INTRODUCTION. XI
l'Enfant Jésus, au seuil de l'étable divine, d'où nul majordome ne songe à les éloigner.
Ce n'est pas pour elles qu'on a fait ces peintures. C'est pour la gloire de l'Enfant-Dieu. Mais l'Église n'a pu oublier ses origines jusqu'à proscrire de ses triomphes les frères des humbles paysans, des pêcheurs ou des charpentiers de la Galilée. Avec leurs traits pacifiques, avec leurs outils familiers, avec les signes de leur vie laborieuse inscrits à leurs fronts, à leurs mains et à leurs épaules, ils s'avancent vers nous, et depuis les bergers de Jean Fouquet jusqu'aux laboureurs de Hugo von der Gœs, c'est toute une humanité inconnue de la grande Histoire qui vit, prie et travaille dans les tableaux des maîtres religieux, aux alentours des Nativités.
« Les peuples heureux n'ont pas d'histoire » a-t-on dit avec raison. Mais ils ont une peinture. Ils n'ont pas d'histoire, parce que longtemps l'Histoire ne s'est saisie et nourrie que des événements bruyants des peuples : guerres, séditions, famines, c'est-à-dire que de leurs malheurs. Mais de tout temps, la peinture, la sculpture, l'architecture se sont enrichies des visions calmes de la paix, de la vie de chaque jour, des fêtes simples de la famille, de la propreté d'une