LA CARICATURE SYMBOLISTE A TRAVERS LIS AGES
L'Ethiopie figurée par un /iort, dans le concert d'animaux du
papyrus du musée de Turin (1500 ans ae. J.-C.j. — Vive Ménélick!!! {Le Grelot du 15 murs 1896).
Ainsi renaissent les symboles. Ainsi le caricaturiste prête main-forte au mythologue. L'histoire nous est présentée, à tout moment, dès l'enfance, par des grossissements, des exagérations, des personnifications arbitraires. A peine pouvons-nous en avançant dans la vie, soulever un à un les voiles qui nous cachent les causes réelles, complexes : il y a conspiration pour en tisser de nouveaux. Nous déchirons la trame : elle se reforme. A quoi bon montrer l'exagération des prophètes? La voici remplacée par celle des caricaturistes. Le vrai positiviste, s'il en reste, maudira cette éternelle renaissance des légendes, cette incapacité des hommes à considérer la vérité dans sa froide, mais lumineuse abstraction. Il regrettera peut-être la beauté des vieilles chimères, — et peut-être se dirat-il qu'il n'était guère la peine de détruire la légende de Jacques de Voragine pour la remplacer par les « légendes » de M. Forain....
On peut donc représenter l'évolution de la caricature par ceci. Un homme se promène dans un salon et dans un parc où se trouvent une boule-panorama, une psyché et un étang. S'il arrête successivement devant ces trois surfaces réfléchissantes, il aura de lui trois images très différentes. La boule-panorama lui enfle le nez, les joues, ramasse son estomac, vide ses bras et ses jambes qui diminuent en s'enroulant sous la sphère. Il se voit, tout convexe, ogre par la tête et insecte par les pieds. C'est la caricature déformante.
Il passe ensuite devant un grand miroir. Il se voit comme il est, mais s'il est un pauvre homme, entre-
pris dans sa redingote ou rechigné dans son veston, si sa « dégaine » est inélégante, ce portrait trop exact risque fort de sembler une caricature, d autant que si l'on regarde avec complaisance dans une glace on a grande chance d'y voir un sot. C'est la caricature caractériste.
Enfin, il s'arrête devant l'étang, et là, fût-il le plus banal des êtres, le reflet saisit sa figure, la renverse, la balafre des stries horizontales que fait le vent sur l'eau, l'allonge d'autant, fait flageoler ses jambes et baller ses bras, lui donne l'allure d'un fantôme, mêle à sa substance la substance du corps impalpable où elle s'abîme, enfonce enfin toute cette forme dans une atmosphère de ciel, de feuilles, de bois et de nuées qui la grandit et qui l'efface, — comme le symbole grandit et efïace la réalité.
Celte promenade d'un bonhomme dans un jardin, c'est celle de l'Humanité devant la Caricature, qui fut d'abord déformante comme une boule-panorama, ensuite fidèle comme un miroir, enfin profonde comme un reflet. Elle a d'abord fait rire; elle a ensuite fait voir; elle a enfin fait penser.