. Mais pour qu'un peintre ou qu'un sculpteur soit parvenu à traduire en son dialecte cette même pensée, il aura fallu tout autre chose. D'abord, une idée nouvelle ne pénètre dans les milieux artistiques que bien après avoir traversé les milieux intellectuels. Les artistes, de tout temps, lisent peu. Même de nos jours, ils ne lisent que les feuilles pourvoyeuses de nouvelles et ainsi demeurent fort en arrière du mouvement philosophique contemporain. Les idées de Taine ou de Le Play, par exemple, ont mis trente ou quarante années pour descendre de cette source, le livre, jusque dans le journal quotidien, cette fontaine. L'artiste ne puise guère et très distraitement qu'à la fontaine. Autrefois, il lisait encore moins, — s'il savait lire; ses idées ne se formaient que des conversations ambiantes, des observations personnelles, des

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